Les enfants jouent au football dans le jardin : à cinq ans, Lazar détient déjà la conduite de balle de son papa. Avant d'enchaîner les crochets, il nous a montré fièrement son premier trophée gagné avec les bambins mauves. Milan est aux anges avec les siens et après avoir intensément vécu le point d'orgue d'une longue saison contre le Club Bruges : " Je suis soulagé, heureux, débarrassé d'un poids, fier d'avoir répondu à l'attente des dirigeants qui m'ont fait confiance mais je n'ai jamais vécu un championnat aussi éprouvant... "

Quelle délivrance mais pourquoi le Sporting a-t-il vécu des débuts de PO1 et un sacre aussi difficiles ?

Jovanovic : Il y a eu des critiques, parfois justifiées, sur la qualité de notre jeu mais elles sont exagérées. Personne ne peut tenir le rythme qui fut le nôtre durant des mois. Nous ne sommes pas des machines. La fatigue a présenté son addition quand il a fallu relancer la mécanique après 40 matches (30 en championnat et 10 en Europa League). Et je ne parle pas de la Coupe de Belgique, des rencontres amicales, des stages de préparation d'été et d'hiver, du travail intensif au quotidien et des obligations avec les équipes nationales. Et qui parle encore de notre maximum dans les poules de l'Europa League ? Plus personne, c'est dommage car c'était beau et, même si AZ nous a ensuite éliminés, cela fait aussi partie du bilan d'une saison.

Votre jeu a périclité au fil des mois !

Il était temps que le verdict tombe...

D'accord mais j'en reviens à la manière, au style, au jeu souvent médiocre qui fut le vôtre en fin de saison, contre Courtrai et le Club Bruges chez vous lors des PO1...

Comprenez-moi bien : il y a plus de 10 mois que nous sommes sur le pont sans lever le pied. Toutes les équipes bossent, je sais et je les respecte, mais Anderlecht doit porter un poids psychique supplémentaire. Ici, on dit tout de suite : - On vise le titre. C'est une tradition, une obligation, encore plus cette saison vu les investissements, et il faut y ajouter la manière à chaque sortie. Genk, par exemple, ne doit pas obligatoirement être champion : la deuxième place, c'est bon. A Sclessin, le titre 2008 décroché avec Michel Preud'homme a exigé une immense dépense nerveuse. Un an plus tard, avec Laszlo Bölöni, même si ce ne fut pas facile, nous étions plus tranquilles malgré les test-matches contre Anderlecht car l'équipe avait déjà écrit l'histoire, 25 ans après le titre de 1983. Au Sporting, une saison sans titre est une catastrophe.

" Le stress ne me dérange pas "

Le stress tue ?

Non, le stress ne me dérange pas, fait partie du sport et les compétiteurs en ont besoin mais quand il s'éternise, une lassitude physique et mentale finit par s'installer ; c'est normal. Je ne cherche pas d'excuses mais les play-offs usent terriblement les organismes car les effectifs des clubs en vue ne sont pas assez étoffés. Le D1 belge, ce n'est pas le top européen. Les Messi, Ronaldo, Ibrahimovic, Ribéry et Robben ne jouent pas ici. Ce n'est pas le paradis de la technique, tout le monde le sait mais on galope comme des fous à chaque match. Savez-vous contre qui nous avons le plus couru ? Chez nous, face à Zulte Waregem (2-1). Il y a là une dépense physique très élevée qui mine lentement les équipes et leur niveau technique. Bruges et Genk, par exemple, ont éprouvé de la peine à enchaîner les matches lors des PO1, nous aussi : Anderlecht a fait preuve de fraîcheur à Genk avant d'avoir les jambes lourdes face à Gand. Si le niveau général des PO1 n'a pas été très élevé, une partie de l'explication réside dans ce calendrier infernal. Les play-offs, ce n'est pas une formule honnête...

Pourquoi ?

On divise le fruit de notre travail par deux et chaque succès ne vaut que 1,5 point. Hé, mais quand il y a subitement trois points en jeu lors des PO1, cela change tout ! Au bout de ce compte-là, il faut presque battre quatre fois le Standard et le Club Bruges sans être certain d'être champion. Il serait quand même plus logique de garder tout son acquis. Démarrer dans de telles conditions, c'est difficile pour un leader pénalisé et des challengers favorisés par un règlement absurde que tout le monde a accepté. Il a fallu relancer la mécanique contre une équipe de Courtrai heureuse d'être là, fraîche, sans obligation. Après le résultat (1-1), une vague de doutes a envahi tout le club qui a craint de vivre le même scénario que la saison passée : démarrer en tête avant d'être remonté. La peur était perceptible.

A ce point-là ?

Evidemment : ce film-là est repassé en boucle dans pas mal de regards et de têtes. Là, j'ai bien senti qu'Anderlecht avait été marqué au fer rouge par son effondrement de la saison passée. Un nouvel échec dans les play-offs aurait été dramatique. On peut dire ce qu'on veut de ce groupe, mais il a quand même propulsé ce club vers un nouvel avenir. Anderlecht peut construire sur cet acquis et enrichir le capital technique : sans ce titre, impossible. Les joueurs le savaient et cela explique pas mal de pression et d'émotions, il me semble. Je ne cherche pas d'excuses mais il faut savoir tout cela pour comprendre ce que nous avons vécu.

Au Standard, le coach vous retire du jeu avant la fin du match et...

Et à Gand, j'étais réserviste. Avant de continuer, je précise tout de suite que je suis très satisfait de mon bilan jusqu'au terme de la phase classique, que ce soit au niveau du jeu ou des statistiques. Et si certains pensent le contraire, cela ne m'intéresse pas car ils ne dressent pas un bilan d'ensemble et se braquent sur l'une ou l'autre rencontre. J'ai eu deux ou trois matches de moindre qualité, je le sais, et je n'ai aucun problème à le dire. Mais à Sclessin et à Gand, où je me suis retrouvé sur le banc en début de match, je n'ai pas du tout compris. Contre Courtrai et au Standard qui pouvait alors se relancer dans les PO1, toute l'équipe a été mauvaise mais c'est Jovanovic qu'on a retiré. Le banc, ce n'est rien. De meilleurs joueurs que moi ont pris place et y sont même restés longtemps. Pas de soucis, même si j'avais dû cirer la banquette durant 15 matches. Le problème ne se situe pas du tout à ce niveau. Mais plutôt : quel message a-t-on envoyé vers le monde extérieur ?

" Tout le monde avait besoin de repos "

Expliquez-vous ?

C'est une question de moment. Ne croyez pas que je ne supporte pas les changements : cela m'est déjà arrivé et m'arrivera encore. Un coach est le patron et c'est lui qui choisit. Ce n'est pas un job facile. Pas de problème, il m'a dit que sa décision s'expliquait par mon état de forme, ses choix tactiques, etc. Il n'était pas obligé de le faire, c'est une preuve d'estime. Mes qualités n'étaient pas mises en doute. Bon, j'étais le seul joueur fatigué ou en méforme ? Pour moi, la réponse est simple : non. Tous les joueurs étaient crevés. J'avais besoin de repos ? Tout le monde avait besoin de repos. L'équipé était en méforme dans sa globalité.

Mais vous le dites vous-même : vous aviez besoin de repos...

Comme tout le monde. Ce que je vais vous dire, c'est de la psychologie : avec le recul, je crois que le timing n'était pas indiqué. C'était peut-être le meilleur moment pour le coach, ou même pour le club, mais pas pour moi.

Pas pour vous ?

Non, pour moi, c'était le pire moment. J'ai été soutenu à l'intérieur du club, par Herman Van Holsbeeck, Jacobs, le capitaine, mes équipiers. Mais qu'a-t-on expliqué au monde extérieur en m'écartant à ce moment-là ? Rien et la perception générale a été la suivante : - Cela ne va pas, c'est à cause de Jova. Or, ce n'était pas le cas. Ce sont des instants très délicats et je me suis retrouvé seul, pas soutenu, face à toute cette pression externe. Au Standard, toute l'attention a été focalisée sur moi, à Gand aussi. Anderlecht jouait mal, j'étais quelque part le grand responsable, même le seul responsable. Incroyable : quelque part, j'étais devenu l'explication, le problème. A ce moment-là, Anderlecht ne me soutenait pas vers l'extérieur. Or, qui devait le faire ? Cette solitude-là m'a touché, je le reconnais.

A ce point-là ?

Oui, quand même : à partir de là, c'était couru d'avance, vu la jalousie que suscite Anderlecht, cela a créé des questionnements inutiles autour de moi. Une partie de la presse pro-brugeoise ou pro-Standard n'attendait que cela, j'en suis tout à fait persuadé. Bien payé, accueilli en grandes pompes, jalousé sur le plan sportif, ce que je comprends, les médias s'intéressent à moi quand cela va bien mais aussi quand cela va mal. Il fallait le savoir et la presse favorable à Bruges a cherché à créer des conflits chez nous. Je suis le premier à dire du bien de tout le monde. J'ai été mêlé à des prétendues tensions internes. Je tombais des nues quand on m'a parlé de certaines " révélations " car je ne me suis jamais disputé avec personne.

Ne devriez-vous pas être au-dessus de tout cela ?

Je supporte parfaitement la critique dans la presse et je rigole quand je lis certaines choses irréelles. Quand on me siffle, OK ! Je ne pleure pas sur mon sort. Je ne l'ai jamais fait. Je ne vais pas commencer. Je suis le premier à reconnaître les choses quand ce n'est pas bon. Mais qui a dit publiquement que je suis un médian sur l'échiquier mauve, pas un attaquant comme je le souhaitais ? Personne. Quelqu'un aurait pourtant dû l'affirmer alors que le public attendait que je joue haut, à l'attaque ou près de l'attaque. Je ne pouvais pas marquer plus de buts en partant d'aussi bas. Quand on parcourt 12 km par match, on ne peut pas être frais dans le dernier geste. Bas sur le flanc, ce n'est pas ma place naturelle. Je peux y dépanner mais, moi, mon truc, c'est 10,5 km et être dans le rectangle adverse. A Gand, je suis monté au jeu en fin de match...

" A-t-on de vrais amis dans le monde du football ? "

Votre assist à Gand constituait-il une réponse à Jacobs ?

Non mais bon...

Vous voulez dire ?

Je le redis : Jacobs a été correct avec moi. Il avait insisté pour que je signe à Anderlecht. Oui, je lui exprimé ma gratitude à ma façon en début de saison. A Gand, j'ai gardé ma satisfaction pour moi. Et, non, je n'embrasserai plus jamais Jacobs. Je considère encore qu'il est mon ami sur le plan sportif. Mais, dans le fond, a-t-on de vrais amis dans le monde du football ? Je n'en suis pas sûr. On m'écarte, on m'aligne, on attire sans cesse l'attention sur moi. Je n'ai pas 20 ans, on fait cela avec des jeunes.

Revenons-en aux PO1 : vous étiez encore sur le banc contre Genk, 3e match...

En effet. Je suis monté au jeu à 0-2, il me semble, alors que tout était plié. Si Anderlecht avait pris l'ascendant, je serais resté sur le banc. C'est le football. Ce soir-là, Genk a dominé Anderlecht dans tous les secteurs. Oui, Kevin De Bruyne est un grand joueur et il a illuminé la pelouse mais d'autres ont sorti un gros match, tous ont bien joué : Benteke, Vossen, Vanden Borre, Buffel. A ce moment-là, Genk était la meilleure équipe des PO1 et on a pris un leçon de football d'une équipe qui a exploité tous les espaces. Etait-ce la panique ? Non, mais de la préoccupation, oui. Nous sommes des professionnels et il fallait gagner au Club Bruges. Anderlecht l'a fait en signant un match d'hommes. J'étais très content de ma prestation. Je n'ai pas marqué mais j'ai bien bossé. Nous avons fait preuve de courage et de solidarité. C'est à Bruges et à Genk qu'Anderlecht a gagné le titre.

En déplacement...

J'ignore pourquoi nous avons mieux voyagé durant les PO1 que tout au long de la phase classique.

A Genk, il y a eu la sortie de De Bruyne qui a joué en votre faveur, n'est-ce pas ?

Anderlecht aurait gagné même s'il était resté au jeu. Genk a gagné et marqué pas mal de buts sans lui à Courtrai et au Standard. A Genk, nous avons joué haut et vite, ce qui m'a permis d'offrir trois assists. Or, Anderlecht y était privé de Dieumerci suspendu. On mesure son importance chez nous. Pour moi, il a réalisé son match le plus accompli en PO1 à Bruges où il a marqué et réussi à inquiéter seul la défense de notre adversaire. J'ai insisté pour qu'il vienne : je savais pourquoi. C'est un phénomène. Il doit encore rester deux ou trois ans en Belgique avant de repartir. Pour l'Angleterre, c'est impossible car il n'a pas assez de sélections nationales. Sa seule tribune internationale pour le moment, c'est la Ligue des Champions.

Et Biglia ?

Lucas est un cas différent. Il joue à Anderlecht depuis des années et il faut le comprendre. Biglia a peut-être besoin de se changer les idées, d'un nouveau défi, je suppose. Il a tout donné dans cette ligne médiane qui, on l'oublie, a été privée de Ronald Vargas. Avec lui, je suis certain qu'Anderlecht aurait posé plus facilement son jeu. En tout cas, Lucas réussira s'il part. J'en suis certain.

" Canesin deviendra une perle "

Quid de Suarez ?

C'est simple : j'adore. Intelligent, rapide : la classe. C'est un plaisir de jouer avec lui car il comprend tout. Matias a tout simplement été brillant, de loin le meilleur joueur de D1 durant la phase classique. Matias a logiquement fléchi durant les PO1. Il ira loin et ce sera aussi le cas de Canesin. Attendez deux ou trois ans et Fernando deviendra une perle.

Cette équipe tiendra-t-elle la route en Ligue des Champions ?

Ce n'est pas à moi de répondre à cette question. C'est le rôle du coach et de la direction. Des jeunes, comme les Congolais, ou Odoi, Safari ou Kanu, ont montré le bout du nez. Ils ont du potentiel mais, pour avancer, il faudra une nouvelle injection de qualités. Je ne veux pas parler des autres et de l'équipe : ce n'est pas mon job. J'ajouterai quand même que Proto a réalisé une grosse saison et gagné beaucoup de points. Chapeau pour sa hargne, son ambition, son excellence sur la ligne, sa lecture du jeu, son jeu au pied. Il a parfois été notre libero. Silvio est de loin le meilleur gardien de but de D1...

Et votre avenir à Anderlecht ?

Je suis en phase de réflexion. Je ne veux plus vivre une saison comme celle-ci. C'est trop dur mentalement. Toutes ces émotions ne sont pas faciles à vivre. Je suis venu pour le titre et je sais ce que ce club a fait pour moi. C'est énorme et j'apprécie. Anderlecht a plus de savoir-vivre que tous les clubs où j'ai joué, y compris Liverpool. J'ai tout donné pour avoir un troisième titre belge à mon palmarès. Et quand on revient dans un pays où on a tout gagné pour le compte d'un rival, c'est encore plus dur. C'est superbe mais je dois penser à mon avenir. Via la presse, Anderlecht a proposé d'ajouter une saison à mon contrat de deux ans. Je n'ai pas discuté. Je suis intéressé mais si c'est pour galoper et me sacrifier comme cette saison, j'hésite. Or, je ne sais pas comment Anderlecht jouera la saison prochaine. On verra dans quelques semaines, au plus tard à la reprise des entraînements.

Votre décision dépendra-t-elle du départ ou pas de Jacobs ?

Non, Jacobs est le coach du titre et, jusqu'à preuve du contraire, il sera là la saison prochaine. Là aussi, c'est le problème du club, pas le mien. Si Jacobs part, il faut aussi le comprendre. Cela ne changera rien à ma réflexion : je ne veux plus vivre une saison aussi éprouvante.

PAR PIERRE BILIC - PHOTOS: IMAGEGLOBE

" Je me suis retrouvé seul, pas soutenu, face à la pression externe. "

" Ma femme veut que je reste à Anderlecht : je déciderai rapidement... "

Les enfants jouent au football dans le jardin : à cinq ans, Lazar détient déjà la conduite de balle de son papa. Avant d'enchaîner les crochets, il nous a montré fièrement son premier trophée gagné avec les bambins mauves. Milan est aux anges avec les siens et après avoir intensément vécu le point d'orgue d'une longue saison contre le Club Bruges : " Je suis soulagé, heureux, débarrassé d'un poids, fier d'avoir répondu à l'attente des dirigeants qui m'ont fait confiance mais je n'ai jamais vécu un championnat aussi éprouvant... "Jovanovic : Il y a eu des critiques, parfois justifiées, sur la qualité de notre jeu mais elles sont exagérées. Personne ne peut tenir le rythme qui fut le nôtre durant des mois. Nous ne sommes pas des machines. La fatigue a présenté son addition quand il a fallu relancer la mécanique après 40 matches (30 en championnat et 10 en Europa League). Et je ne parle pas de la Coupe de Belgique, des rencontres amicales, des stages de préparation d'été et d'hiver, du travail intensif au quotidien et des obligations avec les équipes nationales. Et qui parle encore de notre maximum dans les poules de l'Europa League ? Plus personne, c'est dommage car c'était beau et, même si AZ nous a ensuite éliminés, cela fait aussi partie du bilan d'une saison. Il était temps que le verdict tombe... Comprenez-moi bien : il y a plus de 10 mois que nous sommes sur le pont sans lever le pied. Toutes les équipes bossent, je sais et je les respecte, mais Anderlecht doit porter un poids psychique supplémentaire. Ici, on dit tout de suite : - On vise le titre. C'est une tradition, une obligation, encore plus cette saison vu les investissements, et il faut y ajouter la manière à chaque sortie. Genk, par exemple, ne doit pas obligatoirement être champion : la deuxième place, c'est bon. A Sclessin, le titre 2008 décroché avec Michel Preud'homme a exigé une immense dépense nerveuse. Un an plus tard, avec Laszlo Bölöni, même si ce ne fut pas facile, nous étions plus tranquilles malgré les test-matches contre Anderlecht car l'équipe avait déjà écrit l'histoire, 25 ans après le titre de 1983. Au Sporting, une saison sans titre est une catastrophe. Non, le stress ne me dérange pas, fait partie du sport et les compétiteurs en ont besoin mais quand il s'éternise, une lassitude physique et mentale finit par s'installer ; c'est normal. Je ne cherche pas d'excuses mais les play-offs usent terriblement les organismes car les effectifs des clubs en vue ne sont pas assez étoffés. Le D1 belge, ce n'est pas le top européen. Les Messi, Ronaldo, Ibrahimovic, Ribéry et Robben ne jouent pas ici. Ce n'est pas le paradis de la technique, tout le monde le sait mais on galope comme des fous à chaque match. Savez-vous contre qui nous avons le plus couru ? Chez nous, face à Zulte Waregem (2-1). Il y a là une dépense physique très élevée qui mine lentement les équipes et leur niveau technique. Bruges et Genk, par exemple, ont éprouvé de la peine à enchaîner les matches lors des PO1, nous aussi : Anderlecht a fait preuve de fraîcheur à Genk avant d'avoir les jambes lourdes face à Gand. Si le niveau général des PO1 n'a pas été très élevé, une partie de l'explication réside dans ce calendrier infernal. Les play-offs, ce n'est pas une formule honnête... On divise le fruit de notre travail par deux et chaque succès ne vaut que 1,5 point. Hé, mais quand il y a subitement trois points en jeu lors des PO1, cela change tout ! Au bout de ce compte-là, il faut presque battre quatre fois le Standard et le Club Bruges sans être certain d'être champion. Il serait quand même plus logique de garder tout son acquis. Démarrer dans de telles conditions, c'est difficile pour un leader pénalisé et des challengers favorisés par un règlement absurde que tout le monde a accepté. Il a fallu relancer la mécanique contre une équipe de Courtrai heureuse d'être là, fraîche, sans obligation. Après le résultat (1-1), une vague de doutes a envahi tout le club qui a craint de vivre le même scénario que la saison passée : démarrer en tête avant d'être remonté. La peur était perceptible. Evidemment : ce film-là est repassé en boucle dans pas mal de regards et de têtes. Là, j'ai bien senti qu'Anderlecht avait été marqué au fer rouge par son effondrement de la saison passée. Un nouvel échec dans les play-offs aurait été dramatique. On peut dire ce qu'on veut de ce groupe, mais il a quand même propulsé ce club vers un nouvel avenir. Anderlecht peut construire sur cet acquis et enrichir le capital technique : sans ce titre, impossible. Les joueurs le savaient et cela explique pas mal de pression et d'émotions, il me semble. Je ne cherche pas d'excuses mais il faut savoir tout cela pour comprendre ce que nous avons vécu. Et à Gand, j'étais réserviste. Avant de continuer, je précise tout de suite que je suis très satisfait de mon bilan jusqu'au terme de la phase classique, que ce soit au niveau du jeu ou des statistiques. Et si certains pensent le contraire, cela ne m'intéresse pas car ils ne dressent pas un bilan d'ensemble et se braquent sur l'une ou l'autre rencontre. J'ai eu deux ou trois matches de moindre qualité, je le sais, et je n'ai aucun problème à le dire. Mais à Sclessin et à Gand, où je me suis retrouvé sur le banc en début de match, je n'ai pas du tout compris. Contre Courtrai et au Standard qui pouvait alors se relancer dans les PO1, toute l'équipe a été mauvaise mais c'est Jovanovic qu'on a retiré. Le banc, ce n'est rien. De meilleurs joueurs que moi ont pris place et y sont même restés longtemps. Pas de soucis, même si j'avais dû cirer la banquette durant 15 matches. Le problème ne se situe pas du tout à ce niveau. Mais plutôt : quel message a-t-on envoyé vers le monde extérieur ? C'est une question de moment. Ne croyez pas que je ne supporte pas les changements : cela m'est déjà arrivé et m'arrivera encore. Un coach est le patron et c'est lui qui choisit. Ce n'est pas un job facile. Pas de problème, il m'a dit que sa décision s'expliquait par mon état de forme, ses choix tactiques, etc. Il n'était pas obligé de le faire, c'est une preuve d'estime. Mes qualités n'étaient pas mises en doute. Bon, j'étais le seul joueur fatigué ou en méforme ? Pour moi, la réponse est simple : non. Tous les joueurs étaient crevés. J'avais besoin de repos ? Tout le monde avait besoin de repos. L'équipé était en méforme dans sa globalité. Comme tout le monde. Ce que je vais vous dire, c'est de la psychologie : avec le recul, je crois que le timing n'était pas indiqué. C'était peut-être le meilleur moment pour le coach, ou même pour le club, mais pas pour moi. Non, pour moi, c'était le pire moment. J'ai été soutenu à l'intérieur du club, par Herman Van Holsbeeck, Jacobs, le capitaine, mes équipiers. Mais qu'a-t-on expliqué au monde extérieur en m'écartant à ce moment-là ? Rien et la perception générale a été la suivante : - Cela ne va pas, c'est à cause de Jova. Or, ce n'était pas le cas. Ce sont des instants très délicats et je me suis retrouvé seul, pas soutenu, face à toute cette pression externe. Au Standard, toute l'attention a été focalisée sur moi, à Gand aussi. Anderlecht jouait mal, j'étais quelque part le grand responsable, même le seul responsable. Incroyable : quelque part, j'étais devenu l'explication, le problème. A ce moment-là, Anderlecht ne me soutenait pas vers l'extérieur. Or, qui devait le faire ? Cette solitude-là m'a touché, je le reconnais. Oui, quand même : à partir de là, c'était couru d'avance, vu la jalousie que suscite Anderlecht, cela a créé des questionnements inutiles autour de moi. Une partie de la presse pro-brugeoise ou pro-Standard n'attendait que cela, j'en suis tout à fait persuadé. Bien payé, accueilli en grandes pompes, jalousé sur le plan sportif, ce que je comprends, les médias s'intéressent à moi quand cela va bien mais aussi quand cela va mal. Il fallait le savoir et la presse favorable à Bruges a cherché à créer des conflits chez nous. Je suis le premier à dire du bien de tout le monde. J'ai été mêlé à des prétendues tensions internes. Je tombais des nues quand on m'a parlé de certaines " révélations " car je ne me suis jamais disputé avec personne. Je supporte parfaitement la critique dans la presse et je rigole quand je lis certaines choses irréelles. Quand on me siffle, OK ! Je ne pleure pas sur mon sort. Je ne l'ai jamais fait. Je ne vais pas commencer. Je suis le premier à reconnaître les choses quand ce n'est pas bon. Mais qui a dit publiquement que je suis un médian sur l'échiquier mauve, pas un attaquant comme je le souhaitais ? Personne. Quelqu'un aurait pourtant dû l'affirmer alors que le public attendait que je joue haut, à l'attaque ou près de l'attaque. Je ne pouvais pas marquer plus de buts en partant d'aussi bas. Quand on parcourt 12 km par match, on ne peut pas être frais dans le dernier geste. Bas sur le flanc, ce n'est pas ma place naturelle. Je peux y dépanner mais, moi, mon truc, c'est 10,5 km et être dans le rectangle adverse. A Gand, je suis monté au jeu en fin de match... Non mais bon... Je le redis : Jacobs a été correct avec moi. Il avait insisté pour que je signe à Anderlecht. Oui, je lui exprimé ma gratitude à ma façon en début de saison. A Gand, j'ai gardé ma satisfaction pour moi. Et, non, je n'embrasserai plus jamais Jacobs. Je considère encore qu'il est mon ami sur le plan sportif. Mais, dans le fond, a-t-on de vrais amis dans le monde du football ? Je n'en suis pas sûr. On m'écarte, on m'aligne, on attire sans cesse l'attention sur moi. Je n'ai pas 20 ans, on fait cela avec des jeunes. En effet. Je suis monté au jeu à 0-2, il me semble, alors que tout était plié. Si Anderlecht avait pris l'ascendant, je serais resté sur le banc. C'est le football. Ce soir-là, Genk a dominé Anderlecht dans tous les secteurs. Oui, Kevin De Bruyne est un grand joueur et il a illuminé la pelouse mais d'autres ont sorti un gros match, tous ont bien joué : Benteke, Vossen, Vanden Borre, Buffel. A ce moment-là, Genk était la meilleure équipe des PO1 et on a pris un leçon de football d'une équipe qui a exploité tous les espaces. Etait-ce la panique ? Non, mais de la préoccupation, oui. Nous sommes des professionnels et il fallait gagner au Club Bruges. Anderlecht l'a fait en signant un match d'hommes. J'étais très content de ma prestation. Je n'ai pas marqué mais j'ai bien bossé. Nous avons fait preuve de courage et de solidarité. C'est à Bruges et à Genk qu'Anderlecht a gagné le titre. J'ignore pourquoi nous avons mieux voyagé durant les PO1 que tout au long de la phase classique. Anderlecht aurait gagné même s'il était resté au jeu. Genk a gagné et marqué pas mal de buts sans lui à Courtrai et au Standard. A Genk, nous avons joué haut et vite, ce qui m'a permis d'offrir trois assists. Or, Anderlecht y était privé de Dieumerci suspendu. On mesure son importance chez nous. Pour moi, il a réalisé son match le plus accompli en PO1 à Bruges où il a marqué et réussi à inquiéter seul la défense de notre adversaire. J'ai insisté pour qu'il vienne : je savais pourquoi. C'est un phénomène. Il doit encore rester deux ou trois ans en Belgique avant de repartir. Pour l'Angleterre, c'est impossible car il n'a pas assez de sélections nationales. Sa seule tribune internationale pour le moment, c'est la Ligue des Champions. Lucas est un cas différent. Il joue à Anderlecht depuis des années et il faut le comprendre. Biglia a peut-être besoin de se changer les idées, d'un nouveau défi, je suppose. Il a tout donné dans cette ligne médiane qui, on l'oublie, a été privée de Ronald Vargas. Avec lui, je suis certain qu'Anderlecht aurait posé plus facilement son jeu. En tout cas, Lucas réussira s'il part. J'en suis certain. C'est simple : j'adore. Intelligent, rapide : la classe. C'est un plaisir de jouer avec lui car il comprend tout. Matias a tout simplement été brillant, de loin le meilleur joueur de D1 durant la phase classique. Matias a logiquement fléchi durant les PO1. Il ira loin et ce sera aussi le cas de Canesin. Attendez deux ou trois ans et Fernando deviendra une perle. Ce n'est pas à moi de répondre à cette question. C'est le rôle du coach et de la direction. Des jeunes, comme les Congolais, ou Odoi, Safari ou Kanu, ont montré le bout du nez. Ils ont du potentiel mais, pour avancer, il faudra une nouvelle injection de qualités. Je ne veux pas parler des autres et de l'équipe : ce n'est pas mon job. J'ajouterai quand même que Proto a réalisé une grosse saison et gagné beaucoup de points. Chapeau pour sa hargne, son ambition, son excellence sur la ligne, sa lecture du jeu, son jeu au pied. Il a parfois été notre libero. Silvio est de loin le meilleur gardien de but de D1... Je suis en phase de réflexion. Je ne veux plus vivre une saison comme celle-ci. C'est trop dur mentalement. Toutes ces émotions ne sont pas faciles à vivre. Je suis venu pour le titre et je sais ce que ce club a fait pour moi. C'est énorme et j'apprécie. Anderlecht a plus de savoir-vivre que tous les clubs où j'ai joué, y compris Liverpool. J'ai tout donné pour avoir un troisième titre belge à mon palmarès. Et quand on revient dans un pays où on a tout gagné pour le compte d'un rival, c'est encore plus dur. C'est superbe mais je dois penser à mon avenir. Via la presse, Anderlecht a proposé d'ajouter une saison à mon contrat de deux ans. Je n'ai pas discuté. Je suis intéressé mais si c'est pour galoper et me sacrifier comme cette saison, j'hésite. Or, je ne sais pas comment Anderlecht jouera la saison prochaine. On verra dans quelques semaines, au plus tard à la reprise des entraînements. Non, Jacobs est le coach du titre et, jusqu'à preuve du contraire, il sera là la saison prochaine. Là aussi, c'est le problème du club, pas le mien. Si Jacobs part, il faut aussi le comprendre. Cela ne changera rien à ma réflexion : je ne veux plus vivre une saison aussi éprouvante. PAR PIERRE BILIC - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Je me suis retrouvé seul, pas soutenu, face à la pression externe. "" Ma femme veut que je reste à Anderlecht : je déciderai rapidement... "