Mehdi Carcela n'est pas du genre à s'épancher dans les journaux. Par contre, quand il choisit de le faire, c'est avec le sourire et une franchise qui font plaisir au coeur d'un milieu où la parole est trop souvent bâillonnée. Pendant plus d'une heure, l'enfant de Sclessin revient sur tous les événements phares qui ont émaillé une première moitié de carrière des plus intenses.
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Mehdi Carcela n'est pas du genre à s'épancher dans les journaux. Par contre, quand il choisit de le faire, c'est avec le sourire et une franchise qui font plaisir au coeur d'un milieu où la parole est trop souvent bâillonnée. Pendant plus d'une heure, l'enfant de Sclessin revient sur tous les événements phares qui ont émaillé une première moitié de carrière des plus intenses. Ça a été difficile avec toutes ces blessures. J'ai soit été matraqué, soit victime de pépins du type pubalgie. Mais j'ai su rebondir, redevenir le même Mehdi, si pas plus fort qu'avant. Oui, ça m'a mis un coup au début. Je sentais que je revenais bien dans le parcours et ça m'a remis à nouveau sur la touche. Heureusement, j'ai pu compter sur mes proches, mais aussi sur les kinés du Standard pour me permettre de revenir. Je n'en ai aucun, c'est du passé. Non pas du tout. Même chose concernant Chris Mavinga. Qui suis-je pour en vouloir à quelqu'un ? Les différentes vidéos parlent d'elles-mêmes. Mais je le répète, c'est derrière moi tout ça. Depuis la faute de Ruytinx, on ne m'appelle plus trop Bambou (il rit). Mais les tibias sont toujours aussi durs (ndlr, il tape dessus). Je pense que si ça avait été une autre personne, il n'aurait pas eu les ligaments déchirés comme ce fut mon cas mais la jambe cassée. C'était de la frustration. Il y avait eu plusieurs fautes méchantes de la même personne mais je n'y prêtais pas attention. Là j'ai entendu le crack, j'ai pensé que c'était cassé, que j'en avais à nouveau pour six mois. Mais c'est surtout la carte jaune de l'arbitre qui m'a rendu dingue. C'est ce qui explique mon geste... Je me donnerais un petit 7 sur 10 pour le fait de m'être relevé après avoir connu autant de blessures. Par contre, si on ne se base que sur mes stats, ce n'est pas assez mais je pouvais difficilement faire mieux. J'ai su être décisif par moments lors des play-offs de l'an dernier mais ça n'a pas suffi. On pensait avoir fait le plus dur et on a pris une bonne claque au final. Cet échec, on l'a tiré comme un boulet pendant longtemps. Encore aujourd'hui, on en parle. J'ai vu directement que Trebel, c'était très bon. C'est devant que c'était plus compliqué. Mais bon, je sais que le foot est fait de va-et-vient et qu'il faut faire avec... Je n'ai pas à juger de ces choix. Je continuais à avoir mes propres objectifs sur le terrain. J'ai toujours essayé de ne pas trop penser à ce qui se passait autour. J'étais proche de Vuko mais surtout de Guy Luzon avec qui je garde contact. C'est une personne que j'aime beaucoup. Il était gentil mais aussi un peu fou. Un peu comme moi (il rit). C'est peut-être pour ça que ça a bien fonctionné entre nous. C'était compliqué de débarquer pour lui dans un tel contexte. Je pense qu'il nous a apporté son savoir, sa psychologie, c'est quelqu'un qui parle beaucoup avec les joueurs. Il a apporté un peu plus de stabilité dans le jeu et dans le groupe. Ivan essayait déjà de nous faire jouer au foot. Peut-être qu'aujourd'hui, il y a un peu plus d'entraînements tactiques, un peu plus de travail défensif aussi. Riga donne aussi une grande liberté à ses joueurs sur le terrain. Ils me font penser à ma dernière saison au Standard (ndlr, 2010-2011) où on avait perdu le titre lors de ce fameux match à Genk. Et pourtant, on les avait débutés sixièmes... C'est vrai qu'il y avait du lourd (il rit). Mais bon en face, ce ne sont plus les mêmes équipes non plus. En tout cas, il y a moins de joueurs qui savent faire la différence comme Witsel, Defour au Standard, De Bruyne et Courtois à Genk ou Boussoufa à Anderlecht. Bien sûr. Même si j'aurais pu signer pour l'AS Rome ou un autre club étranger. Mais ici, c'est chez moi. Il y avait une bonne équipe, je connaissais pas mal de joueurs et puis il me fallait surtout du temps de jeu. A Anzhi, j'ai pas autant joué que je l'aurais espéré. Il y avait ce règlement qui obligeait d'aligner six joueurs russes sur la pelouse. Et donc que ce soit Willian, Boussoufa ou moi, on se retrouvait à tour de rôle sur le banc. Oui, clairement. La Russie, c'est un peu loin et pour obtenir un visa, c'est toute une histoire. La famille me manquait beaucoup ; c'est elle qui m'a fait revenir à Liège même si on me poussait plutôt vers Rome. Mais j'avais besoin de retrouver mon chez moi. Je sais aussi que mon talent reste intact. Et qu'un grand club peut toujours frapper à la porte... Voilà... je savais que ma carrière allait être longuement freinée. Et Anzhi était le club qui me mettait le moins de pression quant à mon retour en forme. Ça a joué dans mon choix. Et puis, j'ai découvert un autre monde, je vivais à Moscou où j'ai côtoyé le luxe, les excès, y a tellement de choses à faire dans cette ville de fou où ça vit 24 h sur 24. Passer de Liège à Moscou, c'était vraiment le grand écart... Oui, sous certains aspects. Mais le manque familial, de ma fille (5 ans), de ma mère, mon père, était trop important. Avant mon premier entraînement, tout le monde au club était excité par ma venue. Mais ils ont changé d'avis dès la première séance où toutes mes frappes partaient dans les nuages. C'est comme si j'avais oublié le foot. Il m'a fallu entre quatre et six mois pour tout remettre en place. Et puis, il m'a fallu encore six mois pour revenir à un certain niveau physique car je continuais à prendre des médicaments. Ça arrive même si c'est souvent les autres qui me le rappellent régulièrement. Surtout, quand je me rends au Maroc... Non jamais. J'ai eu l'habitude de prendre des coups depuis tout petit et j'en ai donné aussi (il rit). Je voulais retrouver Liège, avant de rebondir, repartir. Vraiment pas. Bruxelles, c'est le trafic, c'est stressant, c'est gris. Ici, les gens sont souriants, et quand je me promène j'ai l'impression de connaître tout le monde.. Avec ce que j'ai connu, les gratteurs, je les ai éliminés. Le pire, c'était quand j'étais en Russie, ils voulaient tous me rejoindre, même des gens dont je n'avais jamais entendu parler. C'était exagéré. Ils ont encore essayé de coller mais vu que je ne bouge plus trop de chez moi, je ne les vois plus. Non, vraiment plus. Dès que je sors, je ne peux pas passer une soirée tranquille. C'est ce qui m'oblige à rester chez moi (il rit). On raconte beaucoup de bêtises sur mon dos. Et même si de mon côté je m'en fous, ce n'est pas le cas de ma grand-mère au Maroc pour qui c'est la fin dans le monde dès qu'on écrit quoi que ce soit de négatif sur moi. Plus rien du tout. Lors de mon premier passage, je n'ai pas fait les 400 coups mais les 1400 coups (il rit). Ça, la jeunesse, je l'ai faite et je ne regrette rien. Mais en revenant au Standard, j'ai préféré m'écarter de tout ce milieu liégeois, c'est pourquoi j'ai choisi une maison à l'écart du centre-ville et proche de l'Académie. Je n'ai plus envie de me balader partout et faire n'importe quoi comme à 20 ans. J'en ai 25 désormais, l'important c'est ma famille et les enfants. Oui, j'ai un cuisinier à la maison. Et ma mère est souvent chez moi... J'y retourne moins souvent qu'avant mais j'y passe parfois pour retrouver mes amis d'enfance, une partie de la famille qui y vit toujours ou pour manger une " pita du moulin ". Ce n'était pas de la naïveté, mais j'ai trop laissé d'autres personnes me nuire. Je pardonne mais je n'oublie pas et je coupe les liens. Je pense être plus dur avec les gens aujourd'hui. Non, pas du tout, au contraire. Ce ne sont pas des amis, ce sont mes frères. Je suis fier de ce qu'il leur arrive. Regretter, non, même si tout le monde me répète que j'aurais dû choisir la Belgique pour ma carrière. Il m'a plus que poussé à choisir la Belgique ou l'Espagne. C'est le coeur qui a parlé à l'époque mêlée à de l'ambition car il y avait Gerets et beaucoup de bons joueurs en sélection à ce moment-là. J'ai fait partie d'une lignée de joueurs qui optaient tous à l'époque pour le Maroc. Ce choix, j'en suis aujourd'hui toujours fier... Non pas du tout. Que ce soit Marouane, Axel ou Eliaquim, ils étaient tous des bosseurs incroyables. Quand Marouane est arrivé au Standard, je n'avais jamais vu quelqu'un courir autant. J'ai côtoyé Lassana Diarra à Anzhi mais je crois que Marouane, c'est encore un autre niveau. C'est un monstre. Et en plus, apparemment, il a travaillé son pied gauche (il rit). J'ai eu de la malchance dans ma carrière, surtout lors de ma terrible blessure à Genk qui m'a privé d'un transfert au Real Madrid où je devais signer dans la foulée de la saison. Avec le Real, c'était quasiment fait. Mais je sais que je suis encore capable d'atteindre le très haut niveau. Où as-tu entendu ça (il rit) ? On va dire que Zidane aurait aimé aussi que je choisisse la Belgique ou l'Espagne... Bien sûr que non. J'ai toujours les deux pieds, mes deux yeux et je sais toujours jouer avec un ballon. Qu'est-ce que je peux demander de plus ? Non mais j'aime bien le foot. Je n'aime pas ce que le foot amène, comme le fait d'être médiatisé, j'aimerais bien pouvoir me balader tranquillement, ça m'empêche d'être moi-même. Et le regard des gens me dérange. On est pris pour des idoles alors qu'on n'a rien fait, on n'a sauvé personne, on tape seulement sur un ballon. Mais le foot, ça reste ma vie. Quand j'ai deux jours de congé, je vais jouer au " soccer club " avec mes potes et je continue à prendre autant de plaisir. Faut pas me demander de regarder du foot. J'ai regardé une mi-temps de la Belgique contre Chypre et j'ai regardé Barça-Real à Marbella parce que j'étais obligé (il rit). Mais je reste un amoureux du ballon. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS : BELGAIMAGE / KETELS" Lors de mon premier passage au Standard, je n'ai pas fait les 400 mais les 1400 coups. " " On est pris pour des idoles alors qu'on n'a rien fait, sauvé personne.On tape seulement sur un ballon. "