Une imposante villa avec piscine et palmiers, avec vue sur Kailua Bay et les montagnes : pendant deux semaines, c'est le port d'attache du clan Herremans. Il a fallu un camion pour tout transporter : chaise roulante, vélo adapté, appareil de course, pièces de réserve. Malgré quatre correspondances, Marc Herremans est rayonnant. Samedi, il va vivre la journée la plus éprouvante de sa vie : 3,8 kilomètres de natation en pleine mer, 180 km en vélo et un marathon en wheeler. Le tout avec ses bras.
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Une imposante villa avec piscine et palmiers, avec vue sur Kailua Bay et les montagnes : pendant deux semaines, c'est le port d'attache du clan Herremans. Il a fallu un camion pour tout transporter : chaise roulante, vélo adapté, appareil de course, pièces de réserve. Malgré quatre correspondances, Marc Herremans est rayonnant. Samedi, il va vivre la journée la plus éprouvante de sa vie : 3,8 kilomètres de natation en pleine mer, 180 km en vélo et un marathon en wheeler. Le tout avec ses bras. Le 6 octobre, à New York, Herremans a rencontré Christopher Reeve, alias Superman : " C'était le plus beau jour de ma vie ". Ils ont discuté pendant deux heures. L'acteur est paralysé depuis 1995, suite à une chute de cheval. Ils ont évoqué leur vie, leurs fondations, qui vont £uvrer de concert, et leur rêve commun : remarcher. " Il a fini par manquer d'air, sinon, nous aurions parlé toute la journée. Il ne peut bouger que sa tête et pourtant, il reste positif. Il est dix fois plus mal en point que moi. Il m'aide à conserver mon courage. Si je peine pendant le triathlon, je penserai à son sourire. Dans l'avion, j'ai lu son livre, Nothing is impossible. Il a raison. Certains me demandent pourquoi je m'acharne. Mais alors, il faudrait aussi cesser de lutter contre le cancer ? Un faux espoir ? Je ne le perdrai jamais. Il y a 30 ans, quand on souffrait du c£ur, c'était pour la vie. Maintenant, on réussit des transplantations. On progresse dans tous les domaines, pourquoi pas dans le nôtre ? Une Anglaise m'a envoyé un article. Elle était dans une chaise roulante depuis l'âge de neuf ans. 11 ans plus tard, elle remarche. D'ailleurs, l'Ironman a un slogan qui me convient : Anything is possible. Je ne poursuis qu'un grand objectif : remarcher. Devenir le meilleur mondial en chaise roulante ne m'intéresse pas. Non que je mésestime ceux qui le tentent mais pour y arriver, je devrais me consacrer à ça, au détriment de mon amie, de ma famille. Certains se font même enlever les rotules, pour devenir plus aérodynamiques. Le sport est capital pour ma santé : dès que j'arrête quelques jours, j'ai mal partout. Je consacre plus de trois heures par jour à ma rééducation. Ça me coûte du temps et de l'énergie. La plupart des athlètes en chaise roulante se sont résignés et se vouent à leur sport. Je les comprends mais moi, je veux tout faire pour remarcher. Je ne connais même pas les autres athlètes en chaise roulante qui participent à l'Ironman. Nous devons être cinq. Samedi, c'est contre moi-même que je me battrai ". Marc Herremans se sent à nouveau athlète : " Ce matin, j'ai fait le parcours de natation. J'ai dû dépasser 50 concurrents alors que je n'ai plus d'abdominaux et que je fais tout à la force des bras ". Dirk Van Gossum, son partenaire d'entraînement, était là, lors de l'accident, à Lanzarote, en janvier 2002. Huit mois plus tard, il l'a accompagné à Hawaï : " A cette époque, Marc se rétablissait. Maintenant, à mes yeux, il est redevenu un athlète. Je retrouve l'homme qui voulait toujours repousser ses limites et qu'il faut donc freiner. L'objectif n'est plus de prendre le départ mais d'atteindre l'arrivée. Marc est incroyablement affûté ". Marc Herremans : " L'année passée, je n'aurais pas abandonné, si un médecin ne m'avait retenu, avec raison. Mon matériel n'était de toute façon pas au point. Je découvrais un monde nouveau ". Le triathlète a retenu une leçon du livre de Christopher Reeve : apprendre à vivre tel qu'on est. " Il ne peut respirer sans aide que deux heures par jour mais il se démène : pour sa Fondation, avec des films, des livres, et pour sa guérison. Comme moi, il était un sportif, un bon vivant. Vous êtes au summum de votre bonheur et en une fraction de seconde, tout bascule. C'est terrible. Christopher a pensé au suicide, après son accident, mais il a repris le dessus et s'est battu. Ne me demandez pas d'où ça m'est venu mais une semaine après mon accident, j'ai eu assez de force pour me dire que je tirerais le meilleur parti de ce que j'étais devenu et que je remarcherais un jour. Plus les gens me disaient de l'oublier, plus je m'acharnais. On a bien prétendu que je ne nagerais plus le crawl. Au semi-triathlon de Brasschaat, je suis sorti de l'eau 33e, sur 370. Quand on y croit, on va plus loin qu'on ne le pense. Plus le choc est rude, plus il vous renforce. J'ai voulu reprendre une vie normale le plus vite possible. C'est pour ça que je suis revenu à Hawaï il y a un an. Ce fut une étape importante, mentalement. J'ai au moins compris ce que je devais travailler ". Il ne paraît pourtant pas changé. " Sauf qu'avant, je me fixais sur la victoire et sur mon corps. Maintenant, je m'occupe davantage des autres. Ce qui m'arrive est terrible mais je m'en accommode. Mais qu'en est-il de mon amie et de mes parents ? Je ne peux lire leurs pensées et ils ne me disent rien. Le pire est de dépendre des autres. On doit me porter dans l'avion comme au départ de l'épreuve de natation. Chaque fois, c'est un choc. Mais moi, au moins, je peux encore boire tout seul. Christopher doit appeler quelqu'un quand il a soif. Ça m'aide à relativiser : on peut regarder en haut et songer à ce qu'on ne peut plus faire ou effectuer la démarche inverse. Tant de gens envient leur voisin de posséder une grosse bagnole alors que des millions de gens n'en ont même pas. Lors de mes speeches, dans les entreprises, je raconte que je suis né avec de bonnes cartes, dans un pays prospère. J'ai été champion de Belgique dans mon sport favori, j'ai terminé sixième à Hawaï. Puis le château de cartes s'est écroulé. D'un coup, je n'ai plus eu que de mauvaises cartes. J'ai cru ne rien pouvoir en faire mais c'est faux : on peut toujours les jouer. Parfois, des parents m'amènent leur enfant, qui est aussi dans une chaise et qui a perdu courage. J'essaie de le lui rendre et quand j'apprends, quelques semaines plus tard, qu'il nage, qu'il mange plus sainement et se sent mieux, je pense : - Bingo ! La Marc Herremans To Walk Again Foundation accomplit déjà un travail fantastique. Je voudrais aussi faire quelque chose pour les enfants en chaise, comme leur procurer du matériel sportif, car il est très cher. Cette semaine, nous avons un stand avec des posters et des t-shirts à l'Ironman Village. Je veux encourager le sport à l'école, solliciter les sportifs de haut niveau après leur carrière, utiliser leur expérience. Mais combien de portes devrai-je ouvrir avant d'arriver à quelque chose ?" Il n'a jamais manqué d'idées mais n'avait pas de temps. Depuis son accident, il a écrit un livre, est devenu Personnalité Sportive de l'année, conseiller du ministre flamand du Sport, il a une Fondation et il s'est préparé pour l'Ironman. " Mes journées sont trop courtes. Je dors quatre heures par nuit, en moyenne. Pourquoi prendre ce départ ? Pour prouver que tout reste possible, que je peux terminer l'épreuve d'un jour la plus dure. Ce sera le jour le plus pénible de ma vie. A l'aller, en vélo, je vais voir passer les favoris dans l'autre sens et je me dirai que c'est là que j'aurais dû être. Arriver au bout de l'épreuve signifierait beaucoup pour moi, ma famille et mes amis. Qui sait si je n'inciterai pas quelques jeunes à entamer une rééducation, à faire quelque chose de leur vie ?" " Faire rire un enfant est plus important que gagner l'Ironman "