Thomas Buffel nous fixe rendez-vous à Lichtervelde, dans un café proche du domicile parental, là où il y a trois ans, il a reçu un coup de fil lui annonçant son transfert à Genk. Après une double opération au genou, il était revenu en Belgique, où on ne croyait plus guère en lui. D'ailleurs, Glen De Boeck ne souhaitait plus travailler avec lui au Cercle.
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Thomas Buffel nous fixe rendez-vous à Lichtervelde, dans un café proche du domicile parental, là où il y a trois ans, il a reçu un coup de fil lui annonçant son transfert à Genk. Après une double opération au genou, il était revenu en Belgique, où on ne croyait plus guère en lui. D'ailleurs, Glen De Boeck ne souhaitait plus travailler avec lui au Cercle. Il a remporté le titre durant sa deuxième saison, il a participé à la Ligue des Champions ensuite et a brillamment entamé sa quatrième année à la Cristal Arena, marquant des buts décisifs en championnat et en Europa League. " Je digère très bien notre agenda chargé, même si je dois parfois composer avec le système de rotation imposé par le coach. "ThomasBuffel : Nous avions perdu des points in extremis au Lierse et je craignais que ce scénario ne se reproduise car le score était de 0-1 et je pensais pouvoir aider l'équipe à conserver le ballon. D'ailleurs, Charleroi a égalisé peu après mais Julien Gorius a lui aussi trouvé le chemin des filets, heureusement. Ce n'était qu'une réaction due à l'émotion, à ma rage de vaincre car je m'entends super bien avec l'entraîneur. Je l'ai toujours été mais j'ai dû m'adapter au style de Vercauteren, qui exigeait de chacun un pressing sur le porteur du ballon. Sous ses ordres, j'étais au four et au moulin, au point de manquer parfois de jus pour être décisif. L'entraîneur actuel met l'accent sur un bon positionnement en perte de balle. De ce fait, je dois moins reculer et c'est d'application aux autres aussi. Maintenant, tout le monde réagit collectivement. Non. Il faut plutôt chercher l'origine de mes blessures au genou à mon style. J'ai toujours tendance à en faire trop, même si j'essaie de mieux doser mes efforts pour pouvoir faire la différence en fin de partie. Quand je suis frais, on ne voit pas la différence. Mais à force de me dépenser sans compter, il me manque parfois ce jump en fin de match. Reste que ma manière de jouer a évolué avec l'âge. Aujourd'hui, je ne la fais plus solo. Je cherche aussi les combinaisons, les une-deux, les espaces. Je m'adapte en fonction du déroulement du match et j'aime bien ces variations. J'essaie de stimuler mes coéquipiers, je veux qu'ils se concentrent, notamment sur les phases arrêtées, pour ne pas encaisser de but. Il m'arrive de remonter les bretelles d'un joueur ou de demander du renfort dans le rectangle. J'indique aussi plus facilement quand il faut temporiser ou, au contraire, accélérer le mouvement. Il faut s'engager tant et plus quand on se retrouve à dix. Là aussi, je dois prêcher l'exemple, car si mes coéquipiers voient qu'un joueur comme moi, qui s'appuie sur ses qualités footballistiques, se donne à fond, ils le feront aussi. Le lendemain de ce match, le coach mental, Stijn Quanten, m'a d'ailleurs félicité. En effet mais à cette époque, on ne mesurait pas suffisamment l'impact d'un psychologue. Je me demandais, a priori, s'il allait m'expliquer comment jouer. J'ai compris avec le temps que ce type de personne peut vous aider à surmonter un passage à vide ou à vous concentrer sur votre travail. Nous exerçons par exemple notre vitesse de réaction avec des jeux sur ordinateur, de même que notre concentration et notre vision latérale, à raison d'une demi-heure par semaine, au club, même s'il est possible de se connecter à domicile. Si on y consacre suffisamment de temps, cela permet de progresser d'un pourcent. Cela vous montre le professionnalisme de Genk. Si l'ambiance est bonne, c'est aussi grâce à lui. Il accepte qu'on s'exprime et qu'on rigole dans le vestiaire ou à l'entraînement, quitte à intervenir quand ça dégénère. Il peut piquer de fameuses crises de colère. Nous apprécions ses méthodes. Nous n'avions pas le choix. Töszer a dépanné à ce poste. Been joue sur base de nos atouts mais veut aussi que chacun assume ses responsabilités et réfléchisse. Nous sommes mieux positionnés en perte de balle. Notre style de jeu n'a pas changé mais Koulibaly apporte plus de détermination à la défense et Hyland abat énormément de travail dans l'entrejeu. Je devais répondre par oui ou non et je pouvais difficilement dire non. Ceci dit, compte tenu de nos prestations dans des conditions difficiles, à Bâle et au Club Bruges, nous pouvons lutter pour le titre. Nous avons un bon mix de caractères et de profils. Jelle et Benji marquent facilement, nos médians conservent bien le ballon et nous avons quelques costauds en défense. Là aussi, la complémentarité est idéale. Nous avons été champions en signant une belle série en début de saison et en la gérant bien. Nous avons perdu notre avance à la fin du championnat régulier mais nous sommes parvenus à retrouver la forme dans les play-offs. Notre football actuel est au moins aussi bon, même si des erreurs individuelles nous ont coûté des points, comme la saison passée. Je sens que nous tirons des leçons de nos erreurs. Si nous occupons la même place qu'il y a deux ans au début des play-offs, nous aurons nos chances. Oui. Monrose, De Ceulaer, Gorius et Koulibaly ont apporté une plus-value immédiate. Les bons joueurs ne manquent pas et on peut remplacer n'importe qui, à condition d'effectuer le bon choix. Non. Il est intelligent, polyvalent et solide. Il est difficile de l'écarter du ballon, il sait quand accélérer ou utiliser sa puissance. Surtout, il ne connaît pas le stress de ne pas réussir. Il accorde peu d'importance à des choses qui comptent pour les autres. C'est un garçon simple, normal. Il n'a pas besoin de dix autos. Non. Certains gèrent mieux leur vie que d'autres. Quand on joue trois matches par semaine, on a intérêt à bien choisir ses moments de détente et savoir ce qu'on peut se permettre ou pas. C'est une des clefs du succès. Mais certains, comme Allen McGregor, le gardien de l'Ecosse, ont du mal à se contenir. Sur le parking des Rangers, il n'y avait que des Ferrari et des Bentley. Apparemment, le comportement des joueurs était à l'avenant en dehors du terrain. Les supporters savaient ce que les joueurs gagnaient et n'auraient pas accepté qu'ils roulent en Mini. Mais certains avaient trois ou quatre bolides de ce genre et, quand ils sortaient, ils ne se contentaient pas d'un verre. Par contre, je n'ai jamais vu de footballeur se droguer. Oui mais elles ne sont pas organisées par des sportifs , ils y sont invités. Je pense qu'il y en a beaucoup plus dans le monde des affaires, dans un univers où les exigences physiques sont moindres. Tout le monde a besoin de décompresser, de sortir. Je peux comprendre que ceux qui doivent rester concentrés toute la semaine aient envie de profiter de la vie, de boire et d'aller un peu trop loin. Je n'ai guère changé. Mon amie me dit depuis longtemps que je dois aussi profiter de la vie et ne pas seulement penser au football. Depuis deux ans, je bois moins de sodas et plus d'eau pour mieux m'hydrater. Lieven Maesschalk a mon dossier depuis mes seize ans. Genk et lui se concertent pour intégrer certaines recommandations dans mon programme. J'ai pris conscience de l'importance des exercices de stabilisation pour les genoux, le bassin et le dos. Je les effectue avant l'entraînement. J'aime la variété : un bon repas, la visite de copains, une séance TV, l'ordinateur... J'ai toujours eu besoin de rencontrer mes amis et de prendre un verre avec eux, l'après-midi ou le soir, en jouant aux cartes, au billard... Mais toujours avec mesure. Alors, c'est une façon de parler mais on peut être performant après avoir mangé au McDonald. J'ai quitté le Cercle pour Feyenoord il y a quinze ans. Si je compte les mauvaises périodes vécues depuis, il y a quatre mois sous Ruud Gullit là-bas, à cause de mon opération. Plus la saison suivante, durant laquelle je n'ai pas été titulaire lors de la finale de Coupe UEFA, ayant entamé ma préparation trop tard, à cause de l'opération précisément. Il faut encore y ajouter une demi-saison au Cercle. Cela fait deux ans sur quinze. Le reste a été très positif. Peut-être n'ai-je pas assez rêvé ou vu assez grand. Au début, tout a coulé de source. Après deux saisons fantastiques à Feyenoord, j'aurais sans doute pu rejoindre un championnat plus coté mais je n'y ai pas songé. Je n'ai envisagé de partir qu'à l'arrivée de Marc Wotte au poste de directeur technique et de Ruud Gullit à celui d'entraîneur. J'ai rejoint les Rangers, un de mes clubs favoris depuis l'enfance. C'était encore un grand club. Enfin, je suis heureux d'être revenu en Belgique après mes blessures aux genoux. Cela n'a pas été facile car les attentes n'étaient pas très réalistes mais je suis parvenu à me distinguer quand même, dans la région dans laquelle j'ai grandi. Je ne vais pas commencer à rêver maintenant. Si je reste à Genk, je veux participer au processus enclenché depuis trois ans pour en faire un ténor stable. Cela dépend des autres options. J'ai dit à Genk qu'il devait me faire une offre que je ne pourrais refuser.PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTOS: KOEN BAUTERS" On peut être performant après avoir été manger au Mc Do. "" Les fans des Rangers n'auraient pas admis que leurs joueurs roulent en Mini. "