FrédéricPeiremans : " Mon penchant pour la dive bouteille a commencé à l'époque où j'étais entraîneur des jeunes à Anderlecht, au début de ce millénaire. J'avais délaissé le RSCA, comme joueur, quatre ans plus tôt, en 1998, afin d'obtenir plus de temps de jeu auprès d'un autre Sporting, à Charleroi. Ce fut un choix judicieux car au bout d'une saison au Mambourg, j'avais obtenu un transfert à Twente où évoluaient alors deux de mes anciennes connaissances du Parc Astrid : ChrisDeWitte et KurtVandePaar.
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FrédéricPeiremans : " Mon penchant pour la dive bouteille a commencé à l'époque où j'étais entraîneur des jeunes à Anderlecht, au début de ce millénaire. J'avais délaissé le RSCA, comme joueur, quatre ans plus tôt, en 1998, afin d'obtenir plus de temps de jeu auprès d'un autre Sporting, à Charleroi. Ce fut un choix judicieux car au bout d'une saison au Mambourg, j'avais obtenu un transfert à Twente où évoluaient alors deux de mes anciennes connaissances du Parc Astrid : ChrisDeWitte et KurtVandePaar. Tout s'est déroulé à merveille, pour moi, à Enschede, jusqu'à ce que lors du match au sommet, face à l'Ajax, le 19 mars 2000, je fasse à un moment donné le grand écart pour récupérer le ballon. Le verdict se révéla impitoyable : bursite et désinsertion totale de l'ischio-jambier. Nous menions 0-1 à ce moment et, avant cet accroc, il faut croire que j'avais fait bonne impression à l'entraîneur de la Real Sociedad, le réputé JavierClemente, venu en repérage à cette occasion. En fin de saison, il fit en tout cas le forcing pour obtenir mon concours auprès du club de San Sebastian. Les Basques m'engagèrent sans que je doive me plier aux tests physiques d'usage. Ils étaient d'avis, tout comme moi d'ailleurs, que la nature suivrait son cours et que je serais à nouveau d'attaque tôt ou tard. Mais au bout de quelques semaines, il fallut bien se rendre à l'évidence : seule une opération était de nature à me délivrer de mes tourments. Le 28 septembre, je suis dès lors passé sur le billard, à Barcelone. Après six mois de revalidation, j'ai alors repris le collier. Mais lors d'un match avec la Sanse, l'équipe B, j'ai fait une rechute. La Real me prêta dans la foulée à ses voisins d'Eibar, pour que je me refasse une santé sportive, mais ce fut peine perdue : à 28 ans à peine, le foot était définitivement terminé pour moi. J'avais quitté l'école une douzaine d'années plus tôt, sans aller au bout de mes études, car j'étais obnubilé par l'idée de faire carrière. Et voilà que, du jour au lendemain, mon rêve se brisait. La direction mauve, HermanVanHolsbeeck en tête, m'a alors tendu une perche en me proposant d'entraîner les U12 du club. J'y ai notamment eu un certain Adnan Januzaj sous mes ordres. Et c'est là que tout a dérapé. Le coach que j'étais est rapidement devenu un pilier de comptoir. La fameuse 3e mi-temps, c'est durant cette période-là que je l'ai découverte, alors que j'avais toujours été des plus sobres durant ma période active. Mon addiction à la bière n'est évidemment pas passée inaperçue à Neerpede, et j'y ai eu droit à quelques remontrances. Dans un premier temps, je me rachetais toujours une conduite mais, au gré des victoires avec mes ouailles, je finissais toujours par retomber dans mes travers. Un beau jour, j'ai été appelé dans le bureau de JeanKindermans, le directeur de l'école des jeunes. Il m'a signifié qu'il n'avait absolument rien à redire concernant mes entraînements et mon coaching mais que mon comportement en dehors du terrain, surtout à la buvette, laissait singulièrement à désirer, ne cadrant évidemment pas avec le statut prestigieux du club. Aussi une séparation était-elle devenue inéluctable. " " Au lieu de me ressaisir, j'ai eu la mauvaise idée de plonger tant et plus dans l'alcool, au point de devenir complètement accro. Malgré tout, je suis parvenu à me recaser. A Charleroi, cette fois, où DidierBeugnies, responsable de la jeune classe, me proposa de prendre en charge les U14. Une expérience qui allait toutefois se limiter à sa plus simple expression à cause, une fois encore, de mon problème de boisson. Ça allait même de mal en pis : quand j'avais l'occasion de suivre le match depuis la cafétéria, je ne prenais même plus la peine de gagner la ligne de touche. Il tombe sous le sens que les scènes de ménage furent légion, chez moi, à ce moment-là. Je n'étais vraiment pas un exemple pour mes trois enfants : Nadège, Alison et Bryan. Alors que le petit dernier, Maxence, était en route, je me suis encore fait remarquer en faisant la cour à une jeune lycéenne de 17 ans, Laura, avec qui je vis toujours actuellement. Au départ, ça n'a pas été évident entre nous. Comme on peut l'imaginer, nos entourages respectifs ont tout fait pour que l'idylle capote. Mais l'amour a été plus fort que toutes leurs considérations. Je me suis dès lors séparé de ma femme, Christelle, en 2006, avant d'obtenir le divorce en 2008 et de vivre à fond ma nouvelle passion. Avec une copine quinze ans plus jeune, on veut, bien sûr, faire bonne figure sur tous les plans (il rit). Au commencement, je me suis donc assagi. Avant de succomber, une nouvelle fois, à mes démons. Le 6 mai 2008, tout a bien failli tourner au drame. Avec un couple ami, nous avions fait une virée ce soir-là. Sur le chemin du retour, à Viesville, j'ai perdu le contrôle de ma Peugeot 307 cabrio et on s'est tous retrouvés catapultés sur la chaussée. Laura s'en est sortie par miracle après 19 jours de coma. Aujourd'hui, son front porte d'ailleurs toujours les stigmates de cette terrible sortie de route. Un autre aurait, sans doute, définitivement renoncé à la boisson dans de telles circonstances. Pas moi, hélas. Journellement, je me donnais du courage en buvant. Dix fois plutôt qu'une, j'ai dû jurer à Laura que je ne replongerais plus. Mais je sais ce que veut dire l'expression sermentd'ivrogne. Je comprends mieux aussi, dans ma position, ce qu'a enduré un GeorgeBest ou ce que vit toujours, actuellement Gazza, PaulGascoigne. Car l'alcool, ça te colle vraiment au corps. C'est, de loin, l'adversaire le plus dur auquel j'ai eu affaire dans ma vie. A diverses reprises déjà, j'ai tenté de le semer. Mais il s'accroche. En 2010, je suis devenu papa pour la 5e fois. D'un petit Mathias, ce coup-ci. Laura espérait que ça me responsabiliserait davantage qu'à 21 ans, quand j'ai eu mon premier enfant. Pour elle et pour le petit, j'ai suivi une cure de désintoxication, puis une deuxième, puis une troisième. J'ai aussi décidé de m'en remettre à un psychologue ainsi qu'à un psychiatre. Je me sentais mieux avec le médicament qu'il me prescrivait : de l'antabuse. Mais de là à dire que tout est redevenu comme avant, il y a une marge. L'alcool, c'est une lutte continuelle, il faut bien s'en faire une raison. " Après les classes d'âge de Charleroi, j'ai encore trouvé de l'embauche dans d'autres clubs. Comme Châtelet, Couillet, Gerpinnes, Charleroi-Fleurus ou, pas plus tard que l'année passée encore, Fosses-la-ville. Mais ces aventures ont chaque fois tourné court, toujours en raison de la même problématique. Pourtant, dans tous ces petits clubs, les gens n'ont jamais ménagé leurs efforts pour me soutenir. A Charleroi-Fleurus, par exemple, le tenancier de la buvette avait complété sa carte avec de la NA, spécialement pour moi. Mais je ne dois pas vous faire un dessin : il suffit que, lors d'une tournée, une Jup prenne la place d'une bière non alcoolisée pour que l'accoutumance reprenne. Si je le désirais vraiment, je pourrais retourner illico à Châtelet. Le club est prêt à m'accueillir à bras ouverts. Mais je freine des quatre fers pour l'instant. En fait, j'ai un peu peur que le foot devienne à nouveau synonyme de cafétéria et de beuveries. Pour l'heure, ça fait un bon bout de temps que je n'ai plus été attiré par la boisson. J'ai perdu 15 kilos aussi et j'ai envie de persévérer sur cette voie. Je veux tout bonnement me reconstruire. L'alcool m'a suffisamment coûté. Au niveau familial, d'abord, puisque je n'ai de contact régulier qu'avec une tante et mon grand-père paternel. Pourtant, malgré des relations compliquées, à cause de mon comportement, je saurai toujours gré à mes parents de tout ce qu'ils ont fait pour moi. Si j'ai pu faire du football mon métier, c'est à eux que je le dois. Il est simplement dommage que tout ait capoté à cause de ce fichu démon nommé la boisson. D'un point de vue financier, je ne compte plus les tournées que j'ai payées. J'ai claqué des dizaines de milliers d'euros. Sans parler de toutes les voitures que j'ai pliées. C'est bien simple : en matière d'assurances, je figure sur le listing du bureau de tarification. Encore un accroc et je suis radié. L'idéal, pour moi, serait de retrouver un emploi. Vu que je n'ai pas de diplôme de l'enseignement secondaire, je n'ai pas 36 possibilités. Dans le passé, j'ai été tour à tour magasinier puis employé au réassort chez Danone ainsi qu'aux Magasins du Monde. J'ai même lavé des voitures sur un parking, mais c'était pas trop mon truc (il rit). Je suis sûr que si je peux me reinsérer sur le marché de l'emploi, je ferai un énorme pas en avant. Une occupation me serait utile car l'oisiveté est mauvaise conseillère. Avec le recul, si j'ai une suggestion aux jeunes qui aspirent à faire carrière dans le foot, c'est de prendre bien soin, d'abord, de terminer leurs études. A mon époque, les PurpleTalents n'existaient pas encore à Anderlecht. Sans quoi, à l'image d'un RomeluLukaku ou d'un YouriTielemans, j'aurais probablement terminé mes secondaires. De quoi posséder une corde supplémentaire à mon arc aujourd'hui. Enfin, j'aimerais mettre les jeunots en garde contre la boisson. C'est vraiment un fléau dont on guérit difficilement. J'entends souvent dire que tout n'est qu'une question de détermination. Mais la volonté, c'est ce qu'il y a probablement de plus dur au monde. Si chacun en avait en suffisance, les régimes amaigrissants seraient une partie de plaisir et arrêter de fumer ou de boire ne poserait plus le moindre problème. Pourtant, à l'évidence, on est loin du compte. J'en sais quelque chose, hélas. " PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS BELGAIMAGE / CHRISTOPHE KETELS" Je ne compte plus les tournées que j'ai payées et les voitures que j'ai pliées. "