Jacques Rogge, le président du Comité International Olympique, a choisi son moment sportif de 2004 : le titre olympique de Justine Henin. " Et surtout sa demi-finale contre Anastasia Myskina. La manière avec laquelle, menée 5-1, elle est revenue constitue une des plus belles performances que j'ai vues ".
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Jacques Rogge, le président du Comité International Olympique, a choisi son moment sportif de 2004 : le titre olympique de Justine Henin. " Et surtout sa demi-finale contre Anastasia Myskina. La manière avec laquelle, menée 5-1, elle est revenue constitue une des plus belles performances que j'ai vues ". Les Jeux Olympiques ont été un succès pour Rogge aussi. " Athènes allait être une catastrophe, l'infrastructure ne serait jamais prête à temps... Nous savions que c'était faux. Pourtant, beaucoup de journaux faisant autorité l'ont écrit. Cela m'a choqué ". Le pire s'est joué en dehors de l'arène sportive. Un reportage de la BBC a démasqué la corruption d'Ivan Slavkov, le membre bulgare du CIO, dans la lutte pour l'attribution des Jeux de 2012. " J'ai été particulièrement fâché et très déçu ", commente Rogge. En juillet, à Singapour, l'assemblée générale du CIO se prononcera sur l'affaire. Le Bulgare risque évidemment l'exclusion. Jacques Rogge : La perfection n'existe pas mais quand quelque chose arrive, nous devons réagir. Nous l'avons fait. Une série de choses ont changé en bien. Notre commission éthique observe attentivement notre comportement. J'ai fait voter un règlement très strict sur la confusion d'intérêts. Il n'y a plus de visites aux villes candidates et il est interdit de recevoir des cadeaux. Nous sommes beaucoup plus sévères que la plupart des autres associations et en matière de transparence financière, je pense que nous sommes parfaits. Le bonheur des athlètes au village olympique. Quand je prenais mon petit déjeuner ou mon dîner au restaurant olympique, des athlètes venaient souvent s'asseoir à mes côtés, simplement pour bavarder. Tous trouvaient que c'était le plus beau village qu'ils aient jamais vu. Cela m'a fait plaisir. Mais si j'avais commis des erreurs, on ne m'aurait pas épargné. Mieux vaut être modeste. La percée de l'Asie. On l'attendait pour 2008, elle est arrivée plus tôt. Cela ne me surprend pas. J'ai assisté à la finale de la Coupe du Monde de football à Yokohama et j'en ai profité pour visiter le centre de sport de haut niveau du Japon. J'ai été sidéré ! C'est le plus beau, le plus efficace et le plus sophistiqué que j'ai jamais vu. L'Asie s'est éveillée. A terme, elle va devenir une grande puissance. Il faut relativiser. Regardez l'Inde : un milliard d'âmes et une médaille de bronze. Il s'agit aussi d'organisation, de développement économique. A l'heure actuelle, ces éléments jouent en faveur de l'Occident mais cela va progressivement changer. Au nombre des médailles, la Chine était troisième à Athènes mais elle va encore progresser. L'Asie va également jouer un rôle plus marqué sur le plan économique. Regardez les sponsors du CIO. Auparavant, c'était des multinationales occidentales. Nous avons trois sociétés asiatiques, maintenant : Samsung, Lenovo et Matsushita. Non, les Blancs restent minoritaires en sprint... Les succès de l'Afrique du Sud et du Zimbabwe en natation ne sont pas si étonnants. La plupart de ces nageurs s'entraînent en Amérique. Je ne vois donc aucune nouvelle tendance. Si plus de pays ont récolté des médailles, je m'en réjouis. C'est le fruit de la politique du CIO. Nous avons redistribué 94 % de nos moyens. Nous les avons essentiellement consacrés aux pays en voie de développement, via la Solidarité Olympique. Beaucoup de médailles ont été gagnées par des athlètes que nous avons envoyés en stage à l'étranger ou pour lesquels nous avons érigé des structures dans leur propre pays. Leur succès prouve que nos investissements ont porté leurs fruits. Les records sont généralement la conséquence de meilleures méthodes d'entraînement, d'un meilleur matériel, d'une meilleure sélection. Les possibilités de sélection vont s'affiner à l'avenir. Grâce au screening génétique, nous allons pouvoir repérer des athlètes doués encore plus tôt. Je ne pense donc pas que nous avons atteint une limite, loin s'en faut. Beaucoup de records datent des années 70, dans les épreuves de lancer. Cela signifie deux choses : à cette époque, on se dopait et ce même dopage n'est plus d'application à l'heure actuelle parce que notre détection s'est sensiblement améliorée. Pourquoi les athlètes d'aujourd'hui ne peuvent-ils plus atteindre les distances d'autrefois ? (Il sourit). Simplement parce qu'ils ont peur d'utiliser les produits dopants d'avant. Nous avons formé un comité d'experts qui réunit les plus grands généticiens du monde. Il y a un Prix Nobel parmi eux. Ils nous disent : - A l'heure actuelle, il n'y a pas de manipulation génétique des athlètes et cela n'arrivera pas avant dix ans, voire plus. La troisième chose qu'ils nous disent, c'est que des tests permettent de détecter pareille manipulation. Nous sommes en train de les mettre au point. Cela ne correspond pas à ma vision ni à celle du monde sportif lui-même. Mais les gens veulent être trompés. Ils ne veulent tout simplement pas accepter la réalité. Moi bien : le dopage existe, la corruption existe et nous devons lutter contre eux. Fermer les yeux et dire : - Quelle magnifique performance ! sans vouloir savoir comment elle a été signée et détourner le regard n'est pas un comportement responsable. J'envie ces gens car je préférerais tout voir à travers des lunettes roses aussi et dire : - Magnifique ! Fantastique ! Mais ce n'est pas responsable. Cela ne m'étonne pas. Je connais la technique mais nous n'avions encore attrapé personne. C'est fait. Des athlètes sont prêts à tout et surtout leur entourage. Nous avons constaté des pratiques inacceptables en RDA aussi. C'est simplement l'expression des mauvais côtés de l'homme. C'est une catastrophe pour la santé. Il n'est pas permis que des gens aient une telle pharmacie à la maison. Il a d'ailleurs été condamné. Mais, avec tout mon respect pour le procureur, il ne faut jamais humilier les gens. C'est aussi cela qui m'a choqué. Pour moi, le record d'Armstrong est le record du meilleur coureur de sa génération. Cela ne souffre aucun doute. Il n'a jamais été contrôlé positif. On ne peut donc l'accuser de dopage. Là, je réponds la même chose que pour Marion Jones, qui n'a jamais été attrapée non plus. Son ex-mari était positif, son entraîneur a été accusé de distribuer des substances dopantes et son mari, Tim Montgomery, a été pris par l'affaire Balco. On peut se demander s'il est raisonnable de la part de Jones de s'entourer de telles personnes. Cela vaut également pour Armstrong : est-il bien raisonnable de s'associer à Ferrari ? J'ai appris depuis longtemps à ne pas commenter les déclarations de collègues. Il faut replacer sa déclaration dans son contexte. Eddy a dit : - La tolérance zéro va trop loin car les athlètes n'ont plus le droit de se faire soigner. Il a ajouté : - Il faut interdire tous les produits nuisibles à la santé mais autoriser les autres. Eddy n'a donc pas plaidé en faveur de la libéralisation du dopage. Ce qu'Eddy ne sait pas, c'est que nous avons modifié nos règlements depuis deux ans. Les athlètes peuvent se faire soigner pour certaines affections, pour autant qu'ils demandent auparavant une autorisation pour exception thérapeutique. Dans ce cas, même des produits qui figurent sur la liste interdite sont autorisés mais en doses très réduites, afin de ne pas offrir d'avantage en compétition. Eddy n'aurait pas déclaré ça s'il l'avait su. Je me suis soumis à des examens complets à ce moment. Il est apparu que ce n'était absolument pas dangereux. Je subissais un contrôle trois ou quatre fois par an. Si les athlètes le faisaient plus souvent, nous déplorerions moins de morts. C'est la leçon à tirer. Le CIO et les fédérations sportives viennent de signer un protocole pour une prévention plus intensive. On noircit le tableau. Il y a trois budgets dans une organisation comme celle des Jeux et d'un championnat de football. Le budget opérationnel représente le coût de l'organisation des Jeux, soit environ 1,8 milliard de dollars (1,35 milliard d'euros), dont 60 % viennent du CIO. Depuis 1984, nous avons toujours clôturé ce budget en positif. Nous nous attendons à des bénéfices à Athènes. Le deuxième poste concerne l'infrastructure sportive. Il dépend de ce qui existe déjà. A Sydney, par exemple, nous avons dépensé beaucoup car il n'y avait presque rien mais c'est un legs pour le futur. Le pays va profiter de ces infrastructures pendant 10, 20 ou 30 ans. Le troisième budget concerne les infrastructures générales. A Athènes, on a notamment construit un nouveau métro, un nouveau tramway, un ring de grande qualité et un nouveau centre de communications. Cela ne disparaît pas le jour de la cérémonie de clôture. Il faut amortir ces coûts sur 20, 30 ou 40 ans. Les gens oublient toujours l'effet de retour. On l'estime à environ 20 milliards d'euros pour Athènes, soit le double des dépenses. Pourquoi pensez-vous que tant de villes sont candidates à l'organisation des Jeux ? Ces gens ne sont pas stupides. L'étude économique de KPMG estime que c'est financièrement possible. Reste à voir si cela constitue une priorité pour la Belgique. Mais il n'a pas de limitation financière. La Belgique et la Flandre doivent déterminer elles-mêmes ce qu'elles veulent. Si elles sont candidates, elles doivent savoir que cela ne suffit pas à remporter l'organisation. Il faut un projet bien étayé et la lutte sera rude. En outre, seule une ville peut être candidate. Cela doit être Bruxelles, ce qui n'exclut pas des collaborations avec des régions. On a bien joué au football à Salonique, à 350 kilomètres d'Athènes. (Il nous interrompt). Pékin ne sera pas plus gigantesque qu'Athènes. Le budget opérationnel oscillera de 1,8 à 2 milliards de dollars, soit la même fourchette qu'à Athènes et à Sydney. Ce n'est pas parce que les installations seront prêtes plus vite qu'à Athènes que les Jeux seront plus gigantesques. Cette rapidité témoigne simplement d'une organisation plus efficace. Je suis content : pour une fois, je ne devrai pas pousser à la charrette. Je dois même les freiner un peu. 28 sports, 10.500 athlètes, 300 épreuves : c'est la norme. Nous ne la dépasserons pas mais nous ne la reverrons pas à la baisse non plus. En déclarant que nous voulions que les Jeux restent maîtrisables, nous pensions surtout à l'infrastructure, au budget, à la technologie et au nombre d'accréditations. L'infrastructure de Sydney nous permettait de vendre 9,5 millions de billets, soit trois fois plus qu'une Coupe du Monde de football. Nous trouvions que c'était excessif, ne serait-ce que parce qu'il fallait construire de grands stades. Nous avons sciemment diminué la capacité d'Athènes de moitié. Les Grecs ne pouvaient écouler que 5,5 millions de billets. Même si les stades auraient été combles pour les Jeux, ils se seraient généralement avérés trop grands par la suite. C'est évidemment regrettable. Robert se heurte à l'inertie de la politique sportive belge. Robert a énormément de qualités mais il a toujours été habitué à une structure claire durant sa carrière : il ne devait discuter qu'avec le comité olympique, il avait un seul entraîneur, un seul accompagnateur. Il ne devait pas s'occuper des équilibres entre Flandre et Wallonie, du cabinet du ministre, du comité olympique, des ligues linguistiques, des coupoles fédérales, etc. C'est la réalité actuelle mais elle ne convenait pas à Robert et on ne peut lui en vouloir. La réalité politique belge signifie que vous avez besoin d'un rassembleur, d'un constructeur de ponts. Le sport restera communautarisé. Nous ne sommes ni moins bons ni meilleurs qu'il y a quinze ans. Nous sommes à notre place mais les gens ne veulent pas l'admettre. Depuis les Jeux Olympiques de 1976, la Belgique gagne en moyenne trois médailles, sans or. Cette fois, nous en avons trois, dont une d'or. Or, notre potentiel est nettement supérieur, en termes de population, de développement économique et de connaissance sportive. Si les Pays-Bas, qui comptent 14 millions d'habitants, récoltent 22 médailles, nous devons pouvoir en gagner dix ou douze. Les Pays-Bas consacrent moins d'argent au sport pour tous. Le citoyen qui veut faire du sport doit payer lui-même sa cotisation. La Belgique, elle, consacre beaucoup plus de moyens au sport pour tous. Il faut être conséquent et ne pas se plaindre d'obtenir de moins bons résultats dans le sport de haut niveau : c'est un choix politique. En outre, le staff des entraîneurs est de meilleure qualité aux Pays-Bas. Nos voisins fixent aussi des objectifs concrets aux athlètes qui sont soutenus. En Belgique, et ce n'est pas un reproche, athlètes, instances dirigeantes et presse sont en général trop vite contents. Nous avons les résultats que nous méritons. Si nous en voulons d'autres, nous devons changer les choses. Ce qu'il faut, c'est mieux encadrer les athlètes. J'espère que le COIB tirera les leçons nécessaires. Le sport olympique est un succès. Le CIO va récolter environ trois milliards de dollars (2,25 milliards d'euros) des Jeux. La machine est donc bien huilée. Notre principal défi se situe au niveau de la crédibilité du sport. Elle dépend d'une répression sévère du dopage, d'une lutte contre la corruption et des excès comme la violence qui sévit dans le sport et autour de lui. Le problème, c'est que les valeurs non matérielles sont plus difficiles à défendre car il faut avoir l'opinion publique de son côté. Ce n'est pas aisé et j'ai été choqué de voir un grand champion commenter Paris-Tours alors qu'il était suspendu par la Ligue Vélocipédique Belge. Jan Hauspie" Certains disent que le sport de haut niveau EST DU SPECTACLE. CE N'EST PAS MA VISION " " En Belgique, sportifs, dirigeants et journalistes sont TROP VITE CONTENTS "