Non, Frederik Van Lierde (41 ans) ne va pas tomber dans un trou noir après son ultime triathlon, samedi. Il a planifié ses adieux il y a trois ans et son avenir est assuré : à partir de mars 2021, il va suivre une formation de sous-officier à l'armée. Il en fait partie depuis fin 2004, en tant que sportif professionnel. Une fois sa formation de neuf mois achevée, il assurera le suivi de certains sportifs de haut niveau à l'armée.
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Non, Frederik Van Lierde (41 ans) ne va pas tomber dans un trou noir après son ultime triathlon, samedi. Il a planifié ses adieux il y a trois ans et son avenir est assuré : à partir de mars 2021, il va suivre une formation de sous-officier à l'armée. Il en fait partie depuis fin 2004, en tant que sportif professionnel. Une fois sa formation de neuf mois achevée, il assurera le suivi de certains sportifs de haut niveau à l'armée. " Même si j'ai prouvé l'année passée à Lanzarote que j'étais loin d'être usé, je ne peux pas continuer à 41 ans. J'ai retiré le maximum de ma carrière. Je reste à tout jamais champion du monde, lauréat d'une des épreuves les plus prestigieuses. Je suis satisfait de ma carrière. Je vais sans doute regretter le rush des compétitions et la joie de gagner, mais je continue à chercher des défis sportifs. Je n'ai par exemple encore jamais couru de marathon en dehors du triathlon. Ce n'est pas pour tout de suite, mais je suis curieux de voir quel chrono je peux réussir. " Avant qu'il s'attelle à sa nouvelle mission à la Défense, le Flandrien nous expose les cinq principales leçons qu'il tire de sa carrière. Ses conseils peuvent être utiles à tous les sportifs de haut niveau. " En 17 ans, j'ai parcouru toutes les phases d'une carrière : jeune prometteur pratiquant de quart de triathlon, j'ai connu quelques succès puis un passage à vide avant de comprendre que j'étais meilleur sur les longues distances. J'ai éclos sur le tard et rejoint l'élite avant de me frotter à une nouvelle génération. La principale leçon à tirer de toutes ces étapes ? Sois patient et travaille dur. Le succès suivra tôt ou tard si tu possèdes assez de talent, même si tu dois changer de direction, ce que j'ai fait sur le tard. À 25 ans, je n'aurais jamais imaginé gagner l'Ironman d'Hawaï. Je n'ai pris part à un Ironman que quatre ans plus tard et il m'a encore fallu cinq ans pour être sacré champion du monde. Je n'y ai vraiment cru qu'après ma troisième place, en 2012. L'année suivante, je n'ai pensé qu'à ça. Je me suis répété plusieurs fois par jour : I'm the Ironman world champion ! I'm the Ironman world champion ! J'avais même collé une étiquette sur mon casque de cyclisme pour voir le slogan à chaque changement de zone. Quand j'ai tenu le speech traditionnel du vainqueur, devant 2.000 personnes, mon message principal a donc été : Il faut y croire pour réussir .Je suis donc convaincu de l'utilité d'un psychologue du sport. Il dispose d'outils pour renforcer la confiance d'un sportif. Ainsi, en 2012, quand j'ai gagné l'Ironman de Nice, je m'étais repassé la chanson Euphoria de Loreen en tête, sur le conseil d' Els Snauwaert. Ça m'a aidé à surmonter les moments difficiles et à bloquer les pensées négatives, en disant littéralement stop et en me concentrant sur ce que j'avais à faire. " " La patience va de pair avec le refus de l'abandon, même dans les courses où ça ne va pas. J'ai eu moins de mal à supporter la souffrance en courant vers la victoire à Hawaï que l'année suivante, quand je me suis déchiré les abdominaux et que j'ai trimé une heure pour terminer huitième. Les gens ont considéré que c'était une défaite, mais pas moi. J'étais aussi fier de ma prestation qu'un an plus tôt. J'avais aussi eu des moments pénibles : j'étais largué dans les trente premiers kilomètres à vélo. Et en 2017, je me suis imposé à Nice malgré une plaie à la tête, car j'étais tombé dans la douche. D'où cette leçon : n'abandonne jamais, même si tu vas terminer 27e. Car tu le regretteras après. Je l'ai expérimenté à Hawaï en 2017, quand j'ai abandonné, après une série de contrecoups : j'avais été agressé en Afrique du Sud et à Hawaï, j'avais dû attendre mon sac de provisions pendant cinq minutes. J'en avais marre. Mais ensuite, je l'ai regretté. " " Je n'ai jamais eu de grand rêve, mais j'ai toujours eu un plan. À long terme, ce n'est pas un hasard si j'ai programmé mes adieux il y a trois ans, et à court terme. Deux jours avant chaque triathlon, j'établissais un plan de course, d'alimentation et un plan mental, pour ne rien laisser au hasard. J'essayais ainsi de contrôler ce qui était en mon pouvoir et de me préparer aux imprévus. Car il y en a toujours dans une épreuve de huit heures : un bidon perdu, une pénalité de temps, une chute... Je me suis toujours entraîné selon un schéma, surtout les dix dernières années, avec mon coach Luc Van Lierde. Je me suis fié aveuglément à son programme, ce qui m'a aidé à bannir tout doute. En plus, je me suis plongé dans le métier d'entraîneur, pour comprendre la finalité de chaque exercice et pouvoir l'exécuter mieux encore. Après chaque compétition, je procédais à une analyse écrite, pour en tirer des leçons la prochaine fois. " " Une des clés d'une carrière réussie : t'entourer de gens qui croient en toi et dans lesquels tu crois à 100%. Si ce n'est plus le cas, il faut oser changer. Avant de m'entraîner avec Luc Van Lierde, à partir de 2011, j'ai changé trois fois d'entraîneur : j'ai d'abord eu le regretté Didier Volckaert, puis Philiep Steelandt et enfin Pieter Timmermans. Des entraîneurs qui ont fait du bon boulot - sinon, je n'aurais pas réussi une carrière aussi longue - et avec lesquels je suis toujours en relation. Mais il faut opérer ce choix pour continuer à évoluer. C'est pour ça qu'il était si important de faire appel à Luc Van Lierde. Son expérience, alliée aux connaissances scientifiques du physiologiste Jan Olbrecht, m'ont appris à atteindre mon pic de forme au bon moment. Idem sur le plan mental. En 2007, j'ai commencé à travailler avec Tom Storie, un psychologue clinique. Quand il m'a signifié qu'il vaudrait mieux me tourner vers un spécialiste du sport, en 2011, je me suis tourné vers Els Snauwaert, qui m'a appris de nouveaux trucs. J'ai toujours cherché les fameux marginal gains. J'ai été un des premiers à utiliser un dérailleur ovale et des bas de compression. Avant Hawaï, j'ai passé deux semaines en Arizona, où il fait encore plus chaud, pour m'y habituer. Jan Olbrecht m'a incité à m'entraîner sur base de la VLaMax (une valeur qui indique la vitesse à laquelle le corps produit de l'acide lactique). Ce système est omniprésent en cyclisme. Je n'étais peut-être pas le plus fort, mais j'ai essayé d'être le plus malin, sans jamais m'enfermer dans mon monde ni sombrer dans la maniaquerie. C'est aussi une leçon : il y a une vie à côté du sport, avec les copains, la famille. On tient plus longtemps si on en tient compte. " " Un bon footballeur ou un grand cycliste attire automatiquement l'attention, mais le pratiquant d'un petit sport doit se mettre en vitrine. Si la presse s'intéresse à lui, il doit sauter sur l'occasion. Je n'ai jamais refusé d'interview sous prétexte que je n'en avais pas envie : ça fait partie de la vie d'un sportif. J'ai même libéré du temps pour la presse américaine avant Hawaï et certainement après ma victoire en 2013. Ça a été très apprécié et c'est comme ça qu'on reste intéressant quand ça va moins bien. Ce n'est pas un hasard si j'ai toujours été sous contrat à la Défense et si je n'ai jamais eu de problème pour trouver des sponsors. J'ai toujours essayé de leur offrir un retour publicitaire. Les sponsors ne paient plus seulement pour avoir leur logo sur un maillot. Ils veulent une relation personnelle. Je me suis toujours vendu en personne, notamment en donnant des conférences pour des sociétés, en Belgique et en France. Une fois devant 2.000 personnes. Je n'étais pas nerveux, car je pouvais parler de ma passion pour le sport, de ma tactique. Je suis peut-être un brin ennuyeux, je ne fais pas de show, mais je suis toujours resté moi-même. Je suis toujours resté clean à 100%. J'en suis aussi fier que de mes victoires. Et ça ne changera pas dans ma nouvelle vie. "