Le jeune Krépin Diatta (20 ans) est un des joueurs-clefs du Club Bruges. Il est arrivé de Sarpsborg, un club norvégien, il y a tout juste deux ans. Le pas était important mais il l'a franchi et quand il s'est blessé, Bruges a souffert. Maintenant qu'il est de retour, de nombreuses attaques brugeoises passent à nouveau par lui.

Exagère-t-on si on dit que c'est surtout grâce à vous que Bruges va accueillir Manchester United ce jeudi ?

Krépin Diatta : Oui, c'est sûr ! J'ai égalisé en fin de match contre Galatasaray mais si nous nous sommes qualifiés, c'est avant tout parce que l'équipe a travaillé dur tout au long de la campagne européenne. Pour ce qui est de ce but, je sentais que seul un exploit individuel nous permettrait de faire la différence et j'étais très concentré. Clinton est monté, j'ai vu que l'adversaire le suivait et je me suis dit que c'était le moment de rentrer dans le jeu et de tenter quelque chose. Sans Clinton, mon adversaire serait resté devant moi.

Vous avez mis toute votre énergie dans ce tir.

Diatta : Oui parce que, depuis le début du match, j'étais sifflé à chaque touche de balle.

Du racisme ?

Diatta : Tous mes équipiers n'étaient pas sifflés, en tout cas. Je ne veux pas juger mais c'est possible. En tout cas, il y avait de tout dans ce tir : de l'agressivité, de la concentration, du calme et de la volonté. Je me suis dit que je n'avais rien à perdre, qu'il fallait tenter.

Le Norvégien Erling Haaland est comme ça aussi : il ne se pose pas de question.

Diatta : J'ai pris mes responsabilités. Chez nous, personne ne se fâche quand quelqu'un rate. Ce n'est pas une question d'âge mais d'audace, même quand on est jeune. Ce qui est dommage, c'est cette deuxième carte jaune, prise dans l'euphorie. Je me suis juré que ça n'arriverait plus. Je ne prends jamais de carte et là, j'en ai pris deux.

" Il faut d'abord jouer pour l'équipe "

Que pensez-vous de votre campagne européenne ?

Diatta : Elle est bonne. Nous avons parfois eu un peu de malchance mais nous avons fait de la propagande pour le football belge et pour nous-mêmes. Être battu par le Real ou le PSG, c'est logique : ces équipes ont plus d'expérience. Les rencontrer, c'était un rêve d'enfant. Petit, j'adorais le Real. Pas besoin de vous dire à quel point j'étais motivé. Et ce sera pareil à Old Trafford.

Le plus difficile, dans ces cas-là, c'est de ne pas penser qu'à vouloir se montrer.

Diatta : Pour se mettre en valeur, il faut d'abord jouer pour l'équipe. Celui qui pense le contraire se trompe. Quand une équipe n'est pas bonne, il est difficile de se montrer. Ceux qui ne pensent qu'à eux n'y arrivent jamais. Il ne faut jamais oublier qu'il y a aussi de bons joueurs sur le banc.

C'est le plus difficile quand on est jeune ?

Diatta : Non, il suffit de faire ce que l'entraîneur demande parce que souvent, ça permet de se montrer aussi.

Mais les exigences de l'entraîneur n'étouffent-elles pas la créativité ?

Diatta : Ça arrive quand un joueur ne comprend pas ce qu'on lui demande mais à Bruges, on communique beaucoup à tous les niveaux. Même avec les jeunes. On nous demande notre avis.

Et on en tient compte ?

Diatta : Bien sûr, si ça tient la route et que ça apporte quelque chose à l'équipe...

" Tous les moyens sont bons pour nous arrêter "

Depuis votre arrivée à Bruges, vous avez surtout progressé sur le plan physique. Vous pouvez désormais faire tout le flanc pendant 90 minutes sans problème.

Diatta : Oui, j'ai beaucoup appris à ce niveau mais nous attaquons beaucoup et je travaille donc souvent offensivement. Nous changeons fréquemment de système en cours de match, nous nous adaptons aux circonstances. Mais toujours dans l'idée d'avoir le ballon.

Vous gagnez moins facilement en ce moment. Pourquoi ?

Diatta : Parce que l'adversaire cherche avant tout à nous empêcher de jouer. Tous les moyens sont bons. Nous devons répondre. Si nous ne l'avions pas fait au Standard ou contre l'Antwerp, nous aurions perdu. Mais mentalement, nous étions prêts.

Pourquoi ne pas chercher à éviter les duels ?

Diatta : C'est ce que nous faisons. Quand nous avons le ballon, nous tentons de jouer au football mais s'il le faut, nous pouvons aussi nous montrer agressifs pour le récupérer. On ne gagne pas un championnat de Belgique en ne misant que sur la technique.

Voilà qui promet pour les play-offs.

Diatta : Les arbitres ont un rôle à jouer aussi. Au Standard, j'ai été le trouver et je lui ai demandé si c'était du foot ou du rugby. Le terrain était mauvais et on ne prenait que des coups. Alors, on répondait. Si on veut jouer à ça, on va nous trouver.

Vous trouvez qu'il n'y a pas de différence entre le Bruges du mois de septembre et celui-ci ?

Diatta : Maintenant, nos adversaires ont compris que nous étions bons et rapides. Ils resserrent les lignes, ne nous laissent pas d'espace et jouent plus physiquement. Nous réagissons. Mais s'il y a de l'espace, nous jouons car nous n'avons pas perdu nos qualités.

" Aujourd'hui, je vois plus clair dans les moments-clés "

Qu'apporte Krmencik ? Du poids dans les duels et dans le rectangle ?

Diatta : Le coach a analysé l'équipe et il a vu ce dont nous avions besoin. Nous avions Diagne mais avec ses problèmes, il nous fallait quelqu'un d'autre. Et qui soit aussi bon.

Diagne est de retour entre-temps.

Diatta : Oui mais il ne s'entraîne pas encore avec le groupe.

Est-ce encore possible après tout ce qui s'est passé ?

Diatta : Il a des qualités et de l'instinct. Nous entrons dans la phase décisive et il y a peut-être encore de la place pour lui mais ce n'est pas à moi d'en décider.

Qu'apportez-vous à Bruges ?

Diatta : Au début, j'ai éprouvé des difficultés car le style de jeu et la façon dont on s'entraînait étaient différents mais je pense être devenu beaucoup plus performant. Je vois plus clair dans les moments-clefs. Le coach me dit que je dois pouvoir faire la différence dans chaque match et j'essaye d'y arriver. Il me met la pression mais je relativise.

Les consultants estiment que vous êtes un joueur-clef car le jeu passe beaucoup par le flanc droit.

Diatta : Ça fait plaisir mais je n'y accorde pas trop d'importance. L'entraîneur d'Anderlecht a dit beaucoup de bien de moi et ça m'incite à en faire encore plus. L'important, c'est que Bruges décroche un trophée. Si j'inscris vingt buts mais que nous ne gagnons rien, ça me fait une belle jambe. Je préfère être champion et gagner le titre. J'ai déjà perdu deux finales avec le Sénégal : une en U20 en 2017 et une avec l'équipe A l'été dernier.

Qu'avez-vous ressenti ?

Diatta : C'était affreux.

" Solskjaer voulait me garder "

Vous n'avez que 20 ans et vous jouez beaucoup. Vous ne craignez pas la surcharge ?

Diatta : Physiquement, c'est dur mais je suis prêt mentalement et ma vie est bien organisée. Je dors entre deux heures et deux heures trente après chaque entraînement et quand je m'éveille je reste calme : je regarde Netflix, je joue un peu à la PlayStation, je discute avec les amis ou la famille.

Vous avez une petite amie ?

Diatta : Oui mais elle n'habite pas en Belgique. Elle est Sénégalaise et étudie la finance à Genève. Quand elle a quelques jours de libre, elle me rend visite. Le contraire est plus rare, sauf si nous avons trois ou quatre jours.

Les Alpes ne sont pas loin. Vous allez skier ?

Diatta : (il éclate de rire) Non. Nous sommes sérieux, nos parents comptent sur nous.

Comment s'appelle l'entraîneur de Manchester United ?

Diatta : Ole-Gunnar ! Je le connais bien. Il entraînait Molde quand j'y ai passé un test à l'âge de 16 ans. C'est un bon entraîneur car il voulait me garder (il rit). Mais le règlement l'en empêchait : je n'avais pas l'âge de signer un contrat.

Vous pensez qu'il va vous reconnaître ?

Diatta : Je n'en ai aucune idée mais j'espère et je pense que oui. Si j'en ai l'occasion, j'irai le saluer et je lui parlerai de Molde, où on l'adore. Ethan le connaît encore mieux car lui s'entraînait avec le noyau A.

" Je ne regrette aucun de mes choix "

J'ai lu quelque part que Manchester United s'était intéressé à vous. C'est vrai ?

Diatta : Ils sont venus me voir en Norvège à plusieurs reprises mais ne m'ont jamais proposé de contrat car je n'aurais pas eu de permis de travail. De toute façon, c'était trop tôt et c'était pour jouer en Espoirs. Après la Coupe du monde en Corée du Sud, j'ai eu beaucoup de propositions : Atlético, Dortmund... Mais là aussi, c'était pour jouer en jeunes. Ce n'étaient pas les noms qui m'intéressaient : je voulais faire carrière et je ne pouvais pas brûler les étapes. J'ai beaucoup réfléchi et je ne regrette aucun de mes choix. Je suis bien à Bruges. Pour combien de temps encore ? Ça dépend de mon évolution, du marché et des autres. Bien sûr, je pense à mon avenir mais il n'y a pas d'obligation. J'étudierai chaque proposition mais si je dois rester un an de plus à Bruges, pas de problème : j'y suis heureux.

Krépin Diatta : " Quand nous avons le ballon, nous tentons de jouer au foot mais s'il le faut, nous pouvons aussi nous montrer agressifs pour le récupérer. ", KOEN BAUTERS
Krépin Diatta : " Quand nous avons le ballon, nous tentons de jouer au foot mais s'il le faut, nous pouvons aussi nous montrer agressifs pour le récupérer. " © KOEN BAUTERS

L'avantage, à votre âge, c'est qu'on n'attend pas trop de vous, même pas contre Manchester United.

Diatta : Hmmm... Pas sûr. Moi, je sens une certaine pression. Les supporters me voient autrement. Depuis l'automne dernier, ils comptent plus sur moi. Mais je comprends.

Ça vous rend nerveux ?

Diatta : Non, car j'ai confiance en moi et j'ose. Je sais aussi que le public me fait confiance. Ce dont j'ai horreur, c'est d'être mauvais, de faire n'importe quoi. Alors, je m'en veux. Mais je pense être assez régulier. Je perds parfois un ballon mais je tente de le récupérer sans me poser de question et je crois que les gens aiment ça.

Quelle est l'importance de Clinton Mata dans votre évolution ?

Diatta : Il est super. Pas seulement avec les Africains mais avec tout le monde. C'est le lien entre les Blancs et les Noirs. Je l'écoute beaucoup. Nous sommes complémentaires sur le terrain et amis en dehors. Il me coache beaucoup et il n'aime pas que je recule. Si mon homme passe, il le prend. Je l'appelle Guerrier. Ça le fait rigoler.

" Je pourrais reprendre le rôle de Hans "

Et vous guidez les jeunes Sénégalais du noyau ?

Diatta : J'essaye. Je parle beaucoup avec Sagna, Diatta et Badji. Ils veulent devenir pros mais je leur dis qu'il faut travailler dur et être sérieux. Quand je suis arrivé, je me suis entraîné deux fois par jour pour rattraper mon retard puis j'ai attendu ma chance, sans me plaindre. Les autres joueurs me demandaient pourquoi l'entraîneur ne me faisait pas jouer mais je restais calme, je me disais qu'il avait ses raisons. Puis j'ai eu ma chance. Et quand je n'étais pas repris, je m'entraînais normalement. Mais je croyais en moi. Les gens ne comprennent pas toujours. Il n'est pas facile de quitter l'Afrique et quand on signe son premier contrat, au pays, on se dit souvent que c'est dans la poche mais c'est faux : ça commence seulement.

Les gens voient le salaire, pas les efforts.

Diatta : C'est ça. Ma famille n'est pas ici, elle ne sait pas quels sacrifices je fais. Je les vois rarement, je suis devenu indépendant. Mais maintenant, j'aimerais les faire venir.

C'est le bon moment ?

Diatta : Oui. J'aimerais que mon frère arrive avant la fin du championnat. Mes parents ne veulent pas venir. Ils disent qu'ils sont trop vieux (il rit). Ils aiment vivre à l'extérieur et ici, c'est difficile.

En équipe nationale, vous jouez dans l'axe.

Diatta : Oui. J'ai été formé en 10. Je pourrais reprendre le rôle de Hans. Au Sénégal, je joue sur l'aile si Mané n'est pas là sinon, je joue en 10. Philippe Clement dit que je peux jouer à cinq places : les trois dans l'axe et sur les deux flancs.

Diatta en 6 ?

Diatta : C'est déjà arrivé en équipe nationale. Je ne suis pas comme Balanta, j'évite les duels mais je récupère, je distribue et je peux être agressif s'il le faut.

Et vous aimeriez jouer dans l'axe à Bruges ?

Diatta : C'est le problème de l'entraîneur.

" Je suis plus grand que Neymar "

Blessé, Neymar a raté les deux matches européens entre Bruges et le PSG. Krépin Diatta est donc le seul Brugeois à l'avoir rencontré cette saison, le 10 octobre, lors du match amical entre le Brésil et le Sénégal, à Singapour.

Krépin Diatta : Je n'avais jamais vu ces gars-là qu'à la télévision et quand nous sommes sortis du tunnel, je me suis dit : Ce n'est pas possible, je suis plus grand que Neymar. C'était un match amical, chacun voulait se montrer. Ils retiraient le pied pour ne pas se blesser. J'ai surtout joué contre Coutinho et Arthur.

Vous avez pu vous mettre en évidence ?

Diatta : J'ai essayé. Avec Mané à côté de moi, ce n'était pas difficile. C'est mon grand frère. Il regarde mes matches et les analyse. On se téléphone souvent, on s'échange des messages. Il dit que je me débrouille bien. Le fait qu'il soit derrière moi me donne confiance.

Vous avez autant de sponsors que lui ?

Diatta : Pas encore. Juste Nike. Mais je négocie avec Casamance, une grande entreprise sénégalaise.

Vous ne pourrez bientôt plus sortir en rue...

Diatta : C'est déjà le cas. Partout où je vais, les gens me regardent. Est-ce embêtant ? C'est bien pire dans le cas de Sadio et il l'accepte alors, pourquoi trouverais-je ça grave ?

Le jeune Krépin Diatta (20 ans) est un des joueurs-clefs du Club Bruges. Il est arrivé de Sarpsborg, un club norvégien, il y a tout juste deux ans. Le pas était important mais il l'a franchi et quand il s'est blessé, Bruges a souffert. Maintenant qu'il est de retour, de nombreuses attaques brugeoises passent à nouveau par lui. Exagère-t-on si on dit que c'est surtout grâce à vous que Bruges va accueillir Manchester United ce jeudi ? Krépin Diatta : Oui, c'est sûr ! J'ai égalisé en fin de match contre Galatasaray mais si nous nous sommes qualifiés, c'est avant tout parce que l'équipe a travaillé dur tout au long de la campagne européenne. Pour ce qui est de ce but, je sentais que seul un exploit individuel nous permettrait de faire la différence et j'étais très concentré. Clinton est monté, j'ai vu que l'adversaire le suivait et je me suis dit que c'était le moment de rentrer dans le jeu et de tenter quelque chose. Sans Clinton, mon adversaire serait resté devant moi. Vous avez mis toute votre énergie dans ce tir. Diatta : Oui parce que, depuis le début du match, j'étais sifflé à chaque touche de balle. Du racisme ? Diatta : Tous mes équipiers n'étaient pas sifflés, en tout cas. Je ne veux pas juger mais c'est possible. En tout cas, il y avait de tout dans ce tir : de l'agressivité, de la concentration, du calme et de la volonté. Je me suis dit que je n'avais rien à perdre, qu'il fallait tenter. Le Norvégien Erling Haaland est comme ça aussi : il ne se pose pas de question. Diatta : J'ai pris mes responsabilités. Chez nous, personne ne se fâche quand quelqu'un rate. Ce n'est pas une question d'âge mais d'audace, même quand on est jeune. Ce qui est dommage, c'est cette deuxième carte jaune, prise dans l'euphorie. Je me suis juré que ça n'arriverait plus. Je ne prends jamais de carte et là, j'en ai pris deux. Que pensez-vous de votre campagne européenne ? Diatta : Elle est bonne. Nous avons parfois eu un peu de malchance mais nous avons fait de la propagande pour le football belge et pour nous-mêmes. Être battu par le Real ou le PSG, c'est logique : ces équipes ont plus d'expérience. Les rencontrer, c'était un rêve d'enfant. Petit, j'adorais le Real. Pas besoin de vous dire à quel point j'étais motivé. Et ce sera pareil à Old Trafford. Le plus difficile, dans ces cas-là, c'est de ne pas penser qu'à vouloir se montrer. Diatta : Pour se mettre en valeur, il faut d'abord jouer pour l'équipe. Celui qui pense le contraire se trompe. Quand une équipe n'est pas bonne, il est difficile de se montrer. Ceux qui ne pensent qu'à eux n'y arrivent jamais. Il ne faut jamais oublier qu'il y a aussi de bons joueurs sur le banc. C'est le plus difficile quand on est jeune ? Diatta : Non, il suffit de faire ce que l'entraîneur demande parce que souvent, ça permet de se montrer aussi. Mais les exigences de l'entraîneur n'étouffent-elles pas la créativité ? Diatta : Ça arrive quand un joueur ne comprend pas ce qu'on lui demande mais à Bruges, on communique beaucoup à tous les niveaux. Même avec les jeunes. On nous demande notre avis. Et on en tient compte ? Diatta : Bien sûr, si ça tient la route et que ça apporte quelque chose à l'équipe... Depuis votre arrivée à Bruges, vous avez surtout progressé sur le plan physique. Vous pouvez désormais faire tout le flanc pendant 90 minutes sans problème. Diatta : Oui, j'ai beaucoup appris à ce niveau mais nous attaquons beaucoup et je travaille donc souvent offensivement. Nous changeons fréquemment de système en cours de match, nous nous adaptons aux circonstances. Mais toujours dans l'idée d'avoir le ballon. Vous gagnez moins facilement en ce moment. Pourquoi ? Diatta : Parce que l'adversaire cherche avant tout à nous empêcher de jouer. Tous les moyens sont bons. Nous devons répondre. Si nous ne l'avions pas fait au Standard ou contre l'Antwerp, nous aurions perdu. Mais mentalement, nous étions prêts. Pourquoi ne pas chercher à éviter les duels ? Diatta : C'est ce que nous faisons. Quand nous avons le ballon, nous tentons de jouer au football mais s'il le faut, nous pouvons aussi nous montrer agressifs pour le récupérer. On ne gagne pas un championnat de Belgique en ne misant que sur la technique. Voilà qui promet pour les play-offs. Diatta : Les arbitres ont un rôle à jouer aussi. Au Standard, j'ai été le trouver et je lui ai demandé si c'était du foot ou du rugby. Le terrain était mauvais et on ne prenait que des coups. Alors, on répondait. Si on veut jouer à ça, on va nous trouver. Vous trouvez qu'il n'y a pas de différence entre le Bruges du mois de septembre et celui-ci ? Diatta : Maintenant, nos adversaires ont compris que nous étions bons et rapides. Ils resserrent les lignes, ne nous laissent pas d'espace et jouent plus physiquement. Nous réagissons. Mais s'il y a de l'espace, nous jouons car nous n'avons pas perdu nos qualités. Qu'apporte Krmencik ? Du poids dans les duels et dans le rectangle ? Diatta : Le coach a analysé l'équipe et il a vu ce dont nous avions besoin. Nous avions Diagne mais avec ses problèmes, il nous fallait quelqu'un d'autre. Et qui soit aussi bon. Diagne est de retour entre-temps. Diatta : Oui mais il ne s'entraîne pas encore avec le groupe. Est-ce encore possible après tout ce qui s'est passé ? Diatta : Il a des qualités et de l'instinct. Nous entrons dans la phase décisive et il y a peut-être encore de la place pour lui mais ce n'est pas à moi d'en décider. Qu'apportez-vous à Bruges ? Diatta : Au début, j'ai éprouvé des difficultés car le style de jeu et la façon dont on s'entraînait étaient différents mais je pense être devenu beaucoup plus performant. Je vois plus clair dans les moments-clefs. Le coach me dit que je dois pouvoir faire la différence dans chaque match et j'essaye d'y arriver. Il me met la pression mais je relativise. Les consultants estiment que vous êtes un joueur-clef car le jeu passe beaucoup par le flanc droit. Diatta : Ça fait plaisir mais je n'y accorde pas trop d'importance. L'entraîneur d'Anderlecht a dit beaucoup de bien de moi et ça m'incite à en faire encore plus. L'important, c'est que Bruges décroche un trophée. Si j'inscris vingt buts mais que nous ne gagnons rien, ça me fait une belle jambe. Je préfère être champion et gagner le titre. J'ai déjà perdu deux finales avec le Sénégal : une en U20 en 2017 et une avec l'équipe A l'été dernier. Qu'avez-vous ressenti ? Diatta : C'était affreux. Vous n'avez que 20 ans et vous jouez beaucoup. Vous ne craignez pas la surcharge ? Diatta : Physiquement, c'est dur mais je suis prêt mentalement et ma vie est bien organisée. Je dors entre deux heures et deux heures trente après chaque entraînement et quand je m'éveille je reste calme : je regarde Netflix, je joue un peu à la PlayStation, je discute avec les amis ou la famille. Vous avez une petite amie ? Diatta : Oui mais elle n'habite pas en Belgique. Elle est Sénégalaise et étudie la finance à Genève. Quand elle a quelques jours de libre, elle me rend visite. Le contraire est plus rare, sauf si nous avons trois ou quatre jours. Les Alpes ne sont pas loin. Vous allez skier ? Diatta : (il éclate de rire) Non. Nous sommes sérieux, nos parents comptent sur nous. Comment s'appelle l'entraîneur de Manchester United ? Diatta : Ole-Gunnar ! Je le connais bien. Il entraînait Molde quand j'y ai passé un test à l'âge de 16 ans. C'est un bon entraîneur car il voulait me garder (il rit). Mais le règlement l'en empêchait : je n'avais pas l'âge de signer un contrat. Vous pensez qu'il va vous reconnaître ? Diatta : Je n'en ai aucune idée mais j'espère et je pense que oui. Si j'en ai l'occasion, j'irai le saluer et je lui parlerai de Molde, où on l'adore. Ethan le connaît encore mieux car lui s'entraînait avec le noyau A. J'ai lu quelque part que Manchester United s'était intéressé à vous. C'est vrai ? Diatta : Ils sont venus me voir en Norvège à plusieurs reprises mais ne m'ont jamais proposé de contrat car je n'aurais pas eu de permis de travail. De toute façon, c'était trop tôt et c'était pour jouer en Espoirs. Après la Coupe du monde en Corée du Sud, j'ai eu beaucoup de propositions : Atlético, Dortmund... Mais là aussi, c'était pour jouer en jeunes. Ce n'étaient pas les noms qui m'intéressaient : je voulais faire carrière et je ne pouvais pas brûler les étapes. J'ai beaucoup réfléchi et je ne regrette aucun de mes choix. Je suis bien à Bruges. Pour combien de temps encore ? Ça dépend de mon évolution, du marché et des autres. Bien sûr, je pense à mon avenir mais il n'y a pas d'obligation. J'étudierai chaque proposition mais si je dois rester un an de plus à Bruges, pas de problème : j'y suis heureux. L'avantage, à votre âge, c'est qu'on n'attend pas trop de vous, même pas contre Manchester United. Diatta : Hmmm... Pas sûr. Moi, je sens une certaine pression. Les supporters me voient autrement. Depuis l'automne dernier, ils comptent plus sur moi. Mais je comprends. Ça vous rend nerveux ? Diatta : Non, car j'ai confiance en moi et j'ose. Je sais aussi que le public me fait confiance. Ce dont j'ai horreur, c'est d'être mauvais, de faire n'importe quoi. Alors, je m'en veux. Mais je pense être assez régulier. Je perds parfois un ballon mais je tente de le récupérer sans me poser de question et je crois que les gens aiment ça. Quelle est l'importance de Clinton Mata dans votre évolution ? Diatta : Il est super. Pas seulement avec les Africains mais avec tout le monde. C'est le lien entre les Blancs et les Noirs. Je l'écoute beaucoup. Nous sommes complémentaires sur le terrain et amis en dehors. Il me coache beaucoup et il n'aime pas que je recule. Si mon homme passe, il le prend. Je l'appelle Guerrier. Ça le fait rigoler. Et vous guidez les jeunes Sénégalais du noyau ? Diatta : J'essaye. Je parle beaucoup avec Sagna, Diatta et Badji. Ils veulent devenir pros mais je leur dis qu'il faut travailler dur et être sérieux. Quand je suis arrivé, je me suis entraîné deux fois par jour pour rattraper mon retard puis j'ai attendu ma chance, sans me plaindre. Les autres joueurs me demandaient pourquoi l'entraîneur ne me faisait pas jouer mais je restais calme, je me disais qu'il avait ses raisons. Puis j'ai eu ma chance. Et quand je n'étais pas repris, je m'entraînais normalement. Mais je croyais en moi. Les gens ne comprennent pas toujours. Il n'est pas facile de quitter l'Afrique et quand on signe son premier contrat, au pays, on se dit souvent que c'est dans la poche mais c'est faux : ça commence seulement. Les gens voient le salaire, pas les efforts. Diatta : C'est ça. Ma famille n'est pas ici, elle ne sait pas quels sacrifices je fais. Je les vois rarement, je suis devenu indépendant. Mais maintenant, j'aimerais les faire venir. C'est le bon moment ? Diatta : Oui. J'aimerais que mon frère arrive avant la fin du championnat. Mes parents ne veulent pas venir. Ils disent qu'ils sont trop vieux (il rit). Ils aiment vivre à l'extérieur et ici, c'est difficile. En équipe nationale, vous jouez dans l'axe. Diatta : Oui. J'ai été formé en 10. Je pourrais reprendre le rôle de Hans. Au Sénégal, je joue sur l'aile si Mané n'est pas là sinon, je joue en 10. Philippe Clement dit que je peux jouer à cinq places : les trois dans l'axe et sur les deux flancs. Diatta en 6 ? Diatta : C'est déjà arrivé en équipe nationale. Je ne suis pas comme Balanta, j'évite les duels mais je récupère, je distribue et je peux être agressif s'il le faut. Et vous aimeriez jouer dans l'axe à Bruges ? Diatta : C'est le problème de l'entraîneur.