Installé sur une petite table que l'on verrait bien dans une classe de maternelle, Sofiane Hanni a le sourire. Pourtant, cinq minutes avant d'arriver dans la cantine du KV Malines - une sorte de réfectoire des années 70 au milieu duquel repose une table de ping-pong - le Franco-Algérien n'était pas au courant qu'il avait une interview. " Normalement, il ne doit rien avoir de prévu le jour où il a cours de néerlandais ", confiera même une femme d'une cinquantaine d'années, trop concernée par le sujet pour ne pas donner elle-même les leçons.
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Installé sur une petite table que l'on verrait bien dans une classe de maternelle, Sofiane Hanni a le sourire. Pourtant, cinq minutes avant d'arriver dans la cantine du KV Malines - une sorte de réfectoire des années 70 au milieu duquel repose une table de ping-pong - le Franco-Algérien n'était pas au courant qu'il avait une interview. " Normalement, il ne doit rien avoir de prévu le jour où il a cours de néerlandais ", confiera même une femme d'une cinquantaine d'années, trop concernée par le sujet pour ne pas donner elle-même les leçons. Pas de problème pour Hanni, cependant, le milieu offensif du Malinwa est habitué à parler aux médias. " J'ai beaucoup de sollicitations de la presse algérienne ", lance-t-il pour couvrir le bruit des balles de ping-pong que font rebondir Mats Rits et ses potes. " Mais il faut dire que là-bas, le métier de journaliste est différent d'ici, ils prennent beaucoup de place dans le pays. Depuis un an, ils me contactent régulièrement et désormais, je peux recevoir deux-trois appels de correspondants algériens par jour... " Cette ferveur nationale est tout à fait compréhensible, puisqu'elle intervient peu après la rencontre entre Sofiane et Christian Gourcuff, le sélectionneur de l'équipe nationale, les Fennecs. " Je pense qu'on a passé un cap, il m'a dit qu'il était intéressé par mon profil, même s'il ne m'a rien assuré du tout. " En même temps, le natif d'Ivry-sur-Seine sait que la concurrence fait rage dans le milieu de terrain algérien : RyadMahrez, SofianeFeghouli, YacineBrahimi... " C'est un peu la même situation que pour un joueur belge qui se révèle en Jupiler Pro League. Il aura de toute façon du mal à rivaliser avec des gars qui jouent dans des grands championnats européens et en Champions League " observe-t-il. Cela va bientôt faire deux ans que Sofiane Hanni a débarqué en Belgique sur les conseils, notamment, de William Vainqueur, avec qui il a fait toute sa formation au FC Nantes. " Il m'a dit que Malines était un club correct et que si je jouais mon jeu, j'allais faire un carton ici... Ça m'a donné envie de venir (sourire). " Jusqu'ici, on ne peut pas dire que l'ancien Standardman s'est trompé : Hanni est un indéboulonnable du Kavé avec plus d'une septantaine de rencontres jouées, le tout en facturant une vingtaine de réalisations et de passes décisives. En 2015, c'est même lui le meilleur buteur du championnat avec 16 buts inscrits sur la totalité de l'année civile. Ce n'est pourtant pas ça qui a assis sa popularité dans le Royaume, lui qui n'a récolté que trois malheureux petits points au référendum du Soulier d'Or. " Je ne me suis pas du tout pris la tête avec ça. Je me disais que le Soulier d'Or n'offrait de la place qu'aux joueurs du top 4. D'ailleurs je pense que si le meilleur buteur de l'année 2015 jouait dans un de ces clubs, il aurait sûrement fait partie des cinq meilleurs du trophée... " Un manque de reconnaissance qu'Hanni doit peut-être au classement de Malines, mais peut-être aussi à la géopolitique du pays. " Je comprends maintenant pourquoi je suis peu ou pas du tout médiatisé du côté francophone : ils ont moins d'intérêt pour le foot flamand. " Pourtant, même s'il affirme que son objectif principal est de jouer pour l'équipe, Sofiane fait exactement tout ce qu'il faut pour plaire au public : avoir de bonnes stats. " C'est ce qu'on nous demande... Quand tu es jeune, tu veux surtout prendre du plaisir, dribbler un joueur, le dribbler une deuxième fois, etc. Mais quand tu arrives dans le monde professionnel, tu te rends compte qu'il n'y a pas de place pour ces choses-là, les clubs attendent juste de l'efficacité. Je peux très bien jouer deux saisons à un très bon niveau, s'il y a dix buts de moins entre les deux, on me fera la remarque. " Marquer et faire marquer, ça a toujours fait partie des gènes de Sofiane. C'est d'ailleurs pour ça que le FC Nantes a décidé de lui proposer d'intégrer son centre de formation quand il avait 13 ans. " Je me rappelle que mon père m'a dit un jour dans la voiture : "Nantes va sûrement te proposer un contrat..."Je ne l'ai même pas laissé achever sa phrase avant de répondre "Oui, oui, oui, je suis prêt !" " Le jeune gaillard part donc en Loire-Atlantique sans pour autant oublier son département, dont il a notamment floqué le numéro 94 sur son maillot malinois. " Vitry-sur-Seine m'a vraiment communiqué beaucoup de choses : le football, l'amitié, la rage de réussir... On forme une vraie communauté et tu gardes à vie la fierté de tes origines. Mais du coup, tu conserves aussi certaines habitudes : quand je perds un match, je suis vert, je suis énervé ! " Sofiane a ses attaches, et elles lui sont indispensables, au point qu'il revient régulièrement dans sa famille à Paris, comme ce week-end du 13 novembre, resté tristement célèbre. " Mais je ne peux pas dire que j'ai vécu l'événement parce que je n'ai pas été touché personnellement... Le lendemain, je suis sorti un peu, les rues étaient vides. On dit souvent qu'il y a trop de monde à Paris, mais quand on voit la ville vide à cause de ces événements, je peux vous dire qu'on préfère qu'il y ait du monde. " Paradoxalement, cet épisode intervient justement au moment où Sofiane retrouve ses sensations dans le championnat belge après une période de disette de quelques semaines. " Je n'étais pas prêt physiquement et mentalement. La défaite en finale des play-offs 2 me restait en tête, puis il y a eu la période des transferts, on a repris le collier un peu plus tard que les autres, etc. Et le football est fait de déclic : si je ne frappe pas sur le poteau lors du premier match contre Ostende (défaite 3-1, ndlr), peut-être que la saison se passe tout autrement. " Le doute, le Franco-Algérien l'avait déjà connu à Nantes où il disputera seulement quelques bouts de matches en équipe première en Ligue 2. D'où sa surprise quand il reçoit une offre du PSG... avant de rapidement déchanter. " Ils voulaient que je signe pro mais que je joue avec la réserve. Leur but, c'était que j'aide leur réserve à s'améliorer. À 19 ans, ils me voyaient déjà comme un cadre. " Après trois années nantaises passées sous la houlette de plusieurs coaches qui ne lui feront jamais confiance, Hanni voit son contrat prendre fin. Un agent vient alors lui proposer la D2 turque. " Au départ, je ne vous cache pas que j'ai dit "Nooon, de quoi tu me parles ?" La Turquie était très mal cotée en France, alors la D2... " Mais l'agent a insisté pour que Sofiane fasse un test de deux semaines. Il décide de rallier la Turquie où il va enchaîner une centaine de matches en trois ans sous les vareuses de Kayseri Erciyesspor puis d'Ankaraspor qu'il rejoint après la montée de Kayseri en D1. Pourtant, il avait terminé meilleur passeur du club champion. " Je me plaisais bien là-bas : il y avait la montagne, c'était beau, je pouvais faire du ski... Mais en Turquie, un joueur ou un coach de D2 reste en D2, c'est ça la mentalité. Donc quand on est monté, la direction a viré le coach et le nouvel entraîneur a fait de même avec le meilleur buteur et moi-même. " Après un passage à Ankaraspor, Hanni décide donc de retourner en Europe occidentale et signe à Malines, qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam. " C'est en faisant mes recherches que j'ai découvert l'importance et l'histoire du club. Et je n'ai pas été déçu : dès que tu passes le portail, tu prends directement le pouls et tu sens la ferveur qui anime le club. " La suite, c'est donc un enchaînement de buts et d'assists qui font du sosie de Karim Benzema - " On est tous les deux franco-algériens, on a des cheveux courts, un long nez... j'espère juste que je n'aurai pas les mêmes histoires " - un des joueurs les plus prisés d'un effectif malinois qui espère refaire le même coup que l'an dernier en PO2. " Au début, on me disait qu'ils représentaient presque des vacances parce que les clubs testaient de nouvelles combinaisons et des jeunes sans être sérieux... J'étais déçu, mais j'ai vite vu que tout le monde se donnait ! " Un remake avant un transfert ? L'été dernier, c'est le Werder Brême et le Standard qui se sont mis sur les rangs du Malinwa. " Il y a eu des contacts, comme avec le Dinamo Moscou, qui est revenu cet hiver. Mais j'ai discuté avec le président qui m'a demandé de rester ici jusqu'à la fin de la saison. L'été prochain, il m'a dit qu'on trouverait un arrangement... " Et, promis, ça ne sera pas avec la réserve du PSG. PAR ÉMILIEN HOFMAN - PHOTOS BELGAIMAGE" Quand je perds un match, je suis vert, énervé. " - SOFIANE HANNI " A Malines, dès que tu passes le portail, tu sens la ferveur qui anime le club. " - SOFIANE HANNI