Alors que le Club Bruges ne mise visiblement plus beaucoup sur Bjorn Vleminckx, l'importance des missions qui attendent Mémé Tchité chez Georges Leekens ne font que croître. L'ancien Standardman le sait mais il en faut plus pour déstabiliser un bourlingueur habitué aux situations difficiles. Même une blessure à la cheville, encourue lors des matches de préparation ne l'a pas stressé : " Dans ces moments-là, le plus important est de travailler et de se soigner. Le reste est entre les mains de Dieu. "
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Alors que le Club Bruges ne mise visiblement plus beaucoup sur Bjorn Vleminckx, l'importance des missions qui attendent Mémé Tchité chez Georges Leekens ne font que croître. L'ancien Standardman le sait mais il en faut plus pour déstabiliser un bourlingueur habitué aux situations difficiles. Même une blessure à la cheville, encourue lors des matches de préparation ne l'a pas stressé : " Dans ces moments-là, le plus important est de travailler et de se soigner. Le reste est entre les mains de Dieu. " Son métier et son vécu d'homme lui permettent de prendre les événements de la vie avec du recul. Il est très à l'aise en nous recevant dans une des salles du stade Jan Breydel. Son look et ses préférences vestimentaires étonnent et intéressent la presse locale qui ne le connaît pas bien. L'habit brugeois n'est pas facile à porter et il sait ce qui l'attend mais ne redoute rien. Il en a vu d'autres. Quand il débarque en Belgique en 2003, Tchité ne parle pas français. Il ne manie que le swahili et un concours de circonstances vient de lui permettre de se distinguer sous les yeux des scouts du Sporting de Charleroi. C'est la chance de sa vie et il quitte la région des grands lacs où le Burundi et le Rwanda plongent dans la folie et le sang. " Je dois tout au football, c'est certain ", murmure-t-il. " Et j'ai surtout eu la chance de rester en vie car j'ai perdu des parents et des amis dans cette tragédie. " Cela lui donne la force de s'accrocher tout en comprenant que Charleroi ne lui convient pas. Son agent José De Medina l'aiguille vers les jeunes du Standard où il bosse sous les ordres du premier coach à croire en lui : Daniel Boccar. Le jeune attaquant noue les deux bouts avec les 1.000 euros bruts par mois de son premier contrat professionnel : " Il ne me restait presque plus rien après avoir payé mon loyer. Pour aller à l'entraînement, je me déplaçais en bus, le 48 et le 58, et je mangeais chez un proche du Standard, Georges Uhoda. " Il réfléchit : " Un vrai parcours de combattant. Je ne me plains pas : c'est la vie et la carrière que j'ai choisies. Je n'ai jamais rien lâché car je n'avais pas d'autres issues. Je ne sais pas ce que je serais devenu sans le football. " Le Tchité cuvée 2012-2013 n'est évidemment plus celui de 2003 et de ses premières foulées D1. En 10 ans, les expériences se succèdent et Mémé est désormais un attaquant complet, souvent secret mais qui sait être incisif en cas de besoin. Le Standard, Anderlecht et Santander ont été ses universités : " Dans ces trois clubs, j'ai découvert des styles différents. Et j'ai chaque fois progressé : ce sont des richesses et je renierai jamais ces grands clubs. " Tout commence donc en 2003 quand Dominique D'Onofrio le lance dans le grand bain de la D1. Le public découvre petit à petit un jeune attaquant rapide comme le vent. Pas question de laisser traîner le moindre ballon. Tchité atteint ses premières grandes orbites en 2004-2005. C'est le Standard des Vedran Runje, Eric Deflandre, Ivica Dragutinovic, Ogushi Onyewu, AlmaniMoreira, Jonathan Walasiak, Sambegou Bangoura, Alexandros Kaklamanos, Wamberto, etc. Tchité compte dé-sormais dans le paysage des Rouches. " Je dois beaucoup à Dominique D'Onofrio car il a parfaitement su utiliser et perfectionner mes atouts du moment ", analyse-t-il. " Je ne devais pas reculer dans le jeu où nous avions assez de monde. Ce coach m'a cantonné en pointe. Et selon ses propos, c'est ainsi que je suis devenu le tueur du Standard. Il me l'a souvent dit : - Tu es là pour terminer le travail. Je mesure bien désormais que DD a ainsi tout fait pour ne pas me griller. Frais, j'ai empilé des buts et je me suis fait un nom. C'est une époque importante de ma carrière. Même si on est certain de réussir, comme cela a toujours été mon cas, un début de carrière est toujours fragile. " En 2006-2007, il ne lui reste plus qu'un an de contrat et la direction découvre des facettes cachées du caractère de Mémé. Ceux qui l'estiment malléable, ou assez gentil pour faire ce qu'on veut de lui, sont étonnés par sa force de caractère et son désir de mener sa carrière à sa guise. Lucien D'Onofrio envisage de gagner des sous en le cédant à La Louvière ou, de préférence, à un club de Tel Aviv. Mais c'est sans compter sur l'ambition de Tchité qui sait que ce n'est pas le moment de se tromper d'aiguillage. Le Standard n'entend pas lui proposer une prolongation de contrat avec une augmentation salariale méritée. Au Stade Constant Vanden Stock, Frankie Vercauteren a l'£il grand ouvert : le malin devine qu'il y a moyen de réaliser une bonne affaire à Sclessin. C'est une époque difficile pour Tchité. Luciano négocie avec son puissant concurrent. C'est une erreur de stratégie et peut-être l'expression de doutes à l'égard des talents de l'attaquant africain. Le 13 juillet 2006, c'est fait : Tchité reçoit le numéro 7 au Sporting mauve ; ce qui ne plaît pas aux fans du Standard. Pour Mémé, le moment est important. Pour Anderlecht aussi car le club bruxellois a mué en perdant Pär Zetterberg, Vincent Kompany, WalterBaseggio, Hannu Tihinen, Christian Wilhelmsson, sans oublier le départ de Nenad Jestrovic en janvier 2006. " Vercauteren m'a donné de nouvelles missions ", confie-t-il. " J'étais utilisé à toutes les places du secteur offensif. Il y a alors du beau monde en pointe avec Nicolas Frutos,Jonathan Legear, Mbo Mpenza, Mbark Boussoufa et Serhat Akin. Vercauteren m'a demandé de jouer sur les ailes ou carrément en décrochage avant de plonger dans le dos des défenseurs. Je me suis découvert de nouveaux horizons. Cette saison au Sporting a forcément fait de moi un joueur plus complet, plus mûr, plus mature dans son football. Pour un jeune, on ne peut pas rêver meilleur écolage : D'Onofrio et Vercauteren m'ont permis de franchir des étapes très importantes. " En 2007, il déménage au Racing Santander. Comme Tchité l'affirme, il découvre " un football très technique mais qui, plus qu'en Belgique, met l'accent sur la tactique ". A Santander il se mesure aux géants de la Liga et on lui décerne deux sobriquets. Mémé se marre : " Oui, comme ma pointe de vitesse a tout de suite impressionné, on m'a surnommé la " machina " ou la " fourgonnetta ". En Espagne, il faut être capable de lire le jeu pour agir au meilleur moment. Quand on y arrive, tout est forcément plus facile. Santander a disputé une demi-finale de Coupe d'Espagne et obtenu une qualification européenne : pas mal pour un petit club. "Août 2010 : c'est un joueur parfaitement affiné qui débarque pour la deuxième fois de sa carrière au Standard. Tchité consent un sacrifice financier en contrepartie, dit-il, " d'une clause libératoire qui lui permet de partir quand bon lui semble ". Et un chiffre est avancé pour un futur transfert : 1.200.000 euros. A la fin 2010-2011, le Standard passe à deux doigts du titre à Genk, où Mehdi Carcela est abattu comme une palombe. La Coupe de Belgique constitue une belle consolation. " Je me suis bien amusé au sein de cette équipe qui a dominé la fin de la saison ", lance-t-il. " Elle a survolé les PO1 : c'était impressionnant, on a vécu un truc fou. J'ai adoré mes passages au Standard et à Anderlecht où j'ai chaque fois connu de grandes équipes. Si je dois désigner la meilleure, ma préférence va à l'Anderlecht de Boussoufa, plus fort que le Standard d' Axel Witsel. Il y avait de grosses personnalités et du talent dans toutes les lignes : Daniel Zitka, SilvioProto, Roland Juhasz, Nicolas Pareja, Lucas Biglia,Ahmed Hassan, Bart Goor, Olivier Deschacht, Anthony Vanden Borre, Nicola Frutos, Boussoufa, Mbo Mpenza, Jonathan Legear, Yves Vanderhaeghe. Le Standard 2010-2011 m'a emballé mais Boussoufa a dirigé un Anderlecht plus complet, il me semble. Au Standard, j'ai alors découvert la rage de vaincre, la possibilité de changer la donne quand on le veut : une belle aventure, vraiment. " A partir de 2011-2012, le vent tourne. Le Standard change de propriétaire, de coach, de staff, de directeur technique. Lassé d'être isolé en pointe et de devoir sans cesse décrocher pour toucher le ballon, Tchité se " fritte " avec José Riga : " Rien de grave, j'ai donné mon avis. Nous sommes restés amis. Mais le Standard n'a pas disposé de passeur la saison passée : tout est alors plus difficile pour un attaquant. " Le rendement de Tchité, souvent blessé, fond comme neige au soleil. Il ne dispute que 25 des 40 matches de championnat (11 buts). En décembre, il est contacté par Michel Preud'homme pour Al Shabab. Le directeur du Standard, Pierre François, le convainc de rester à Liège. " Pierre François a toujours été un père pour moi ", avance Tchité. " Je ne l'oublierai jamais, ma reconnaissance lui est acquise pour toujours. Pour un Africain, il est important de beaucoup parler du passé, du présent et de l'avenir. Il a été question de mon Académie en Afrique entre nous. Mais, vous savez, je n'ai pas besoin du Standard pour ce projet. Cela a été évoqué comme tant d'autres choses. Quand Pierre François est parti, je n'ai plus eu de contacts avec le Standard. Or, des clubs importants ont tout de suite tourné autour de moi : Al Shabab, des équipes françaises, anglaises, turques, etc. Le Standard n'a pas pu l'ignorer mais ne m'a jamais contacté pour me parler. Je n'ai pas utilisé la clause de départ signée avec Lucien D'Onofrio non plus : la situation et le manque de dialogue font qu'elle est tombée toute seule. C'est mon avis : le Standard ne m'a pas exprimé le désir de me garder. Je n'ai pas de comptes à rendre à ceux qui ne me connaissent pas. J'ai tout donné au Standard. Quand on dit que j'ai doublé mon salaire au Club Bruges, c'est ridicule, n'importe quoi. L'argent n'a joué aucun rôle. Quand on pense à cela, on signe dans le Golfe, pas en Belgique. Avec les sommes proposées en Arabie Saoudite ; on peut construire une belle Académie... "" A Bruges, je n'ai évidemment pas signé pour être le premier à jouer chez les trois grands. Ce club m'a tout de suite manifesté son envie de faire un bout de chemin avec moi. Je connais Georges Leekens qui a déjà pensé à moi en son temps pour l'équipe nationale ; le dossier de ma qualification pour les Diables Rouges est toujours à la FIFA. Leekens est un grand coach qui sait utiliser les qualités de ses joueurs. Je suis à son service pour atteindre les objectifs du Club Bruges. Je sais que la pression est forte comme dans tous les grands clubs. Je suis certain de me bonifier au Club Bruges. Un joueur doit toujours travailler et progresser, jusqu'à la fin de sa carrière. Si ce n'est pas le cas, il doit arrêter. J'ai été bien reçu à Bruges où tout est familial, tranquille. J'habite à l'extérieur de la ville que je n'ai pas encore visitée : c'est pour plus tard car je dois d'abord me concentrer sur le football. " PAR PIERRE BILIC - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Je suis certain de me bonifier au Club Bruges "