Depuis qu'il a racheté les actions de Marc Coucke, en février, Peter Callant, le nouveau président d'Ostende s'est montré très discret. Le contraste avec son prédécesseur ne pouvait être plus saisissant. " Je suis comme ça à la tête de mon entreprise aussi et ça ne va pas changer. Je n'ai aucune intention de chanter après les matches. " ( il rit)
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Depuis qu'il a racheté les actions de Marc Coucke, en février, Peter Callant, le nouveau président d'Ostende s'est montré très discret. Le contraste avec son prédécesseur ne pouvait être plus saisissant. " Je suis comme ça à la tête de mon entreprise aussi et ça ne va pas changer. Je n'ai aucune intention de chanter après les matches. " ( il rit) Cette discrétion n'a pas eu que des avantages. On a dit que Callant n'avait pas suffisamment d'argent pour reprendre le club et qu'il n'était qu'un homme de paille de Coucke. C'est à peine si on ne l'a pas traité de gueux. " Regardez autour de vous : j'ai l'air d'un pauvre ? ", demande-t-il en montrant son bureau. " Quand on rachète un club de football, on sait que l'impact médiatique sera fort. Et quand on succède à Marc Coucke, c'est deux fois pire. Les journaux ont écrit beaucoup de choses, je me suis contenté de les lire. Avec Marc, nous avons convenu de ne pas révéler le montant exact de la reprise. Les réactions n'ont pas toujours été agréables mais j'ai surtout investi du temps dans le dossier de licence, que j'ai voulu transparent. " En avril, il a confié à Trends qu'il avait dépensé moins de 20 millions d'euros et que Coucke avait apuré la dette du club par le biais d'une augmentation de capital. La commission des licences a conclu que Callant n'était pas un homme de paille. " Cette commission travaille bien mais il faut qu'on lui fournisse tous les documents, ce qui n'est pas le cas des clubs dirigés par des sociétés étrangères. En Belgique, les comptes de toutes les sociétés sont épluchés. Notre entreprise, qui est aussi agent de banque, remplit parfaitement ses obligations. Le jour, où je fais un écart de 0,000001 %, on me retire ma patente et je perds tout. La transparence est une de nos sept valeurs fondamentales ", dit-il en montrant sept pierres calligraphiées posées sur la table et sur lesquelles on peu lire : Engagement, Sportivité, Rentabilité, Intégrité, Chance, Client, Transparence. Au cours des derniers mois, certaines de ces valeurs - Sportivité, Intégrité, transparence - ont été mises à mal dans le monde du football. PETER CALLANT : Ce sport a perdu un peu de crédibilité, en effet, mais il appartient à chaque club de déterminer sa ligne de conduite. Je prône la transparence et l'intégrité chez nous mais je n'ai aucun contrôle sur les autres. Suis-je naïf ? Je n'en sais rien. Ça ne me préoccupe pas car je suis convaincu que le fair-play et la stabilité finissent toujours par faire la différence. C'est l'avenir car les gens se posent de plus en plus de questions. Que faisons-nous sur terre ? Comment être heureux ? Les clubs qui ont une âme iront plus loin que les autres parce qu'ils veulent rassembler. Et on ne peut pas s'associer à ce que nous avons lu ces dernières semaines. Vos supporters sont-ils préoccupés ? Eux, ils veulent avant tout que leur club gagne. Le reste ne les intéresse pas. CALLANT : Ostende a droit à la défaite. Nous restons un club moyen qui fera de son mieux pour terminer de temps en temps parmi les six premiers mais peut aussi se contenter d'une dixième place. Moi aussi, je veux gagner chaque semaine mais chacun doit rester à sa place. Et la nôtre, c'est entre le top 6 - et plus si affinités (il rit) - et le top 10. Mais le plus important, c'est que nos supporters, nos sponsors et nos collaborateurs soient heureux. Et ils le sont parce que leur club est redevenu le vrai Ostende. Pourquoi vous être tu pendant des mois ? CALLANT : Je suis réservé et ça ne changera pas. J'aime prendre le temps d'observer. Je ne voulais pas dire des choses sur lesquelles je devrais revenir plus tard. Je sens qu'Ostende peut faire la différence grâce à son ADN, je le vois dans le regard des supporters et des collaborateurs. La rentabilité d'une entreprise n'est pas plus importante que le bonheur de ses clients. Quand nous recrutons, nous cherchons du talent mais, surtout, une bonne mentalité. À ce sujet, nous devons encore faire mieux. Le prototype du footballeur ostendais, c'est Kevin Vandendriessche ? CALLANT : Kevin est un bon exemple, en effet. Il est passionné et assidu. Dans mon entreprise, chaque collaborateur a sur son bureau quatre blocs de couleur qui sont les résultats d'un test de personnalité. Chacun sait donc à qui il a affaire : un introverti, un extraverti, un rationnel, un émotif... Cela crée des liens car cela aide à mieux comprendre les différences. On sait comment la personne va réagir et ça évite les frustrations. Je veux faire pareil au club. Quels sont les atouts d'Ostende ? CALLANT : Le football attire les chefs d'entreprises et nous voulons être leurs partenaires. Contre Gand, nous avons servi 800 repas. Nous voulons permettre à des gens d'un même secteur - construction, voyages, horeca, RH... - de se rencontrer en mettant sur pied des mini-réseaux. C'est très différent du sponsoring à l'ancienne où on payait la facture et c'était tout. L'infrastructure est à notre mesure et plus accessible qu'avant, notre budget d'un peu plus de 16 millions est le 6e ou le 7e de Belgique mais nos collaborateurs valent le top 6. Enfin, et ce n'est pas négligeable, chez nous, c'est toujours la fête avant et après le match. Toujours maintenant ? Nous avions l'impression que certains sponsors attirés par Marc Coucke s'étaient retirés. CALLANT : Très peu. Certains ont voulu rester dans le sillage de Marc mais combien sont-ils à vraiment pouvoir l'approcher. Quatre ? Cinq ? Certains dansaient même avec lui (il rit). Moi, je préfère rester à l'étage mais j'ai déjà amené plus de monde. Les recettes commerciales pures ont augmenté, grâce à Patrick Orlans et à notre firme, qui a beaucoup de contacts avec des armateurs, des sociétés de transport, des compagnies d'assurance... Les sociétés que Marc amenaient étaient celles dans lesquelles il possédait des actions ( Durbuy Adventure, Mithra, La Petite Merveille, Pairi Daiza, Smartphoto, ndlr) et nous sommes heureux de les avoir gardées mais, désormais, la base est plus large et le risque est plus diffus. De plus, sur base du classement des cinq dernières saisons, nous recevrons bientôt davantage de droits de télévision. Mais vous n'êtes pas un mécène. Vous avez dit à Trends que, cette année, l'objectif de croissance de votre entreprise devait passer de 3 à 4 %. Cela veut dire que Callant Assurances doit aussi profiter de votre présence à Ostende. CALLANT : Tout à fait. En décembre ou en janvier, il n'était pas question de tout cela. Puis soudain, j'ai dû prendre la décision de monter dans le train ou pas. C'était du boulot mais ça ne me faisait pas peur. Je ne me sens pas bien quand je n'ai rien à faire. Ostende, c'est aussi une opportunité de faire des affaires car tout doit être assuré. Hugo Broos n'avait aucune expérience en tant que directeur sportif mais c'est un homme intègre. C'est pour ça que vous l'avez engagé ? CALLANT : Certainement. C'était l'idée de Patrick Orlans et je l'ai approuvée. Son réseau pourrait être meilleur mais il a mis en place une cellule de scouting qui n'existait pas, avec Guy Ghysel à sa tête. Il s'agit d'un vrai Ostendais que nous sommes allés rechercher, comme nous l'avons fait avec d'autres. Hugo est calme, stable et intègre. En football aussi, j'ai besoin de certitudes. Hugo en est une. Idem pour Gert Verheyen, un homme sensible. Il avait discuté avec d'autres clubs de D1 mais jamais de choses essentielles. Nous n'avons pas parlé d'argent ou de football, nous avons essayé de nous découvrir. Qui étions-nous ? Étions-nous faits l'un pour l'autre ? Que pouvions-nous nous apporter mutuellement ? Gert n'avait ressenti cela nulle part. Le salaire n'est venu qu'après. Je ne dis pas que c'est la formule secrète mais je pense qu'elle va nous permettre d'avoir plus de succès à l'avenir. Hugo, Gert et moi nous entendons bien, nous nous rencontrons chaque semaine et nous nous parlons chaque jour. Quel est votre rôle au niveau sportif ? CALLANT : Je ne veux pas être en première ligne, c'est pour ça que j'ai engagé des gens qui s'y connaissent en football. Gert s'occupe de l'équipe, Hugo est directeur sportif et je suis président. Je laisse chacun faire son travail et je n'interviens que quand il faut innover, faire preuve de créativité. Je veux donner des responsabilités aux gens afin qu'ils évoluent. Et toujours vers le haut. C'est mon style et ce sera celui d'Ostende. Quel regard portez-vous sur les prestations de l'équipe ? CALLANT : Sans citer de noms, seuls cinq des dix transferts sont des réussites. Est-ce une bonne moyenne ? Je préférerais un 7 ou un 8 sur 10 ( il rit). Un bémol, peut-être : nous n'avons toujours pas de match-référence. À l'Antwerp, c'était très bon mais le VAR nous a causé préjudice à trois reprises. En football, il est très difficile de travailler à long terme. Comme dans n'importe quelle entreprise, il y aura toujours des départs mais je pense que notre ADN doit nous permettre de faire la différence. Et pas en payant plus. Les joueurs doivent considérer Ostende comme un club où ils peuvent travailler avec Gert Verheyen et Hugo Broos et qui n'hésite pas à lancer des jeunes comme Wout Faes et Indy Boonen. Si nous progressons chaque jour et que nous battons un des grands clubs, notre saison sera réussie. Si nous battons Mouscron en coupe et que nous bénéficions d'un bon tirage, nous pourrons peut-être faire quelque chose de bien dans cette compétition car de nombreux grands clubs ne sont plus là. Je rêve d'une nouvelle finale, ce n'est pas un crime, n'est-ce pas ?