On le retrouve à l'hôtel Steigenberger, l'un des établissements les plus luxueux de la capitale, qui borde l'avenue Louise. Accompagné de son père et de son agent, Theo Bongonda prend la pause, avant de passer à table.
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On le retrouve à l'hôtel Steigenberger, l'un des établissements les plus luxueux de la capitale, qui borde l'avenue Louise. Accompagné de son père et de son agent, Theo Bongonda prend la pause, avant de passer à table. Le look a des côtés US façon Travis Scott ou Lil Uzi Vert, le discours est celui d'un jeune joueur déterminé et ambitieux qui s'apprête à être père pour la première fois. Avec huit buts et dix assists au compteur au sein d'une équipe de Zulte Waregem qui a connu un début de saison galère, l'ex-joueur du Celta Vigo attise logiquement les convoitises à l'approche du mercato. Son agent, Fouad Ben Kouider, ne s'en cache pas : " On a déjà discuté avec tout le top belge, mais aussi avec des clubs allemands et français. On est parfaitement conscient que Theo partira pour un montant important (plus de 5 millions d'euros) au vu de la saison qu'il réalise et au vu de l'investissement déboursé par Zulte Waregem en début de saison ( 1,6 million d'euros, ndlr). Ça fait déjà un mois que les négociations ont réellement débuté, et on aimerait être assez rapidement fixé. " Theo Bongonda sait de son côté qu'il n'avait plus trop le choix en début de saison : rebondir ou plonger dans l'anonymat après avoir foulé les plus belles pelouses de Liga. Un retour en arrière qui n'était pas sans risque. Explications. Comment quelqu'un qui était titulaire en Liga il y a seulement deux ans avec le Celta Vigo se retrouve-t-il à la case départ ? THEO BONGONDA : D'abord, il faut du courage et une forme de maturité pour revenir du Celta à Zulte ( il y a eu aussi une saison à Trabzonspor l'an dernier, ndlr ). Je dirais même qu'il faut des couilles pour faire ça. Car si tu te rates après, c'est mort. Mais j'avais confiance en mes qualités, je savais que j'allais remonter la pente après l'expérience ratée en Turquie, que je n'estime ne pas être de ma responsabilité. Pourquoi ce n'était pas de ta faute ? BONGONDA : Je sais quand je ne mérite pas de jouer, je le dis, mais en Turquie ça n'avait rien à voir avec des critères sportifs. Pour l'entraîneur, c'est comme si je n'existais pas. Dès que le mercato a été clôturé, je n'ai plus eu un mot de sa part, et j'ai été écarté sans raison. Aujourd'hui, je le prends comme un mal pour un bien. Peut-être que dans trois ans, je serai dans un top club et je remercierai dieu de m'avoir fait connaitre une telle expérience. Je n'ai aucun regret. Ce n'est pas compliqué de revenir en Belgique quand on a goûté à des matches face au Real Madrid, ou Barcelone ? BONGONDA : J'aurais pu retourner au Celta mais je savais que je n'y aurais pas joué car je restais sur une saison blanche en Turquie. C'était un choix réfléchi. Mon objectif n'était pas de rester plusieurs années à Zulte mais de me relancer. A l'époque où tu faisais ton trou au Celta Vigo, on a pu lire que tu t'imaginais dans de grands clubs européens. Ce n'était pas un peu présomptueux comme discours ? BONGONDA : Je ne suis pas un joueur prétentieux mais je sais que j'ai des qualités. J'ai toujours eu confiance en moi. Mais je ne m'imaginais pas à Manchester ou à Chelsea, c'est faux. Même si c'est tout le mal que je me souhaite. C'est à partir de ta deuxième saison au Celta Vigo que tu t'imposes. Zinédine Zidane te complimente après une rencontre, tu délivres un assist à Old Trafford en demi-finale de l'Europa League lors de la troisième saison, as-tu su gérer ces moments aussi jeune ? BONGONDA : J'étais encore un peu jeune dans ma tête. J'ai fait des choix que je ne referais plus, comme partir si vite du Celta, ou alors je n'aurais pas dû aller en Turquie. Mais je n'ai pas envie de vivre avec le passé. D'autant que je n'ai que 23 ans. On remarque aussi que c'est souvent difficile pour des joueurs belges qui sont partis très jeunes à l'étranger de se relancer en Belgique, à l'image d'un Zakaria Bakkali à Anderlecht.BONGONDA : Oui, je sais. Imagine si j'étais revenu à Zulte et que ça n'aurait pas été. Qu'est-ce que j'aurais fait après ? Mais je suis quelqu'un qui aime les challenges. Je suis arrivé à Zulte, en me disant que ça allait peut-être prendre du temps mais que je finirais par m'imposer. Tu n'as pas un peu flambé au Espagne ? On raconte par exemple que tu roulais en Porsche.BONGONDA : Je n'ai jamais eu de Porsche de ma vie, j'avais une Golf. Et quand bien même j'aurais eu une Porsche, j'y ai droit. On a raconté aussi que je flambais en soirée avec John Guidetti alors que je restais tout le temps avec mon frère. Qu'est-ce qui t'a manqué dans ton évolution ? BONGONDA : J'aurais peut-être dû rester un an de plus à Zulte. Même au Celta, quand j'étais titulaire en Liga et que je jouais contre le Real, je n'avais pas la maturité que j'ai aujourd'hui. Je n'avais jamais connu de coup dur, j'avais réussi à Zulte et j'étais parti directement au Celta où je me suis imposé après six mois. J'ai une carrière avec des bas, mais je me suis battu. J'ai lu un peu partout que mon expérience à l'étranger était un échec mais j'ai joué quand même 70 matches en Liga. On a éliminé le Real en Coupe du Roi, on a gagné contre le Barça à domicile. Au Celta, je n'avais pas encore de grosses statistiques même si je jouais de bons matches. Le problème, c'était ça. Et puis, il faut remettre les choses dans leur contexte, je venais d'avoir 19 ans quand on m'a dit que le Celta s'intéressait à moi. Deux jours après j'étais dans l'avion. Tout a été très vite pour moi. Comment as-tu vécu les critiques du début de saison ? BONGONDA : Les critiques, j'essaie de ne pas y faire attention mais quand je lis aujourd'hui que je suis surcoté par rapport au montant de transfert que Zulte demande, ça me fait rigoler car je trouve qu'il est plus difficile d'être bon dans un club moyen que dans un grand club où tu es entouré de meilleurs joueurs. Je sais où je vais et je n'écoute pas les gens. Tu as changé quelque chose cette année ? BONGONDA : Je me suis dit que c'était ma dernière chance. J'ai peut-être laissé trop l'opportunité à certains de se moquer de moi. Désormais, j'essaie de me concentrer uniquement sur le foot. J'ai pris des décisions un peu radicales avec certaines personnes, qui n'étaient pas forcément mauvaises. Si j'avais continué avec les mêmes personnes, si j'avais continué à mener le même train de vie qu'avant, j'aurais peut-être échoué à Zulte. Tu ne t'éparpillais pas un peu trop ? Tu avais lancé une marque de vêtements par exemple.BONGONDA : J'ai mis tout ça de côté pour le moment. Cette marque de vêtements, ce n'était pas pour faire de l'argent, j'ai toujours aimé le style, la mode. Et puis, je suis un Congolais, on aime bien la sape, regarde mon père. On aime bien être propre sur nous. Mais cette saison, je ne devais penser qu'au foot. Je me suis concentré sur l'essentiel. Au début de saison, c'était difficile, l'équipe ne tournait pas, tu es censé te battre pour accéder aux plays-offs 1 et tu te retrouves dans le fond du classement. J'avais l'impression qu'il y avait constamment un nuage négatif au-dessus de nos têtes. Je n'arrivais pas à m'exprimer comme je le fais aujourd'hui, je recevais des critiques, c'était pas facile. L'an prochain, je dois avoir la même mentalité, je me dois de continuer ma route, que ce soit à Zulte, dans un autre club belge, ou à l'étranger. Je ne peux plus me reposer car l'expérience m'a appris que, du jour au lendemain, tu peux retomber bas. Comment ça se passe avec Francky Dury ? BONGONDA : Maintenant très très bien même si, au début de saison, c'était un peu compliqué. Je sais que tout ce qu'il a fait, c'était pour m'aider, il n'avait aucune raison de me saboter. C'est lui qui m'a lancé en première division, c'est lui qui souhaitait mon retour au club... Il m'a fait une promesse : l'année prochaine, tu repartiras dans une plus grande équipe. On a eu quelques différends par rapport à des histoires de numéro ( le coach lui a retiré son numéro 10 début octobre, ndlr) mais moi, comme je l'ai dit, je m'en fous de jouer avec le numéro 10 ou le numéro 1. Même si je n'étais pas d'accord avec ce qu'il a fait. C'était pour te piquer dans ton orgueil ? BONGONDA : Je ne sais pas, c'était pas pour m'humilier devant les gens, même si la manière n'était peut être pas la bonne. Quand j'ai pris le numéro 10 en début de saison, il m'avait bien dit que c'était une responsabilité supplémentaire, que je devais prester. Ce qui n'était pas le cas au début. En me le retirant, est-ce que ça a été un électrochoc ? Je ne le pense pas car le numéro n'a pas vraiment d'importance pour moi. Je sais aussi que nos relations sont sincères. En fin de saison, tu veux partir dans un plus grand club belge ou à l'étranger ? BONGONDA : Aujourd'hui, je ne sais pas. Et j'aimerais le savoir. Le fait de rester en Belgique serait un bon choix, comme celui de partir à l'étranger. Le tout est de trouver le club et le coach qui me veulent vraiment. Je ne peux pas me retrouver dans une équipe de Liga et me dire : je joue de temps en temps. Je n'ai plus cette perception. Je dois aller quelque part où l'entraîneur me veut vraiment, pas comme en Turquie. Au moins à Zulte, je joue. Tu as déjà discuté avec certains clubs belges du top ? BONGONDA : Je ne peux pas vraiment en parler. Mon agent peut s'en charger (il rit). J'aimerais bien te dire où je vais signer l'an prochain mais je ne sais vraiment pas. Le match face à Anderlecht du 10 février 2019 a fait l'effet d'une sorte de buzz pour toi.BONGONDA : Je ne comprends pas pourquoi. On aurait dit que j'avais marqué un triplé alors que ça s'est terminé sur un nul (0-0). J'ai l'impression d'avoir pris une autre dimension, tant mieux. Il y a un changement de génération qui se prépare chez les Diables. C'est un objectif dans ta vie de rejoindre la sélection ? BONGONDA : Ce serait un honneur de représenter mon pays. Mais je ne suis pas naïf, ce n'est pas à Zulte que je pourrais être appelé. Si je réalisais la même saison à Bruges, Genk ou Anderlecht, ce serait différent. Thorgan Hazard avait gagné le Soulier d'Or à Zulte et n'était pas encore appelé équipe nationale, donc... Tu te doutais que Thorgan Hazard ferait une aussi belle carrière ? BONGONDA : J'ai toujours apprécié le joueur comme l'homme. Il mérite ce qui lui arrive. J'ai toujours su que c'est quelqu'un qui était au-dessus du lot. Tu as des amis dans le foot ? BONGONDA : Non, je n'ai pas de gars dans le foot. Si je dois n'en citer qu'un seul, c'est Jason Denayer. Comment tu expliques ça ? BONGONDA : Car on est collègues avant d'être amis. Je m'entends avec pas mal de joueurs. A la base, je n'ai pas vraiment d'ami, c'est surtout ma famille qui m'importe. J'ai des connaissances, des potes, mais pas d'amis. Je crois aussi qu'avoir un bon coeur dans ce monde, ce n'est pas toujours une bonne chose. J'ai eu quelques différends avec certaines personnes. Mais la vie, elle continue. Tu as gardé une forme d'attachement avec Charleroi, la ville où tu es né où tu as grandi ? BONGONDA : Non. Mes parents continuent à y vivre mais c'est tout. J'ai quitté Charleroi à 13 ans. Je ne me sens pas Carolo ? Je n'en sais rien du tout, en fait (il rit). Aujourd'hui, tu es sur le point d'être père ? BONGONDA : Ça va me donner plus de responsabilités. Après le match, je ne suis pas sûr que j'aurai encore envie d'aller boire un verre avec des coéquipiers, car un enfant ça te stabilise aussi. Même si, depuis un an, je ne fais plus grand-chose à part m'entraîner. Je me suis habitué à ce train de vie, et j'en suis très content. Tu m'aurais interviewé il y a deux ans, je n'aurais pas tenu le même discours. Tu n'as pas l'impression que les jeunes ont tendance à vouloir partir trop jeune à l'étranger ? BONGONDA : Moi c'était différent, j'avais des matches en D1. Aujourd'hui, je suis en position de force par rapport à l'été passé. En février, j'ai déjà discuté avec des clubs mais je n'y ai pas donné suite car pourquoi me précipiter. Je ne suis pas pressé. Mais j'aimerais savoir où je jouerai l'an prochain dès le mois de juin. Avant, je pouvais ne penser qu'à moi, aujourd'hui, j'ai une fille qui arrive, ça change tout.