C'est dans sa maison de Jeuk que le sélectionneur a accepté de nous recevoir pour une interview à bâtons rompus, revenant sur le dernier match qualificatif et le feuilleton qui a tourné autour de son avenir. " J'en parle une dernière fois et puis, basta ".
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C'est dans sa maison de Jeuk que le sélectionneur a accepté de nous recevoir pour une interview à bâtons rompus, revenant sur le dernier match qualificatif et le feuilleton qui a tourné autour de son avenir. " J'en parle une dernière fois et puis, basta ". Incompatibilité et impossibilité de travailler avec Horst Heldt. Il voit les choses différemment. J'ai une autre vision du recrutement, des joueurs à aller chercher et je n'aurais pas eu la mainmise sur ces dossiers. Si ce n'était pas pour avoir le pouvoir à Schalke et tenter d'apporter quelque chose au club - surtout aux supporters qui attendent un titre depuis tant d'années - ça ne sert à rien. Heldt est directeur sportif, son travail consiste à réaliser les transferts et donner un noyau à l'entraîneur qui doit le gérer. Si l'entraîneur n'obtient pas les joueurs ou les profils recherchés, ça n'ira pas. Avant de prendre ma décision, j'en avais discuté avec deux anciens entraîneurs de Schalke qui étaient partis pour les mêmes raisons. Si je retourne un jour, à Schalke, c'est pour assumer les décisions que je prends, pas pour assumer celles d'un autre. Je ne vais pas dans le mur au nom des autres. Oui, mais cela ne signifie pas que je ne peux pas travailler avec un directeur sportif. Regardez Dieter Hecking et Klaus Allofs à Wolfsburg ! Mais pour cela, il faut travailler l'un avec l'autre, vers un même objectif. J'étais dangereux pour lui. Je serais revenu à Schalke avec une aura énorme et énormément de gens derrière moi. Le club, je le connais par coeur. Et lui, il voulait garder son pouvoir, c'est-à-dire le contrôle des transferts. Moi, je voulais bien travailler avec lui mais je désirais avoir le dernier mot. Je ne serais pas venu pour m'asseoir, prester trois ans et me barrer : je voulais avoir un objectif ambitieux. J'ai toujours dit que j'avais connu deux moments forts dans ma carrière : l'équipe nationale et Schalke qui m'a presque tout donné sur le plan international. A l'époque, j'étais venu pour Rudi Assauer, un homme de projet et de vision. Quand je vois les supporters, l'identification à leur club, la façon dont ils vivent tout cela comme une religion, je sens que c'est MON club. Il n'y avait que Schalke qui pouvait me faire quitter les Diables. Mais quand ma femme est revenue des négociations, on a dit - non, ce n'est plus mon Schalke, ce n'est plus comme avant. Moi, je ne demandais pas à partir, j'ai simplement écouté les gens et, après, je me suis dit - je le fais ou je ne le fais pas. Et dans ma tête, ça a vite été clair. Oui, de la manière dont cela s'est passé, de ce qu'on essaye de faire croire au niveau financier. Toutes les infos sont venues d'Allemagne, vous ne trouvez pas cela bizarre ? C'est qu'il y a quelqu'un qui voulait que ça sorte, là-bas. Et annoncer la décision 4 heures avant notre match, c'est vraiment une manière de sauver la face. Si Assauer avait dit - je ne dis rien, cela se serait passé de la sorte. Une parole est une parole. Je pensais vraiment qu'ils allaient se taire pendant une semaine. Car la mentalité allemande respecte le sport, les hommes et l'équipe nationale. Et donc, je ne m'attendais pas à ce coup bas. Ils l'ont fait pour nuire et se protéger. Ça, je n'ai pas aimé du tout. Si tout le contexte avait été réuni - le contexte qui fait que tu te lèves à 4 h du matin avec envie et passion -, si j'avais senti un club qui se donne les moyens et qui se dote d'objectifs, ça n'aurait pas joué. Je n'ai pas envie d'être quelqu'un de passage mais quelqu'un qui a avancé, bossé, mis des structures en place, construit quelque chose. Qui a signé cette clause ? Toutes les parties étaient d'accord et s'y retrouvent avec cette clause. Si je partais, l'Union Belge touchait tout de même 2 millions ! Quand j'ai signé mon premier contrat, comme deux entraîneurs venaient de partir, j'ai affirmé que, pour rien au monde, je ne partirais mais resterais jusqu'à la Coupe du Monde. C'est ce que j'ai fait. Quand j'ai prolongé, j'ai dit que je ne promettais plus de rester jusqu'au bout (NDLR : 2018) parce qu'il y avait une clause. On a dit - comment est-ce possible ? Il resigne quatre ans et il veut déjà partir. Mais je n'ai jamais dit que j'allais partir ! J'ai juste dit que j'avais une clause qui me donne une liberté car j'aime bien être libre. Mais si tu n'acceptes pas cela, il ne fallait pas mettre la clause. Il ne faut pas venir pleurer. Le seul hic, c'est que c'est moi qui décide quand je veux faire actionner la clause. Là, j'ai été clair : je reste jusqu'en 2016. En septembre, ils sont venus 5 jours avant un match. C'était impossible pour moi de laisser tomber mon pays 5 jours avant le premier match des qualifications. J'ai toujours dit à monsieur Collin que je ne laisserais jamais le pays dans la m... Ici, si je décidais de partir, il y avait trois mois. Ils avaient tout le temps pour se retourner. J'étais cohérent. Et j'ai été honnête en reconnaissant les contacts. Mais dans ce métier, ce n'est apparemment pas bon d'être trop honnête. J'ai toujours un grand respect pour le public et les gens de la Ruhr mais, comme cela, je ne peux pas travailler. C'est moi qui fermerai la porte. Et là, ils peuvent proposer 4, 5, 6 millions, ils peuvent toujours aller dormir. Oui, j'aurais annoncé après le match en France que je reste. Mais quand j'ai donné ma parole que je ne parlais pas jusqu'au 12, je la tiens ! Non. Et c'est de ma faute, ça ? Non puisque dès le début, j'ai été clair en disant qu'il y avait une clause. Ça change quoi ? Avant le Pays de Galles, l'équipe était première du groupe. J'aurais laissé des ruines ? Je ne pense pas. Je crois plutôt que j'aurais laissé une équipe bien en place, qui fait des résultats. Si j'avais opté pour une nouvelle expérience, c'est encore mon droit, non ? Ma vie est courte, il ne me reste que 14 ans avant mes 60 ans. Si j'ai envie de relever un défi, qu'est-ce qui m'en empêche ? Je suis libre, je pense. Vous connaissez beaucoup d'entraîneurs belges qui ont la chance d'entraîner à l'étranger ? Et qu'on ne vienne pas me dire que je ne suis plus patriote. Non, ils ont vu mon investissement sur les deux derniers matches. Je n'ai pas changé. On joue bien mais il nous manque de l'efficacité. Quand vous jouez contre une défense renforcée, où trouver l'espace ? Normalement, tu dois passer sur les côtés, il faut des courses croisées pour arriver au 1er et 2e poteau. Mes deux attaquants ne sont pas habitués à jouer avec un 2e attaquant à leur côté. Comment les habituer ? C'est un travail à fournir. Vous avez vu qu'on travaillait les lignes de courses offensives à l'entraînement. Il faut aussi davantage percuter, comme Eden Hazard peut le faire, et multiplier les tirs à distance. Oui car on ne vient pas se mettre en position de tir. Axel Witsel doit aussi se réhabituer à cette place en équipe nationale. Ceci dit, c'est le premier match moyen d'Axel en trois ans, on ne va quand même pas tirer des conclusions ? (... Il coupe en allant chercher un bloc de feuilles). Pourquoi ? Car on est toujours à la recherche d'un système qui permet aux joueurs de s'améliorer. (Il commence un schéma à l'aide de croix) L'idéal, c'est que les deux ailiers se recentrent, que les joueurs axiaux croisent leurs lignes de courses et que les backs profitent des espaces laissés libres par les ailiers. Contre la France et au Pays de Galles, on a joué trop haut. Christian Benteke ne sait pas s'exprimer, il n'a pas d'espaces et est enfermé dans un système. Là, on a un problème. Les joueurs ne doivent pas toujours demander le ballon dans les pieds mais parfois dans la profondeur. Après, il faut voir aussi le profil des joueurs. Dans l'entrejeu, Marouane Fellaini, il ne va pas dans la profondeur. C'est à Axel Witsel d'y aller. Les backs doivent faire plus vite le surnombre en venant de l'arrière. Quand tu vois le centre de Toby Alderweireld pour Fellaini à Paris, un centre avant les 16 mètres, dans le dos de la défense et avec Fellaini en pleine course, tu ne sais pas défendre face à ça. Si tu fais 0-1, ça change beaucoup. Ceci dit, il y avait quelques joueurs en dessous de leur niveau, c'est vrai. Le mois de juin, c'est toujours compliqué... même s'ils étaient tous à niveau contre la France. Non. Sans doute, agit-on comme cela car on a encore des jokers et on se dit qu'on va quand même y arriver. Et ça, c'est dangereux. (Il réfléchit) C'est bizarre, devant 70.000 personnes, à Paris, tout le monde était dedans. Non, sur le plan mental, c'est compliqué de se motiver tout le temps. J'ai eu Robert Waseige en ligne et je lui ai dit - tu te souviens contre Saint-Marin ? (NDLR : la Belgique avait gagné 1-4 le 6 juin 2001 mais avait été accrochée jusqu'à l'heure de jeu). Juin, c'est dur dans la tête car il y en a qui se marient, d'autres qui partent en vacances, d'autres qui vont négocier un transfert. Peut-être pas pour eux. Moi, ce qui m'ennuie, c'est que nous nous mettons deux fois, en Israël et au Pays de Galles, en difficulté nous-mêmes. Maintenant, il nous reste 4 matches et on doit se qualifier. Mais dites-moi quelle équipe européenne survole ? L'Allemagne pas, l'Espagne non plus. Après, il ne faut pas tout exagérer. Tu es presque champion d'Europe après la France et tu passes au drame après le Pays de Galles. Je vois qu'on a 70 % de possession, que les Gallois ne sortent plus en 2e mi-temps, ce qui signifie qu'on a été bon en récupération de ballon. Par contre, on n'a pas su faire les bons choix au niveau offensif. Moi, je dois me poser les bonnes questions, comme - Ai-je bien fait d'aller disputer ce match en France ? Je n'aurai jamais la réponse. Vous avez déjà essayé de mettre du rythme quand l'adversaire ne joue pas ? Il aurait fallu marquer le premier. A l'entraînement, c'était celui qui marquait le plus facilement. Il avait une spontanéité et une fraîcheur à Bordeaux. On a dit que j'avais changé de système à la mi-temps. C'est faux. J'ai lancé Lukaku et, en perte de balle, Benteke est venu prendre dans le triangle le rôle occupé par Fellaini en France. Mais peut-être qu'avec un Michy Batshuayi ou Divock Origi, qui ont cette capacité d'éliminer en un contre un, contre des défenses renforcées, qui sait ? Non. Selon certains, je ne pourrais jamais sortir Hazard. Or, en Israël, j'ai vu qu'il était en train de baisser sur le plan physique. Je n'ai pas le temps d'hésiter, ça va très vite, je dois donc prendre une décision rapide. Et puis, juste après le changement, il y a l'exclusion. A Cardiff, Benteke était opposé à trois défenseurs, il fallait apporter du poids. Et comme le profil de Dries Mertens ressemble à celui de Kevin De Bruyne et Eden Hazard, c'est lui que j'ai remplacé. On essaie de créer une opposition entre moi et Hazard mais on ne rentrera pas dans ce jeu-là. Oui, je n'ai pas le choix. Ce n'est pas les critiques qui vont me faire bouger. Ces critiques, elles viennent de qui ? Pas du public. Quand j'entends les supporters au stade de France, je me dis qu'ils respectent le travail effectué. Je pense que les gens sont fatigués de ce type de critiques. Je dérange car je ne tourne pas dans " le pot belge ". Je ne donne pas d'infos, je ne me fais pas protéger et je fais ma route. Et ça, certains n'aiment pas. Je ne vais pas dire que ça ne m'a pas touché. Ça m'a juste confirmé que j'avais raison de continuer car des gens croyaient en moi et au projet. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS : BELGAIMAGE" Vous connaissez beaucoup de coachs belges qui ont la chance d'entraîner à l'étranger ?" " La mentalité allemande respecte le sport, les hommes et l'équipe nationale. Je ne m'attendais donc pas à ce coup bas "