Pour Yari Verschaeren, le 22 juin 2019, c'est gravé à vie. Ça c'est sûr. En quelques heures, il y a eu... ses résultats scolaires. Aucune pète, les humanités sont donc de l'histoire ancienne. Et puis il y a eu... son premier but avec les Espoirs. Un des plus jolis de l'EURO. Un exploit à la Robben. Approche du grand rectangle balle au pied, feinte, ensuite un envoi d'une pureté rare dans les filets du gardien italien.
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Pour Yari Verschaeren, le 22 juin 2019, c'est gravé à vie. Ça c'est sûr. En quelques heures, il y a eu... ses résultats scolaires. Aucune pète, les humanités sont donc de l'histoire ancienne. Et puis il y a eu... son premier but avec les Espoirs. Un des plus jolis de l'EURO. Un exploit à la Robben. Approche du grand rectangle balle au pied, feinte, ensuite un envoi d'une pureté rare dans les filets du gardien italien. Il a simplement fait, du pied droit, ce que le Hollandais a fait tant de fois avec sa patte gauche. " Le plus beau but de mon début de carrière ", lance le gamin. Il a un vrai visage de communiant. Et toute la spontanéité qui va avec. A quelques jours de ses 18 ans, Yari Verschaeren, le motif de satisfaction dans la saison dramatique d'Anderlecht, nous accorde la toute première longue interview de sa vie. Encore un examen. " Même pas peur ", nous dit-il en commençant. Ta sélection pour l'EURO, tu la sentais venir ou ça a été une surprise totale ? YARI VERSCHAEREN : Non, je ne la sentais pas venir ! Pas du tout. Je n'avais jamais été appelé, puis là, on me convoque pour aller directement à un Championnat d'Europe. Quand Johan Walem m'a téléphoné et m'a expliqué ce qu'il attendait de moi, j'avoue que je n'avais pas ça en tête. Je devais passer mes examens, je pensais surtout à sortir de rhéto dès le mois de juin, à éviter la deuxième session. Et à ce niveau-là, je n'étais sûr de rien à l'avance. A partir de ce moment-là, ça n'a pas été compliqué de trouver la concentration pour étudier et passer tes examens ? VERSCHAEREN : Ça a été un peu plus difficile que d'habitude parce que j'avais deux choses en tête, deux objectifs à soigner. J'étudiais, je m'entraînais en suivant le programme d'entretien qu'on m'avait donné, puis je me plongeais à nouveau dans les cahiers. Je passais en permanence d'un focus à l'autre. Tu n'as pas eu du mal à combiner l'école et les entraînements avec le noyau pro d'Anderlecht depuis que tu es monté dedans ? VERSCHAEREN : C'est difficile pour tous les jeunes qui font ça. On parle maintenant de moi mais je n'ai pas été le seul à ramer depuis quelques mois. Tu as de la pression, tu te dis que tu es obligé de réussir dans deux domaines complètement différents. Tu dois tourner le bouton continuellement. Je ratais beaucoup d'heures de cours. Quand je rentrais à l'internat, je devais me remettre en ordre et étudier. Il y avait une personne du club qui m'accompagnait, qui m'aidait à être à l'heure à l'école, aux entraînements, qui contrôlait mon bulletin, qui gérait vraiment mon planning. C'était bien utile. Maintenant, tu es vraiment professionnel, c'est une nouvelle vie qui commence. VERSCHAEREN : Ça va changer mon quotidien, c'est clair. Je vais pouvoir me concentrer à fond sur le foot et je vais subitement avoir beaucoup de temps libres. J'ai envie de les occuper intelligemment, en continuant à apprendre. Quand tu montes au jeu dans le premier match à l'EURO, contre la Pologne, tu te dis que ton rêve continue ? VERSCHAEREN : Oui, c'est ça. C'était fantastique. Etre le plus jeune joueur du noyau belge, être carrément le plus jeune joueur de l'EURO, entrer ainsi dans un livre d'histoire, et avoir du temps de jeu dans le match d'ouverture... Dans des moments pareils, tu te sens plutôt bien ! Au final, l'EURO a quand même été un petit cauchemar pour l'équipe. VERSCHAEREN : La déception est immense mais on la conscience tranquille, on sait tous qu'on a tout donné pour faire des meilleurs résultats que ça. Tu as commencé le vrai foot à Beveren. C'était simplement logique à partir du moment où c'était le bon club de ta région ? VERSCHAEREN : J'ai commencé à Kruibeke, pas loin de là, et oui, c'était logique de viser Beveren. Pour moi, c'était un premier pas en avant. A Kruibeke, j'avais mon père comme entraîneur. Il a joué jusqu'en D3 avec Zulte, avant la fusion avec Waregem. Il a été entraîné par Francky Dury. J'ai vu des vidéos de ses matches, il était plutôt pas mal... Quand je suis passé à Beveren, il m'a suivi et je l'ai à nouveau eu comme entraîneur, il avait un boulot spécifique, il s'occupait des aspects techniques. Pendant ma première année là-bas, Anderlecht est déjà venu discuter. Mais mon père estimait que c'était trop tôt, que c'était mieux de rester encore au moins une saison. Un an plus tard, Anderlecht s'est à nouveau manifesté, et là, on a décidé que c'était ok. Tu te retrouves à l'internat et ta chambre est baptisée Old Trafford. Explique ! VERSCHAEREN : Elle s'appelait déjà comme ça avant que j'y aille, je n'ai rien choisi. Les jeunes d'Anderlecht occupent une aile précise de l'internat, on appelle ça la villa. Et dans ce bâtiment, où une dizaine de joueurs logent, chaque chambre a un nom de stade : Allianz, Camp Nou, Stamford Bridge, Old Trafford,... Pourquoi tu es fasciné par le Barça ? VERSCHAEREN : Parce que c'est l'équipe qui joue le mieux le foot que j'aime, avec toutes ces combinaisons. Et parce que mon idole joue là-bas. Pour moi, Lionel Messi a plus de talent naturel que n'importe qui et c'est le meilleur footballeur de l'histoire. L'Equipe t'a mis dans le Top 50 européen des joueurs de moins de 20 ans, ça te fait quelque chose de spécial ? VERSCHAEREN : Ça fait du bien. C'est fantastique. Tout a été si vite. En peu de temps, je suis monté dans le noyau A, j'ai fait mes débuts en championnat, j'ai eu le trophée de Jeune Pro de l'Année, j'ai été dans ce Top 50, j'ai participé au Championnat d'Europe. Le plus beau moment, c'est celui où j'ai reçu ce prix de rookie de la saison. Tu connais ta valeur marchande sur Transfermarkt ? VERSCHAEREN : Apparemment, c'est 15 millions. C'est beaucoup, hein... C'est réaliste ? VERSCHAEREN : Euh... pour moi non. Si tu compares à d'autres joueurs de la D1 belge qui valent apparemment beaucoup moins que moi mais qui ont prouvé beaucoup plus que moi, ce n'est pas réaliste. Je te donne un exemple : Sven Kums. Comment tu expliques que ma valeur soit beaucoup plus élevée que la sienne ? Il a quand même bien fait ses preuves sur une durée bien plus longue. Tu aurais pu choisir d'être formé par le PSV plutôt que par Anderlecht. Pourquoi tu es resté en Belgique ? VERSCHAEREN : Les Hollandais m'avaient repéré et ils étaient intéressés, c'est clair. Avec mon père, on est allés sur place, on a écouté, on a posé des questions sur leur façon de travailler avec les jeunes. Finalement, je me sentais encore trop jeune pour déménager là-bas et on a décidé que j'allais continuer à Anderlecht. Avec le recul, quand je vois ce que j'ai vécu ces derniers mois, je ne dois pas avoir de regrets. On a fait le bon choix. J'aurais aussi pu partir ailleurs. Il y a eu un intérêt d'autres équipes étrangères, et aussi en Belgique. Genk et Bruges, par exemple, se sont renseignés. Mais je n'ai jamais vraiment envisagé de quitter Anderlecht. Tu as le profil du jeune talent qui se fait tanner par un tas d'agents, non ? VERSCHAEREN : Il y en a pas mal qui ont tourné autour de moi pour m'avoir dans leurs clients, c'est vrai. Pas seulement depuis que je suis en Première. Déjà quand j'étais U15 et U16, ça commençait. Mais moi je voulais jouer au foot et penser au foot, point à la ligne. Je ne voulais pas m'encombrer la tête avec des histoires d'agent et on estimait que ce n'était vraiment pas nécessaire de s'engager avec quelqu'un. Puis, quand on a estimé qu'il me fallait quelqu'un, on en a écouté plusieurs et on a fait le choix d'Andres Dendoncker, le frère de Leander. Il travaille pour un bureau d'agents hollandais, Wasserman. Il s'occupe de l'aspect purement sportif et il laisse à des collègues les aspects financiers, le contrat et tout ça. Etre un pilier d'Anderlecht à 17 ans, ça rappelle les trajectoires de Vincent Kompany, de Romelu Lukaku, de Youri Tielemans... VERSCHAEREN : Ça fait du bien d'être au milieu de ces noms-là ! Personne n'aurait prédit que je pourrais devenir une plus-value pour Anderlecht la saison passée, et sûrement pas moi. J'ai reçu ma chance, je l'ai prise, voilà. Je suis aussi conscient que s'il n'y avait pas eu des blessures et des joueurs en méforme, je ne serais pas au même point aujourd'hui. Sur ce coup-là, j'ai eu beaucoup de chance. Et aussi la chance que Hein Vanhaezebrouck croie en moi. Je n'oublierai jamais que c'est l'entraîneur qui m'a lancé chez les pros, il a ma reconnaissance pour toujours. A cette période-là, tu n'étais pas le jeune de Neerpede dont on parlait le plus. Jérémy Doku, par exemple, semblait plus proche que toi de la Première. Comme s'il n'y avait pas unanimité sur ton talent et ton développement. VERSCHAEREN : C'est vrai, on parlait plus de Doku et je ne trouvais pas ça anormal. Je ne trouvais pas ça grave non plus. Je continuais à jouer mon jeu sans me prendre la tête. Quand je vois où je suis aujourd'hui, je me dis que ce n'est absolument pas nécessaire d'avoir une toute grosse cote à ce stade-là d'un parcours, que ce n'est pas indispensable d'être considéré comme la star montante chez les jeunes. La célébrité, la gloire, ce n'est pas ça qui te fait monter chez les pros. Tu avais deux ans quand Kompany a commencé en Première d'Anderlecht. Maintenant, tu vas jouer avec lui et il est ton coach. VERSCHAEREN : Je t'avoue que je ne connais pas très bien son passé ici. Comme tu dis, je n'avais que deux ans. Joueur-entraîneur dans une division inférieure, ça se fait parfois. Mais ici, on parle du championnat de Belgique. Et d'Anderlecht. On n'est pas à Courtrai, on n'est pas à Lokeren, on n'est pas à Eupen... VERSCHAEREN : La direction et Kompany ne se seraient pas lancés s'ils n'étaient pas convaincus que ça peut fonctionner. Et puis tu imagines l'apport, pour les jeunes surtout, d'un joueur qui a un passé pareil ?