En quarante ans de carrière à la banque, Paul Jaaques ne compte plus les moments passés à partager sa passion pour Arsenal avec un de ses collègues. Un jour du début des années 2000, quand ce dernier lui propose de rejoindre un petit groupe pour assister à un match à Highbury, il saute sur l'occasion.

" Depuis, on y va chaque année à la fin de l'hiver ", sourit Paul, un grand gaillard souriant et réservé. " On a pris nos habitudes : on mange le breakfast anglais, on fait le tour des pubs pour regarder les autres matchs du week-end et on passe à chaque fois devant l'ancien stade d'Highbury, probablement par nostalgie.

C'était une autre atmosphère, là-bas : on savait qu'à chaque match, on allait avoir untel assis à gauche et untel à droite. Aujourd'hui, c'est toujours sold-out, mais il y a beaucoup plus de touristes pour qui le match est compris dans leur voyage organisé et qui ne connaissent pas les chants."

Dans le salon de sa maison d'Oetrange, un village de la banlieue de Luxembourg-ville, Paul feuillette le dernier Sport/Foot Magazine. Face à un article consacré à Manchester United, la page se tourne instinctivement.

Abonnement romantique

La relation que Paul entretient avec Sport/Foot Magazine a des aspects profondément romantiques. Fin 2007, il multiplie avec sa femme les navettes en train entre Luxembourg-ville et Bruxelles pour surveiller les différentes étapes de la fécondation in vitro qu'elle suit.

" Quatre heures de voyage, c'est long ", soupire-t-il. " Un jour de décembre, dans un kiosque de la gare du Nord, j'ai cherché un magazine pour tuer le temps. Je suis tombé sur un Sport/Foot Magazine que j'ai lu au retour et qui m'a bien plu. "

Le rituel se répète jusqu'à la naissance de Noémie, moment où Paul décide de s'abonner, trouver le magazine dans les librairies Grand-Ducales n'étant pas chose aisée. " Au Luxembourg, il y a trois quotidiens - deux en allemand, un en français - mais pas de magazine ", reprend l'intéressé.

" Moi, je voulais lire autre chose que des comptes rendus de matches, je cherchais des histoires et des interviews bien travaillées de joueurs du championnat belge. " Dans les années 80, c'est grâce aux aventures européennes du Standard que le petit Paul a dirigé son attention de l'autre côté de la frontière. Aujourd'hui, s'il n'a plus cette passion pour les Rouches, il continue à suivre les formations belges avec beaucoup d'intérêt.

" J'adore découvrir des joueurs susceptibles de rejoindre des championnats plus huppés, comme Wesley l'a fait en quittant Bruges pour Aston Villa. Cette année, j'ai surtout été intéressé de savoir si Anderlecht serait capable ou non d'atteindre les play-offs 1. Le problème, c'est qu'au Grand-Duché, les gens s'intéressent plus à la Ligue 1 et à la Bundesliga, il n'y a donc personne avec qui parler... ou alors ma femme, qui n'écoute pas (rires). "

À Wembley

Paul, qui n'est jamais allé voir un match en Belgique - " je ne sais pas expliquer pourquoi " - ne limite toutefois pas sa curiosité à la Pro League. Angleterre, Italie, Pays-Bas ou même Portugal, il suit tout au quotidien. Au point d'acheter tous les jours le journal lors de ses vacances familiales en Espagne... alors qu'il ne parle pas un mot d'espagnol. " Il faut que je me tienne au courant ", justifie celui qui peut alors compter sur la traduction de sa femme, aux origines hispaniques.

Son café avalé, Paul Jaaques se lève et se dirige vers une armoire d'où il sort un gros classeur. À l'intérieur, le guide de la saison luxembourgeoise 2019-20, des fiches manuscrites reprenant les statistiques des joueurs, des coupures d'articles divers...

" Je dédie une farde à chaque saison depuis quelques décennies : j'adore les statistiques. Je crois qu'au fond de moi, je caresse ce rêve tout à fait inaccessible de tout savoir... " C'est probablement pour assouvir sa soif de culture foot que le banquier répond au début des années 90 à l'offre du quotidien De Wort, alors à la recherche de correspondants.

Aujourd'hui encore, il couvre deux matches par week-end dans les deux divisions nationales. Son expérience l'a par ailleurs mené à Wembley pour suivre l'équipe nationale luxembourgeoise ou encore vers des destinations exotiques comme l'Azerbaïdjan avec les clubs Grand-Ducaux lors de leurs premiers tours de compétitions européennes.

Evolution lente

Le week-end, Paul ne rate pas beaucoup de matches sur le Sky allemand et le VOO international. Le championnat luxembourgeois, il le suit d'un peu plus loin. " C'est la première année depuis longtemps qu'il est équilibré parce que Dudelange est largement distancé. "

Quant à l'équipe nationale, ses derniers résultats l'incitent à un relatif optimisme pour le futur. " On sent que ça évolue petit à petit. La plupart des internationaux jouent à l'étranger, même si c'est en D3 allemande... Pendant la semaine, tous les joueurs des équipes de jeunes sont rassemblés dans un centre national au sud du pays, puis vont jouer en club le week-end. Ce n'est pas idéal pour la cohésion, mais le Luxembourg est tellement petit que pour que le niveau général progresse, il faut que les joueurs aillent se former ailleurs, sans quoi le championnat n'atteindra jamais un niveau suffisant. "

Paul Jaaques

Depuis quand êtes-vous abonné ?

Paul Jaaques :2008. Je lis à peu près tout... mais je ne fais pas les mots fléchés.

Quel est votre club favori ?

Paul Jaaques :Arsenal et Ettelbrück au Luxembourg.

Quelle est votre rubrique préférée ?

Paul Jaaques :J'aime bien les petites rubriques d'une ou deux pages : "Figures et clubs cultes", "Le monde de...", "Petit club", "Troisième mi-temps" et les chroniques de fin de magazine de Bernard Jeunejean et Frédéric Waseige.

Quelle a été la Une la plus marquante ?

Paul Jaaques :Je n'ai pas spécialement de souvenirs d'une première page qui m'a marqué plus qu'une autre, mais je conserve chaque année le "Spécial Compétition".

En quarante ans de carrière à la banque, Paul Jaaques ne compte plus les moments passés à partager sa passion pour Arsenal avec un de ses collègues. Un jour du début des années 2000, quand ce dernier lui propose de rejoindre un petit groupe pour assister à un match à Highbury, il saute sur l'occasion. " Depuis, on y va chaque année à la fin de l'hiver ", sourit Paul, un grand gaillard souriant et réservé. " On a pris nos habitudes : on mange le breakfast anglais, on fait le tour des pubs pour regarder les autres matchs du week-end et on passe à chaque fois devant l'ancien stade d'Highbury, probablement par nostalgie. C'était une autre atmosphère, là-bas : on savait qu'à chaque match, on allait avoir untel assis à gauche et untel à droite. Aujourd'hui, c'est toujours sold-out, mais il y a beaucoup plus de touristes pour qui le match est compris dans leur voyage organisé et qui ne connaissent pas les chants." Dans le salon de sa maison d'Oetrange, un village de la banlieue de Luxembourg-ville, Paul feuillette le dernier Sport/Foot Magazine. Face à un article consacré à Manchester United, la page se tourne instinctivement. La relation que Paul entretient avec Sport/Foot Magazine a des aspects profondément romantiques. Fin 2007, il multiplie avec sa femme les navettes en train entre Luxembourg-ville et Bruxelles pour surveiller les différentes étapes de la fécondation in vitro qu'elle suit. " Quatre heures de voyage, c'est long ", soupire-t-il. " Un jour de décembre, dans un kiosque de la gare du Nord, j'ai cherché un magazine pour tuer le temps. Je suis tombé sur un Sport/Foot Magazine que j'ai lu au retour et qui m'a bien plu. " Le rituel se répète jusqu'à la naissance de Noémie, moment où Paul décide de s'abonner, trouver le magazine dans les librairies Grand-Ducales n'étant pas chose aisée. " Au Luxembourg, il y a trois quotidiens - deux en allemand, un en français - mais pas de magazine ", reprend l'intéressé. " Moi, je voulais lire autre chose que des comptes rendus de matches, je cherchais des histoires et des interviews bien travaillées de joueurs du championnat belge. " Dans les années 80, c'est grâce aux aventures européennes du Standard que le petit Paul a dirigé son attention de l'autre côté de la frontière. Aujourd'hui, s'il n'a plus cette passion pour les Rouches, il continue à suivre les formations belges avec beaucoup d'intérêt. " J'adore découvrir des joueurs susceptibles de rejoindre des championnats plus huppés, comme Wesley l'a fait en quittant Bruges pour Aston Villa. Cette année, j'ai surtout été intéressé de savoir si Anderlecht serait capable ou non d'atteindre les play-offs 1. Le problème, c'est qu'au Grand-Duché, les gens s'intéressent plus à la Ligue 1 et à la Bundesliga, il n'y a donc personne avec qui parler... ou alors ma femme, qui n'écoute pas (rires). " Paul, qui n'est jamais allé voir un match en Belgique - " je ne sais pas expliquer pourquoi " - ne limite toutefois pas sa curiosité à la Pro League. Angleterre, Italie, Pays-Bas ou même Portugal, il suit tout au quotidien. Au point d'acheter tous les jours le journal lors de ses vacances familiales en Espagne... alors qu'il ne parle pas un mot d'espagnol. " Il faut que je me tienne au courant ", justifie celui qui peut alors compter sur la traduction de sa femme, aux origines hispaniques. Son café avalé, Paul Jaaques se lève et se dirige vers une armoire d'où il sort un gros classeur. À l'intérieur, le guide de la saison luxembourgeoise 2019-20, des fiches manuscrites reprenant les statistiques des joueurs, des coupures d'articles divers... " Je dédie une farde à chaque saison depuis quelques décennies : j'adore les statistiques. Je crois qu'au fond de moi, je caresse ce rêve tout à fait inaccessible de tout savoir... " C'est probablement pour assouvir sa soif de culture foot que le banquier répond au début des années 90 à l'offre du quotidien De Wort, alors à la recherche de correspondants. Aujourd'hui encore, il couvre deux matches par week-end dans les deux divisions nationales. Son expérience l'a par ailleurs mené à Wembley pour suivre l'équipe nationale luxembourgeoise ou encore vers des destinations exotiques comme l'Azerbaïdjan avec les clubs Grand-Ducaux lors de leurs premiers tours de compétitions européennes. Le week-end, Paul ne rate pas beaucoup de matches sur le Sky allemand et le VOO international. Le championnat luxembourgeois, il le suit d'un peu plus loin. " C'est la première année depuis longtemps qu'il est équilibré parce que Dudelange est largement distancé. " Quant à l'équipe nationale, ses derniers résultats l'incitent à un relatif optimisme pour le futur. " On sent que ça évolue petit à petit. La plupart des internationaux jouent à l'étranger, même si c'est en D3 allemande... Pendant la semaine, tous les joueurs des équipes de jeunes sont rassemblés dans un centre national au sud du pays, puis vont jouer en club le week-end. Ce n'est pas idéal pour la cohésion, mais le Luxembourg est tellement petit que pour que le niveau général progresse, il faut que les joueurs aillent se former ailleurs, sans quoi le championnat n'atteindra jamais un niveau suffisant. "