Pendant des années, Philippe Clement (43), Anversois, a traversé le pays de Waes pour se rendre à Bruges. Comme joueur de 1999 à 2009 puis comme entraîneur, de 2011 à 2017. Depuis qu'il entraîne Waasland Beveren, il n'y est allé qu'une fois, pour visionner Gand. Sa seconde visite est pour dimanche.
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Pendant des années, Philippe Clement (43), Anversois, a traversé le pays de Waes pour se rendre à Bruges. Comme joueur de 1999 à 2009 puis comme entraîneur, de 2011 à 2017. Depuis qu'il entraîne Waasland Beveren, il n'y est allé qu'une fois, pour visionner Gand. Sa seconde visite est pour dimanche. PHILIPPE CLEMENT : En effet. Plusieurs facteurs jouent. Mes conditions de travail étaient claires. J'avais une image limpide des qualités et défauts de mon groupe et de l'organisation. Mes entretiens avec la direction m'ont confirmé qu'elle était prête à me suivre. Nous avons tout discuté en profondeur avant que je signe. En fait, s'il y a un sujet dont nous n'avons presque pas parlé, c'est l'argent. Ce n'était pas une priorité à mes yeux. Je gagne beaucoup moins que comme adjoint à Bruges, où j'étais sans doute l'assistant le mieux rémunéré, mais c'est le projet qui m'intéressait. CLEMENT : C'est relatif. Nous n'avons que deux unités d'avance sur la dixième place. Mais c'est quand même formidable. Mon principal rôle est de laisser tout le monde sur son petit nuage tout en gardant le bon cap et en veillant à ce que personne ne s'en écarte. Je dois en quelque sorte maintenir l'euphorie. CLEMENT : Angban était près d'une sélection aussi. Gagner et faire progresser les joueurs me procure une immense satisfaction. Quand je vois comment Brandon Mechele joue au Club... J'ai dû me battre pour qu'il obtienne un petit contrat. Peu de gens le voyaient réussir en D1. Quand Wesley a marqué son but de la tête, il m'en a envoyé la vidéo. Ça veut dire que les joueurs apprécient ce que j'ai fait pour eux. Ici aussi, j'ai dû convaincre certains qu'ils avaient plus de potentiel qu'ils ne le pensaient. Ils l'ont compris petit à petit. CLEMENT : En me concentrant sur un football dominant dès le premier jour. Des schémas et des trajectoires fixes, des fonctions claires. J'ai aussi modifié des aspect physiques. Pendant la préparation, nous nous sommes aussi entraînés le jour des matches, deux heures. Au bout d'une semaine, le médecin est venu me trouver : " Si tu continues, la moitié de l'équipe sera blessée. " Je lui ai demandé deux semaines de patience car nous partions une semaine en stage et nous avions deux matches difficiles, contre le Steaua Bucarest et Bruges. " Nous pourrons alors établir un bilan mais je suis sûr à 200 % que tu auras tort. " De fait. En plus, nous avons disputé deux bons matches, sans commettre contre le Club les erreurs défensives du match contre les Roumains. Cette victoire a été importante car nous l'avons obtenue en misant sur nos qualités, pas en faisant bloc. Nous avons ensuite battu Zulte Waregem puis entamé le championnat par un nul 3-3 à Genk. Les joueurs ont réalisé que nous pouvions obtenir des résultats. CLEMENT : Le bât blesse là... Nous encaissons encore trop de buts, même si je travaille cet aspect pour le moment. Les défenseurs ont dû s'habituer à jouer avec des espaces dans le dos. Quand Roef, Jans, Moren, Camacho et Demir ont joué ensemble, plusieurs semaines, nous avons été stables. Même si leurs remplaçants n'ont pas démérité. Si tu analyses le jeu de Jonathan Buatu de Zulte Waregem à l'Excel Mouscron, tu remarqueras une énorme différence. Nous progressons en profondeur. CLEMENT : Perdre son meilleur buteur à deux semaines du terme du mercato n'est pas marrant. Il aurait marqué quinze à vingt buts s'il était resté. Nous n'avions pas d'options. C'est moi qui ai avancé le nom d'Isaac Thelin, qui m'avait convaincu durant ses entrées au jeu avec Anderlecht et dans ses matches avec Malmö. Nous avions besoin d'autres transferts mais, malgré le bon travail de la cellule scouting, plusieurs pistes ont capoté et nous avons perdu du temps. Je passais mon temps à visionner des joueurs, parfois jusqu'à une heure du matin, jour après jour. Pour rien, finalement, dans la mesure où ce n'était pas jouable. A présent, nous devrions gagner du temps en matière de repérage et de concrétisation des dossiers, car chacun cerne mieux ma philosophie de jeu. CLEMENT : Je pars du principe que personne ne partira en janvier. Nous ne pouvions retenir Zinho à cause d'une clause de son contrat mais ces clauses ne sont pas valables en janvier. CLEMENT :... et opéré un screening mental de tous les joueurs, pour connaître la clef qui permette de les faire progresser. Une fois qu'on sait les points à améliorer, il faut faire passer son message. Il faut être sévère avec certains mais si on est dur avec Nana Ampomah, il va filer se cacher sous la table. Il faut surprendre de temps en temps, sans oublier qu'ensuite, on continue à travailler ensemble. Il y a aussi des idéalistes, qui estiment important que je crie " out " si le ballon a passé la ligne de deux centimètres à l'entraînement. Il faut leur expliquer pourquoi ce n'est pas bon. S'ils remettent ça en match et que l'arbitre est d'un autre avis, ça peut être goal. Le principal défi pour un entraîneur est de faire fonctionner les joueurs ensemble et de faire accepter les points faibles de chacun. Prenez Andres Mendoza à Bruges. Trond Sollied m'a persuadé que nous n'en tirerions rien si je tentais de lui inculquer ma personnalité. Plus tard, Rudy Heylen, le coach mental, m'a beaucoup appris aussi. CLEMENT : Pas au Standard. Nous avons oublié nos principes. Durant le debriefing, les joueurs ont relevé 90 % de mes propres remarques, notamment que l'équipe était trop étirée. Ils ont compris qu'ils se trompaient mais dans le feu de l'action, personne n'est intervenu sur le terrain. CLEMENT : Le groupe ne parle pas beaucoup alors que les joueurs devraient se corriger et accepter les remarques des autres. C'est un problème sociétal : nous sommes de plus en plus individualistes. Avant, les enfants jouaient ensemble alors que maintenant, ils sont vissés à leur téléphone ou leur ordi. Ils développent moins leurs rapports avec les autres et ça se reflète sur le terrain. CLEMENT : Je veux pouvoir regarder chacun dans les yeux. J'ai appris au Club que sans ça, on ne parlait guère aux joueurs écartés. CLEMENT : C'est beaucoup trop tôt car nous ne doublons pas tous nos postes. Tiendrons-nous trente matches à ce rythme ? Je l'espère et je vais pousser les joueurs jusqu'au bout mais je ne connais pas la réponse. En début de saison, nous visions le top dix mais maintenant, les gens seraient déçus par cette place. CLEMENT : Avec ambition, comme toujours, en sachant que c'est le pire endroit de Belgique où faire preuve d'ambition. Le Club n'a plus perdu à domicile en championnat depuis décembre 2015, contre Anderlecht. CLEMENT : Une grande rage de vaincre, de la force dans les duels, un bloc solide. Étant éliminé de la Coupe d'Europe, le Club est plus frais actuellement. C'est un avantage. CLEMENT : Je n'y pense pas. J'estime m'être préparé parfaitement à mon job. En partant d'en bas. Je serais peut-être devenu l'entraîneur principal du Club si j'étais resté mais j'ai décidé de devenir le coach de Waasland Beveren. Bruges voulait alors un homme chevronné. CLEMENT : Bölöni applique un marquage individuel adapté à l'adversaire. Ce n'est pas la tactique d'Ivan. Il a procédé de la même manière à Saint-Trond parce que l'équipe encaissait trop de buts et c'est ainsi qu'il a relancé l'équipe. Au début, Bruges avait des problèmes avec quatre défenseurs, d'où ce changement. Il voulait aussi agir différemment de Michel Preud'homme, pour clôturer le chapitre. Après le titre, le groupe est tombé dans une certaine routine et il est resté plus ou moins intact. Il avait sans doute besoin d'un stimulant. CLEMENT : Oui et il est venu à la maison pour parler de football quand il est devenu entraîneur. Nous nous sommes toujours bien entendus. Ça n'a jamais été le braconnier contre le garde-chasse comme tu l'as écrit une fois. Il n'était pas très travailleur car il s'appuyait sur sa technique mais il est très différent maintenant. CLEMENT : Au début, les gens croyaient que j'allais uniquement apprendre aux footballeurs à jouer de la tête. J'ai été un défenseur et un médian récupérateur, certes, mais j'ai toujours été partisan d'un football offensif. J'aurais peut-être pu faire carrière comme attaquant aussi. Dans le rôle de pivot, s'entend (il rit). Dans ma carrière, j'ai toujours opté pour des équipes dominantes, à l'exception de Coventry. Je voulais me produire devant des supporters durs, passionnés. Cela m'a toujours boosté. J'ai eu de la chance au Beerschot, à Genk comme au Club. Ma période sous les ordres de Sollied a été une des plus plaisantes. Les backs montaient sans arrêt et les défenseurs centraux devaient tirer leur plan, avec l'aide de Timmy Simons. Je suis convaincu qu'il vaut mieux défendre vers l'avant que reculer et se retrancher dans son rectangle. PAR PETER T'KINT - PHOTOS BELGAIMAGE" Je gagne moins ici qu'à Bruges comme adjoint mais le projet m'a séduit. " Philippe Clement