Le discours est fluide. Les mots assurés. Dans la salle de presse d'un stade qui attend déjà impatiemment son retour aux affaires, Jérémy Perbet déroule ses réponses avec l'assurance de celui qui a presque autant d'interviews que de buts au compteur. Après deux prêts réussis dans le Pays Noir, et des flirts annuels répétés au moment du grand marché d'été, le buteur français a enfin lié sa destinée à celle des Zèbres. Le mariage a pris la forme d'un contrat de trois ans, mesure atypique pour un homme qui s'apprête à fêter son 34e anniversaire.
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Le discours est fluide. Les mots assurés. Dans la salle de presse d'un stade qui attend déjà impatiemment son retour aux affaires, Jérémy Perbet déroule ses réponses avec l'assurance de celui qui a presque autant d'interviews que de buts au compteur. Après deux prêts réussis dans le Pays Noir, et des flirts annuels répétés au moment du grand marché d'été, le buteur français a enfin lié sa destinée à celle des Zèbres. Le mariage a pris la forme d'un contrat de trois ans, mesure atypique pour un homme qui s'apprête à fêter son 34e anniversaire. Comme une nouvelle preuve que non, le transfert de Perbut n'est définitivement pas une opération comme les autres dans la routine sportive des Carolos : " C'est vrai que ce n'est pas la stratégie habituelle du club. Ils préfèrent souvent prendre des joueurs plus jeunes, qui jouent un ou deux ans ici, puis qui sont revendus. Je pense que mon retour, c'était aussi une demande du public. " Tu as connu beaucoup de clubs dans ta carrière. Charleroi a un statut à part ? JÉRÉMY PERBET : Il y a eu Mons aussi. Et Villarreal mais c'était différent, c'était à l'étranger, l'adaptation n'a pas été facile au début. Charleroi, au niveau familial, proximité, la bonne humeur ambiante grâce au coach, ça reste un club très spécial. Un club capable de t'offrir un contrat d'une belle durée malgré ton âge. C'était une façon d'étaler ton salaire sur plusieurs saisons ? PERBET : Tu te doutes bien que mon contrat à Bruges et celui que j'ai ici n'ont rien à voir. Après, ils n'ont pas fait ça que pour amortir, ils ont vraiment envie que je finisse ma carrière professionnelle à Charleroi, et c'est une envie partagée. Je me suis toujours bien senti ici, j'ai toujours suivi les résultats du club, même après l'avoir quitté. Il y a quelque chose de particulier ici. C'est la fameuse mentalité carolo ? PERBET : Cette mentalité, je pense que j'y corresponds bien : ne jamais rien lâcher, toujours se battre, être proche des supporters. D'ailleurs, ils étaient vraiment demandeurs pour que je revienne. Ils avaient sans doute besoin d'un nom auquel s'identifier. Quand tu ne triches pas, les gens le voient, et moi j'ai tout donné sur les deux passages que j'avais fait ici. Tu as aussi un profil particulier, qui pourrait rendre des services au club.PERBET : C'est vrai que dans l'effectif, il n'y a pas vraiment un joueur qui a des qualités de buteur comme les miennes. Et puis, physiquement, ils ont réalisé que malgré mes presque 34 ans, j'étais toujours bien là et performant. C'est quelque chose auquel tu accordes une attention particulière au quotidien ? PERBET : Je suis beaucoup mieux physiquement maintenant qu'il y a dix ans. À l'époque, je ne me rendais pas vraiment compte. J'ai vraiment commencé à me soigner minutieusement à Villarreal parce que là, tout est calculé, maîtrisé. C'est quelque chose que j'ai essayé de garder pour pouvoir jouer le plus souvent et le plus longtemps possible. Au-delà de l'hygiène hors du terrain, tu as aussi dû évoluer dans ton jeu. C'est indispensable pour jouer au XXIe siècle avec un profil d'attaquant " à l'ancienne ".PERBET : Complètement. Ça a vraiment commencé à Villarreal. À Mons, on me demandait simplement de rester devant le but et de marquer. Mais à Villarreal, marquer, les attaquants savaient tous le faire. Donc c'était sur d'autres choses que ça se jouait. Les mouvements, surtout. Le regard du supporter, il ne retient que celui qui marque. Mais le coach Marcelino me disait toujours que l'appel au premier poteau, si tu n'es pas servi, il libère un espace. Tout est une question d'équilibre et d'équipe. J'essaie toujours de me mettre en position pour marquer mais malheureusement, des fois, tu dois faire l'appel pour que l'autre marque. L'année passée, avec Chevalier, c'est peut-être la première fois de ta carrière où tu as dû t'effacer pour en faire briller un autre ? PERBET : Quand Glen De Boeck est arrivé, il ne voulait pas jouer avec deux attaquants. Il n'en voulait qu'un, et il m'a dit que c'était moi. Il a dit à Chevalier qu'il devait aller à droite. Au départ, il ne voulait pas, mais De Boeck lui a dit que s'il n'allait pas à droite, il ne jouerait pas. Finalement, il a quand même accepté, et il s'est rendu compte que ce n'était pas si mal parce que les défenseurs étaient sur moi, ça lui libérait des espaces et avec ses qualités techniques, de vitesse et de percussion, il se trouvait en un-contre-un au deuxième ballon et il a marqué énormément de buts. Je me suis mis clairement au service de Teddy, j'aurais aimé qu'il ait le titre de meilleur buteur mais malheureusement, il a un peu mal géré sur la fin, où il forçait un peu son jeu. J'ai connu ça aussi, forcément tu es un peu obsédé par le titre, et ce n'est pas spécialement la meilleure manière de faire. Tu as réussi à être épanoui, dans ce rôle-là ? PERBET : Je ne te dis pas que je n'aurais pas préféré marquer trois ou quatre buts de plus. Mais à partir du moment où tu enchaînes, tu joues et que les résultats sont là, tu sais qu'à un moment donné tu vas marquer. Quand je me vois maintenant, j'ai l'impression qu'avant, je n'arrivais pas à donner un bon ballon dans le bon espace. Mais avec le temps, je sais exactement où je dois mettre le ballon, je le mets comme j'aimerais le recevoir. C'est un peu comme un attaquant reconverti en défenseur, qui sait ce que les attaquants adverses vont faire. Là, tu peux être le passeur, parce que tu sais le genre de ballon que le buteur voudra recevoir.PERBET : Voilà, tu anticipes un petit peu et tu sais directement où tu dois mettre la balle. Mais je ne prendrai jamais autant de plaisir à donner un assist qu'à marquer un but, ça c'est clair. Le but, c'est ce qui me fait encore courir à 34 ans. Mais je suis peut-être plus dans un sentiment collectif que par le passé. Tu t'es déjà imaginé ce qu'il se serait passé si tu étais resté à Bruges, au mois d'août dernier ? Tu aurais pu te montrer utile, non ? PERBET : C'est vrai qu'à un moment donné, ils ne marquaient plus. J'aurais peut-être pu rendre des services mais je n'ai pas voulu prendre le risque. On a pesé le pour et le contre avec Mogi. Il m'a dit que si je ne jouais que dix matches dans la saison et que je mettais quatre buts, à 33 ans, les clubs allaient tout de suite me cataloguer comme fini, et j'aurais eu du mal. Honnêtement, s'il y avait eu la Coupe d'Europe, je ne serais pas parti, parce qu'il y aurait eu énormément de matches. Mais je n'ai pas de rancoeur. Tu es conscient qu'en Belgique, tu gardes quand même l'image d'un grand buteur qui ne peut pas réussir dans un grand club ? PERBET : Bruges, c'est clairement un fiasco total, parce que je ne m'attendais pas du tout à ce que ça se passe comme ça. Après, quand tu te retrouves en fin de mercato sans Coupe d'Europe, en étant plus ou moins cinquième attaquant... Je ne me voyais pas du tout passer une saison entière comme ça. Et puis, surtout, des clubs se sont manifestés à ce moment-là. Et Gand ? PERBET : Gand, c'est vraiment dommage parce qu'au niveau des matches, des statistiques, de la découverte de la Coupe d'Europe, même de ce que le public a pu m'apporter là-bas... Tous ces facteurs sont super positifs. Mais finalement, on ne va se rappeler que de la relation un peu compliquée avec Vanhaezebrouck, avec beaucoup de critiques pendant l'année dans la presse. Et puis, en janvier, j'avais une possibilité pour Dubaï et au final, lui fait un peu tout à sa sauce, et il va recruter des attaquants en fin de mercato... Tout ça a un peu cassé quelque chose aussi. Et surtout, la deuxième saison où je ne suis même pas invité à prendre part au stage... Je ne m'y attendais pas du tout. On a le même agent, les choses auraient pu être faites autrement. Mais rappelle-moi quels attaquants ont mis seize buts avec Gand ces dernières années ? Il n'y en a pas. Pas beaucoup. Avec Coulibaly, on jouait un match sur deux, au final il avait mis 17 buts et moi 16, je pense, donc on était paré. C'est dommage de ne se rappeler que de ça, même si la direction et les supporters de Gand ont plus de souvenirs positifs. Ils reposaient sur quoi, les reproches d'Hein Vanhaezebrouck ? PERBET : Je crois que c'était une question de profil. Il aime bien les grands attaquants qui peuvent aller au duel, qui gardent bien la balle, qui courent beaucoup. Forcément, c'était peut-être moins mon style de jeu. Maintenant, par rapport au budget qu'il avait avec Gand, le meilleur rapport qualité-prix c'était sans doute de me prendre moi. Je venais d'être meilleur buteur, et chaque club a besoin d'un mec qui peut marquer entre 15 et 20 buts par saison. Mais je me suis battu. Je n'ai aucun regret en fait, c'est ça le truc. J'ai vécu des super choses, j'ai marqué le but de la qualification à Wembley... Je n'en veux à personne, finalement. Tu parles de ton titre de meilleur buteur. Le fait de revenir sur les terres de cet exploit...PERBET : (Il coupe) Ça met une pression de fou, c'est ça que tu veux dire ? Tout ça rendra la pression du match sans marquer beaucoup plus forte ? PERBET : C'est le jeu. Depuis que je suis en Belgique, sans prétention, j'ai marqué énormément de buts. Les gens attendent beaucoup de moi, peut-être trop des fois, mais je vis avec. Ça me permet aussi d'être fort mentalement, ça m'interdit de me relâcher. Je ne peux pas me permettre de ne pas marquer pendant deux ou trois matches, vu l'effort financier qu'ils ont fait pour me prendre. Ce n'est pas une pression négative, non plus. Je reviens avec beaucoup de bonheur et d'envie, et peut-être aussi un peu de pression. Retrouver Charleroi, c'était ta priorité ? PERBET : J'avais été clair avec Mogi. Il me disait qu'on allait peut-être trouver un dernier bon contrat, et je lui ai clairement dit que je voulais retourner à Charleroi. C'est là où je me sens bien, et l'équipe est ambitieuse. J'ai encore envie de jouer, de marquer, d'avoir des objectifs élevés. Et le noyau a de plus en plus de qualités pour réaliser ces objectifs...PERBET : Quand tu vois l'évolution de Charleroi au fur et à mesure des années, ce travail que fait Mehdi Bayat, en compagnie du président, de Mogi qui est pas mal impliqué au niveau des transferts... C'est fantastique. Maintenant, le coach a 15, 16, 17 titulaires. C'est un luxe. Les premières années, il devait perdre ses meilleurs joueurs et heureusement, ils ont toujours été bien remplacés. Charleroi est aujourd'hui un candidat solide aux play-offs 1, comme il l'a été ces dernières années. Franchement, chapeau. En plus, tu as la stabilité qui manque parfois dans d'autres clubs, avec un coach qui est là depuis des années. On a l'impression que tout est tranquille, ici. Même l'atmosphère dans le vestiaire, ça doit changer de Courtrai où il y avait pas mal de fortes têtes.PERBET : Il ne faut pas croire que ce vestiaire est spécialement facile à vivre. Quand certains vont commencer à ne pas jouer, il va y avoir de la frustration, comme dans tous les clubs. Le secret, c'est de savoir comment le coach le gère, et Felice le gère très bien. La clé, elle est dans sa gestion humaine ? PERBET : Pour moi, il y a énormément de choses qui dépendent de la relation avec le coach. Certains vont un peu instaurer un régime militaire, d'autres vont beaucoup plus laisser faire. Glen De Boeck, honnêtement, il savait gérer, parce qu'il y avait des caractères un peu compliqués. Il faut individualiser dans le travail, mais aussi dans l'approche avec les joueurs. Et ça, ici, Felice Mazzù le fait à merveille. D'ailleurs, tu ne vois jamais un joueur qui déclare dans la presse que Felice Mazzù n'est pas bien. Il est même mieux avec ceux qui ne jouent pas qu'avec ceux qui jouent. Et Glen De Boeck était très bien à ce niveau-là aussi. Avec lui, on a fait six mois fantastiques. On n'a fait que gagner, on était même proche des play-offs 1 et de la finale de la Coupe. Cette relation entre le coach et les joueurs, pour moi, ça reste super important. Beaucoup d'entraîneurs l'oublient un petit peu, et c'est pour ça que parfois, ça se passe un peu moins bien. Pour soigner l'ambiance, à Charleroi, on peut aussi compter sur les fameuses primes de Mehdi Bayat.PERBET : Moi, si j'étais président de club, je donnerais des petits salaires et des plus grosses primes. On sait qu'à Charleroi, on n'a pas des gros salaires, on n'a pas des grosses primes, mais si Mehdi est content de nous, il saura nous faire plaisir. Il ne faut pas se mentir, le financier reste important. C'est toujours une phrase bateau, mais on a des familles derrière nous. Mehdi arrive bien à créer cette atmosphère positive autour des primes. Qu'est-ce qu'il reste à améliorer à Charleroi ? PERBET : Les entraînements à Marcinelle. Maintenant, tant qu'il fait chaud, ça va. Mais l'hiver, quand il fait froid, prendre le bus pour aller s'entraîner là-bas... L'idéal, et je pense que Mehdi en est conscient, ce serait d'avoir le terrain d'entraînement juste à côté du stade. Ou alors, un centre d'entraînement, et on ne viendrait au stade que pour les matches. Mais au-delà de ça, tu vois quand même l'évolution. Si on n'est pas en play-offs 1, ce sera limite une saison ratée. C'est la preuve qu'on est devenu un candidat solide pour les play-offs 1. Charleroi est en quête de son premier trophée. Tout comme toi d'ailleurs, non ? PERBET : Si je n'en gagne pas un avant la fin de ma carrière, ce sera peut-être un regret. J'ai joué la Coupe d'Europe, j'ai remporté des trophées individuels, mais je cours toujours après mon premier titre collectif. Et c'est peut-être ce qui manque aussi à Charleroi.