Avant de partir s'installer à l'Ile Maurice et toujours fier de ses racines populaires, Olivier Suray s'attable à la Quille, un établissement du centre de Charleroi qui fleure encore les années 60. On y déguste des bières trappistes sans faire de chichis. Suray a cependant opté pour une eau minérale et a le regard pétillant d'impatience.
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Avant de partir s'installer à l'Ile Maurice et toujours fier de ses racines populaires, Olivier Suray s'attable à la Quille, un établissement du centre de Charleroi qui fleure encore les années 60. On y déguste des bières trappistes sans faire de chichis. Suray a cependant opté pour une eau minérale et a le regard pétillant d'impatience. La rumeur l'a dit sans le sou et accroché à son verre de bière. Il en rigole : " J'ai divorcé, c'est tout, et cela n'arrive pas qu'à moi, il me semble. " Durant la conversation, il s'est offert quelques rasades d'optimisme. Olivier Suray : Ces dernières années, j ai exercé divers métiers, notamment dans l'immobilier, mais cela n'a jamais démarré comme je l'espérais. Impossible, il manquait toujours quelque chose pour que le puzzle se mette en place... Le temps des projets est revenu. J'ai pris une douzaine de kilos et il va falloir que je les perde. Les Carolos sont des bons vivants, je n'échappe pas à la règle. Cela fait le charme de la région et, autrefois, de son football. Oui, les Zèbres de mon époque savaient s'amuser mais ils bossaient aussi. Et on était en D1 ! C'est très différent maintenant. Ils feraient peut-être mieux de boire de temps en temps un verre ensemble. Mais comme il n'y a quasiment plus de Carolos dans cette équipe, c'est différent. Même si je suis originaire de Gedinne, Charleroi, c'est ma ville. On peut dire cela. Ce ne fut pas une décision facile à prendre. J'ai consulté mes enfants avant de tenter ma chance durant un an de l'autre côté du monde. Il était important que Lorie, Thomas et Matis comprennent mon choix, mon désir de tourner la page, de prendre un peu de distance par rapport à Charleroi. Ils ont approuvé ma décision. Sans eux, je ne serais peut-être plus là depuis longtemps. Au c£ur de mes problèmes, j'ai songé plus d'une fois à me jeter du haut d'un pont. Mes enfants m'ont sauvé : ils sont mon courage, ma source de vie... Il vit là-bas, oui... et c'est lui le premier qui m'a parlé du projet d'un grand centre de formation qui sera érigé par la fédération mauricienne ; cela m'intéresse. J'ai travaillé dans des petits clubs ou avec des jeunes en Belgique, comme à Heppignies mais je veux passer à autre chose. J'ai mon bagage d'ancien footballeur de D1 et, quand je vois certains coachs au travail, ou que j'écoute des consultants, je crois que je peux réaliser de très bonnes choses et faire progresser des jeunes. J'en suis même tout à fait certain.. Il faut arrêter de me mettre en garde. Je sais ce que je veux : travailler. Je vais à l'Ile Maurice et je vivrai même chez Pietro dans un premier temps. Les choses sont claires : je ne commettrai plus jamais les erreurs d'autrefois, je ne ferai plus jamais un pas de travers. J'ai commis des fautes que je regrette. Du coup, mes 17 ans en D1, et pas dans n'importe quels clubs, ne pèsent plus rien. C'est dommage mais je dois me faire une raison. Je revendique le droit de travailler, rien que cela. J'aimerais tant que cette affaire Ye soit jugée une fois pour toutes pour pouvoir aller de l'avant. C'est lourd à porter car c'est une épée de Damoclès qui peut me tomber sur la tête à chaque instant. Or, je ne veux pas être un bouc émissaire, celui qui paye pour les autres, et même pour ce qu'il n'a pas fait. Moi, je ne demande qu'une chose : qu'on arrête le Chinois. Tout à fait. Je n'aime plus en parler mais j'ai beau regretter 1000 fois de m'être laissé embarquer dans tout cela, c'est de ma faute et cela ne changera jamais. Cette période de quelques mois, pendant laquelle je n'étais plus moi-même, m'a coûté trois ans de ma vie, ma carrière, un mariage... C'est lourd. Mon divorce explique en partie ma décision et ma réflexion pour un autre avenir. Je dois tourner le dos à tout cela, quitter la Belgique où je tourne en rond, me faire oublier, construire du neuf dans un pays où il n'y a pas de préjugés à mon égard. J'aurais peut-être pu trouver du boulot dans un trou perdu en Russie mais je crois que c'est mieux à l'Ile Maurice. Mes enfants me manqueront mais ils me rendront visite. C'est un endroit merveilleux là-bas, le paradis. Je ferai le point de mes ambitions et de mon travail dans un an. J'espère... Mais arrêtez ! Pietro reste un gars gentil qui, grâce à ses relations, m'a parlé d'un job qui me convient ! Si je pars, c'est qu'il y a un projet sportif auquel je peux apporter quelque chose. Les Mauriciens cherchaient quelqu'un. J'y crois, je fonce, je vais travailler dans un pays de rêve. J'avais le droit de saisir ma chance, non ? Le Chinois, c'était autre chose. Je venais de terminer mon contrat à Mons, mon couple allait mal, j'étais en pleine galère quand on m'a proposé de bosser en Finlande. Je me foutais de tout, j'ai pété un câble. J'ai accepté en me disant qu'on verrait bien ce qui se passerait. Je n'ai pas réfléchi mais ce n'est pas une excuse. Je lisais la presse et je savais ce que le Chinois avait déjà manigancé en Belgique où il avait tourné partout avant de passer par Mons. J'étais au mauvais endroit au mauvais moment. Je suis tombé dans le panneau alors que cela ne correspondait pas à mes valeurs. Mais quand on n'y prend pas garde, on est vite dans un truc dont on ne peut plus sortir. En Finlande, j'étais directeur sportif d'Allianssi. Je n'aurais jamais dû accepter. J'étais là parce que le Chinois ne pouvait pas apparaître dans l'organigramme. J'étais son écran, un homme de paille car il avait besoin d'un ancien joueur pour occuper ce poste. J'ai recruté des joueurs et je me rendais deux ou trois fois par mois en Finlande. Je payais les voyages et les frais de l'équipe. Non, il n'avait pas besoin de moi pour autre chose. Il était assez grand pour faire ce qu'il avait envie de faire. Un jour, j'ai suivi un match international de la Finlande contre la Slovénie, il me semble. A 2-1, il m'a dit que la rencontre se terminerait par quatre buts d'écart. J'ai vu des interventions bizarres sur le terrain et tout se termina sur le score prévu par Ye. Un match international... Je n'étais pas bien, je me suis réveillé : où étais-je ? Facile de dire non à l'argent quand l'argent n'est pas là mais quand on le dépose sur la table, c'est autre chose : 99,99 % des gens le prennent. Je n'ai pas d'excuses. Un matin, je me suis demandé ce que je faisais là, j'ai avalé mon petit-déjeuner, j'ai fait ma valise et j'ai quitté Helsinki. Je n'aurais jamais dû me retrouver en Finlande. Je peux le répéter 200 fois, cela ne changera rien à cette histoire et il y a eu beaucoup d'amalgames, de choses qui ne me concernent pas. Je me suis senti manipulé et j'ai souffert même si je suis responsable de ce qui m'est arrivé. Il faut tirer un trait car cela m'empêche d'avancer. Je respire car je vais vivre des progrès des jeunes Mauriciens. Je sais aussi que le centre de formation ne sera pas comparable à celui du Standard. Mais on travaillera beaucoup, c'est ce que je veux. Et si je pouvais entraîner un jour l'équipe nationale mauricienne, ce serait formidable. C'est mon rêve secret... J'ai eu des problèmes mais il y a tout le reste. Et quand on a joué à Charleroi, à Anderlecht ou au Standard, entre autres, on a un vécu et des compétences à transmettre. 15.000 spectateurs contre Lommel ou Beveren, du monde, de l'ambiance. Du bonheur aussi et une communion avec le public, des émotions dont on ne peut plus que rêver. Quand je suis arrivé, Eric Van Lessen et André Colasse étaient aux commandes. Lors de mon premier match en D1, les joueurs avaient décidé de les saboter. Il n'y en avait qu'un qui n'était pas au courant : moi. Et j'ai eu la seule bonne cote dans la Nouvelle Gazette. Mais le Sporting a quand même perdu et Van Lessen, inexpérimenté, a sauté. Georges Heylens lui a succédé. Oui, Charleroi était un club amateur. Il nous a apporté le professionnalisme. Le club a changé de vitesse. Heylens m'a fait confiance et a véritablement lancé ma carrière. Il insistait sur le travail et la diététique. A Charleroi, à midi, les joueurs s'entassaient dans les voitures pour dévorer un sandwich entre deux entraînements. Ah, non ! Il a plutôt voulu m'empêcher de me marier. Il insistait généralement pour que les joueurs se casent, aient une vie rangée. Mais Heylens a déballé ma vie privée dans la presse, je n'ai pas apprécié, c'était même dans votre magazine. Mais il était mal renseigné. Il croyait que je fréquentais une fille de tenanciers de bar. Ce n'était pas du tout le cas. Mes futurs beaux-parents étaient de braves gens et ils géraient une taverne dans le centre de Charleroi. Il n'y avait pas de lumières tamisées et ce bel établissement fermait ses portes à 20 h. Imaginez la tête de ma femme et de ses parents ; j'en ai voulu à Heylens mais, pour le reste, c'était un bon coach. Il avait un effectif de 14 joueurs chevronnés et des jeunes, beaucoup de jeunes qui ont joué 10 ans à Charleroi. Une cascade de blessés lui a coûté sa place. N'importe quoi. Au retour d'un match à l'extérieur, on buvait deux bières en une heure et demie de voyage, c'est trop ? Une fois arrivés à Charleroi, nous sortions parfois en discothèque et Luka Peruzovic nous accompagnait de temps en temps jusqu'à cinq heures du matin. Mais le coach savait qu'on mettrait la gomme dès le lundi matin. Luka a sauvé Charleroi. Il a été exceptionnel avec nous, que ce soit dans son coaching ou son travail. Et avec Robert Waseige, Charleroi a peut-être eu la meilleure équipe de son histoire avec les Gulyas, Rasquin, Silvagni, Gérard, Moury, Van Meir, Zetterberg, Brogno, Malbasa, Janevski. En 10 jours, on a battu trois fois Anderlecht, en championnat et lors des deux manches des demi-finales de la Coupe de Belgique. Johan Boskamp était désespéré... Non, tous les footballeurs commettent des fautes en connaissance de cause mais sans intention de blesser leurs adversaires. J'ai été opéré à Anvers par " le meilleur chirurgien du monde " et ma cheville a été bombardée en vain d'injections durant des mois. Au bout du compte, c'est le médecin de la femme de Constant Vanden Stock qui trouva en cinq minutes les causes de mes tourments : une capsulite. J'ai hélas été gêné par des blessures (en 1994, une fracture de la jambe m'éloigna de l'équipe nationale avant la Coupe du Monde) et des opérations à Anderlecht mais je garde un bon souvenir avec deux titres, la Coupe de Belgique, des matches de C1, Boskamp qui m'adorait et croyait en moi, que ce soit comme arrière central, back droit ou médian défensif. Je suis alors rentré à Charleroi. Après un an, mon passage au Standard fit du bruit. Au Mambourg, j'ai même été attendu par des gars cagoulés ou en capuches. Je n'ai pas reculé. S'ils le voulaient, j'acceptais de les prendre un par un. Il ne s'est heureusement rien passé et j'ai même été boire un verre en ville. Non, mais je ne le savais pas. Aad de Mos brossa le premier entraînement car il n'avait pas obtenu le joueur brésilien de ses rêves. L'effectif était déséquilibré avec trop d'attaquants, pas assez de défenseurs. Daniel Boccar remplaça de Mos ; ce n'était pas un job pour lui. Je le respecte mais, comme à Charleroi, la rigueur de Luka Peruzovic a remis le train sur les rails. J'avais un contrat de quatre ans et à l'époque des transferts C, cet accord devait être confirmé tous les douze mois. A la fin de ma première saison à Sclessin, je me suis partagé entre les entraînements et mes enfants hospitalisés. Dans ces conditions, j'ai expliqué que je ne pouvais pas me rendre à une séance de dédicaces à Banneux. On m'a infligé une amende prélevée directement sur mon salaire. Je n'ai pas supporté cette injustice et ce manque de chaleur humaine : c'était désormais une affaire de principes pour moi et il n'était pas question de rester une seconde de plus au Standard qui m'a attaqué en justice et réclamé trois ans de salaires. J'ai été défendu par Maître Mayence et obtenu gain de cause. PAR PIERRE BILIC-PHOTOS : REPORTERS/ GOUVERNEUR" Facile de dire non à l'argent... Mais quand on le dépose sur la table, c'est autre chose : 99,99 % des gens le prennent. " " Je ne ferai plus jamais un pas de travers. "