Le 8 mars est la journée internationale des droits des femmes. C'est l'occasion rêvée de rencontrer Katrien Jans (35 ans) dans la Maison de verre, avenue Houba de Strooper à Laeken. La Bruxelloise y occupe depuis un an le poste de Women's Football Manager au sein de la fédération de football. La fonction n'a été créée que fin 2018. Il était temps. Le football féminin est un booming business dans le monde entier, comme le Mondial français de l'année passée l'a montré, avec un audimat supérieur à celui de la Ligue des Champions masculine. Malheureusement, la Belgique n'en était pas. Une occasion ratée.
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Le 8 mars est la journée internationale des droits des femmes. C'est l'occasion rêvée de rencontrer Katrien Jans (35 ans) dans la Maison de verre, avenue Houba de Strooper à Laeken. La Bruxelloise y occupe depuis un an le poste de Women's Football Manager au sein de la fédération de football. La fonction n'a été créée que fin 2018. Il était temps. Le football féminin est un booming business dans le monde entier, comme le Mondial français de l'année passée l'a montré, avec un audimat supérieur à celui de la Ligue des Champions masculine. Malheureusement, la Belgique n'en était pas. Une occasion ratée. " L'EURO anglais en 2021 est donc un must et les Flames en sont conscientes ", précise Jans. " Nous effectuerons un pas en avant si nous battons la Suisse le 14 avril. Mais nos U17 et nos U19 peuvent également se qualifier pour un EURO. Donc, de nouveaux talents émergent. " Jans s'est coulée avec beaucoup d'enthousiasme dans son nouvel emploi. Elle peut enfin se consacrer à 100% à la promotion et à l'amélioration du football féminin belge, une tâche qu'elle a dû combiner pendant six ans avec son emploi au service events et marketing de la fédération. Jans : " Steven Martens avait déjà lancé quelque chose et la participation des Flames à l'EURO 2017 avait soutenu ses initiatives mais Ives Serneels, le sélectionneur, et moi avons compris qu'il fallait un nouvel élan pour continuer à progresser. Il faut qu'il y ait une base de soutien et elle n'était pas suffisante. Dans ces conditions, il était difficile de lancer des idées. " Tout a changé avec l'arrivée au poste de CEO de la fédération de Peter Bossaert, en 2018. Jans opine : " Il a placé le football féminin parmi les priorités. " Était-il important que ce nouveau poste de manager du football féminin soit occupé par une femme ? KATRIEN JANS : La personnalité de quelqu'un a plus d'impact que son sexe. On ne m'entendra pas prétendre qu'une femme s'acquitte mieux de ce job qu'un homme. C'est pareil pour les entraîneurs : je ne trouve pas qu'une équipe féminine doive être absolument entraînée par une femme. Je n'aime pas les stéréotypes. J'ai vécu beaucoup de situations dans lesquelles un homme faisait preuve de plus d'empathie qu'une femme ou qu'une femme était plus sévère qu'un homme. Je crois justement en l'interaction, comme celle qui existe entre Ives et moi. Nous nous complétons. Nous avons parfois un regard différent sur les choses et c'est bien. Vous avez joué au plus haut niveau, à OHL. C'est un atout ? JANS : Je pense que oui. Je connais la situation et le ressenti des jeunes footballeuses et des équipes. Après OHL, j'ai joué pour le White Star Woluwé, parce que c'était plus facile à combiner avec mon job dans un bureau d'events et de marketing. À ce moment, en tant que femme, je n'avais pas de réelles perspectives dans le monde du football. Beaucoup d'internationales avaient arrêté, il y avait peu d'ambiance, elles devaient consacrer leurs jours de vacances aux matches. Où avez-vous chopé le virus du football ? JANS : Mon père m'emmenait au RWDM. L'ambiance dans la tribune debout, avec la fanfare, le hamburger avant le match... J'ai conservé mon maillot du RWDM en souvenir de cette époque. Je regardais tout le temps les matches puis je m'exerçais dans le jardin. J'avais une préférence pour les techniciens, comme Ronaldo - le gros - et le Brésil. Vous occupez le poste de manager depuis un an. Vous êtes satisfaite de ce que vous avez déjà pu réaliser ? JANS : Nous avons lancé une série de campagnes, à court terme, et le football féminin dispose maintenant d'un budget à part. ING et Proximus étaient déjà des partenaires structurels et Connections est devenu notre premier partenaire exclusif. La hausse du budget nous permet de mettre sur pied des actions, dans les écoles, par exemple, et d'atteindre plus de filles. J'espère que nous en verrons les résultats dans quelques années. Si c'est le cas, je serai satisfaite. La fédération libère un budget de 1,5 million par an pour le football féminin. Le succès des Diables Rouges y est-il pour quelque chose ? JANS : Ce montant est susceptible d'augmenter en fonction des contrats commerciaux. Et c'est grâce au succès des Diables Rouges au Mondial, en effet. Les jeunes en profitent aussi. Tout le monde. J'espère donc que nous serons bientôt champions d'Europe. ( Rires) L'argent est consacré à l'encadrement de nos Flames, aux jeunes, mais aussi à nos clubs en Super League. Nous organisons aussi des workshops pour les entraîneurs de clubs. Roberto Martinez est-il impliqué ? JANS : Il a assisté à deux des quatre workshops. Il a par exemple parlé de l'importance de l'analyse vidéo. Il suit régulièrement les matches des Flames et il est en contact avec Ives Serneels. C'est un luxe pour nous de pouvoir travailler avec un tel entraîneur. Certains Diables Rouges s'intéressent-ils au football féminin ? JANS : Thibaut Courtois nous suit et nous soutient via ses réseaux sociaux et Axel Witsel m'a agréablement surprise. Quand je l'ai rencontré, j'ai constaté qu'il connaissait notre programme et nos résultats. Vous pensez que le football féminin puisse un jour atteindre le niveau commercial du masculin ? JANS : Ce qui circule dans le football masculin, c'est de la folie. Nous ne devons pas oublier que le football féminin a 50 ans de moins. Nous ne sommes donc pas trop mal. Le football est le sport féminin qui connaît la plus forte croissance dans le monde. Le succès du dernier Mondial a probablement ouvert les yeux de sponsors potentiels. Certaines joueuses, la vedette américaine Megan Rapinoe en tête, plaident pour l'égalité des salaires. Tessa Wullaert, elle, estime que c'est une discussion inutile. Quel est votre point de vue ? JANS : Sur le plan commercial, nous vivons sur des planètes différentes. Nos internationales sont conscientes que nous venons de loin et que nous ne devons pas brûler les étapes. Nous avons disputé un EURO jusqu'à présent. Nous devons avant tout nous qualifier pour un autre grand tournoi. La première étape, c'est que les femmes soient suffisamment payées pour pouvoir vivre de leur sport. Le plus vite possible. Car les femmes consentent autant, voire plus de sacrifices que leurs collègues masculins. Vous venez de lancer la campagne Playmakers avec l'UEFA et Disney. En quoi consiste-elle ? JANS : Nous avons sélectionné trente clubs amateurs : quinze flamands, dix wallons et cinq bruxellois. Nous allons raconter une histoire qui intègre le football en nous appuyant sur le dessin animé Incredibles 2. Nous allons faire appel à l'imagination des fillettes pour leur apprendre à dribbler et à effectuer des exercices de stabilisation. Il faut inciter le plus grand nombre possible d'enfants à bouger. 84% des filles de moins de 17 ans font trop peu de sport, selon une étude récente. Vous avez une explication à ce phénomène ? JANS : La puberté, le corps qui change. Il ressort de ces chiffres que beaucoup de filles arrêtent dès qu'elles entrent au secondaire. Peut-être parce qu'elles se consacrent davantage à leurs études ? Les filles se développent différemment des garçons, elles apprennent d'une autre façon. D'où notre campagne avec Disney, où l'élément non-compétitif et la fantaisie priment. Ça aidera aussi les parents à surmonter leur appréhension et à autoriser plus facilement leur fille à se lancer dans le dur monde du football. Autre problème : il y a encore trop peu d'équipes féminines chez les plus jeunes, ce qui contraint les fillettes à jouer avec les garçons. D'autre part, certaines Red Flames disent qu'elles apprennent plus vite ainsi. Quel modèle préfèrez-vous ? JANS : Il faut opérer une distinction entre l'élite et la base. Les meilleures profiteront sans doute davantage des séances avec les garçons mais si on crée un environnement dans lequel les petites peuvent s'amuser entre copines, elles seront également plus vite disposées à opter pour le football et à persévérer. En ce sens, je trouve important qu'il y ait de telles séries réservées aux fillettes. Mais elles doivent conserver le choix : si elles veulent jouer avec les garçons, c'est aussi bien. Il y a déjà des séries girls only, à partir des U11, mais seulement dans certaines régions. Ça fonctionne à Anvers et dans le Brabant flamand, les deux provinces qui comptent le plus d'affiliées. C'est apparemment plus difficile dans le Limbourg et en Wallonie. Nous sommes occupés à chercher pourquoi. Vous avez lancé le projet Love Football en octobre. Il est plutôt axé sur les écoles. JANS : Une étude révèle que la pyramide est inversée en Belgique : il y a plus d'adultes, âgées de plus de 18 ans, qui jouent que de fillettes. C'est d'autant plus étrange que c'est l'inverse dans la plupart des pays. Ça montre que nous avons encore un énorme potentiel dans la catégorie 5-12 ans. Quand on demande aux filles pourquoi elles s'adonnent à la natation ou à la gymnastique, elles disent que c'est le premier sport qu'elles ont appris à l'école. Nous voulons donc visiter entre 80 et 100 écoles par ans et y offrir une initiation, en impliquant nos Red Flames. Le projet Disney s'inscrit dans la même perspective. Nous invitons aussi des écoles à venir voir les matches des Red Flames. Le CEO Peter Bossaert vient d'évoquer l'organisation d'un EURO féminin. Ses projets sont-ils vraiment concrets ? JANS : ( elle hésite) euh... On en a parlé en interne mais nous aurons besoin de la collaboration de la Pro League pour obtenir suffisamment de stades. C'est certainement une ambition mais peut-être devrions-nous d'abord essayer de dérocher l'organisation d'un tournoi pour jeunes.