A défaut de transferts ronflants, le foot belge n'est jamais avare en surprises. Le licenciement de Pierre François en fut une et de taille. Directeur général du Standard depuis près de dix ans, cet ex-avocat ne s'est pas fait que des amis dans un milieu où les coups bas sont légions.
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A défaut de transferts ronflants, le foot belge n'est jamais avare en surprises. Le licenciement de Pierre François en fut une et de taille. Directeur général du Standard depuis près de dix ans, cet ex-avocat ne s'est pas fait que des amis dans un milieu où les coups bas sont légions. " Je ne comprends pas cette campagne de déstabilisation des dernières semaines voire des derniers mois ", dit-il. " Je suis Liégeois, j'ai fait mes études à Liège, je vis à Liège, j'ai travaillé au barreau de ma ville, je me suis occupé pendant près de 10 ans d'une des plus belles institutions de la région avec laquelle j'ai vécu deux titres de champion et une Coupe de Belgique... Mais depuis un an, j'entends la même rengaine : -Il travaille trop, il veut tout faire tout seul. Au lieu d'avoir un peu de soutien, on a essayé de me fragiliser. A mon arrivée, le Standard comptait 8.000 abonnés, ils sont 25.000 aujourd'hui. Les business-seats sont remplis alors qu'il y a dix ans il fallait les brader. On a travaillé collectivement pour redresser le club. La D1, elle, m'a félicité après mon licenciement. Les messages de sympathie sont arrivés de partout, de la direction de Bruges, d'Anderlecht, de Genk, du Lierse, etc. Mon avenir ? Je ne peux rien exclure aujourd'hui. Je ne pense pas avoir trop mal travaillé ces dix dernières années. Je me rappelle encore de ces moments presque gênants lors de repas, quand Lucien D'Onofrio disait que j'étais le meilleur dirigeant belge avec Jean-Marie Philips. Et puis, qu'y a-t-il de plus beau sur un cv que d'avoir officié durant neuf ans et demi en tant que directeur général du Standard ?" Concernant les motifs de son éviction, Pierre François ne s'épanche pas. " Je m'en réfère à ce qui a été dit dans le communiqué. (" Alors que le Standard fonctionnait jusqu'il y a peu de façon autonome, le club bénéficie depuis la reprise de spécialistes financiers, fiscaux et juridiques mis à disposition par le groupe ELEX " (une société holding de Roland Duchatelet). Roland Duchâtelet a choisi une manière atypique de diriger un club mais qui est peut-être la bonne ". Négociation des droits télés ou réforme du championnat, concernant les sujets de " fond ", Pierre François n'a reçu que des louanges. Sa personnalité était davantage remise en cause. Son licenciement a notamment permis à ses adversaires de sortir du bois et de régler quelques comptes. " Je l'ai lu, notamment dans votre magazine. Voilà pourquoi je ne me suis pas rendu à la conférence de presse où José Riga annonçait son départ du Standard. Je ne voulais pas que ma présence soit récupérée. Tout comme, je ne me suis pas rendu aux récentes négociations avec Jérémy Perbet, même si j'avais au préalable rencontré son manager. Je n'ai jamais été voir un entraînement, je ne m'immisçais pas dans le travail quotidien du coach. Je rencontrais des joueurs quand ceux-ci venaient me parler, souvent, de leurs problèmes. Ce fut le cas notamment avec Laurent Ciman qui voulait claquer la porte et à qui j'ai reboosté le moral en lui prouvant chiffres à l'appui que son temps de jeu n'était pas si réduit. D'autres joueurs venaient me voir pour des cas plus pratiques, du type document de mariage pour les footballeurs étrangers. Je n'y vois aucune ingérence d'un point de vue sportif. Comme je ne suis jamais intervenu au niveau du recrutement ou des joueurs à aligner. Exception pour Serge Gakpé dont le contrat stipulait une prolongation automatique si le joueur atteignait les 15 titularisations avant le 30 avril. Et vu que le staff technique ne voulait pas garder le joueur, j'estimais normal de rappeler à José Riga de ne plus le titulariser. Il m'est aussi arrivé de demander à José Riga s'il pouvait offrir quelques minutes à FrancoZennaro ou à IbrahimaCissé car cela aurait facilité le travail de leurs agents qui tentaient de leur trouver une porte de sortie. Vous noterez qu'ils n'ont pas joué une seule minute... " " Ludo Depreter me transmettait le rapport médical après que celui-ci ait été envoyé à une quinzaine de destinataires. Cela devait soi-disant être lu uniquement pas des membres de la cellule sportive. Sauf que l'on retrouvait notamment le responsable des ressources humaines Guy Bouillot. Enfin, connaître le rapport médical de tel ou tel joueur n'est pas de la pure curiosité maladive. Il faut savoir qu'en cas de blessure, un joueur peut réclamer des indemnités auprès de la fédération, on doit déclarer les sinistres auprès de l'assurance, etc. " " Jamais je ne suis intervenu auprès d'un média pour obtenir une prise de parole. ( NDLR : même s'il a souvent signalé à notre magazine qu'il était disponible pour une réaction, précisant même ses préférences par rapport à un journaliste ou l'autre). Oui, j'écrivais l'édito du Standard Magazine mais je ne crois pas que ce soit choquant en ma qualité de directeur général d'autant qu'à l'époque de Lucien D'Onofrio, ce dernier ne voulait pas s'en occuper. J'ai même demandé à Roland Duchâtelet d'écrire l'édito du magazine bilan de la saison. Enfin, pourquoi pensez-vous que j'ai décidé de faire appel aux services de FreddyTacheny si je voulais attirer toute l'attention autour de ma personne ". " Je ne pense pas me tromper en disant que cela entre pleinement dans les compétences d'une fonction de directeur général. Du temps de Lucien, c'était évidemment différent vu sa grande expérience dans les négociations. Il y mettait plus que son grain de sel, c'est lui qui menait les débats et j'étais là pour l'accompagner. Cette saison, j'ai pris davantage d'ampleur puisque je menais ces négociations seul, Monsieur Duchâtelet préférant que Jean-François de Sart ne s'occupe que du sportif. "" Cette histoire sur le prétendu licenciement de Jean-François de Sart est totalement fausse. Il y avait bel et bien un sujet de mécontentement. Ce sujet énervait à un tel point le président qu'il m'avait demandé de préparer une lettre de mise au point ( NDLR : PF ne nomme pas ce type de document) à l'intention du directeur technique. S'en est suivi une réunion entre Roland Duchâtelet, Jean-François de Sart et moi-même qui a débouché sur une collaboration positive. Tout comme, je n'ai jamais pris seul la décision que l'on évince l'ex-directeur commercial, Frédéric Leidgens ou l'ex-directeur de la communication, Sacha Daout. Monsieur Duchâtelet s'était fait rapidement sa propre opinion à son arrivée au club et m'a dit dans la foulée : -Ceux-là tu me les balances. "" Je ne pense pas que Steven Defour m'enverrait dans les heures qui ont suivi mon licenciement un sms de soutien s'il m'en voulait. Je n'ai jamais souhaité l'envoyer au Spartak Moscou mais le club russe a été le premier à se manifester. Quand Porto est entré dans la danse, je n'ai pas accepté la première offre ce qui a logiquement déplu à Steven. Mon objectif était de faire ce qu'il y a de mieux pour le club. En observant Lucien, j'ai appris à ne pas dire oui tout de suite. A l'époque où OnderTuraci était au Standard, il a fait pression pour partir à Galatasaray qui était, disait-il, le club de son c£ur, le seul où il se verrait jouer. Lucien n'a pas cédé et il s'est finalement retrouvé au... Fenerbahçe. En définitive, Porto a dépensé un montant supérieur à celui du Spartak. " " Ce qui explique que les responsables de la Loterie Nationale, de Tecteo, Mithra, Joma, Base ont chacun tenu à saluer notre collaboration quand ils ont appris mon départ du club... "PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: IMAGEGLOBE