Courtrai, un hôtel situé en face de la gare. C'est là que le rendez-vous est pris avec mon ami Mbaye pour une longue discussion à bâtons rompus. Le nouvel attaquant de Lokeren est quelqu'un d'entier, qui porte souvent un regard pertinent sur le monde du foot. C'est ce qui m'a poussé, entre autres, à ce qu'il me rejoigne comme consultant lors des rencontres d'Europa League sur RTL. La qualification de Lokeren pour les poules de cette compétition va évidemment postposer nos retrouvailles télévisuelles. Cette fois, Mbaye est venu en famille, avant de conduire le gamin à son entraînement de foot à 17 heures. Tel père tel fils.
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Courtrai, un hôtel situé en face de la gare. C'est là que le rendez-vous est pris avec mon ami Mbaye pour une longue discussion à bâtons rompus. Le nouvel attaquant de Lokeren est quelqu'un d'entier, qui porte souvent un regard pertinent sur le monde du foot. C'est ce qui m'a poussé, entre autres, à ce qu'il me rejoigne comme consultant lors des rencontres d'Europa League sur RTL. La qualification de Lokeren pour les poules de cette compétition va évidemment postposer nos retrouvailles télévisuelles. Cette fois, Mbaye est venu en famille, avant de conduire le gamin à son entraînement de foot à 17 heures. Tel père tel fils. Mbaye Leye : Oui, Jeanne et Tidiane. Oui, il aime bien. Il joue avec les U7 de Waregem. Ils ne voulaient pas déménager. Alors, même si je joue à Lokeren, on a décidé de rester à Kuurne. Les enfants peuvent continuer à aller à l'école à Waregem. Ils gardent une stabilité. 17 ans et demi. Ma soeur habitait à Rennes et m'avait convaincu de venir en France pour faire mes études. Lettres, avocat ou prof de sport. Finalement j'ai opté pour les littératures. Ma mère travaillait à la Banque centrale de l'Afrique de l'Ouest et mon père dans l'équivalent des Assedic (NDLR : Le FOREM français). Oui, des gens, je ne vais pas dire aisés, mais d'un bon niveau. Je suis le dernier de ma famille, j'ai été choyé et j'ai eu une belle jeunesse. Avec des potes, dans la rue. Comme tout le monde le fait au Sénégal. Mais je n'ai jamais été affilié à un club. Pour mes parents, avoir un diplôme était bien plus important. Pour mon père, le football n'était pas un job mais un hobby. Bizarrement parce que je n'avais pas d'amis. Pour m'intégrer, la façon la plus simple était de m'inscrire dans un club de foot. Et c'est de cette façon que j'ai atterri dans un club de DH (6e division française). Je faisais donc cela tout en menant mes études. Et comme tout Africain qui arrive en Europe, je me levais à 6 heures pour chercher un peu de travail. J'ai commencé par faire du nettoyage dans les entreprises avant l'ouverture. Oui. C'est la première fois que je le dis dans une interview. J'aidais ma soeur de cette façon car pour moi, c'était important d'être indépendant. En fin d'année, je trouvais du boulot dans les restaurants. J'ai travaillé dans une pizzeria notamment. Mais aussi dans l'usine de peinture des autos Citroën. C'était le travail le plus dur que j'ai fait. Je savais jouer mais je n'avais pas la notion du haut niveau. Finalement, j'ai joué trois saisons et terminé meilleur buteur en DH. J'ai même joué dans une sélection de la Bretagne. En France, les équipes amateurs font une sorte de Coupe des régions : Bretagne contre Aquitaine ou Normandie. Et le vainqueur français rencontre les autres régions européennes. Et avec la Bretagne, j'ai joué la Coupe d'Europe des Régions. Voilà... Car un jour, j'ai mis un triplé avec Cesson Sévigné contre la Réserve de Lorient. Ils m'ont alors proposé un contrat de stagiaire mais c'était difficile pour moi parce que mes parents ne voulaient pas que je devienne footballeur. La première année, je ne leur ai donc pas dit que j'avais arrêté mes études pour le foot. Quand j'ai vu que cela fonctionnait, je leur ai annoncé mon choix. Comme cela arrivait juste après la Coupe du Monde 2002 lors de laquelle le Sénégal avait bien fonctionné, ils ont vu qu'on pouvait réussir dans le foot. Ils ont donc marqué leur accord. J'ai été confronté à des joueurs qui évoluaient en Ligue 2 depuis dix ans et je me suis rapidement blessé. En fin de saison, j'ai dit à Batelli que je voulais partir. Il m'a dit qu'il n'avait rien à me reprocher et qu'il comprenait ma situation. Si je trouvais quelque chose, je pouvais partir. Oui, à Ajaccio, j'ai la clavicule cassée. J'ai d'ailleurs toujours la plaque. Et quand je reviens, l'équipe tourne super bien. Il n'y a pas de place pour moi. Exact. Je le comprends et je le parle un peu. L'année passée, je me suis demandé que faire durant ma rééducation, alors j'ai pris un prof à la maison pour me perfectionner. Oui. Les approches. Au Standard, les gens viennent vers toi, te font la bise, discutent directement de tout, veulent t'aider pour tout. Parfois, je me disais que quelque chose clochait. Mais non, c'est comme cela. Les gens veulent tout te donner. En Flandre, ils veulent d'abord bien te connaître, prennent plus de temps pour aller vers toi, et quand ils te connaissent bien, alors ils sont capables de faire beaucoup pour toi. Mais je retiens que j'ai terminé deuxième et gagné la Coupe de Belgique. Au Standard et à Zulte aussi. Pour le moment oui. Mais je ne désespère pas de remporter un prix. Oui. Cela m'a permis de connaître un grand club, de voir comment on y vit, la concurrence, le don de soi... et l'hypocrisie de la nouvelle direction. Cependant, je reste un peu frustré de mon passage là-bas car tout ce que j'ai fait dans les autres clubs, je n'ai pas pu le faire là-bas. Parce que les attaquants marchaient bien. J'étais le seul attaquant polyvalent. Je pouvais être un bouche-trou. Ma polyvalence était un inconvénient. J'ai même joué médian défensif et back gauche ! Cependant, si j'ai été bon à mon retour à Zulte Waregem, c'est parce que j'avais connu des difficultés au Standard mais surtout parce que c'est le seul club qui m'a aligné à mon poste. Cela explique en grande partie mes statistiques de Zulte Waregem. Forcément, on m'a proposé Saint-Trond. Mais il a vite vu que c'était moi qui allais décider de ma destination. Et j'ai pu retourner à Zulte Waregem. Bonne. Comme entre joueur et coach. Notre relation a bien évolué. Après la première saison, avant que je parte à Gand, à l'époque, Francky ne connaissait que Zulte Waregem et il comprenait difficilement qu'un joueur cadre veuille partir en pleine saison. Il ne l'avalait pas. Il m'en a beaucoup voulu. Je vais te raconter l'histoire de Mouscron. Je ne joue plus à Zulte Waregem et je recherche un club près de chez moi pour m'entraîner, dans un milieu pro. Courtrai, c'est exclu parce qu'il y a trop de rivalité entre les deux clubs. Grâce à un ami, j'obtiens le numéro de téléphone de François Vitali, responsable sportif au RMP, et j'essaie de le joindre à plusieurs reprises. Finalement, je lui envoie un SMS lui disant que j'aimerais m'entretenir avec lui. C'est le seul contact que j'ai avec lui. Un SMS auquel il ne répond pas, et le lendemain, je vois dans la presse que je suis en négociation avec Mouscron mais que je demande un trop gros salaire. Je ne dénigre pas Mouscron mais c'est faux de dire que j'ai été en contact avec le RMP. Le pire, c'est d'affirmer que j'ai demandé un gros salaire. Parce qu'il fallait un remplaçant à Hamdi Harbaoui. Et Peter Maes m'a fait un discours net qui m'a plu. C'est un dur, OK, mais je le trouve étonnamment fou. Il ne fait pas de différence entre les joueurs. Il a le même discours pour tout le monde. Il engueule tout le monde comme du poisson pourri ! Même ses adjoints ! Dans le milieu du foot, tu trouves rarement un mec aussi authentique, qui ne passe pas par quatre chemins pour te dire ce qu'il pense. A Lokeren, tu t'entraînes comme tu joues, et ça me plaît. Oui car pour mon premier match à Lokeren, à mon entrée au jeu et alors que je n'étais pas encore prêt, tout le public m'a soutenu. A ce moment-là, tu te dis : - Je n'ai encore rien fait pour le club mais ils sont déjà derrière moi. C'est une source de motivation. Pour moi, Lokeren est le club parfait pour relancer la machine. Oui. Des gens comme Steven Defour, Mehdi Carcela, Christophe Lepoint, Benjamin Nicaise et Elimane Coulibaly. Tous des gens qui ont pris de mes nouvelles lorsque j'étais blessé. J'ai passé les cours d'entraîneur. Coacher des adultes m'intéresserait parce qu'il faut une certaine personnalité pour prendre des décisions et je pense correspondre au profil. Ce n'est pas parce que tu as joué au foot que tu fais un bon entraîneur. C'est davantage une question de personnalité. J'ai vécu des choses qui me permettent de savoir que j'ai la chance de faire ce que je veux, ce que j'aime et de gagner ma vie correctement. Je suis conscient que des personnes travaillent plus dans leur journée, se tuent au boulot et gagnent moins que moi. Je trouve aussi que les enfants doivent étudier tant qu'ils peuvent. Moi, mes études m'aident tous les jours dans le foot, notamment pour m'adapter dans mes clubs.PAR STÉPHANE PAUWELS" Je suis devenu footballeur en France pour m'intégrer et parce que je n'avais pas d'amis. " " Au Standard, les gens viennent vers toi, te font la bise, discutent directement de tout, veulent t'aider pour tout. "