En janvier 2017, Matej Mitrovic (24 ans) a signé un contrat de quatre ans à Besiktas. Selon Kaan Bayazit, rédacteur en chef du site sportif Besiktas International, le club turc a versé 4,2 millions d'euros pour le Croate, alors âgé de 22 ans et qui allait gagner 1,2 million d'euros par an.
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En janvier 2017, Matej Mitrovic (24 ans) a signé un contrat de quatre ans à Besiktas. Selon Kaan Bayazit, rédacteur en chef du site sportif Besiktas International, le club turc a versé 4,2 millions d'euros pour le Croate, alors âgé de 22 ans et qui allait gagner 1,2 million d'euros par an. Il y a peu joué et, l'hiver dernier, il a été loué au Club Bruges, où il espérait être transféré à titre définitif. Prisonnier d'une cage dorée, il a cependant dû retourner à Istanbul et, après avoir été écarté de la sélection croate pour la Coupe du monde (voir encadré), il est parti en stage en Slovaquie et en Autriche avec les Aigles Noirs. Il l'avoue : ce fut une période difficile. " Retourner à Istanbul n'était pas ennuyeux - je suis professionnel - mais je savais que mon avenir se situerait sans doute ailleurs ", dit-il. Mi-juillet, le Club Bruges et Besiktas ont fini par trouver un accord : le club de la Venise du Nord a mis près de 3,5 millions sur la table pour obtenir le transfert définitif du défenseur central, qui a signé un contrat de quatre ans. Certes pas aux mêmes conditions qu'en Turquie mais il s'en satisfait. " L'argent, ça compte mais jouer chaque semaine, c'est bien plus important encore ", dit-il. " De toute façon, à la longue, celui qui reste sur le banc finit par perdre de sa valeur. " Matej Mitrovic a grandi à Lukac, un hameau de 150 habitants à l'ombre de Kutjevo, la capitale du vin croate, entre les montagnes et les bois. " Les touristes ne connaissent pas mais la Slavonie est un endroit fantastique qu'il faut voir une fois dans sa vie ", dit-il. Une perle oubliée dans la vallée fertile de Pozega, d'où des centaines de milliers de bouteilles de vin partent chaque année. Petar (32 ans), son frère aîné, bosse dans le domaine des assurances tandis qu'après ses études, Josip (28 ans) a travaillé dans l'entreprise viticole de son père. " C'est un petit domaine, nous produisons environ 15.000 bouteilles par an. Dans notre région, il y a beaucoup de petits producteurs, comme mon père et mon oncle, mais leur vin est excellent. " Vous en buvez ? MATEJ MITROVIC : Un joueur de foot peut se permettre un verre de rouge mais après les matches, je préfère tout de même une bière. Ou deux ( il rit). Lorsque j'habitais encore en Croatie, j'aimais regarder ces gens qui, un soir de février, sur la place du village, faisaient goûter leur vin et les saucisses qu'ils avaient fabriquées eux-mêmes. Un feu de camp, un orchestre, des chants et des danses, à manger et à boire... Des soirées fantastiques. Lorsque j'étais petit, on aidait nos grands-parents à entretenir les vignes. Et au moment des vendanges, on réquisitionnait la famille et les amis. Tous les producteurs s'aidaient mutuellement. Un jour, on vendangeait sur le terrain de mon père, le lendemain ailleurs. Il y avait beaucoup de solidarité. Aujourd'hui, c'est plus difficile car beaucoup de jeunes sont partis. C'est l'exode. Il y a peu de bons boulots dans la région alors les jeunes émigrent en Allemagne ou en Autriche. Même ceux qui viennent de grandes villes : ils sont mieux payés à l'étranger. Quelle place occupait le football dans votre famille ? MITROVIC : Au village, il y avait une douzaine d'enfants. Chaque jour, on se retrouvait pour jouer au football. À l'âge de 8 ans, je me suis affilié au NK Kutjevo, un petit club dont mon père était le président. Petit, je supportais le Dinamo Zagreb, très populaire dans notre région, où seul Osijek évolue au plus haut niveau. Zagreb est à 200 km de Lukac et j'y ai vu très peu de matches mais, à l'âge de 14 ans, j'étais là pour la rencontre de Ligue des Champions face au Werder Brême. Mon père ne m'a jamais dit où je devais jouer et quand, après trois ans, je suis parti à Kamen Ingrad, qui jouait encore en D1, il a respecté mon choix. J'ai pu y travailler avec deux coaches - Damir et Dalibor Bognar - qui ont beaucoup compté dans ma carrière. On peut dire qu'ils m'ont découvert. Et plus de dix ans plus tard, ils m'aident toujours à prendre les bonnes décisions. J'ai un agent ( l'ex-internationalIvan Cvjetkovic, qui a joué à Saint-Trond de 1987 à 1991, ndlr), mais ils me donnent de bons conseils et viennent souvent me voir. Ils sont venus à Istanbul l'an dernier et à Bruges cette année. À 17 ans, vous êtes parti à Cibalia Vinkovci. Un moment difficile ? MITROVIC : Pas facile car j'avais toujours vécu avec ma famille et, soudain, je me retrouvais à 140 km de chez moi, complètement seul. Mais c'était mon choix. Si j'avais échoué, je pouvais toujours reprendre mais études mais tout s'est bien passé. Au cours des six premiers mois, j'avais une chambre au stade, où une dizaine d'autres jeunes vivaient aussi. Après, j'ai emménagé dans un appartement mais je mangeais chaque jour au stade, heureusement ( il rit). 25 février 2012, ça vous dit quelque chose ? MITROVIC : Mes premières minutes en D1, à Slaven Belupo. Au poste d'arrière droit ! Avant ça, j'avais toujours évolué au poste de médian défensif mais Cibalia avait besoin d'un défenseur. J'ai dû donner satisfaction car, au cours de ma deuxième saison, j'ai joué tous les matches : dans l'axe de la défense et sur les deux flancs. Le fait d'avoir été formé comme médian m'a sans doute aidé : je me sens bien balle au pied. En un peu plus de deux ans à Cibalia, vous n'avez pas pris le moindre carton jaune. MITROVIC : Étonnant pour un défenseur, non ? Surtout au sein d'une petite équipe. Mais la saison dernière, à Bruges, je n'ai pris que deux cartons jaunes. Et cette saison, pas un seul. Je n'ai pas vraiment d'explication mais je n'aime pas descendre des adversaires. À Cibalia et à Rijeka, vous jouiez avec le numéro 15. Pourquoi ? MITROVIC : C'est un hasard. Je venais des juniors et c'était le seul numéro encore disponible. Pour moi, ce n'était pas très important. Pareil quand je suis parti à Rijeka. À Besiktas, le capitaine - Oguzhan Özyakup - portait déjà le numéro 15. Il était donc exclu que je joue avec et on m'a donné le 2. Ici, j'ai choisi le 15 : c'est devenu un rituel. Lorsque Cibalia a été relégué, en 2013, vous n'aviez encore que 19 ans et vous êtes parti à Rijeka pour 130.000 euros, un montant ridicule. MITROVIC : Surtout si on le compare aux prix des transferts de ces dernières années. J'ai fait le bon choix : j'ai joué dans une plus grande ville et dans ce qui était alors le troisième club du pays, derrière le Dinamo et Hajduk. Mais là aussi, pendant six mois, je n'ai pas presque pas joué et il a fallu une kyrielle de blessés pour que l'entraîneur fasse appel à moi. Le malheur des uns fait le bonheur des autres ? MITROVIC : Il faut toujours un peu de chance. Cette saison-là, nous avons gagné la Coupe face au Dinamo. Nous nous sommes imposés 0-1 à Zagreb grâce à un but d'Ivan ( Tomecak, ndlr) et au retour, c'est moi qui ai marqué de la tête. Deux buts brugeois (il rit). Par la suite, j'ai pratiquement joué tous les matches, y compris en Europa League. Nous avons pris sept points dans un groupe avec le Standard, Feyenoord et Séville. Ces deux matches face au Dinamo Zagreb étaient-ils les plus importants de la saison ? MITROVIC : Nos supporters détestaient surtout Hajduk mais, à l'époque, nous étions les plus grands rivaux du Dinamo, qui a été champion onze fois d'affilée. Donc, c'était de gros matches. Rijeka a été champion en 2017 mais, à la trêve, vous étiez parti à Besiktas. Un choix malheureux. MITROVIC : On était en tête et on avait une bonne équipe, avec des joueurs qui s'entendaient très bien. On était toujours ensemble, même en dehors du stade. Je ne songeais pas à partir mais quand Besiktas s'est montré intéressé, je me suis dit : " pourquoi ne pas essayer plus haut ? " Peut-être était-ce un peu tôt. Lorsque Rijeka a été champion et a gagné la coupe, je suis allé dire bonjour et j'ai reçu mes médailles. Au cours de la même saison, j'ai également été champion de Turquie. Mais vous n'avez été titulaire que deux fois en championnat. MITROVIC : C'est peu, évidemment mais j'ai joué en Europa League et nous sommes arrivés en quarts de finale, où nous avons été éliminés aux tirs au but par Lyon. Un mauvais souvenir pour moi ( Mitrovic a raté son penalty à 6-6, ndlr) mais la fête du titre a été impressionnante : une croisière de plus de deux heures sur le Bosphore dans un bateau escorté par une cinquantaine d'autres embarcations : ça klaxonnait, il y avait des fumigènes... Puis nous nous sommes rendus au stade en bus pour jouer un match. La vie à Istanbul vous plaisait ? MITROVIC : Pour un jeune qui a grandi à la campagne, c'était beaucoup trop agité : 15 millions d'habitants, près de quatre fois toute la Croatie... Le trafic y est chaotique - tout le monde fait n'importe quoi, au début je n'avais pas assez de mes deux yeux - mais on s'y habitue. Istanbul est grand mais c'est beau, il y a toujours quelque chose à faire et les gens y sont fous de football. Cinq clubs (Besiktas, Fenerbahçe, Galatasaray, Basaksehir et Kasimpasa) jouent en D1. Où qu'on aille, on est reconnu et tout le monde veut faire des photos. Avant et pendant les matches, c'était fou. Je me souviens d'une rencontre face au RB Leizpig : Timo Werner a dû sortir après une demi-heure car nos fans sifflaient tellement qu'il avait des problèmes au tympan. Il n'a pas joué pendant près d'un mois. Chaque match, c'était la guerre, surtout les derbies. Pourquoi jouiez-vous si peu ? MITROVIC : Quand je suis arrivé, il y avait déjà trois défenseurs centraux : Atinc Nukan ( RB Leipzig, ndlr), Dusko Tosic ( Guangzhou, ndlr) et Marcelo, qui évolue désormais à Lyon. Après six mois, je pensais que j'allais gagner ma place mais le club est alors allé chercher Pepe au Real Madrid et Gary Medel ( Inter, ndlr) est arrivé. Je ne pouvais pas faire face à une telle concurrence. Je sentais que je n'aurais pas ma chance et j'ai cherché une solution car j'étais trop jeune pour faire banquette chaque semaine. Je ne pouvais progresser qu'en jouant régulièrement. Que saviez-vous du Club Bruges ? MITROVIC : Je connaissais le club et je savais que l'entraîneur était croate, même si je n'avais jamais parlé avec lui. J'ai appelé Ivan Tomecak, qui venait de signer, et j'ai compris que je devais en faire autant. Finalement, la saison a même été bonne puisque nous avons été champions.