Pour Elise Mertens, les vacances consistent le plus souvent à rester à la maison. Le calme après la fureur, quand on est la fille du top 100 à avoir joué le plus de matches - simples et doubles confondus - en 2018. Résultat, une année de voyages, de sacrifices et quelques révélations, comme celle qui consisterait à faire du top 10 un objectif à moyen terme.
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Pour Elise Mertens, les vacances consistent le plus souvent à rester à la maison. Le calme après la fureur, quand on est la fille du top 100 à avoir joué le plus de matches - simples et doubles confondus - en 2018. Résultat, une année de voyages, de sacrifices et quelques révélations, comme celle qui consisterait à faire du top 10 un objectif à moyen terme. Deux victoires seulement en rencontres du Grand Chelem en 2017, treize en 2018, ça vous situe une courbe de croissance. Une ambition aussi. De quoi continuer de croire en une année 2019 plus belle encore que la précédente. Celle-ci part déjà sur de bonnes bases. Le 24 décembre, Elise Mertens sera déjà sur le gril, dans l'avion, en route pour l'Australie avant de débuter sa saison le 31 à Brisbane. Loin de chez elle, mais plus proche que jamais de ses appétences nouvelles. Élise, dans un gros mois, c'est déjà l'Australian Open. D'entrée de jeu l'un de tes plus grands objectifs de la saison avec de nombreux points à défendre et une certaine pression inévitable. Ton début de saison risque d'être capital pour la suite ? ÉLISE MERTENS : Capital pas, mais très important, vu le nombre important de point à défendre. Après, je ne sais pas si c'est de la pression, j'ai tellement bien joué l'an dernier que je suis dans quelque chose de différent maintenant. Je suis 13e mondiale, j'ai confiance en mon jeu, je sais ce que je suis capable de produire. Ce ne sera pas facile de faire à nouveau une demi-finale en Australie, j'en suis consciente, mais si je perds des points là-bas, j'en gagnerai ailleurs par la suite. Ça ne me préoccupe pas tant que ça, en fait. C'est ce qu'on appelle la confiance. Tu parviens à réaliser pleinement que tu es aujourd'hui 13e mondiale ? MERTENS : Pas vraiment, mais pour moi, le ranking ne sera jamais vraiment un objectif. Le plus important, ça a toujours été d'avoir une courbe de progression dans mon jeu. Être dans le top 15, c'est bien, mais ce n'est pas toujours parce que tu gagnes beaucoup de matches que tu progresses nécessairement. Or, moi, cette saison, j'ai eu réellement l'impression de voir mon jeu progresser. Je suis, par exemple, contente parce que je trouve que je suis devenue plus agressive en début de point, au service et sur la troisième balle et ça, c'est très important dans le tennis moderne. On dit souvent que le plus dur, c'est la saison de la confirmation. Est-ce que tu considères que cette saison-là est déjà derrière toi ? MERTENS : Je pense que ça dépend de quel point de vue on se place. Pour le grand public, qui m'a découvert l'an dernier grâce à mes bons résultats en Grand Chelem, ce sera peut-être cette saison. Mais, pour moi, la saison de la confirmation c'était clairement 2018. J'avais fini 2017 à la 36e place à la WTA après un troisième tour à Roland- Garros, c'était la première année où j'avais vraiment pris du plaisir à un haut niveau. La saison 2018, c'est la preuve que ce n'était pas du hasard. La régularité, c'est ce qui fait défaut au tennis féminin belge depuis près de dix ans dans le chef de Flipkens, Van Uytvanck ou Wickmayer, toutes trois aussi demi-finaliste en Grand Chelem dans le passé, mais incapable de s'inscrire dans la durée. Qu'est-ce que tu as en plus que ces filles-là ? MERTENS : C'est un peu un rêve d'avoir été si bien quand il le fallait vraiment cette saison. Je ne sais pas si j'ai quelque chose en plus, je crois que j'ai eu la chance d'avoir eu mes pics de forme dans les tournois les plus importants. Je n'oublie pas que le tennis, c'est up and down. La preuve, c'est que contre Gavrilova, en Australie au 2e tour, je suis menée 5-0 dans le premier set avant de gagner en deux sets ; contre Lepchenko à Roland-Garros au 1er tour, je suis menée d'un set et 5-4 dans le deuxième et je gagne ; à l'US Open, toujours au 1er tour, je suis menée 4-2 dans le troisième par Nara, et je finis par l'emporter, là aussi. En conclusion, je crois que mentalement, j'étais prête. Mais ça peut virer très vite. La régularité, c'est ce qu'il y a de plus dur dans le tennis. Et puis il y a des périodes magiques. Pour arriver en demi-finale à Melbourne en janvier dernier, tu n'avais, par exemple, pas perdu un seul set, tout ça juste après avoir déjà gagné le tournoi d'Hobart la semaine d'avant. Comment traverse-t-on ces périodes de douce euphorie ? MERTENS : J'étais dans une sorte de transe. Comme dans une bulle aussi. Je faisais tous les jours les mêmes choses, dans le même ordre, je mangeais tous les jours la même chose, dans le même ordre. Et je gagnais mes matches. C'était quasi un rythme automatique, assez incroyable. Je ne pensais pas, je ne pensais plus. Tout s'est enchaîné très vite. Évidemment, quand je me suis retrouvée en deuxième semaine à l'Australian, je suis devenue plus nerveuse, mais comme j'ai continué à gagner, je ne l'ai pas vraiment ressenti. Puis, je gagne mon quart de finale... Là, c'était vraiment de l'euphorie. Tu es la fille d'un fabricant de chaises d'église à la retraite et d'une maman professeure de langues. Comment est-ce qu'on en vient au tennis dans un tel cadre familial ? MERTENS : J'ai débuté le tennis parce que ma soeur qui avait six ans de plus que moi a commencé et que c'était plus simple pour ma mère de nous déposer toutes les deux. Ma grande soeur avait 9 ans, moi, j'avais 3 ans et demi et c'est marrant parce que personne n'avait jamais fait de tennis dans la famille donc sans elle, je n'y aurais peut-être jamais pensé non plus. Ce n'est pas toujours évident de commencer si jeune un sport et de le pratiquer ensuite à un haut niveau. André Agassi, notamment, raconte dans son excellente biographie " Open ", que ça ressemble parfois plus à un calvaire. Comment toi, tu as vécu tes jeunes années ? MERTENS : Moi aussi, au début, je n'aimais pas trop le tennis. Ça ressemblait plus à une obligation, puis, petit à petit, j'ai commencé à prendre du plaisir. C'est comme tout, si tu es doué pour quelque chose, généralement ça t'apporte du plaisir. Mais ça ne m'a pas empêché de passer par des moments difficiles, de penser à tout arrêter. Pas parce que j'en avais marre, mais parce que j'avais peur de ne pas avoir le niveau. En catégorie junior, ce n'était pas facile. Financièrement notamment. Mon père et ma mère ont fait énormément de sacrifices pour moi. Dans ma tête, je me demandais si tout ça avait un sens, si ça allait marcher. En fait, avant que je gagne Hobart ( en janvier 2017, ndlr), ce qui allait me permettre d'intégrer le top 100 après plusieurs saisons autour de la 120e place, je n'étais toujours pas convaincue que ça allait marcher. Et c'était seulement il y a deux ans ! Quels souvenirs gardes-tu de Kim Clijsters étant gamine ? Tu es de 1995, tu n'avais que 4 ans lors de son premier titre WTA, 6 ans seulement pour cette mythique finale face à Capriati à Roland-Garros en 2001... MERTENS : J'ai beaucoup de souvenirs à Roland-Garros, de cette finale contre Capriati en 2001 notamment. Je me souviens moins bien de ses finales à l'Australian ou à l'US Open parce qu'avec le décalage horaire, c'était en pleine nuit et que moi j'avais école le lendemain. Je me suis levée une fois, pour sa finale contre Wozniacki en 2009 en finale de l'US Open. Celle-là, je m'en souviens bien. C'était déjà lors de la deuxième carrière de Kim. Elle et Justine ont toutes deux connu des trajectoires éclair avec des premières retraites à 24 ans (Clijsters) et 26 ans (Henin). Toi qui n'as pas la même précocité, tu te vois jouer jusqu'à quel âge ? MERTENS : Il est trop tôt pour me fixer une limite, mais je crois que l'âge moyen a reculé dans le tennis. Halep a gagné son premier Grand Chelem seulement cette année, à 26 ans. Ce n'est plus la même chose qu'il y a 10 ou 20 ans du point de vue du jeu. Et en ce qui concerne le rythme de vie, ça peut paraître anecdotique, mais je crois qu'avec WhatsApp, Skype, ... tout ça est plus vivable. Et puis, moi, j'ai l'avantage de pouvoir m'endormir partout, y compris dans l'avion. Donc ce n'est pas un problème pour moi de voyager. J'adore ça en fait. C'est pour ça que tu es la fille du top 100 qui a joué le plus de matches - simples et doubles - cette année ? MERTENS : Je ne connaissais pas cette statistique (e lle éclate de rire). J'étais consciente d'avoir joué beaucoup de matches, mais là quand même, je suis surprise. Je ne jouerai plus le double avec Demi ( la Néerlandaise Demi Schuurs, sa partenaire de double l'an dernier, ndlr) l'an prochain parce que ça me demandait beaucoup d'énergie. Je continuerai de jouer le double dans les Grand Chelem, avec Sabalenka ( WTA 11, ndlr) en Australie, peut-être aussi dans d'autres tournois, mais ça ne sera plus systématique, parce ça demande beaucoup de sacrifices. Une énergie que tu n'avais visiblement plus en fin de saison et qui t'empêchera notamment de valider ton billet pour les Masters en simple. Un regret ? MERTENS : Oui, j'étais déçue, mais je pense que j'aurai d'autres occasions dans le futur. J'ai tout donné jusqu'au bout, mais j'étais épuisée aussi bien mentalement que physiquement, je n'avais plus de jus. Et si tu n'es pas au top dans le tennis, ce n'est pas possible. C'est pour ça que je pense qu'il est préférable de mettre le double un peu de côté en 2019. Tu as déjà eu la chance de connaître des grands stades. La Rod Laver Arena en Australie, le Arthur Ashe à New York, et le Philippe Chatrier à Paris. Roland-Garros, ça reste particulier pour toi ? MERTENS : C'est là que j'ai gagné mon premier match dans le tableau final d'un Grand Chelem, c'est inoubliable. Et puis, on se sent à la maison là-bas. D'autant que dans mon historique personnel, il y a ce match contre Venus sur le Central en 2017, un dimanche après-midi. Tout le monde a regardé ce match. Les gens dans la rue après me disaient : " Oh Élise, bonjour, enchanté ! " Il y a vraiment eu un avant et après cette rencontre, même si je l'ai perdue. Ça m'a surprise qu'on me reconnaisse. C'est bizarre de voir les gens s'intéresser à moi.