Les douze derniers mois de Virgil van Dijk ont été d'une intensité sans précédent. Au fait, faut-être être braqué, concentré 100 % du temps sur le foot, ne s'intéresser qu'au ballon rond pour arriver sur le toit du monde ? Clairement non ! Le Hollandais va nous démontrer qu'il sait de parler de plein d'autres choses. Interview vérité.
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Les douze derniers mois de Virgil van Dijk ont été d'une intensité sans précédent. Au fait, faut-être être braqué, concentré 100 % du temps sur le foot, ne s'intéresser qu'au ballon rond pour arriver sur le toit du monde ? Clairement non ! Le Hollandais va nous démontrer qu'il sait de parler de plein d'autres choses. Interview vérité. Vous avez vu Tom Brady ( le quarterback des New England Patriots, six fois vainqueur du Super Bowl, ndlr) le mois dernier à Boston, où Liverpool a effectué une partie de sa préparation ? VIRGIL VAN DIJK : (Il sourit) Non. C'est vrai que j'aime beaucoup Tom Brady, même si je ne suis pas à fond sur le foot américain. Brady, pour moi, fait figure d'exemple pour tous les joueurs pros, quel que soit le sport pratiqué et quel que soit leur âge. Vous avez dit que Brady et LeBron James - basketteur des Los Angeles Lakers, ndlr -étaient des inspirations pour vous... Pourquoi ? VAN DIJK : D'abord parce que ces deux-là performent depuis plus de quinze ans au plus haut niveau, ce qui est exceptionnel. Ensuite, par la manière dont ils gèrent la pression, énorme, qui pèse sur leurs épaules en permanence. Il est facile parfois pour les gens d'oublier cette pression à laquelle on est soumis quand on est à ce niveau de performance et d'exigence. J'ai beaucoup de respect pour ceux qui arrivent à la faire passer au second plan. Ce ne sont pourtant pas des footballeurs... VAN DIJK : Mais c'est quoi la différence ? Nous, on frappe dans une balle et eux la passent avec leurs mains et leurs bras... O.K. ! Mais, au-delà de ça, les situations de jeu et de stress sont les mêmes. On est soumis à la même pression, confrontés aux mêmes critiques en matière de négativité. En observant des sportifs de cette trempe, la façon dont ils gèrent leur statut et ce qui va avec, on ne peut qu'apprendre beaucoup. La pression, et le leadership aussi ? VAN DIJK : Bien sûr ! Tous les deux, ils sont les meilleurs dans leur sport depuis plus de quinze ans, les leaders dans leurs équipes respectives. On dirait que l'âge n'a pas de prise sur eux... Vous-même, comment gérez-vous la pression ? VAN DIJK : J'essaye de mettre les choses en perspective. Le football est une grande partie de ma vie, mais pas la chose la plus importante. Je sais que, quand ça ne va pas bien sur le terrain, je peux être très triste, très dur avec moi-même aussi. Mais il y a l'autre aspect de ma vie, ma famille, qui m'aide à prendre conscience et à tout relativiser. En parlant de perspective, comment avez-vous vécu cette fin de saison dernière très contrastée où vous avez perdu d'un point le titre en Angleterre avant de remporter la Champions League ? VAN DIJK : Je vais vous raconter, honnêtement. Quand on a perdu à Barcelone (3-0) la demi-finale aller, on était complètement abattus, vraiment très bas moralement. On ne comprenait pas. On avait perdu, mais on avait bien joué, et on pensait qu'on méritait beaucoup plus que ça. Tout le monde l'avait vu. On était à terre parce qu'on en avait pris trois, mais, en même temps, on était habité d'un sentiment d'injustice. On savait qu'il fallait un miracle au retour, mais aussi que c'était possible si on marquait un but très vite. Le week-end avant ce match retour, on joue à Newcastle, et on gagne très difficilement, 3-2, en marquant dans les dernières minutes. Le dimanche, on a tous regardé la rencontre où Manchester City s'est imposé à Leicester (1-0) sur ce but incroyable de Vincent Kompany. Ça a été très difficile pour nous parce que, dans nos têtes, on a compris que City ne lâcherait rien et que notre saison pouvait se terminer deux jours plus tard, avec le match retour contre Barcelone. Là, il fallait qu'on réalise un miracle. C'est en arrivant au stade qu'on a commencé à croire que c'était possible, quand on a vu cette ferveur, cette ambiance, ces fans qui nous soutenaient. Ça a été le déclic ! On s'est rendu compte que ça pouvait être une nuit magique. Mais, même après avoir battu le Barça, on n'a rien lâché en championnat. On a entretenu l'espoir, la dynamique, continué à gagner. C'est pour ça que ça a été quand même dur à la fin. C'est difficile de perdre un titre pour si peu... Comment aborde-t-on la saison suivante quand on est passé si près ? Est-ce difficile de remettre les compteurs à zéro et de se reconcentrer ? VAN DIJK : Sincèrement, pas pour moi. Parce que notre victoire en Champions League et la liesse qu'elle a provoquée auprès des fans de Liverpool nous ont vraiment boostés moralement. On s'est dit qu'il n'y avait pas de raison de ne pas croire au titre de champion. Cet objectif-là, on ne l'a pas atteint. Il faut donc qu'on s'y astreigne. On a envie de vivre ce genre de moments tous les ans en remportant tous les trophées possibles, la FA Cup, la League Cup, la Coupe du monde des clubs... Quand on démarre une nouvelle saison, on se fixe des priorités ? VAN DIJK : Non, on se dit qu'on veut tout gagner ! On s'est rendu compte à quel point remporter un trophée était difficile. Il y a énormément de paramètres qui entrent en jeu, notamment le physique. C'est difficile de rester affûtés pendant toute une saison quand on essaye de tout jouer à fond. Mais vous pouvez demander à toute l'équipe : tout le monde vous dira qu'on veut tout gagner. Et puis, personnellement, je n'aime pas calculer... Liverpool n'a plus été champion depuis 1990. Ressentez-vous l'attente ? Une certaine pression ? VAN DIJK : Non, ce n'est pas mon genre. D'abord, je ne suis là que depuis dix-huit mois. Même si je connais l'histoire du club, et si je sais que Liverpool veut ce titre plus que n'importe quelle équipe, je ne ressens pas la pression. Ce titre, on l'a raté de peu l'an passé. On sait ce qu'on a à faire. Faire mieux que l'an dernier, tout simplement. Quand on perd un titre comme ça, juste à la fin, comme la Champions League en 2018 ou le titre l'an passé, on est animé de quel sentiment la saison suivante ? VAN DIJK : Après la déception, on se remobilise. C'est parfois difficile d'oublier tous les efforts qu'on a consentis durant toute la saison, pour rien au bout. Alors, on se dit qu'il faudra en faire un peu plus cette année, courir un peu plus, marquer un peu plus, défendre un peu plus, faire un peu plus de tout, en fait. Vous avez été élu homme du match lors de la finale de CL et meilleur joueur de la saison en Premier League. Ça fait quoi d'être reconnu comme le meilleur ? VAN DIJK : C'est un immense honneur. Une reconnaissance qui procure une très grande fierté. Mais je ne m'assois pas sur ce genre de lauriers. Gagner un trophée individuel ne doit pas vous faire croire que le boulot est fait. Le boulot, c'est d'aider l'équipe à gagner, d'aller plus haut. Vous pensez un peu au Ballon d'Or ? VAN DIJK : Honnêtement, pas du tout. Pour la bonne et simple raison que c'est un vote, et que je n'ai pas de prise, ni d'influence sur lui. Je ne peux rien faire pour changer l'opinion qu'on a de moi. Je suis très fier d'être parmi les candidats, mais la seule chose que je puisse accomplir, c'est garder les pieds sur terre et les activer pour en faire quelque chose... (Il sourit). Et tenter de faire encore mieux que la saison dernière ! Ça va être difficile... VAN DIJK : ( Il rit) Mais ça doit être comme ça tous les ans. C'est ainsi que je fonctionne dans ma tête. Faire mieux, en permanence. Et, franchement, être reconnu désormais comme un candidat au Ballon d'Or m'aide à aller encore au-delà dans mes efforts et mes performances comme dans mes exigences d'excellence. Vous avez parlé avec Ronaldo ou Messi de ce que c'est d'être au sommet en permanence et un prétendant au Ballon d'Or tous les ans ? VAN DIJK : Non, je ne le leur ai pas demandé. Mais c'est quelque chose que vous avez envie de connaître. Personnellement, je suis en train de vivre la meilleure période de ma carrière. C'est à la fois enrichissant, gratifiant et motivant. On ne sait jamais où est le sommet. La seule chose dont on a envie quand on est joueur, c'est d'aller plus haut. C'est plus difficile pour un défenseur d'être reconnu ? VAN DIJK : Je ne sais pas. Je constate simplement que depuis quelques années, peu de défenseurs sont reconnus parmi les meilleurs joueurs du monde. Vous ne marquez pas assez... VAN DIJK : ( Il sourit) Il faudrait que je marque un peu plus, c'est ça ? Je comprends que pour le spectacle, on préfère les joueurs qui marquent les buts à ceux qui empêchent de les marquer. Mais empêcher de marquer, ça crée de l'excitation aussi, vous savez ! Et c'est également un acte éminemment collectif. Je ne suis pas grand-chose sans mes partenaires. On défend ensemble, jamais seul. Je comprends que les gens aiment les buts, la joie qu'ils procurent, la célébration qu'ils engendrent. Mais chacun son truc. L'action contre Tottenham, en championnat, où vous empêchez Sissoko de marquer, ça vous procure la même sensation qu'inscrire un but ? VAN DIJK : C'est exactement la même chose ! La même émotion. Aider l'équipe à avoir une clean sheet procure la même joie que marquer. Je reviens à l'action que vous évoquez. Au moment où je me retrouve à deux contre un contre Sissoko ( et Son, ndlr), le score est 1-1, on est à la fin du match. S'il marque... Mais on l'empêche de marquer, et nous, on marque derrière. Je peux vous dire qu'après ça, vous vous sentez très important pour l'équipe. Vous étiez jusqu'à récemment le défenseur le plus cher du monde. C'est une étiquette qui crée des obligations ? VAN DIJK : Pas vraiment ! De toute façon, quand vous jouez dans un grand club comme Liverpool, vous avez l'obligation de performer. Que vous coûtiez dix ou septante millions, c'est la même chose. La pression, quelle qu'elle soit, est la même à gérer. Vous avez l'air assez cool de nature, non ? VAN DIJK : C'est vrai. Parce que quand vous regardez bien, il y a souvent assez peu de raisons de stresser en permanence. Ça ne veut pas dire que je n'ai pas des moments de stress, c'est juste que j'essaye de m'en préserver au maximum. Le stress, c'est une chose à laquelle tout le monde est soumis. Après, il y a la manière dont vous le gérez. Et dans ce domaine, je ne suis pas trop mauvais... Vous avez appris à le faire ? VAN DIJK : C'est la vie qui me l'apprend. Devenir papa a joué un rôle considérable dans cette évolution. Comme je vous l'ai dit, j'ai appris à relativiser les choses. C'est comment d'être un défenseur quand on grandit aux Pays-Bas, où le football est totalement orienté vers l'attaque ? VAN DIJK : J'ai eu une croissance difficile en termes de carrière. Je n'ai pas toujours été le joueur que je suis aujourd'hui, loin de là, à mes débuts aux Pays-Bas. A Willem II, j'étais souvent sur le banc, ou latéral droit. Il a fallu du temps pour m'installer à mon poste de prédilection. Quand je suis parti à Groningen, j'ai progressé. J'ai appris à mieux défendre, à voir le jeu, à l'orienter, car c'est ce qu'on demande à un défenseur central là-bas. Ça a été compliqué. J'avais un pied gauche, comment dire... Pas terrible. J'ai bossé. Et à partir de ma deuxième saison à Groningen, j'ai vraiment bien évolué. Après mon transfert au Celtic, ça a commencé à décoller. Quand vous comparez votre évolution à celle de Matthijs de Ligt, qui était capitaine de l'Ajax à dix-neuf ans, on peut dire que vous êtes arrivé à maturité lentement. VAN DIJK : Complètement ! À l'âge qu'a Matthijs, j'étais un joueur en voie de développement, qui jouait en Réserve à Groningen. Rien à voir avec lui, qui est un joueur incroyable, et avec sa maturité. Moi, j'ai dû bosser dur. Même quand j'étais au Celtic, les équipes de Premier League étaient très suspicieuses à mon égard. Elles ne voulaient pas prendre de risques car je jouais en Écosse. Il a fallu que ce soit Ronald Koeman qui vienne me chercher quand il entraînait Southampton. J'ai continué à progresser, mais rien n'a été évident. Chacun a sa destinée, son propre chemin. Celui que j'ai suivi m'appartient. Je crois qu'il fallait que je vive ça, que je passe par là en tant que joueur et en tant qu'être humain pour devenir ce que je suis aujourd'hui. Qu'avez-vous appris à Liverpool ? VAN DIJK : À défendre en avançant ! À presser, à défendre haut. À jouer avec la balle, à jouer calmement, à regarder le jeu, à voir où sont les meilleures options. Il ya deux chansons qui rythment votre vie. Viva la vida de Coldplay, et Dirty Old Town, l'air sur lequel les fans de Liverpool ont créé un hymne à votre gloire... VAN DIJK : (Il sourit) J'écoute beaucoup de R&B, mais je crois que vous vous y attendiez, n'est-ce pas ? On ne s'attendait à rien... VAN DIJK : (Il rit) Je vais vous dire. Il y a des chansons, comme ça, qui me transportent, qui me procurent des frissons et des émotions. Et Viva la vida en est une. Elle correspond aussi à une période où vous étiez à l'hôpital (en 2012, pour une péritonite, ndlr), où vous avez failli mourir. VAN DIJK : Je préfère ne pas revenir là-dessus, mais c'est vrai qu'elle correspond à la vie. Et Dirty Old Town ? VAN DIJK : C'est incroyable d'avoir une chanson à son nom après aussi peu de temps dans un club ! J'adore. Que faut-il attendre de Liverpool cette saison ? VAN DIJK : D'être une équipe intense contre laquelle il est dur de jouer. Une équipe impliquée, une équipe qui presse, qui rend la vie infernale aux autres et qui joue un football attractif. Si on fait ça, on devrait être dans le coup. Et de votre part ? VAN DIJK : La même chose que l'an dernier. L'objectif premier, c'est d'abord de préserver notre but inviolé. C'est comme ça qu'on aura une chance d'aller plus loin et plus haut. Vous êtes allé à Disneyland après avoir remporté la Champions League ? VAN DIJK : (Sérieux) Non, mais j'aurais dû, vraiment. Vous n'avez pas idée d'à quel point j'adore cet endroit. J'ai tellement été là-bas ! Je suis un fan absolu, comme mes enfants d'ailleurs. Je veux y retourner dès que je peux. Vous croyez que je pourrais être leur ambassadeur ? Je ne crois pas qu'il y en ait un... (Il rigole).