Arriver à la brasserie O Gand n'est pas simple. L'avenue est réasphaltée et la circulation déviée. C'est ennuyeux pour les visiteurs et ceux qui doivent rejoindre les nouveaux terrains de l'équipe de hockey du cru mais pas pour Vadis Odjidja, qui trouve son chemin les yeux fermés : il a en effet grandi aux alentours, dans le quartier de Malem, comme le boxeur Junior Bauwens.

Pense-t-il souvent à ce coin ? " Pas tous les jours mais régulièrement. Ça reste spécial. Quand je franchis le rond-point en voiture, je jette toujours un coup d'oeil à notre ancienne maison. " L'arrière vient d'être rénové, constate-t-il. C'est la première maison qu'on aperçoit quand on passe le pont qui relie Malem à l'avenue Dunant.

A côté de la maison, il y a un petit terrain en herbe, avec quelques arbres et des goals. Odjidja : " Nous n'en avions pas. Nous nous servions des arbres et de la haie en guise de buts. Je surveillais la plaine de jeux par la fenêtre, à l'arrière de la maison et je m'échappais par la même fenêtre quand ma mère m'interdisait de jouer dehors. "

Il a failli se réinstaller dans le quartier l'été passé, lors de son retour à Gand. Non loin, avenue Dunant, près de l'hôpital Jan Palfijn, un vaste penthouse était en vente. Avec une immense terrasse. " Pendant trois semaines, nous avons étudié avec un architecte ce que nous pouvions en faire mais quand j'ai téléphoné pour faire une offre, les propriétaires ont dit qu'il était déjà vendu. "

Ce quartier a été son port d'attache jusqu'à l'âge de douze ans. Il a alors déménagé rue Aloïs Joos, au coeur de Rabot, un quartier d'immigrés où il a pu jouer au football à coeur joie. Il a longtemps combiné foot en salle et sur gazon, même quand il était en catégories d'âge à Anderlecht.

" Jusqu'à ce que quelqu'un me dénonce à la fédération. J'ai été obligé d'arrêter. Les autres évoluaient à un niveau inférieur, ils pouvaient continuer. "

Le football était tout pour lui. " Je n'aimais pas trop l'école. Étudier m'ennuyait. J'étais donc heureux de bien jouer et de pouvoir faire de mon hobby mon métier. Plus jeune, je jouais pour le plaisir mais c'est devenu sérieux petit à petit. "

Foot et cycloball

Il jouait et s'entraînait à Blaarmeersen avec son père, en rue ou dans des plaines de jeux avec ses camarades. Il n'arrêtait jamais. Le quartier était très cosmopolite. Il y avait beaucoup d'habitants originaires de Turquie ou d'Afrique du Nord.

" C'était normal pour nous. Dans les quartiers où j'ai vécu, il n'y avait que des gens d'autres origines. Je n'ai rien connu d'autre, y compris à l'école primaire Sint-Amandus. J'ai donc rapidement parlé couramment le turc. J'en connais encore quelques mots et quand on me parle lentement, je comprends toujours, même si j'ai beaucoup oublié. Je suis sûr que si je passais deux ou trois mois en Turquie, je reparlerais couramment la langue. "

Le football en rue est-il la base de tout ?

ODJIDJA : Oui, si les footballeurs sont bons. Beaucoup de gosses aiment simplement jouer, sans être doués. Là où je jouais, c'était très compétitif. Nous ne nous contentions pas de sortir pour shooter dans un ballon. Nous disputions de petits tournois par élimination. Quand nous parvenions à former deux équipes, le perdant offrait à manger au vainqueur.

Comme en Afrique.

ODJIDJA : ( Rires) Je ne sais pas... Nous ne savions jamais à l'avance combien d'équipes il y aurait. Les enfants arrivaient sans arrêt. Si on perdait avec une équipe, on choisissait quelqu'un d'autre la fois suivante. Il suffisait de regarder les arrivants. Quand on savait que l'un d'eux était meilleur que le garçon avec lequel on jouait, on changeait de partenaire.

Tu t'es aussi adonné au cycloball. Où ?

ODJIDJA : C'était super. Du football à vélo. Sur la roue arrière. Une connaissance habitait le quartier où ça se pratiquait, pas très loin d'ici. Je l'ai accompagné et ensuite, je m'y suis adonné une ou deux fois par semaine. On utilise des vélos spéciaux avec lesquels on peut reculer ou faire du sur-place. Le guidon est inversé pour pouvoir y mettre de la force. On peut toucher le ballon avec une roue mais pas mettre pied à terre. J'adorais ça. J'ai même participé à des petits tournois.

Un bon coup à jouer

Tant qu'il y avait un ballon...

ODJIDJA : En effet. Nous n'avions rien d'autre à faire et comme je ne voulais pas étudier...

Étais-tu bon cycliste ?

ODJIDJA : Avant, je me déplaçais toujours à vélo et j'en recevais un nouveau à chaque anniversaire ou presque. Nous le bricolions beaucoup. Je me rappelle qu'on m'en a volé un. Ma mère était furieuse car elle venait de m'en acheter un tout neuf. J'étais très déçu et puis j'ai vu mon vélo. La roue arrière bloquée, verrouillée. Pas moyen d'ouvrir le verrou. J'ai donc empoigné le vélo et je suis retourné à Malem en le portant. Là, nous avons démoli la serrure.

Revenons au foot : ton palmarès n'est pas très rempli.

ODJIDJA : Non, une seule coupe... Que dire ? C'est pour ça que la finale était si importante.

En plus, tu n'as souvent atteint que le stade des demi-finales. C'est étrange aussi.

ODJIDJA : Oui. Les équipes où j'ai joué étaient souvent en pleine campagne européenne et avaient un passage à vide au plus mauvais moment. Donc...

... la coupe de Belgique n'était pas prioritaire ?

ODJIDJA : Il était parfois plus intéressant d'aller plus loin en coupe d'Europe.

Cette année, tous les grands, à part le Racing Genk ont été rapidement éliminés. As-tu pensé que ce serait votre chance ?

ODJIDJA : Je ne sais plus exactement qui a été éliminé quand mais avant le match de Genk à l'Union, nous nous sommes dit : nous ne sommes pas bons en championnat alors cette saison, nous devons miser sur la coupe. Quand Genk a été éliminé, nous nous sommes concentrés encore un peu plus sur elle. Il y avait un coup à jouer. Dommage.

Des descentes dans le vestiaire

Pourtant, vous sembliez avoir fait le plus dur en battant Saint-Trond au Stayen ?

ODJIDJA : La victoire à Saint-Trond a été un beau succès. La presse avait prédit un match difficile mais je pense que nous l'avons bien négocié. Nous n'avons jamais vraiment été mis en péril. Peu d'équipes ont gagné à Saint-Trond cette saison mais nous y sommes parvenus à deux reprises. En coupe puis en championnat. C'est bien. En demi-finales, nous avons eu de la chance contre Ostende. Notre adversaire s'est tiré dans le pied à Gand : il jouait à onze contre neuf mais a pris une carte rouge et nous avons égalisé 2-2, avec un brin de chance. Au match-retour, nous avions le sentiment que nous allions gagner. A la demi-heure, nous étions menés 2-0. Ce fut dur. A la mi-temps, l'entraîneur nous a remotivés. Nous avons vraiment cru que nous étions capables de redresser la situation. Nous y sommes parvenus en fin de match puis dans les tirs au but. Mais en finale, nous ne sommes plus parvenus à infléchir la tendance dès l'instant où nous étions menés.

L'équipe a été constamment sous pression cette saison. C'est du moins l'impression qu'on a. Comment les joueurs l'ont-elle supportée ?

ODJIDJA : L'entraîneur nous a épargné beaucoup de pression. Il est très méthodique. Dès sa première semaine à Gand, il nous a dit : - Voilà comment on va procéder ! Depuis, ça n'a pas changé. Il est conséquent. Un people manager ? Je trouve que oui. Il sait qu'à certains moments, il ne doit pas être trop dur. Un noyau n'aime pas trop les entraîneurs qui piquent des crises après une défaite. Certains réagissent mal. Je pense qu'il traite tout le monde de la même façon mais qu'il n'est pas trop dur.

On ne peut pas en dire autant de la direction.

Odjidja : Elle a sans doute mis plus de pression avant ou elle est venue plus régulièrement dans le vestiaire mais en prévision de la finale, nous l'avions quand même moins vue.

Avant, ça veut dire en début de saison ?

ODJIDJA : Non, je parle de ce qu'on m'a raconté sur le passé du club. Que le président ou Michel Louwagie descendaient souvent dans le vestiaire. Ça n'est pas arrivé souvent cette saison. Et parfois, nous le méritions.

A sa place en PO1

Ces descentes ont-elles un effet sur les joueurs ?

ODJIDJA : Je pense que oui. Les dirigeants s'occupent du club jour et nuit. Ils ont bien le droit de venir dire le fond de leur pensée quand les onze joueurs alignés ne répondent pas à leurs espoirs ou ne se livrent pas à fond.

Gand n'a presque jamais été dans le top six. Pourquoi ?

ODJIDJA : La situation a souvent mal tourné dans les moments où nous pouvions faire un pas en avant, sauf à la fin, quand c'était crucial. Pourquoi ? Je n'en sais rien. Je préfère en tout cas être à notre place qu'à celle de Saint-Trond, qui a échoué sur le fil.

Quelle équipe méritait le plus les PO1 ?

ODJIDJA : Le STVV a gagné chez nous mais nous avons enlevé le dernier match, le plus important. Donc, nous méritons plus les PO1. Mais je ne dirai pas que Gand méritait la coupe davantage que Malines.

Le STVV a vendu De Norre et Bezus en hiver alors que Gand s'est renforcé. Ça a joué un rôle aussi ?

ODJIDJA : Nos transferts ont été rentables. Bezus a immédiatement apporté sa quote-part en coupe à Ostende. Il n'a peut-être pas été aussi bien dans tous les matches mais il augmente la concurrence. Il lit bien le jeu mais il doit s'habituer à ses coéquipiers. Sörloth a apporté de la présence devant. Ça nous manquait.

Nous avons beaucoup de footballeurs mais ce n'est pas toujours facile contre des défenseurs costauds. En plus, grâce à lui, nous pouvons aligner deux avants quand c'est nécessaire. Ça s'est produit quelques fois en fin de match, quand nous avions besoin de moins de profondeur et plutôt d'un joueur capable de conserver le ballon. Kaminski a certainement prouvé sa valeur.

La fierté du maillot

Au terme du championnat régulier, l'entraîneur a dit qu'il cherchait des leaders. Tu t'es senti visé ?

ODJIDJA : Pas vraiment car je prends mes responsabilités sur le terrain. En dehors, je n'ai pas à dire aux autres ce qu'ils doivent faire.

Pourquoi ne veux-tu pas de ce rôle ?

ODJIDJA : Je ne suis pas fait pour ça. Je sais quand quelque chose ne va pas mais ce n'est pas à moi de le dire, surtout si chacun fait de son mieux sur le terrain. En match, j'aime entraîner les autres, par contre.

Bref, nous sommes en face d'un homme qui est heureux d'être revenu à Gand et qui rêve de remporter un jour un prix avec le club de sa ville ?

ODJIDJA : Oui ! J'ai retrouvé ma famille et mes amis. Je suis chez moi. Quand j'étais à l'étranger et que nous avions quelques jours de congé, je revenais à Gand. Maintenant, je ne dois plus me déplacer : je suis chez moi. C'est agréable.

Ça peut aussi te distraire...

ODJIDJA : En effet, ça pourrait mais j'ai maintenant une famille et deux petits enfants. Je dois donc rester à la maison et je ne suis plus exposé aux distractions.

Tu te trouves là où les oiseaux peuvent atterrir, a dit ton père.

ODJIDJA : Je ne sais pas si ce sont ses propos mais il y a de ça. Je suis heureux et fier de pouvoir porter le maillot de La Gantoise.

© belgaimage
Arriver à la brasserie O Gand n'est pas simple. L'avenue est réasphaltée et la circulation déviée. C'est ennuyeux pour les visiteurs et ceux qui doivent rejoindre les nouveaux terrains de l'équipe de hockey du cru mais pas pour Vadis Odjidja, qui trouve son chemin les yeux fermés : il a en effet grandi aux alentours, dans le quartier de Malem, comme le boxeur Junior Bauwens. Pense-t-il souvent à ce coin ? " Pas tous les jours mais régulièrement. Ça reste spécial. Quand je franchis le rond-point en voiture, je jette toujours un coup d'oeil à notre ancienne maison. " L'arrière vient d'être rénové, constate-t-il. C'est la première maison qu'on aperçoit quand on passe le pont qui relie Malem à l'avenue Dunant. A côté de la maison, il y a un petit terrain en herbe, avec quelques arbres et des goals. Odjidja : " Nous n'en avions pas. Nous nous servions des arbres et de la haie en guise de buts. Je surveillais la plaine de jeux par la fenêtre, à l'arrière de la maison et je m'échappais par la même fenêtre quand ma mère m'interdisait de jouer dehors. " Il a failli se réinstaller dans le quartier l'été passé, lors de son retour à Gand. Non loin, avenue Dunant, près de l'hôpital Jan Palfijn, un vaste penthouse était en vente. Avec une immense terrasse. " Pendant trois semaines, nous avons étudié avec un architecte ce que nous pouvions en faire mais quand j'ai téléphoné pour faire une offre, les propriétaires ont dit qu'il était déjà vendu. " Ce quartier a été son port d'attache jusqu'à l'âge de douze ans. Il a alors déménagé rue Aloïs Joos, au coeur de Rabot, un quartier d'immigrés où il a pu jouer au football à coeur joie. Il a longtemps combiné foot en salle et sur gazon, même quand il était en catégories d'âge à Anderlecht. " Jusqu'à ce que quelqu'un me dénonce à la fédération. J'ai été obligé d'arrêter. Les autres évoluaient à un niveau inférieur, ils pouvaient continuer. " Le football était tout pour lui. " Je n'aimais pas trop l'école. Étudier m'ennuyait. J'étais donc heureux de bien jouer et de pouvoir faire de mon hobby mon métier. Plus jeune, je jouais pour le plaisir mais c'est devenu sérieux petit à petit. " Il jouait et s'entraînait à Blaarmeersen avec son père, en rue ou dans des plaines de jeux avec ses camarades. Il n'arrêtait jamais. Le quartier était très cosmopolite. Il y avait beaucoup d'habitants originaires de Turquie ou d'Afrique du Nord. " C'était normal pour nous. Dans les quartiers où j'ai vécu, il n'y avait que des gens d'autres origines. Je n'ai rien connu d'autre, y compris à l'école primaire Sint-Amandus. J'ai donc rapidement parlé couramment le turc. J'en connais encore quelques mots et quand on me parle lentement, je comprends toujours, même si j'ai beaucoup oublié. Je suis sûr que si je passais deux ou trois mois en Turquie, je reparlerais couramment la langue. " Le football en rue est-il la base de tout ? ODJIDJA : Oui, si les footballeurs sont bons. Beaucoup de gosses aiment simplement jouer, sans être doués. Là où je jouais, c'était très compétitif. Nous ne nous contentions pas de sortir pour shooter dans un ballon. Nous disputions de petits tournois par élimination. Quand nous parvenions à former deux équipes, le perdant offrait à manger au vainqueur. Comme en Afrique. ODJIDJA : ( Rires) Je ne sais pas... Nous ne savions jamais à l'avance combien d'équipes il y aurait. Les enfants arrivaient sans arrêt. Si on perdait avec une équipe, on choisissait quelqu'un d'autre la fois suivante. Il suffisait de regarder les arrivants. Quand on savait que l'un d'eux était meilleur que le garçon avec lequel on jouait, on changeait de partenaire. Tu t'es aussi adonné au cycloball. Où ? ODJIDJA : C'était super. Du football à vélo. Sur la roue arrière. Une connaissance habitait le quartier où ça se pratiquait, pas très loin d'ici. Je l'ai accompagné et ensuite, je m'y suis adonné une ou deux fois par semaine. On utilise des vélos spéciaux avec lesquels on peut reculer ou faire du sur-place. Le guidon est inversé pour pouvoir y mettre de la force. On peut toucher le ballon avec une roue mais pas mettre pied à terre. J'adorais ça. J'ai même participé à des petits tournois. Tant qu'il y avait un ballon... ODJIDJA : En effet. Nous n'avions rien d'autre à faire et comme je ne voulais pas étudier... Étais-tu bon cycliste ? ODJIDJA : Avant, je me déplaçais toujours à vélo et j'en recevais un nouveau à chaque anniversaire ou presque. Nous le bricolions beaucoup. Je me rappelle qu'on m'en a volé un. Ma mère était furieuse car elle venait de m'en acheter un tout neuf. J'étais très déçu et puis j'ai vu mon vélo. La roue arrière bloquée, verrouillée. Pas moyen d'ouvrir le verrou. J'ai donc empoigné le vélo et je suis retourné à Malem en le portant. Là, nous avons démoli la serrure. Revenons au foot : ton palmarès n'est pas très rempli. ODJIDJA : Non, une seule coupe... Que dire ? C'est pour ça que la finale était si importante. En plus, tu n'as souvent atteint que le stade des demi-finales. C'est étrange aussi. ODJIDJA : Oui. Les équipes où j'ai joué étaient souvent en pleine campagne européenne et avaient un passage à vide au plus mauvais moment. Donc... ... la coupe de Belgique n'était pas prioritaire ? ODJIDJA : Il était parfois plus intéressant d'aller plus loin en coupe d'Europe. Cette année, tous les grands, à part le Racing Genk ont été rapidement éliminés. As-tu pensé que ce serait votre chance ? ODJIDJA : Je ne sais plus exactement qui a été éliminé quand mais avant le match de Genk à l'Union, nous nous sommes dit : nous ne sommes pas bons en championnat alors cette saison, nous devons miser sur la coupe. Quand Genk a été éliminé, nous nous sommes concentrés encore un peu plus sur elle. Il y avait un coup à jouer. Dommage. Pourtant, vous sembliez avoir fait le plus dur en battant Saint-Trond au Stayen ? ODJIDJA : La victoire à Saint-Trond a été un beau succès. La presse avait prédit un match difficile mais je pense que nous l'avons bien négocié. Nous n'avons jamais vraiment été mis en péril. Peu d'équipes ont gagné à Saint-Trond cette saison mais nous y sommes parvenus à deux reprises. En coupe puis en championnat. C'est bien. En demi-finales, nous avons eu de la chance contre Ostende. Notre adversaire s'est tiré dans le pied à Gand : il jouait à onze contre neuf mais a pris une carte rouge et nous avons égalisé 2-2, avec un brin de chance. Au match-retour, nous avions le sentiment que nous allions gagner. A la demi-heure, nous étions menés 2-0. Ce fut dur. A la mi-temps, l'entraîneur nous a remotivés. Nous avons vraiment cru que nous étions capables de redresser la situation. Nous y sommes parvenus en fin de match puis dans les tirs au but. Mais en finale, nous ne sommes plus parvenus à infléchir la tendance dès l'instant où nous étions menés. L'équipe a été constamment sous pression cette saison. C'est du moins l'impression qu'on a. Comment les joueurs l'ont-elle supportée ? ODJIDJA : L'entraîneur nous a épargné beaucoup de pression. Il est très méthodique. Dès sa première semaine à Gand, il nous a dit : - Voilà comment on va procéder ! Depuis, ça n'a pas changé. Il est conséquent. Un people manager ? Je trouve que oui. Il sait qu'à certains moments, il ne doit pas être trop dur. Un noyau n'aime pas trop les entraîneurs qui piquent des crises après une défaite. Certains réagissent mal. Je pense qu'il traite tout le monde de la même façon mais qu'il n'est pas trop dur. On ne peut pas en dire autant de la direction. Odjidja : Elle a sans doute mis plus de pression avant ou elle est venue plus régulièrement dans le vestiaire mais en prévision de la finale, nous l'avions quand même moins vue. Avant, ça veut dire en début de saison ? ODJIDJA : Non, je parle de ce qu'on m'a raconté sur le passé du club. Que le président ou Michel Louwagie descendaient souvent dans le vestiaire. Ça n'est pas arrivé souvent cette saison. Et parfois, nous le méritions. Ces descentes ont-elles un effet sur les joueurs ? ODJIDJA : Je pense que oui. Les dirigeants s'occupent du club jour et nuit. Ils ont bien le droit de venir dire le fond de leur pensée quand les onze joueurs alignés ne répondent pas à leurs espoirs ou ne se livrent pas à fond. Gand n'a presque jamais été dans le top six. Pourquoi ? ODJIDJA : La situation a souvent mal tourné dans les moments où nous pouvions faire un pas en avant, sauf à la fin, quand c'était crucial. Pourquoi ? Je n'en sais rien. Je préfère en tout cas être à notre place qu'à celle de Saint-Trond, qui a échoué sur le fil. Quelle équipe méritait le plus les PO1 ? ODJIDJA : Le STVV a gagné chez nous mais nous avons enlevé le dernier match, le plus important. Donc, nous méritons plus les PO1. Mais je ne dirai pas que Gand méritait la coupe davantage que Malines. Le STVV a vendu De Norre et Bezus en hiver alors que Gand s'est renforcé. Ça a joué un rôle aussi ? ODJIDJA : Nos transferts ont été rentables. Bezus a immédiatement apporté sa quote-part en coupe à Ostende. Il n'a peut-être pas été aussi bien dans tous les matches mais il augmente la concurrence. Il lit bien le jeu mais il doit s'habituer à ses coéquipiers. Sörloth a apporté de la présence devant. Ça nous manquait. Nous avons beaucoup de footballeurs mais ce n'est pas toujours facile contre des défenseurs costauds. En plus, grâce à lui, nous pouvons aligner deux avants quand c'est nécessaire. Ça s'est produit quelques fois en fin de match, quand nous avions besoin de moins de profondeur et plutôt d'un joueur capable de conserver le ballon. Kaminski a certainement prouvé sa valeur. Au terme du championnat régulier, l'entraîneur a dit qu'il cherchait des leaders. Tu t'es senti visé ? ODJIDJA : Pas vraiment car je prends mes responsabilités sur le terrain. En dehors, je n'ai pas à dire aux autres ce qu'ils doivent faire. Pourquoi ne veux-tu pas de ce rôle ? ODJIDJA : Je ne suis pas fait pour ça. Je sais quand quelque chose ne va pas mais ce n'est pas à moi de le dire, surtout si chacun fait de son mieux sur le terrain. En match, j'aime entraîner les autres, par contre. Bref, nous sommes en face d'un homme qui est heureux d'être revenu à Gand et qui rêve de remporter un jour un prix avec le club de sa ville ? ODJIDJA : Oui ! J'ai retrouvé ma famille et mes amis. Je suis chez moi. Quand j'étais à l'étranger et que nous avions quelques jours de congé, je revenais à Gand. Maintenant, je ne dois plus me déplacer : je suis chez moi. C'est agréable. Ça peut aussi te distraire... ODJIDJA : En effet, ça pourrait mais j'ai maintenant une famille et deux petits enfants. Je dois donc rester à la maison et je ne suis plus exposé aux distractions. Tu te trouves là où les oiseaux peuvent atterrir, a dit ton père. ODJIDJA : Je ne sais pas si ce sont ses propos mais il y a de ça. Je suis heureux et fier de pouvoir porter le maillot de La Gantoise.