Dans le lobby du complexe de Neerpede, l'alter ego cinématographique de Matz Sels accueille les visiteurs d'un regard pénétrant ou malicieux, selon les moments. Le gardien de 26 ans veut attirer l'attention sur l'épilepsie, par cette séquence diffusée toute la journée par RSCA TV.

Sels n'a manifestement aucun talent pour le cinéma. " Est-ce si mauvais ? " Le regard interrogateur de Sels s'estompe en une fraction de seconde pour laisser place à un large sourire. " Le cameraman m'a dit que la séquence avait été tournée très vite. Il ne m'a pas fallu beaucoup de prises de vue. "

Tu es le Mister nice guy d'Anderlecht, celui qui semble conserver son calme en toutes circonstances.

MATZ SELS : Il arrive pourtant que je me fâche très fort sur mes coéquipiers. Je peux aussi me lâcher quand je suis sûr de mon coup, comme sur le but annulé de Cimirot au Standard. Mais je ne réagirai pas si un coéquipier provoque un penalty qui est correctement attribué. Que devrais-je faire ? Aller me planter devant l'arbitre et mentir ? Ce n'est pas mon genre. Pas plus que je ne resterais allongé au sol pour qu'un adversaire prenne une carte.

Tu ne cherches pas non plus à gagner du temps.

SELS : Je le fais trop peu, hein ? Parfois, je devrais prendre plus de temps pour relancer le jeu, surtout quand nous menons, mais je pense plutôt que nous devons essayer de marquer encore un but.

Tu peux t'inspirer de ton collègue Sinan Bolat. Il gagne beaucoup de temps quand il doit dégager, d'une manière assez irritante.

SELS : Comment dire ? Je ne peux pas imaginer prendre cinq cartes jaunes en une saison pour avoir gagné du temps. OK, on peut dégager tardivement cinq fois mais pas dans le but de gagner du temps. Durant toute ma carrière, j'ai reçu deux avertissements : une fois avec Gand à Anderlecht et une fois à Newcastle.

" J'étais plus déterminant à Gand "

Cette saison, tu as eu énormément de travail à Anderlecht et tu l'as maintenu dans le match à plusieurs reprises.

SELS : J'ai effectivement eu pas mal de boulot dans plusieurs matches, ce qui est plutôt rare quand on défend le but d'Anderlecht.

Tu as énormément progressé ces derniers mois. Est-ce que j'exagère si je dis que tu as plus d'assurance qu'en début de saison ?

SELS : Ce n'est pas anormal. J'ai dû m'habituer à un nouveau club, ce qui requiert du temps. J'ai dû gagner la confiance générale. J'ai atteint un bon niveau durant mon premier match, en supercoupe contre Zulte Waregem, mais ensuite, l'équipe n'a plus tourné. Dans ce cas, vers qui se tournent les regards ? La défense et le gardien... Mais je ne me rappelle pas de match où j'ai vraiment commis une erreur.

As-tu retrouvé le niveau que tu avais dans tes meilleurs moments à Gand ?

SELS : J'y étais plus déterminant. J'arrêtais un ballon crucial et nous marquions un but. Mes interventions nous rapportaient des points. C'est moins le cas cette saison. Prends les deux matches contre Malines et Waasland-Beveren. Nous avons loupé un penalty dans les dernières minutes. Si nous l'avions converti, tout le monde aurait dit que j'avais gagné des points mais ça n'a pas été le cas.

Dans quelle mesure es-tu libéré, depuis que tu es le numéro un absolu ? On ne peut pas dire que la concurrence soit importante pour le moment.

SELS : OK. Frank Boeckx n'est pas encore rétabli mais Enzo D'Alberto est le coming man et Boy de Jong n'est certainement pas un mauvais gardien. Je n'ai pas besoin de concurrence pour être performant. Je m'entretiens en effectuant des exercices supplémentaires avant ou après les séances. Mais j'ai besoin de sentir qu'il y a une hiérarchie entre les gardiens. En début de saison, on a beaucoup changé. J'ai essayé de ne pas trop me prendre la tête mais j'en ai quand même pâti. On ne peut pas entamer un match avec le sentiment qu'on va voler sur le banc à la moindre erreur.

" Je ne me prends pas la tête "

Imagine que René Weiler ait dit : Boeckx est mon premier gardien. Te serais-tu incliné ?

SELS : Comme ça ne s'est pas produit, je ne dois pas y penser. Mais je peux te dire ceci : je suis venu à Anderlecht pour jouer.

Tu as quand même dû penser que tu étais lancé, quand Hein Vanhaezebrouck est arrivé ?

SELS : C'est bien possible mais Vanhaezebrouck a poursuivi sur la lancée de Weiler...

Quelle explication a-t-il fournie à cette rotation ?

SELS : Il estimait que, sur base de notre engagement, nous méritions tous les deux notre chance et qu'il y avait suffisamment de matches à répartir entre nous. Il n'a pas tort. D'autres équipes, mêmes des ténors européens, pratiquent la rotation. Il y a quelques années, Barcelone l'a fait avec Ter Stegen et Bravo.

Anderlecht te loue encore pour deux mois. As-tu déjà décidé de la suite ? Veux-tu rester plus longtemps ?

SELS : Pour le moment, je pourrais faire des déclarations en tous sens : je veux rester à Anderlecht, je veux partir, je veux un autre club. Mais je dois attendre. Je dépends des projets de Newcastle, auquel je reste lié plusieurs années. Je n'ai plus eu de nouvelles depuis quelques mois mais je ne me prends pas la tête. Dès que le club aura assuré son maintien en Premier League, ce qui semble bien parti, il me contactera.

Anderlecht jongle avec les noms. On cite Hendrik Van Crombrugge depuis un moment. Dans quelle mesure t'intéresses-tu à tout ça ?

SELS : Je sais que la presse spécule. Mais qu'en est-il réellement ? Maintenant que Marc Coucke et Luc Devroe sont officiellement au club, il y aura sans doute un entretien. Ou pas. C'est possible. Je dois leur laisser le temps d'étudier tous les dossiers. Je verrai bien. Je suis ouvert à un entretien. J'écouterai ce qu'on a à me dire. Je souhaite savoir si le club souhaite me conserver. Mais je n'ai pas clos le chapitre Newcastle. Je reste très reconnaissant envers Rafael Benitez de m'avoir embauché.

" En Angleterre, le rendement doit être immédiat "

Tu restes convaincu de pouvoir réussir en Premier League ?

SELS : Certainement. Du moins si je conserve mon niveau actuel.

Chancel Mbemba, Aleksandar Mitrovic et toi êtes partis en Angleterre avec le statut de grands joueurs de Jupiler League mais nous n'avez pas réussi à Newcastle. Qu'est-ce que ça révèle sur le niveau du championnat de Belgique ?

SELS : Mitrovic réussit à Fulham. D'accord, ce n'est que le Championship, mais quand même. Si Fulham accède à la Premier League, il voudra le conserver. Une carrière comporte des hauts et des bas et, selon moi, Mitrovic est en train de remonter la pente. Mbemba, c'est encore une autre paire de manches : pour moi, il est un des meilleurs défenseurs de Newcastle. Pourquoi joue-t-il si peu ? Je ne sais pas ce qui se trame en coulisses.

Il y a quand même un fossé entre la Belgique et un club anglais moyen.

SELS : Je ne peux parler que de mon cas. Sais-tu où se situe le problème ? Tu n'as pas le temps de t'intégrer dans ce genre de clubs. Ils ont payé une certaine somme et ils attendent un rendement immédiat. Sinon, la saison suivante, ils cherchent quelqu'un d'autre. Ils n'ont aucune patience avec les nouveaux.

Ai-je eu assez de temps ? J'aurais peut-être été meilleur durant ma deuxième saison mais je voulais absolument jouer pour être du Mondial. C'est pour ça que l'option anderlechtoise était si intéressante. Le choix est vite fait quand un club te veut vraiment.

Ton bilan en équipe nationale : douze sélections, zéro cap. Espères-tu bénéficier bientôt de tes premières minutes de jeu ?

SELS : Oh... Je dois être réaliste. Simon Mignolet et Thibaut Courtois occupent les deux premières places. J'ai peu de chances de jouer. Je dépends de blessures, ce que je ne souhaite à personne. Mon premier objectif est donc d'obtenir une place fixe dans le noyau. Mignolet ne rajeunit pas, ce qui m'ouvre des perspectives pour l'avenir.

" Je connais ma place chez les Diables "

Le poste de troisième gardien n'est-il pas le plus ingrat qui soit ? Tu sais que tu as très peu de chances d'entrer en action.

SELS : Être repris est déjà une performance en soi, compte tenu de la qualité de cette génération. Je vais devoir me battre pour être le troisième gardien du noyau et ça en dit long sur le niveau des Diables Rouges. Le sélectionneur a repris quatre gardiens lors des derniers matches.

Il estime plus facile de s'entraîner à quatre qu'à trois. Mais il va devoir opérer un choix définitif pour la Russie. Les entraînements sont importants mais il va surtout s'appuyer sur nos matches pour faire ses choix.

Sais-tu qui était le troisième gardien de l'EURO 2000 ?

SELS : (il réfléchit.)

Je vais t'aider. Frédéric Herpoel. Tout ça pour dire que dans dix ans, plus personne ne saura qui était le troisième gardien en Russie.

SELS : Et qui se souvient du portier qui défendait notre but à l'EURO 2000 ? Peu de gens... Cette équipe-ci peut entrer dans l'histoire. Imagine que nous allions loin dans cette Coupe du Monde. Les gens diront alors : Sels faisait partie de l'équipe. Le tout est de gagner des prix, de réaliser une performance.

Le troisième gardien ne doit pas avoir un ego surdimensionné.

SELS : Je connais ma place en équipe nationale. Je respecte la hiérarchie. Ça coule de source. Je trouve donc normal de rester plus longtemps à l'issue de l'entraînement pour que les attaquants puissent travailler leur finition. C'est une des tâches du troisième gardien.

" Notre noyau est plus étriqué que celui de Bruges et Gand "

Tu n'as pas toujours été le premier gardien en équipes nationales d'âge. Tu as notamment été en concurrence avec Thomas Kaminski et Colin Cooosemans. Peut-on dire que tu as émergé sur le tard ?

SELS : Je n'ai jamais été sélectionné en U15, la première catégorie d'âge nationale, mais ensuite, j'ai été invité jusqu'en U21. On sélectionne les jeunes sur base du club pour lequel ils se produisent. Je me rappelle que Defourny, un de mes concurrents, jouait à Lyon. La fédération pensait : " Il joue à Lyon, donc il doit être bon. " Moi, je n'étais qu'au Lierse et c'était parfois un frein. Tu comprends ? Je dois dire que la Belgique avait une levée de gardiens particulièrement talentueuse, avec Courtois, Casteels, Kaminski, Coosemans, Defourny et moi. Nous sommes tous nés en 1992. Plusieurs d'entre nous ont été avancés car la génération 1991 était moins douée. Je ne peux pas citer d'emblée un gardien de cette année qui a réussi. Cinq ou six bons gardiens au sein d'une même catégorie, c'est vraiment beaucoup. Mais je suis content que nous ayons tous réussi en division un.

Anderlecht est-il encore un candidat crédible au titre ?

SELS : Quand on s'incline dès le premier match des PO1, on doit être modeste et se contenter de dire qu'on joue pour la deuxième place. Dans notre situation, parler du titre n'a aucun sens. Pour le moment, ce qui est important, c'est de tenir à l'écart nos poursuivants, Genk, le Standard et Charleroi. Nous sommes en plein money-time. Ce n'est pas la manière dont on prend des points qui compte.

C'est donc un duel avec Gand pour la deuxième place. N'as-tu pas l'impression que ton ancienne équipe est plus équilibrée qu'Anderlecht ? Elle a deux atouts que vous n'avez pas : deux joueurs rapides, Kalu et Simon, qui peuvent faire mal à n'importe quelle formation.

SELS : Nous recelons aussi des joueurs qui peuvent faire la différence mais notre noyau est étriqué. Ce n'est pas une excuse mais un fait. Gand a un noyau de 25 hommes alors que nous sommes une quinzaine à l'entraînement. Certains joueurs sont en train de revenir. Le tout est de voir quand nous pourrons les récupérer.

Le Club Bruges et Gand ont donc un meilleur banc ?

SELS : Tout le monde le sait. Un bon banc est composé de joueurs qui ont le même niveau que ceux qui sont sur le terrain. Or, le Club et Gand ont plus de choix que nous. Gand a été champion parce que ceux qui entraient au jeu faisaient souvent la différence.

Matz Sels : " Je ne vois pas dans quel match j'ai bien pu commettre une erreur cette saison. ", belgaimage
Matz Sels : " Je ne vois pas dans quel match j'ai bien pu commettre une erreur cette saison. " © belgaimage
Dans le lobby du complexe de Neerpede, l'alter ego cinématographique de Matz Sels accueille les visiteurs d'un regard pénétrant ou malicieux, selon les moments. Le gardien de 26 ans veut attirer l'attention sur l'épilepsie, par cette séquence diffusée toute la journée par RSCA TV. Sels n'a manifestement aucun talent pour le cinéma. " Est-ce si mauvais ? " Le regard interrogateur de Sels s'estompe en une fraction de seconde pour laisser place à un large sourire. " Le cameraman m'a dit que la séquence avait été tournée très vite. Il ne m'a pas fallu beaucoup de prises de vue. " Tu es le Mister nice guy d'Anderlecht, celui qui semble conserver son calme en toutes circonstances. MATZ SELS : Il arrive pourtant que je me fâche très fort sur mes coéquipiers. Je peux aussi me lâcher quand je suis sûr de mon coup, comme sur le but annulé de Cimirot au Standard. Mais je ne réagirai pas si un coéquipier provoque un penalty qui est correctement attribué. Que devrais-je faire ? Aller me planter devant l'arbitre et mentir ? Ce n'est pas mon genre. Pas plus que je ne resterais allongé au sol pour qu'un adversaire prenne une carte. Tu ne cherches pas non plus à gagner du temps. SELS : Je le fais trop peu, hein ? Parfois, je devrais prendre plus de temps pour relancer le jeu, surtout quand nous menons, mais je pense plutôt que nous devons essayer de marquer encore un but. Tu peux t'inspirer de ton collègue Sinan Bolat. Il gagne beaucoup de temps quand il doit dégager, d'une manière assez irritante. SELS : Comment dire ? Je ne peux pas imaginer prendre cinq cartes jaunes en une saison pour avoir gagné du temps. OK, on peut dégager tardivement cinq fois mais pas dans le but de gagner du temps. Durant toute ma carrière, j'ai reçu deux avertissements : une fois avec Gand à Anderlecht et une fois à Newcastle. Cette saison, tu as eu énormément de travail à Anderlecht et tu l'as maintenu dans le match à plusieurs reprises. SELS : J'ai effectivement eu pas mal de boulot dans plusieurs matches, ce qui est plutôt rare quand on défend le but d'Anderlecht. Tu as énormément progressé ces derniers mois. Est-ce que j'exagère si je dis que tu as plus d'assurance qu'en début de saison ? SELS : Ce n'est pas anormal. J'ai dû m'habituer à un nouveau club, ce qui requiert du temps. J'ai dû gagner la confiance générale. J'ai atteint un bon niveau durant mon premier match, en supercoupe contre Zulte Waregem, mais ensuite, l'équipe n'a plus tourné. Dans ce cas, vers qui se tournent les regards ? La défense et le gardien... Mais je ne me rappelle pas de match où j'ai vraiment commis une erreur. As-tu retrouvé le niveau que tu avais dans tes meilleurs moments à Gand ? SELS : J'y étais plus déterminant. J'arrêtais un ballon crucial et nous marquions un but. Mes interventions nous rapportaient des points. C'est moins le cas cette saison. Prends les deux matches contre Malines et Waasland-Beveren. Nous avons loupé un penalty dans les dernières minutes. Si nous l'avions converti, tout le monde aurait dit que j'avais gagné des points mais ça n'a pas été le cas. Dans quelle mesure es-tu libéré, depuis que tu es le numéro un absolu ? On ne peut pas dire que la concurrence soit importante pour le moment. SELS : OK. Frank Boeckx n'est pas encore rétabli mais Enzo D'Alberto est le coming man et Boy de Jong n'est certainement pas un mauvais gardien. Je n'ai pas besoin de concurrence pour être performant. Je m'entretiens en effectuant des exercices supplémentaires avant ou après les séances. Mais j'ai besoin de sentir qu'il y a une hiérarchie entre les gardiens. En début de saison, on a beaucoup changé. J'ai essayé de ne pas trop me prendre la tête mais j'en ai quand même pâti. On ne peut pas entamer un match avec le sentiment qu'on va voler sur le banc à la moindre erreur. Imagine que René Weiler ait dit : Boeckx est mon premier gardien. Te serais-tu incliné ? SELS : Comme ça ne s'est pas produit, je ne dois pas y penser. Mais je peux te dire ceci : je suis venu à Anderlecht pour jouer. Tu as quand même dû penser que tu étais lancé, quand Hein Vanhaezebrouck est arrivé ? SELS : C'est bien possible mais Vanhaezebrouck a poursuivi sur la lancée de Weiler... Quelle explication a-t-il fournie à cette rotation ? SELS : Il estimait que, sur base de notre engagement, nous méritions tous les deux notre chance et qu'il y avait suffisamment de matches à répartir entre nous. Il n'a pas tort. D'autres équipes, mêmes des ténors européens, pratiquent la rotation. Il y a quelques années, Barcelone l'a fait avec Ter Stegen et Bravo. Anderlecht te loue encore pour deux mois. As-tu déjà décidé de la suite ? Veux-tu rester plus longtemps ? SELS : Pour le moment, je pourrais faire des déclarations en tous sens : je veux rester à Anderlecht, je veux partir, je veux un autre club. Mais je dois attendre. Je dépends des projets de Newcastle, auquel je reste lié plusieurs années. Je n'ai plus eu de nouvelles depuis quelques mois mais je ne me prends pas la tête. Dès que le club aura assuré son maintien en Premier League, ce qui semble bien parti, il me contactera. Anderlecht jongle avec les noms. On cite Hendrik Van Crombrugge depuis un moment. Dans quelle mesure t'intéresses-tu à tout ça ? SELS : Je sais que la presse spécule. Mais qu'en est-il réellement ? Maintenant que Marc Coucke et Luc Devroe sont officiellement au club, il y aura sans doute un entretien. Ou pas. C'est possible. Je dois leur laisser le temps d'étudier tous les dossiers. Je verrai bien. Je suis ouvert à un entretien. J'écouterai ce qu'on a à me dire. Je souhaite savoir si le club souhaite me conserver. Mais je n'ai pas clos le chapitre Newcastle. Je reste très reconnaissant envers Rafael Benitez de m'avoir embauché. Tu restes convaincu de pouvoir réussir en Premier League ? SELS : Certainement. Du moins si je conserve mon niveau actuel. Chancel Mbemba, Aleksandar Mitrovic et toi êtes partis en Angleterre avec le statut de grands joueurs de Jupiler League mais nous n'avez pas réussi à Newcastle. Qu'est-ce que ça révèle sur le niveau du championnat de Belgique ? SELS : Mitrovic réussit à Fulham. D'accord, ce n'est que le Championship, mais quand même. Si Fulham accède à la Premier League, il voudra le conserver. Une carrière comporte des hauts et des bas et, selon moi, Mitrovic est en train de remonter la pente. Mbemba, c'est encore une autre paire de manches : pour moi, il est un des meilleurs défenseurs de Newcastle. Pourquoi joue-t-il si peu ? Je ne sais pas ce qui se trame en coulisses. Il y a quand même un fossé entre la Belgique et un club anglais moyen. SELS : Je ne peux parler que de mon cas. Sais-tu où se situe le problème ? Tu n'as pas le temps de t'intégrer dans ce genre de clubs. Ils ont payé une certaine somme et ils attendent un rendement immédiat. Sinon, la saison suivante, ils cherchent quelqu'un d'autre. Ils n'ont aucune patience avec les nouveaux. Ai-je eu assez de temps ? J'aurais peut-être été meilleur durant ma deuxième saison mais je voulais absolument jouer pour être du Mondial. C'est pour ça que l'option anderlechtoise était si intéressante. Le choix est vite fait quand un club te veut vraiment. Ton bilan en équipe nationale : douze sélections, zéro cap. Espères-tu bénéficier bientôt de tes premières minutes de jeu ? SELS : Oh... Je dois être réaliste. Simon Mignolet et Thibaut Courtois occupent les deux premières places. J'ai peu de chances de jouer. Je dépends de blessures, ce que je ne souhaite à personne. Mon premier objectif est donc d'obtenir une place fixe dans le noyau. Mignolet ne rajeunit pas, ce qui m'ouvre des perspectives pour l'avenir. Le poste de troisième gardien n'est-il pas le plus ingrat qui soit ? Tu sais que tu as très peu de chances d'entrer en action. SELS : Être repris est déjà une performance en soi, compte tenu de la qualité de cette génération. Je vais devoir me battre pour être le troisième gardien du noyau et ça en dit long sur le niveau des Diables Rouges. Le sélectionneur a repris quatre gardiens lors des derniers matches. Il estime plus facile de s'entraîner à quatre qu'à trois. Mais il va devoir opérer un choix définitif pour la Russie. Les entraînements sont importants mais il va surtout s'appuyer sur nos matches pour faire ses choix. Sais-tu qui était le troisième gardien de l'EURO 2000 ? SELS : (il réfléchit.)Je vais t'aider. Frédéric Herpoel. Tout ça pour dire que dans dix ans, plus personne ne saura qui était le troisième gardien en Russie. SELS : Et qui se souvient du portier qui défendait notre but à l'EURO 2000 ? Peu de gens... Cette équipe-ci peut entrer dans l'histoire. Imagine que nous allions loin dans cette Coupe du Monde. Les gens diront alors : Sels faisait partie de l'équipe. Le tout est de gagner des prix, de réaliser une performance. Le troisième gardien ne doit pas avoir un ego surdimensionné. SELS : Je connais ma place en équipe nationale. Je respecte la hiérarchie. Ça coule de source. Je trouve donc normal de rester plus longtemps à l'issue de l'entraînement pour que les attaquants puissent travailler leur finition. C'est une des tâches du troisième gardien. Tu n'as pas toujours été le premier gardien en équipes nationales d'âge. Tu as notamment été en concurrence avec Thomas Kaminski et Colin Cooosemans. Peut-on dire que tu as émergé sur le tard ? SELS : Je n'ai jamais été sélectionné en U15, la première catégorie d'âge nationale, mais ensuite, j'ai été invité jusqu'en U21. On sélectionne les jeunes sur base du club pour lequel ils se produisent. Je me rappelle que Defourny, un de mes concurrents, jouait à Lyon. La fédération pensait : " Il joue à Lyon, donc il doit être bon. " Moi, je n'étais qu'au Lierse et c'était parfois un frein. Tu comprends ? Je dois dire que la Belgique avait une levée de gardiens particulièrement talentueuse, avec Courtois, Casteels, Kaminski, Coosemans, Defourny et moi. Nous sommes tous nés en 1992. Plusieurs d'entre nous ont été avancés car la génération 1991 était moins douée. Je ne peux pas citer d'emblée un gardien de cette année qui a réussi. Cinq ou six bons gardiens au sein d'une même catégorie, c'est vraiment beaucoup. Mais je suis content que nous ayons tous réussi en division un. Anderlecht est-il encore un candidat crédible au titre ? SELS : Quand on s'incline dès le premier match des PO1, on doit être modeste et se contenter de dire qu'on joue pour la deuxième place. Dans notre situation, parler du titre n'a aucun sens. Pour le moment, ce qui est important, c'est de tenir à l'écart nos poursuivants, Genk, le Standard et Charleroi. Nous sommes en plein money-time. Ce n'est pas la manière dont on prend des points qui compte. C'est donc un duel avec Gand pour la deuxième place. N'as-tu pas l'impression que ton ancienne équipe est plus équilibrée qu'Anderlecht ? Elle a deux atouts que vous n'avez pas : deux joueurs rapides, Kalu et Simon, qui peuvent faire mal à n'importe quelle formation. SELS : Nous recelons aussi des joueurs qui peuvent faire la différence mais notre noyau est étriqué. Ce n'est pas une excuse mais un fait. Gand a un noyau de 25 hommes alors que nous sommes une quinzaine à l'entraînement. Certains joueurs sont en train de revenir. Le tout est de voir quand nous pourrons les récupérer. Le Club Bruges et Gand ont donc un meilleur banc ? SELS : Tout le monde le sait. Un bon banc est composé de joueurs qui ont le même niveau que ceux qui sont sur le terrain. Or, le Club et Gand ont plus de choix que nous. Gand a été champion parce que ceux qui entraient au jeu faisaient souvent la différence.