Le jeune attaquant du Sporting vient de connaître une semaine contrastée. Un doublé avec l'équipe nationale Espoir en Hongrie (victoire 0-3), qui rapproche encore un peu plus la Belgique d'une qualification pour l'EURO en Italie, avant de connaître la défaite à la Luminus Arena de Genk (1-0). Auteur de cinq réalisations lors des quatre premières rencontres, le Bruxellois est resté muet lors des trois dernières journées. Un coup d'arrêt qui ne semble pas l'inquiéter. Après avoir pourtant connu une saison blanche l'an dernier, le " futur des Diables Rouges " (dixit Hein Vanhaezebrouck) ne cache pas ses grandes ambitions. Rencontre.

Tu as connu des débuts rêvés à Anderlecht où tu donnais l'impression d'avoir toujours joué pour ce club.

LANDRY DIMATA : Oui, c'est vrai que c'est l'impression que j'ai aussi. Mais te dire le comment du pourquoi ? Je ne sais pas. Mais je l'ai sentiment d'avoir toujours été ici. Normalement, un joueur a besoin d'un gros temps d'adaptation, de connaître les gens et là seulement il peut commencer à se sentir bien. Moi je me suis senti bien dès le premier jour.

C'est le club de ta ville aussi. Ça a joué dans ton adaptation ?

DIMATA : Oui, je crois, c'est aussi une question d'identité. Je m'identifie à Bruxelles et je me suis directement identifié à ce club. C'est le club de la ville où j'ai grandi, où j'ai tout fait. Ça a joué un grand rôle.

Des joueurs bruxellois qui ont réussi à Anderlecht ne sont pas légion. On pense à Vincent Kompany, Youri Tielemans, voire Anthony Vanden Borre. Tu penses que ton impact peut dépasser ce club, que tu peux être un symbole de la réussite bruxelloise. Tu as déjà pensé à ça ?

DIMATA : Bien sûr. Je ne fais pas les choix par hasard. Et j'ai fait le choix de venir à Anderlecht alors qu'il y avait pas mal d'offres sérieuses. Mais je me suis inspiré de l'exemple de Kylian Mbappé qui était à Monaco et qui aurait pu signer où il voulait. Il avait déclaré : " Je viens de Paris, j'ai grandi à Paris, il faut que je joue pour le club de ma ville. Ça fait l'effet d'une sorte de déclic pour moi. Je me suis dit : " Ouais, moi aussi je veux que ça se passe comme ça. " Je me suis dit que je devais jouer pour le club de la capitale où je connais tout le monde. Je veux avoir un impact sur l'histoire du club mais aussi auprès de plein de jeunes qui me connaissent à Bruxelles qui pourraient s'identifier à mon parcours.

Je veux avoir un impact sur l'histoire du club mais aussi auprès des nombreux jeunes qui me connaissent à Bruxelles. " Landry Dimata

" J'avais besoin de prendre une gifle "

En janvier dernier déjà, on citait ton nom du côté d'Anderlecht.

DIMATA : Mon cas a peut-être été évoqué mais la demande ne venait pas de moi. Je lisais mon nom dans les journaux mais je n'ai jamais eu envie de partir en milieu de saison.

Tu n'as pas l'impression d'avoir sauté une étape en signant en Bundesliga ?

DIMATA : Je ne vois vraiment pas les choses comme ça. Cette étape comme tu dis m'a permis de me sentir bien aujourd'hui. Ma manière de voir les choses, ma mentalité ont été renforcées. D'ailleurs je ne pense pas qu'on avance avec des regrets. Ce passage m'a aidé dans mon parcours.

Qu'est ce qui a rendu le passage compliqué à Wolfsburg ?

DIMATA : La situation du club s'est tendue suite aux mauvais résultats, je n'ai plus joué, et ça a surtout eu un impact au niveau mental. J'ai reçu un petit coup, et je reste quand même fort jeune.

Pas mal de jeunes talents belges ont tendance à partir très tôt à l'étranger avec un taux d'échec assez élevé. Est-ce qu'il ne vaut pas mieux suivre l'exemple d'un Youri Tielemans qui a connu le haut niveau belge, a disputé la Ligue des Champions, avant de faire le grand saut vers un grand championnat ? Toi, tu n'avais connu qu'une seule saison en D1 à Ostende avant de signer à Wolfsburg.

DIMATA : Je pense que c'était nécessaire pour moi que ça se passe comme ça. Que je prenne une gifle, que je comprenne ce que c'est le haut niveau, la mentalité qu'il faut avoir pour réussir. Cette année à Wolfsburg va, j'en suis sûr, me servir pour la suite de ma carrière.

Anderlecht et Bruges te suivaient pourtant lors de ta première saison à Ostende en 2016-2017 mais tu n'étais apparemment pas décidé à rester dans le championnat...

DIMATA : Oui, moi quand je suis décidé, je suis décidé. Je fais mon choix, j'y vais à 100 % et après j'assume. C'était important pour moi de voir ce dont j'étais capable, de voir jusqu'où je pouvais aller. Et ce n'est parce que ça ne s'est pas bien passé l'an dernier, que j'hésiterai à retenter une expérience à l'étranger.

Anderlecht c'était un choix réfléchi ? Il y avait d'autres possibilités ?

DIMATA : Oui il y avait du concret mais je voulais venir à Anderlecht.

" Le Brussels, c'était plus ghetto "

Et pourtant ton parcours t'a emmené dans deux clubs rivaux historiques : le Brussels et le Standard.

DIMATA : Le Brussels, c'était le deuxième club de la capitale. Ceux pour qui ça ne se passait pas bien à Anderlecht, se retrouvaient souvent au Brussels. Mais, par contre, les jeunes d'Anderlecht avaient souvent du mal quand ils jouaient contre nous. Eux, ils arrivaient avec leur beau maillot, la classe, nous c'était plus ghetto ( il rit). On n'avait pas beaucoup de moyens, mais on avait les tripes. Quand on jouait contre des plus grands clubs on se donnait toujours à 200 %.

Landry Dimata :  " Je suis quelqu'un de super ambitieux. Des gens vont peut-être dire que c'est de la prétention, que j'abuse. Mais je suis comme ça. ", BELGAIMAGE
Landry Dimata : " Je suis quelqu'un de super ambitieux. Des gens vont peut-être dire que c'est de la prétention, que j'abuse. Mais je suis comme ça. " © BELGAIMAGE

Tu enviais les jeunes d'Anderlecht ?

DIMATA : Non, je n'ai jamais été quelqu'un d'envieux et j'espère ne jamais l'être. Ce que j'ai toujours voulu, c'est aller chercher les choses moi-même.

Ton passage au Standard t'a notamment inculqué certaines valeurs, comme le travail, l'état d'esprit, etc.

DIMATA : Au Standard, ce n'était pas facile. C'était une autre mentalité encore. Cet état d'esprit un peu rouche. Tout donner, mouiller le maillot, être un peu fou dans sa tête ( il rit). Avec un gros travail physique derrière. Je n'étais pas quelqu'un qui se donnait à fond, j'étais plutôt nonchalant. Le Standard m'a changé.

" Trebel, le grand frère "

Quand tu t'es retrouvé en stage avec les pros en janvier 2016, tu avais comme principal soutien Adrien Trebel que tu as retrouvé ici. Comment expliques-tu cette filiation malgré la différence d'âge et des parcours différents ?

DIMATA : Pour être très honnête, je crois qu'il voyait le talent que j'avais. Il ne comprenait pas pourquoi je ne recevais pas une chance alors que pas mal de jeunes avaient été intégrés au noyau et allaient recevoir une chance lors des play-offs 2. Adrien, c'est un peu comme un grand frère pour moi, il aime bien avoir ce statut de leader, aider les jeunes.

Il peut aussi être très dur envers les jeunes apparemment.

DIMATA : Ça c'est certain. Mais il se voit en nous. C'est ce qui le pousse à agir comme ça. Il est là aussi pour nous encourager quand ça va moins bien, pour nous dire qu'on y arrivera en bossant. Mais c'est vrai que parfois, il peut être dur ( il rit). Ça fait partie de l'écolage, du haut niveau. Et il vaut mieux apprendre ça tôt.

Tu l'as contacté avant de venir à Anderlecht ?

DIMATA : Je n'avais besoin d'appeler personne, j'étais décidé à 100 %. Comme je t'ai dit, c'est ici que j'ai grandi et je crois que le fait de venir ici peut dépasser le cadre du foot. Je veux évidemment écrire une grande page avec Anderlecht, je veux laisser ma marque dans ce club.

Tu n'es donc pas que de passage ?

DIMATA : Tu veux dire quoi par là ?

Tu ne vas pas rester six mois et puis repartir ?

DIMATA : Si j'écris l'histoire en six mois... On verra.

" À Anderlecht pour prendre du plaisir "

Quels ont été les premiers mots de Vanhaezebrouck à ton encontre ?

DIMATA : Il m'a dit qu'il était au courant de mes qualités, que j'étais là pour prendre du plaisir mais qu'il voulait faire de moi un joueur encore plus fort. Et pourquoi pas devenir le meilleur attaquant du championnat belge.

Qu'est-ce qu'il voudrait que tu améliores ?

DIMATA : Il m'a dit que j'étais un attaquant complet mais il me dit que je dois travailler des petits détails pour arriver à franchir encore un autre cap. Au niveau de mes prises de balle, de mes contrôles, être plus concentré aussi sur certaines phases.

Quand Vanhaezebrouck déclare que tu es le futur attaquant des Diables, comment réagis-tu ?

DIMATA : Ça me touche, ça m'encourage à donner encore plus. Ça veut aussi dire que je suis à la bonne place. Que ce soit sur le terrain ou en dehors, je me rends compte du bonheur que j'ai. Et c'est aussi pour ça que je suis venu à Anderlecht, c'est pour prendre du plaisir. C'est ce qui m'avait manqué la saison dernière. On était dans une bulle assez négative, à Wolfsburg, et je crois que tout le monde en a souffert. Et en plus de ça, j'étais le plus jeune de l'équipe et même les plus expérimentés ont connu une saison galère.

Au -delà de votre complémentarité sur le terrain, Ivan Santini et toi, vous êtes tous les deux très croyants. Vous évoquez souvent votre foi ensemble ?

DIMATA : Je n'étais même pas au courant. Jusqu'à ce match en début de saison où Ivan a pris la parole et qu'il a déclaré : " Je suis très content que ça se passe de cette façon, Dieu soit béni. " Je me suis dit : " Mais qu'est-ce que tu me racontes ? " Et puis j'ai compris qu'il était, comme moi, très croyant. Comme quoi, il n'y a pas de hasard.

Vous semblez avoir des caractères très différents. Il semble bien plus introverti que toi.

DIMATA : Peut-être qu'il a besoin de davantage de discrétion pour se sentir bien. Mais moi non plus, je ne suis pas quelqu'un que tu vas voir partout, dans les rues de Bruxelles par exemple. Moi je suis caché, tranquille dans ma tête. Je veux uniquement me concentrer sur ma saison.

" Je sais que les critiques vont arriver "

Tu te prépares à connaître la critique ?

DIMATA : Je suis au début de ma carrière, et je sais que les critiques vont arriver, je me prépare à ça. À Wolsfsburg, j'ai compris certaines choses. Quand tu commences à penser à ce que les autres pourraient penser de toi, c'est là que ça devient compliqué. Quand les propos des gens prennent de l'importance.

Tu avais déclaré dès ta première saison en D1 avec Ostende : " Si Roberto Martinez m'appelle, je serai prêt ". Tu ne te dis pas après coup que tu étais trop ambitieux ?

DIMATA : Non. Je suis quelqu'un de super ambitieux. Des gens vont peut-être dire que c'est de la prétention, que j'abuse. Mais je suis comme ça. J'ai toujours la volonté de dépasser mes limites.

On ne t'a jamais considéré comme un grand talent chez les plus jeunes. C'est ce qui te fait dire que tout est possible ?

DIMATA : J'ai vu qu'année année après, je progressais. Et je crois pouvoir dire que je suis plus fort aujourd'hui que lors de ma période ostendaise. Je crois que le terrain le montre. L'Allemagne m'a rendu plus fort.

Surtout physiquement ?

DIMATA : Oui. J'ai pris du coffre. Et j'ai appris la discipline, la rigueur. C'est même plus que ça. Interdiction d'avoir un téléphone dans le vestiaire, ni chez les kiné ou en salle de muscu, ou dans le car. Tu dois signer un papier quand t'arrives au club, tu as un badge, etc. Ce n'est pas notre mentalité, ici, en Belgique.

On est trop laxiste en Belgique ?

DIMATA : Non je crois que c'est eux qui sont trop stricts ( il rit). C'est l'armée là-bas. Mais c'est une bonne école.

T'as fait ton service militaire.

DIMATA : Voilà. Mais un an, ça m'a suffi. Plus sérieusement, c'était une bonne expérience de vie. C'est aussi quand j'ai joué à Dortmund, que j'ai vu la folie dans ce stade. C'est là que j'ai compris pourquoi je jouais au foot.

Tu ne vois pas un gouffre entre la Bundesliga et le championnat belge ?

DIMATA : C'est sûr que c'est très différent, c'est un autre monde. Mais j'ai compris une chose dans le foot, tout se passe dans la tête. Et quand tout est bien imbriqué, tout se passe comme il faut.

" Coucke-Devroe, un duo qui évolue "

Ici, même si les résultats ne sont pas au beau fixe pour le moment, on sent un nouvel état d'esprit dans le club, notamment au niveau de l'ambiance en tribunes. J'imagine que l'atmosphère n'était pas la même quand tu étais venu jouer à Anderlecht sous le maillot d'Ostende.

DIMATA : Ce n'est vraiment pas le même chose. On sent que maintenant, à Anderlecht, ce sont des supporters qui garnissent les tribunes. Le club avait, je crois, besoin d'un nouvel élan, d'une nouvelle ambiance.

On imagine que le duo Coucke-Devroe a été important dans ta décision de revenir en Belgique.

DIMATA : J'avais eu Coucke au téléphone, tout comme Luc, avant de venir. L'un ne va pas s'en l'autre ( il rit). Je leur avais envoyé un message de félicitations après la reprise d'Anderlecht. C'est un duo qui continue à évoluer. Et à qui il faut laisser du temps.

Tu as le sentiment qu'il y a suffisamment de talent dans l'effectif cette saison ?

DIMATA : Oui il y a beaucoup de talent. Notamment chez les jeunes. Mais ça a toujours été le cas à Anderlecht. C'est Bruxelles, quoi.

" On ne peut qu'aimer Romelu Lukaku "

Dans une précédente interview, tu plaçais Romelu Lukaku sur le même pied que Cristiano Ronaldo. Pourquoi l'attaquant des Diables t'inspire-t-il autant ?

LANDRY DIMATA : Pour moi, au niveau de la mentalité, Cristiano et Romelu, ce sont les mêmes. Romelu, je le connais personnellement depuis deux-trois ans. Je l'avais connu après mon match contre Anderlecht avec Ostende. Il était venu me féliciter dans le vestiaire. Et depuis, on est resté en contact. On se revoit lors de rassemblements de l'équipe nationale notamment. La dernière fois, il est venu dans la chambre que j'occupe avec Dodi ( Lukebakio, ndlr) chez les Espoirs. Je crois qu'il nous a parlé pendant deux-trois heures. Je croyais qu'il allait même dormir dans notre chambre ( il rit).

Ce qu'il aime par-dessus tout, c'est causer foot, surtout avec les plus jeunes.

DIMATA :Oui, c'est certain. En tout cas, il a la bonne mentalité. Il me faisait comprendre que peu importe ce qui peut arriver, les passages à vide comme il a connu à Chelsea par exemple, personne n'allait lui enlever son talent. Ce talent t'appartient, il faut rester confiant. Il ne faut laisser personne douter de tes qualités. Le message vraiment clef, c'était ça. Continue à bosser surtout et il faut avoir du caractère pour réussir.

Car lui a été critiqué quasiment partout où il est passé. Et il a fini par mettre tout le monde d'accord.

DIMATA : Je me mets toujours à la place des gens. Mais là, concernant Romelu, je ne peux pas comprendre. Ce n'est pas quelqu'un de méchant ou de négatif. Au contraire, c'est quelqu'un qui n'apporte que du positif. Pour moi, c'est un exemple, un leader, et en plus de ça il marque beaucoup de goals. On ne peut que l'aimer. Si je pense à tout ça, je ne peux pas comprendre les critiques. Mais il me fait comprendre aussi qu'il puise sa force dans les critiques. Il se nourrit vraiment de ça.

© BELGAIMAGE
Le jeune attaquant du Sporting vient de connaître une semaine contrastée. Un doublé avec l'équipe nationale Espoir en Hongrie (victoire 0-3), qui rapproche encore un peu plus la Belgique d'une qualification pour l'EURO en Italie, avant de connaître la défaite à la Luminus Arena de Genk (1-0). Auteur de cinq réalisations lors des quatre premières rencontres, le Bruxellois est resté muet lors des trois dernières journées. Un coup d'arrêt qui ne semble pas l'inquiéter. Après avoir pourtant connu une saison blanche l'an dernier, le " futur des Diables Rouges " (dixit Hein Vanhaezebrouck) ne cache pas ses grandes ambitions. Rencontre. Tu as connu des débuts rêvés à Anderlecht où tu donnais l'impression d'avoir toujours joué pour ce club. LANDRY DIMATA : Oui, c'est vrai que c'est l'impression que j'ai aussi. Mais te dire le comment du pourquoi ? Je ne sais pas. Mais je l'ai sentiment d'avoir toujours été ici. Normalement, un joueur a besoin d'un gros temps d'adaptation, de connaître les gens et là seulement il peut commencer à se sentir bien. Moi je me suis senti bien dès le premier jour. C'est le club de ta ville aussi. Ça a joué dans ton adaptation ? DIMATA : Oui, je crois, c'est aussi une question d'identité. Je m'identifie à Bruxelles et je me suis directement identifié à ce club. C'est le club de la ville où j'ai grandi, où j'ai tout fait. Ça a joué un grand rôle. Des joueurs bruxellois qui ont réussi à Anderlecht ne sont pas légion. On pense à Vincent Kompany, Youri Tielemans, voire Anthony Vanden Borre. Tu penses que ton impact peut dépasser ce club, que tu peux être un symbole de la réussite bruxelloise. Tu as déjà pensé à ça ? DIMATA : Bien sûr. Je ne fais pas les choix par hasard. Et j'ai fait le choix de venir à Anderlecht alors qu'il y avait pas mal d'offres sérieuses. Mais je me suis inspiré de l'exemple de Kylian Mbappé qui était à Monaco et qui aurait pu signer où il voulait. Il avait déclaré : " Je viens de Paris, j'ai grandi à Paris, il faut que je joue pour le club de ma ville. Ça fait l'effet d'une sorte de déclic pour moi. Je me suis dit : " Ouais, moi aussi je veux que ça se passe comme ça. " Je me suis dit que je devais jouer pour le club de la capitale où je connais tout le monde. Je veux avoir un impact sur l'histoire du club mais aussi auprès de plein de jeunes qui me connaissent à Bruxelles qui pourraient s'identifier à mon parcours. En janvier dernier déjà, on citait ton nom du côté d'Anderlecht. DIMATA : Mon cas a peut-être été évoqué mais la demande ne venait pas de moi. Je lisais mon nom dans les journaux mais je n'ai jamais eu envie de partir en milieu de saison. Tu n'as pas l'impression d'avoir sauté une étape en signant en Bundesliga ? DIMATA : Je ne vois vraiment pas les choses comme ça. Cette étape comme tu dis m'a permis de me sentir bien aujourd'hui. Ma manière de voir les choses, ma mentalité ont été renforcées. D'ailleurs je ne pense pas qu'on avance avec des regrets. Ce passage m'a aidé dans mon parcours. Qu'est ce qui a rendu le passage compliqué à Wolfsburg ? DIMATA : La situation du club s'est tendue suite aux mauvais résultats, je n'ai plus joué, et ça a surtout eu un impact au niveau mental. J'ai reçu un petit coup, et je reste quand même fort jeune. Pas mal de jeunes talents belges ont tendance à partir très tôt à l'étranger avec un taux d'échec assez élevé. Est-ce qu'il ne vaut pas mieux suivre l'exemple d'un Youri Tielemans qui a connu le haut niveau belge, a disputé la Ligue des Champions, avant de faire le grand saut vers un grand championnat ? Toi, tu n'avais connu qu'une seule saison en D1 à Ostende avant de signer à Wolfsburg. DIMATA : Je pense que c'était nécessaire pour moi que ça se passe comme ça. Que je prenne une gifle, que je comprenne ce que c'est le haut niveau, la mentalité qu'il faut avoir pour réussir. Cette année à Wolfsburg va, j'en suis sûr, me servir pour la suite de ma carrière. Anderlecht et Bruges te suivaient pourtant lors de ta première saison à Ostende en 2016-2017 mais tu n'étais apparemment pas décidé à rester dans le championnat... DIMATA : Oui, moi quand je suis décidé, je suis décidé. Je fais mon choix, j'y vais à 100 % et après j'assume. C'était important pour moi de voir ce dont j'étais capable, de voir jusqu'où je pouvais aller. Et ce n'est parce que ça ne s'est pas bien passé l'an dernier, que j'hésiterai à retenter une expérience à l'étranger. Anderlecht c'était un choix réfléchi ? Il y avait d'autres possibilités ? DIMATA : Oui il y avait du concret mais je voulais venir à Anderlecht. Et pourtant ton parcours t'a emmené dans deux clubs rivaux historiques : le Brussels et le Standard. DIMATA : Le Brussels, c'était le deuxième club de la capitale. Ceux pour qui ça ne se passait pas bien à Anderlecht, se retrouvaient souvent au Brussels. Mais, par contre, les jeunes d'Anderlecht avaient souvent du mal quand ils jouaient contre nous. Eux, ils arrivaient avec leur beau maillot, la classe, nous c'était plus ghetto ( il rit). On n'avait pas beaucoup de moyens, mais on avait les tripes. Quand on jouait contre des plus grands clubs on se donnait toujours à 200 %. Tu enviais les jeunes d'Anderlecht ? DIMATA : Non, je n'ai jamais été quelqu'un d'envieux et j'espère ne jamais l'être. Ce que j'ai toujours voulu, c'est aller chercher les choses moi-même. Ton passage au Standard t'a notamment inculqué certaines valeurs, comme le travail, l'état d'esprit, etc. DIMATA : Au Standard, ce n'était pas facile. C'était une autre mentalité encore. Cet état d'esprit un peu rouche. Tout donner, mouiller le maillot, être un peu fou dans sa tête ( il rit). Avec un gros travail physique derrière. Je n'étais pas quelqu'un qui se donnait à fond, j'étais plutôt nonchalant. Le Standard m'a changé. Quand tu t'es retrouvé en stage avec les pros en janvier 2016, tu avais comme principal soutien Adrien Trebel que tu as retrouvé ici. Comment expliques-tu cette filiation malgré la différence d'âge et des parcours différents ? DIMATA : Pour être très honnête, je crois qu'il voyait le talent que j'avais. Il ne comprenait pas pourquoi je ne recevais pas une chance alors que pas mal de jeunes avaient été intégrés au noyau et allaient recevoir une chance lors des play-offs 2. Adrien, c'est un peu comme un grand frère pour moi, il aime bien avoir ce statut de leader, aider les jeunes. Il peut aussi être très dur envers les jeunes apparemment. DIMATA : Ça c'est certain. Mais il se voit en nous. C'est ce qui le pousse à agir comme ça. Il est là aussi pour nous encourager quand ça va moins bien, pour nous dire qu'on y arrivera en bossant. Mais c'est vrai que parfois, il peut être dur ( il rit). Ça fait partie de l'écolage, du haut niveau. Et il vaut mieux apprendre ça tôt. Tu l'as contacté avant de venir à Anderlecht ? DIMATA : Je n'avais besoin d'appeler personne, j'étais décidé à 100 %. Comme je t'ai dit, c'est ici que j'ai grandi et je crois que le fait de venir ici peut dépasser le cadre du foot. Je veux évidemment écrire une grande page avec Anderlecht, je veux laisser ma marque dans ce club. Tu n'es donc pas que de passage ? DIMATA : Tu veux dire quoi par là ? Tu ne vas pas rester six mois et puis repartir ? DIMATA : Si j'écris l'histoire en six mois... On verra. Quels ont été les premiers mots de Vanhaezebrouck à ton encontre ? DIMATA : Il m'a dit qu'il était au courant de mes qualités, que j'étais là pour prendre du plaisir mais qu'il voulait faire de moi un joueur encore plus fort. Et pourquoi pas devenir le meilleur attaquant du championnat belge. Qu'est-ce qu'il voudrait que tu améliores ? DIMATA : Il m'a dit que j'étais un attaquant complet mais il me dit que je dois travailler des petits détails pour arriver à franchir encore un autre cap. Au niveau de mes prises de balle, de mes contrôles, être plus concentré aussi sur certaines phases. Quand Vanhaezebrouck déclare que tu es le futur attaquant des Diables, comment réagis-tu ? DIMATA : Ça me touche, ça m'encourage à donner encore plus. Ça veut aussi dire que je suis à la bonne place. Que ce soit sur le terrain ou en dehors, je me rends compte du bonheur que j'ai. Et c'est aussi pour ça que je suis venu à Anderlecht, c'est pour prendre du plaisir. C'est ce qui m'avait manqué la saison dernière. On était dans une bulle assez négative, à Wolfsburg, et je crois que tout le monde en a souffert. Et en plus de ça, j'étais le plus jeune de l'équipe et même les plus expérimentés ont connu une saison galère. Au -delà de votre complémentarité sur le terrain, Ivan Santini et toi, vous êtes tous les deux très croyants. Vous évoquez souvent votre foi ensemble ? DIMATA : Je n'étais même pas au courant. Jusqu'à ce match en début de saison où Ivan a pris la parole et qu'il a déclaré : " Je suis très content que ça se passe de cette façon, Dieu soit béni. " Je me suis dit : " Mais qu'est-ce que tu me racontes ? " Et puis j'ai compris qu'il était, comme moi, très croyant. Comme quoi, il n'y a pas de hasard. Vous semblez avoir des caractères très différents. Il semble bien plus introverti que toi. DIMATA : Peut-être qu'il a besoin de davantage de discrétion pour se sentir bien. Mais moi non plus, je ne suis pas quelqu'un que tu vas voir partout, dans les rues de Bruxelles par exemple. Moi je suis caché, tranquille dans ma tête. Je veux uniquement me concentrer sur ma saison. Tu te prépares à connaître la critique ? DIMATA : Je suis au début de ma carrière, et je sais que les critiques vont arriver, je me prépare à ça. À Wolsfsburg, j'ai compris certaines choses. Quand tu commences à penser à ce que les autres pourraient penser de toi, c'est là que ça devient compliqué. Quand les propos des gens prennent de l'importance. Tu avais déclaré dès ta première saison en D1 avec Ostende : " Si Roberto Martinez m'appelle, je serai prêt ". Tu ne te dis pas après coup que tu étais trop ambitieux ? DIMATA : Non. Je suis quelqu'un de super ambitieux. Des gens vont peut-être dire que c'est de la prétention, que j'abuse. Mais je suis comme ça. J'ai toujours la volonté de dépasser mes limites. On ne t'a jamais considéré comme un grand talent chez les plus jeunes. C'est ce qui te fait dire que tout est possible ? DIMATA : J'ai vu qu'année année après, je progressais. Et je crois pouvoir dire que je suis plus fort aujourd'hui que lors de ma période ostendaise. Je crois que le terrain le montre. L'Allemagne m'a rendu plus fort. Surtout physiquement ? DIMATA : Oui. J'ai pris du coffre. Et j'ai appris la discipline, la rigueur. C'est même plus que ça. Interdiction d'avoir un téléphone dans le vestiaire, ni chez les kiné ou en salle de muscu, ou dans le car. Tu dois signer un papier quand t'arrives au club, tu as un badge, etc. Ce n'est pas notre mentalité, ici, en Belgique. On est trop laxiste en Belgique ? DIMATA : Non je crois que c'est eux qui sont trop stricts ( il rit). C'est l'armée là-bas. Mais c'est une bonne école. T'as fait ton service militaire. DIMATA : Voilà. Mais un an, ça m'a suffi. Plus sérieusement, c'était une bonne expérience de vie. C'est aussi quand j'ai joué à Dortmund, que j'ai vu la folie dans ce stade. C'est là que j'ai compris pourquoi je jouais au foot. Tu ne vois pas un gouffre entre la Bundesliga et le championnat belge ? DIMATA : C'est sûr que c'est très différent, c'est un autre monde. Mais j'ai compris une chose dans le foot, tout se passe dans la tête. Et quand tout est bien imbriqué, tout se passe comme il faut. Ici, même si les résultats ne sont pas au beau fixe pour le moment, on sent un nouvel état d'esprit dans le club, notamment au niveau de l'ambiance en tribunes. J'imagine que l'atmosphère n'était pas la même quand tu étais venu jouer à Anderlecht sous le maillot d'Ostende. DIMATA : Ce n'est vraiment pas le même chose. On sent que maintenant, à Anderlecht, ce sont des supporters qui garnissent les tribunes. Le club avait, je crois, besoin d'un nouvel élan, d'une nouvelle ambiance. On imagine que le duo Coucke-Devroe a été important dans ta décision de revenir en Belgique. DIMATA : J'avais eu Coucke au téléphone, tout comme Luc, avant de venir. L'un ne va pas s'en l'autre ( il rit). Je leur avais envoyé un message de félicitations après la reprise d'Anderlecht. C'est un duo qui continue à évoluer. Et à qui il faut laisser du temps. Tu as le sentiment qu'il y a suffisamment de talent dans l'effectif cette saison ? DIMATA : Oui il y a beaucoup de talent. Notamment chez les jeunes. Mais ça a toujours été le cas à Anderlecht. C'est Bruxelles, quoi.