On prend un verre au bord de la piscine. L'homme en face de nous s'appelle Jan Ceulemans. Il est toujours le recordman des sélections chez les Diables Rouges (96) mais depuis deux mois entraîneur au chômage.
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On prend un verre au bord de la piscine. L'homme en face de nous s'appelle Jan Ceulemans. Il est toujours le recordman des sélections chez les Diables Rouges (96) mais depuis deux mois entraîneur au chômage. JanCeulemans : Je m'y étais préparé. Lorsque j'ai pris la décision d'arrêter à Westerlo, je savais que je m'exposais à ce contretemps : il y a davantage d'entraîneurs sur le marché que de places vacantes. Je vais devoir patienter plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Je n'avais qu'à apposer ma signature au bas d'un nouveau contrat pour prolonger. Mais j'estimais que les circonstances ne s'y prêtaient pas. Lorsqu'on descend en D2 avec un club, on doit en tirer ses conclusions. Bien sûr. Jusque-là, j'avais connu très peu de déceptions. Tout a mal tourné, la saison dernière. En cours de championnat, on a acquis quatre joueurs qui devaient constituer de réels renforts : William Owusu, Shlomi Arbitman, Stijn De Smet et Stef Wils. Au total, ils doivent avoir joué une dizaine de matches. Tous blessés. En fin de saison, il a fallu racler les fonds de tiroir pour composer une équipe. Un moment, 14 joueurs se sont retrouvés simultanément sur la touche. On n'a jamais trouvé, non plus, cet oiseau rare qui perforait régulièrement les filets, comme les saisons précédentes. Et lorsqu'on ne marque pas, on ne gagne pas. Oui. Et il n'y a rien de cassé entre nous. Il m'a toujours défendu et nous nous sommes séparés en très bon termes. Le jour où il arrêtera, le club cessera d'exister. Etre resté 15 ans en D1, c'est un petit miracle. Westerlo est un village, l'assistance dépasse rarement les 4.000 personnes. C'était compensé par les droits TV. Pour cette première saison en D2, le club disposera d'un parachute. Mais s'il ne remonte pas directement, je crains le pire. J'ai débuté ma carrière d'entraîneur à Alost en 1992. J'exerce donc ce métier depuis 20 ans. J'ai vécu beaucoup de beaux moments, et l'un ou l'autre plus douloureux. Je ne pouvais pas laisser passer cette chance d'officier dans le club où j'ai vécu mes plus beaux moments comme joueur. Mais je suis parti à Bruges au mauvais moment. L'équipe venait de remporter le titre et ses meilleurs éléments ont monnayé leur transfert. J'ai lancé de nombreux jeunes : Gunther Vanaudenaerde, Glen Verbauwhede, Kevin Roelandts, Jonathan Blondel, Jason Vandelannoite, Dieter Vanthournout, Vincent Provoost et j'en oublie peut-être. Malgré cela, on était troisièmes lorsque j'ai été limogé. On avait aussi passé l'hiver sur la scène européenne : repêchés en Coupe de l'UEFA après avoir terminé troisième dans un groupe de Ligue des Champions qui comprenait la Juventus, le Bayern Munich et le Rapid Vienne. Je le constate également. C'est lié à une autre affaire, que je préfère ne pas évoquer. Cela n'a rien à voir avec le fait qu'il était le directeur sportif du Club et qu'il m'a envoyé mon C4. Je suis prêt à descendre en D2 ou même en D3, si un projet me plaît. Je ne ferme pas davantage la porte à l'étranger. Je n'ai jamais posé ma candidature. Lorsque le poste de T2 est devenu vacant, un journaliste m'a simplement demandé s'il m'intéressait. J'ai répondu : " Pourquoi pas ? " A partir de là, on m'a placé sur une liste de candidats, alors que cela n'a jamais été envisagé. Je n'ai jamais eu aucun problème avec Wilmots. Mais à quoi bon envisager le mode de collaboration, puisque ce n'est pas à l'ordre du jour ? On m'a souvent demandé, aussi, si cela ne m'intéresserait pas d'entraîner un club du top, plutôt que l'anonyme Westerlo. Bien sûr, que cela m'intéresserait. Mais sans proposition concrète, je ne vois pas l'utilité d'en parler. Les joueurs semblent être derrière lui. C'est déjà très positif. Je l'ai déjà répété 100.000 fois : ce sont les joueurs, davantage que l'entraîneur, qui forgent des résultats. Si les Diables Rouges sont prêts à aller au charbon pour un jeune coach, cela peut réussir. Le talent est là. Mais il est temps d'obtenir des résultats. Lors de la campagne précédente, on devait se qualifier à tous les coups. En tout cas, terminer deuxièmes et disputer les barrages. Je me suis parfois posé la question, sans trouver de réponse. Certes, de grands joueurs ont arrêté après la Coupe du Monde 2002 et une période de transition s'inscrivait dans une certaine logique, mais dix ans, c'est long. Oui, plus que je ne l'avais envisagé. Au départ, j'avais l'intention de regarder deux ou trois gros matches, mais je me suis pris au jeu. Le spectacle était au rendez-vous, il y a eu beaucoup de très bons matches. Déjà au premier tour. J'ai bien aimé la Pologne, même si elle a été éliminée d'entrée. L'Ukraine, aussi. L'Italie a constitué une belle surprise : elle a pratiqué un football attrayant auquel on n'était plus habitué. Le Portugal a apporté un vent de fraîcheur. On ne peut pas passer outre l'Espagne. Dans un style de jeu qu'on connaissait mais auquel personne n'a trouvé la parade, elle a méritoirement remporté le tournoi. En réalité, peu d'équipes m'ont déçu. Même pas les Pays-Bas, malgré leur 0 sur 9. Les Oranje pouvaient remporter leur premier match contre le Danemark par 2 ou 3-0. S'ils avaient concrétisé leurs occasions... Très peu. L'organisation demeure un facteur très important. Et lorsqu'on peut compter, devant, sur des joueurs capables de faire la différence, une bonne partie du travail est déjà accomplie. De l'Espagne, bien sûr. Si l'on veut. Mais il faut aussi pouvoir apporter de la profondeur. Oui, mais sans se créer d'occasions. On est déjà capable de maîtriser la possession, et je trouve cela très important : c'est bon pour la confiance. La différence, par rapport aux Espagnols, c'est que nous faisons circuler convenablement le ballon... jusqu'à 20 mètres du but. Le reste doit encore venir. On a trop de bons footballeurs : ils essaient toujours de soigner leur relance, ou de remonter ballon au pied, au lieu de botter en touche. Et ce qui doit arriver, arrive : une erreur est commise. Elle se paie généralement cash. Résoudre ce problème n'est pas aussi simple : on ne peut pas demander à un joueur technique de dégager dans la tribune. Regardez les Espagnols : ils tentent des une-deux dans leur propre rectangle ! Mais leur technique est telle qu'ils s'en sortent. Les Diables Rouges n'ont pas encore atteint le même niveau. Nos défenseurs devraient surtout songer à défendre. On a suffisamment de joueurs offensifs dans les autres zones. Je trouve qu'à Wembley, Guillaume Gillet s'en est très bien sorti. Et à gauche ? Jan Vertonghen et Nicolas Lombaerts sont de très bons footballeurs, mais ils préfèrent jouer dans l'axe. Précédemment, je m'étais souvent demandé pourquoi la candidature d'Olivier Deschacht n'avait jamais été prise en considération. Il connaît ses qualités et ses défauts. Et, au niveau de l'engagement, on ne peut rien lui reprocher. Il aurait fallu pouvoir le juger sur une série de quatre ou cinq matches, mais il n'a jamais eu cette chance. Si les Diables Rouges gagnent leurs quatre prochains matches, Wilmots aura son équipe-type. Guy Thys avait aussi longtemps cherché son équipe-type avant de la trouver lors de l'EURO 1980. Je ne m'attends pas à de gros bouleversements : les grands traditionnels seront les principaux candidats aux PO1. Je me fais simplement du souci pour le Standard. Les Rouches ont accroché le top 6 de justesse la saison dernière, mais au rythme où les départs se succèdent, ils pourraient bien passer au-travers cette fois-ci. Combien de joueurs n'ont-ils pas perdu en deux ans ? Et quels joueurs ? Pour la deuxième fois d'affilée, on risque de devoir tout recommencer à zéro du côté de Sclessin. Lorsque je vois l'effectif dont il a disposé, et les problèmes de blessures qu'il a encore connus en cours de saison, je me dis que José Riga a réalisé un travail fantastique. Certains l'ont critiqué. Moi, je lui tire mon chapeau. Pourquoi pas Malines ? Ce club a bien recruté. Des joueurs danois, c'est toujours la garantie d'une bonne mentalité. Pas du tout. Probablement, oui. Je sors de la pire saison de toute ma carrière d'entraîneur, je n'ai jamais trouvé du plaisir au cours des 12 derniers mois, mais je ne suis pas dégoûté. Ce serait nouveau. Je ne sais pas si cela me plairait. Je ne l'ai jamais fait, en tout cas. Que voulez-vous dire ? Que je ne m'amuse pas à dessiner des croix au tableau noir en expliquant les déplacements de chaque joueur ? On exagère beaucoup dans les analyses. Le football reste un jeu simple. L'essentiel est d'expliquer clairement à ses propres joueurs ce que l'on attend d'eux. Si on donne 45 minutes de théorie, au cours desquelles on se soucie plus de l'adversaire que de soi-même, cela signifie que l'on a peur. Et je n'ai jamais eu peur de personne. PAR DANIEL DEVOS" Je n'ai jamais été candidat T2 chez les Diables mais je suis ouvert à tout. "