Georges Leekens a arrêté sa caravane sous les boules de l'Atomium. Ce grand voyageur y a déposé son éternel optimisme, ses trucs et ficelles de funambule ou de magicien. Après un premier match amical intéressant contre la Bulgarie le 19 mai à Bruxelles (2-1), Leekens poursuivra son deuxième règne à la tête des Diables par un match de réglage en Finlande le 11 août avant d'entamer les choses sérieuses. Le vendredi 3 septembre, il faudra passer à la vitesse supérieure au moment de recevoir l'Allemagne de Joachim Löw au Stade Roi Baudouin.
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Georges Leekens a arrêté sa caravane sous les boules de l'Atomium. Ce grand voyageur y a déposé son éternel optimisme, ses trucs et ficelles de funambule ou de magicien. Après un premier match amical intéressant contre la Bulgarie le 19 mai à Bruxelles (2-1), Leekens poursuivra son deuxième règne à la tête des Diables par un match de réglage en Finlande le 11 août avant d'entamer les choses sérieuses. Le vendredi 3 septembre, il faudra passer à la vitesse supérieure au moment de recevoir l'Allemagne de Joachim Löw au Stade Roi Baudouin. Diable de défi pour entamer la campagne de qualification de l'Euro 2012 en Ukraine et en Pologne. Les tickets s'arrachent déjà comme des petits pains car le public espère une surprise (comme en 1954 ?, voir encadré) et attend que Mac the Knife concocte une potion magique pour surprendre une des plus belles équipes de la dernière Coupe du Monde. Georges Leekens : Je comprends parfaitement que l'attention générale soit focalisée sur l'Allemagne mais je pense autant, même peut-être plus, au déplacement quatre jours plus tard en Turquie. Il s'agit là d'un début de campagne assez corsé voulu par mon prédécesseur Dick Advocaat... Si j'avais pu £uvrer à la préparation de cette grille, je l'aurais composée différemment. Je ne suis pas du genre à avoir froid aux yeux mais, sans sous-estimer les autres équipes du groupe, la Belgique défie tout de suite les deux plus gros morceaux... Oui, ce n'était pas faux au moment où ce programme a été mis sur pied. Le problème réside dans le fait que cette transition est déjà terminée comme on a pu s'en rendre compte en Afrique du Sud. La mutation a été profonde en équipe nationale et dans pas mal de clubs de la Bundesliga. J'aurais préféré que l'Allemagne soit championne du monde... Elle aurait fait la fête, se serait déconcentrée, nous aurait peut-être pris de haut à Bruxelles. Ce ne sera évidemment pas le cas. Cette nouvelle génération aura à c£ur d'accentuer ses progrès et, de prouver qu'elle est la meilleure équipe du monde derrière l'Espagne. Après, c'est Guus Hiddink qui nous attendra avec la Turquie et il fera tout pour réussir son premier grand match à la tête de sa nouvelle équipe. Le déplacement en Finlande avait été programmé pour éviter la pression sur l'équipe nationale avant l'échéance allemande. Moi, j'aurais peut-être préféré un match amical en Belgique. Cela dit, en 1997, j'avais aussi pris le train en marche et cela ne nous avait pas empêché de nous qualifier pour la phase finale en France. Oui et non... Les grandes équipes nationales ont parfois sué sang et eau face à des petits. Ce fut le cas de l'Espagne vaincue par une Suisse bien en place, super organisée, dans un jour où aucun détail de son organisation n'a foiré. Quand on en arrive à cela, à ce degré de motivation, on peut faire déjouer les plus belles mécaniques. La Serbie peut rejouer dix fois le match contre l'Allemagne, elle ne le gagnera plus. Paradoxalement, en demi-finale, la Mannschaft a été vaincue par un but espagnol à l'allemande : Carles Puyol a émergé dans le trafic aérien. Et, en finale, c'est en infiltreur qu'Andres Iniesta a offert la Coupe du Monde à l'Espagne. Je veux dire par là que le rôle de l'attaquant de pointe a encore évolué. Il sert aussi, peut-être de plus en plus de paratonnerre, d'écran qui se sacrifie, bloque des défenses pour ceux qui surgissent de la deuxième ligne. Iniesta est un manieur de ballons mais, finalement, la défense néerlandaise a été surprise de le voir si haut. Iniesta a utilisé sa tête, flirté avec le hors-jeu. Même lui fait passer l'équipe avant tout. L'Allemagne est finalement sur la même longueur. Elle a eu des problèmes contre la Serbie et l'Espagne, mais je me souviens surtout de la magie de ses matches contre l'Australie et, bien sûr, l'Argentine. C'était du très grand art avec tout : puissance, vitesse, technique, cinq gars qui apparaissent à la finition avant de se replier tout de suite. Le football allemand a indiscutablement réussi sa mue en gardant ses valeurs enrichies par plus de finesse dans le jeu. Les jeunes internationaux allemands ont donné une magnifique touche technique du sud. Mais à la fin de la Coupe du Monde, les jeunes ont quand même semblé émoussés... Non, je ne crois pas. Pour moi, ces deux éléments ont même livré une grande Coupe du Monde. Il faut se les farcir et ils protègent très bien un excellent gardien de but, Manuel Neuer. Les deux backs, surtout Philipp Lahm, montent souvent. Bastian Schweinsteiger rayonne dans la ligne médiane, apporte sa vista, à Sami Khedira ou à Mesut Ozil. Ce dernier décroche, avance, organise, etc. C'est un bloc où tout le monde peut et veut tout faire. Cette équipe ne se désunit pas. Klose et Lukas Podolski en sont les premiers arrières. Quand on voit comment Klose chasse le porteur du ballon ! Cette équipe est jeune et loin d'avoir atteint son plafond. De plus, je pense qu'un bon Michael Ballack peut leur apporter quelque chose. Non, je n'ai pas du tout apprécié la brutalité néerlandaise en finale. Des cartes rouges auraient dû être rapidement distribuées. Mais, cela dit, je pense que Bert van Marwijk a réalisé un boulot extraordinaire. Il a opté pour l'efficacité. Son effectif n'était pas extraordinaire, bien moins fort que celui de 1974 et de 1978. Mais le noyau de 2010 est passé encore plus près de la montre en or. Le coach néerlandais a parfaitement soudé un groupe qui n'a été divisé par aucune crise interne. Et sans un grand Iker Casillas, Arjen Robben aurait marqué deux buts et offert la Coupe du Monde aux Pays-Bas. La Hollande doit beaucoup à van Marwijk. Son équipe nationale n'est pas plus forte que la nôtre, son championnat n'est pas supérieur à la D1 belge, mais elle a disputé la finale de la Coupe du Monde. Cela dit, je n'ai jamais évoqué ce qui s'est passé avec nos Diables... Cela ne sert à rien. Je m'intéresse à aujourd'hui et à demain. La Belgique a tout pour mettre une grande équipe au point dans les quatre ans. Si cela passe par une qualification pour l'Euro 2012, nous gagnerons du temps. C'est ce que tout le monde souhaite, moi le premier. Mais je ne veux surtout pas exercer une pression inutile sur les épaules de plus jeunes comme Romelu Lukaku et Eden Hazard. Le monde entier nous envie de tels joueurs. Ils sont importants mais ils ne peuvent pas encore porter tout le poids de l'équipe nationale. Il y en a d'autres pour cela. Je n'en fais toutefois pas une question de dates de naissance. Pour moi, l'âge n'a pas d'importance. Hazard et Lukaku ont beaucoup appris la saison passée en coupes d'Europe. Si l'équipe nationale a brillé durant plus de 20 ans, c'est aussi parce que les clubs belges collectionnaient les finales européennes. Nous y avons acquis une culture du succès. Je suis donc le premier supporter de nos clubs européens. Je reste optimiste. La Coupe du Monde a prouvé que les petits peuvent briller. Je respecte l'Allemagne mais je l'affronterai avec la certitude qu'on est capable de lui poser de gros problèmes. Je ne dis pas qu'on va gagner mais on peut gagner. L'envie sera présente. On recevra le troisième de la Coupe du Monde la tête haute, en le regardant dans les yeux. Respect, motivation, travail, organisation, respect des directives : l'effectif avait déjà avancé dans cette direction sous Advocaat. Je dois entretenir la joie de jouer que j'ai vue contre la Bulgarie. Je veux retrouver du bonheur sur le terrain. Nous ne sommes pas les plus beaux ou les forts mais nous avons un avenir. C'est à moi de trouver les bons équilibres. Et c'est normal. Il faut donner du temps au temps... L'avenir passera par une plus grande efficacité. Tout à fait. J'aime bien le beau jeu mais il faut y ajouter l'efficacité. La Belgique débuta en force contre la Bulgarie. C'était beau mais les Bulgares ont pu se placer de plus facilement entre les lignes et marquer. Là, il y avait des réglages imparfaits. Au repos, l'équipe a été capable de réagir et d'être efficace. Elle a aussi été portée par un public formidable. Il n'a pas hué son équipe nationale mais l'a portée vers le succès. L'ambiance sera motivante face à l'Allemagne. Non, la Bulgarie nous a permis de faire le tour des effectifs. Je dois surveiller le retour des blessés, Lukaku, Marouane Fellaini, etc. Ah, ce sont des pions importants dans l'axe de l'équipe. Je ne m'attarde pas à un poste. Les noms ne comptent pas pour moi. Lionel Messi est peut-être le meilleur joueur de notre époque, mais il n'est pas champion du monde. Son équipe n'était pas au point. La balance d'une équipe passe avant. Quand on l'obtient, les problèmes sont plus faciles à résoudre. C'est lui qui a fermé les portes de l'équipe nationale. Probablement. J'avais mes deux avions à réaction, Emile Mpenza et Luis Oliveira qui a marqué trois buts. Nos milieux s'amusaient à les lancer. Peut-être, mais l'effectif a changé. Tout à fait. C'est important. Travailler avec des battants, c'est du bonheur. Nous sommes sur la même longueur d'onde. Marc n'est pas mon T2. Dans ma conception du staff technique de l'équipe nationale, Wilmots est l'entraîneur de l'équipe nationale. J'en suis le coach. On ne peut plus tout faire soi-même. lpar pierre bilic - photos: reportersJ'aurais préféré que l'Allemagne soit championne du monde...