L'Union Belge a le torticolis: elle regarde fièrement vers le haut avec les Diables Rouges, les yeux fixés sur le Japon et la Corée. Mais, dans le fond, ne fait-elle pas un penser à la SNCB qui met le paquet sur les lignes TGV mais hésite un peu à se pencher sur les investissements à faire au plus vite sur les dorsales régionales?
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L'Union Belge a le torticolis: elle regarde fièrement vers le haut avec les Diables Rouges, les yeux fixés sur le Japon et la Corée. Mais, dans le fond, ne fait-elle pas un penser à la SNCB qui met le paquet sur les lignes TGV mais hésite un peu à se pencher sur les investissements à faire au plus vite sur les dorsales régionales?Entre l'Asie et la vie difficile des petits clubs (une écrasante majorité de la famille du football belge), il y a un gouffre que Jan Peeters devra franchir. Michel D'Hooghe avait souligné tous les mérites de cet ancien magistrat en lui remettant le témoin présidentiel il y a deux mois. Peeters affirma: "Je continuerai sur la lancée de Michel D'Hooghe". Mais si D'Hooghe a affronté les problèmes de son temps, Peeters a les siens. Et ils sont immenses: prendre part à une sixième phase finale de la Coupe du Monde de façon consécutive, surveiller l'éloignement entre footballeurs professionnels et amateurs, lancer de nouveaux projets, favoriser la formation des jeunes, construire le futur centre national de Tubize, écouter les petits clubs, avoir une vision afin de mettre la maison en phase avec les changements politiques, etc. Après Croatie-Belgique, le nouveau président fédéral devoilera les grands axes de son action.Un stade plein à craquerBelgique-Ecosse est le premier match important depuis que vous avez pris vos fonctions...Jan Peeters: C'est très important pour tout le monde, des supporters aux joueurs en passant par les dirigeants. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre contre l'Ecosse. J'espère qu'on va gagner mais je ne lie pas le match à mes responsabilités présidentielles. C'est l'équipe qui se qualifie, pas le président. Je serai un supporter comme un autre. Je chante toujours la Brabançonne durant l'hymne national. Je chante mal mais c'est spontané et je dois être un des seuls dans la tribune d'honneur à en connaître toutes les paroles. Un match nul ne serait pas une catastrophe mais je préfère prendre les trois points avant le dernier choc, à Zagreb. Le Stade Roi Baudouin sera plein à craquer. Commercialement, une présence en Asie serait la bienvenue. Je songe bien sûr au merchandising, d'une part, et au sponsoring d'autre part. Il est de plus en plus difficile de trouver de nouveaux partenaires commerciaux qui sont happés par la concurrence, notamment le monde des arts, etc. Si cela ne se passe pas bien, ce ne sera cependant pas la fin du monde. Ne serait-ce pas embêtant pour vous de manquer le Mondial alors qu'il y a cinq imitations de Coupe du Monde dans votre bureau qui rapellent l'Espagne, le Mexique, l'Italie, les Etats-Unis et la France. Soit deux pour Louis Wouters (1982, 1986) et trois pour Michel D'Hooghe (1990, 1994, 1998)?Ce ne serait guère agréable, mais il faut toujours accepter le verdict du sport, positif ou négatif. Il y aura la vérité du terrain qui appartient aux joueurs et au staff, et elle ne peut ébranler un président élu. Je ne suis pas là pour un seul rendez-vous: ma fonction s'inscrit dans le moyen terme. Il ne faut pas oublier que tout s'enchaîne vite. Les éliminatoires du prochain EURO commencent avant la phase finale du Mondial 2002. Le foot, c'est un éternel recommencement. Si on ratait les grands rendez-vous internationaux durant quatre ans, ce serait plus embêtant. Mais nous irons au Japon. Soyons optimistes. Notre fédération ne serait pas sur la paille si les Diables ne se qualifiaient pas. La plus grosse partie des recettes provient des cotisations de nos membres, des taxes, etc. Le budget de la fédération, 600 millions par an, ne serait pas en déséquilibre en cas de non-qualification. J'apporte mon soutien aux Diables... par ma présence, symbolique. Je ne me permettrais pas de me mêler des affaires de Robert Waseige: il est important d'avoir une bonne relation avec le coach, ceux qui l'entourent et les joueurs mais à chacun son domaine. Un président doit avoir de la hauteur par rapport aux événements.En Finlande, vous aviez stigmatisé le manque de verve des Diables.Il faut tempérer l'importance des matches amicaux. Sans le vouloir, on se réserve pour les rendez-vous de son club. Mais tout le monde aurait préféré voir une équipe plus ardente à Hensinki... Le résultat fut lourd (4-1), mais un succès nous aurait peut-être endormi avant de recevoir l'Ecosse. Je préfère parfois une défaite (quand même plus petite que celle d'Helsinki) à une victoire trop facile. Nous avons un excellent groupe, j'en suis persuadé, mais il ne peut pas croire que c'est arrivé. Nous bénéficions de la chance de jouer après l'important Ecosse-Croatie de samedi passé. On connaît la donne: j'ai toujours estimé que Belgique-Ecosse et Croatie-Belgique peuvent aussi se clôturer par un match nul. Un succès contre l'Ecosse nous donnerait déjà la garantie d'être au moins deuxième. J'espère que la Belgique se qualifiera sans barrage. Si c'est le cas, j'aurais préféré hérité d'une équipe asiatique, même s'il aurait fallu voyager loin, arrêter le championnat... Le foot asiatique n'a pas encore atteint le même niveau que sur notre continent. Tandis que maintenant, ce serait la Bulgarie, la Tchéquie ou le Danemark.Le point après ZagrebAu-delà de Belgique-Ecosse, notre football est à la croisée des chemins.Je sais mais nous devons concentrer tous nos efforts sur cette qualification. C'est le plus important, le reste suivra. Après Zagreb, je présenterai mes idées afin de changer les structures de la fédération. Mais pas de splitsing. Je suis tout à fait contre, le football n'y gagnerait rien. Il faut une adaptation... A partir de la D1 et jusqu'à un certain niveau, à définir, il faut une entité unie pour toute la Belgique.Jusqu'en D2 peut-être...C'est à définir, ai-je dit, Permettez-moi de ne pas en dire plus, même si j'ajoute qu'il y aura trois volets dans mes propos en octobre. Il faudra intégrer les réalités francophones et néerlandophones dans un but positif. Sans revenir sur le dossier, il y a eu l'affaire Lambeets-Gillard. Il ne faut plus vivre cela...En gros, Guy Lambeets, ex-président de St-Trond mais affilié à Jodoigne, a hérité d'un siège francophone au Comité Exécutif en étant surtout soutenu par des clubs du nord de notre pays...L'affaire est connue, je ne la commente pas. En plus de cette problématique typique de notre pays, je m'intéresserai à la séparation entre le football pro et le monde amateur. Enfin, je veux revoir le règlement de la fédération, totalement dépassé, et qui nous empêche de travailler de façon moderne et efficace. Les modifications seront importantes. Ainsi, il faudra extraire du règlement tout ce qui est technique.Exemple?Si la largeur des buts était modifiée sur le plan international, il faudrait, vu nos statuts, que la proposition soit examinée par différentes commissions avant d'être approuvée par l'Assemblée générale de l'Union Belge. C'est une perte de temps. Il faut élaguer mais ce ne sera pas facile. Ce boulot-là a commencé, comme je l'avais demandé en tant que secrétaire-général, mais chaque modification demande du temps. Je crois qu'on y arrivera.Le malaise est grand dans les petits clubs qui nouent difficilement les deux bouts et signalent que l'Union Belge semble loin de leurs préoccupations...Le système des licences est un premier pas. Il en faut bien entendu d'autres pour aider les petits clubs.La solution ne passe-t-elle par la suppression de l'ONSS. En la maintenant, on incite les clubs, dont certains sont probablement trop généreux avec leurs joueurs, à bricoler dans l'illégalité fiscale, etc...J'en ai parlé avec un représentant de l'ONSS et j'en conviens, il serait bon de la supprimer. C'est une piste intéressante. Pourquoi payer ces charges sur un complément de revenus qui pourrait tout simplement être déclaré sur la feuille d'impôts du joueur? J'ignore cependant si c'est possible. Je ne suis pas un spécialiste de droit fiscal. Le football belge est déjà divisé en deux: les pros et les autres, la D1 et le reste où le plus gros problème concerne la viabilité de la D2 et de la D3.Les petits clubs ont l'impression de ne pas être entendu à Bruxelles: qu'en pensez-vous?Je ne comprends pas cette remarque car ils ont la possibilité de s'exprimer dans leur région, puis leur province et cela remonte jusqu'à la fédération. Si c'est vrai, c'est peut-être dû, à une mauvaise connaissance des règlements. Là, il faudra simplifier. Les provinces ne se portent pas mal du tout sur le plan financier, pourraient s'unir sous une coupole inter-provinciale pour les francophones et une autre pour les néerlandophones.Certains clubs francophones disent qu'ils sont handicapés dans leurs contacts avec la maison de verre car ils sont du sud...Ce n'est pas possible. Dès qu'un dossier arrive chez nous, il avance au même rythme. Personne n'est handicapé et la structure de l'Union Belge ne le permet pas. Il y a beaucoup de compétences dans cette maison et l'héritage que m'a confié Michel D'Hooghe est de très grande qualité. Les finances sont tout à fait florissantes. Je sais parfaitement ce qu'il me reste à faire: m'intéresser au règlement, aux structures, etc. Règlementairement, un président est élu (ou réélu) chaque année à la présidence du bureau du Comité Exécutif. Un an, c'est trop peu pour accomplir ce travail complexe. Dès lors, j'ai reçu deux ans afin d'avancer dans cette direction et je veux être digne de cette confiance.Ouvert au dialogueQuel genre de président aimeriez-vous être?J'ai une énorme admiration pour Michel D'Hooghe et notre entente fut toujours parfaite. Il a réalisé de très grandes choses et aurait pu aller plus loin encore si le règlement le lui avait permis. Mon prédecesseur était un médecin, je suis un juriste et cela se ressent dans nos styles. J'accorderai plus d'importance que lui à la modification du règlement de la fédération car c'est un domaine pour lequel il avait moins d'affinités que moi. J'essayerai en tout cas d'être un président ouvert au dialogue, même si je suis moins émotif que lui, probablement en raison de mes 28 ans de magistrature. Ce passé professionnel a déterminé ma politique comme secrétaire-général et il en sera de même à mon poste actuel. A 68 ans, on ne change pas, on a un acquis, c'est un des privilèges de l'âge. Je me suis toujours intéressé de très près aux jeunes, au côté social du sport et j'avais noué les premiers contacts avec la Fondation Roi Baudouin pour lancer le projet du football des quartiers.Votre rythme de vie a-t-il beaucoup changé?En tant que secrétaire-général, j'étais toujours à la fédération avec des journées de plus de dix heures de travail. Maintenant, je viens deux jours par semaine mais j'ai d'autres obligations sur la scène internationale. Je suis bénévole, je ne suis pas payé pour exercer ma fonction présidentielle. Mais, pour la première fois de ma vie, j'ai un peu de temps libre. Cela permet de réfléchir, de prendre un peu de recul par rapport aux événements, ce qui est une bonne chose. Il ne faut pas oublier que je suis pensionné. J'entretiens ma condition physique en jouant au golf, un sport que je viens de découvrir. J'ai l'impression de ne pas être doué mais ça m'intéresse.Que pensez-vous de l'élection de Jacques Rogge à la présidence du Comité Olympique International?Fantastique. Il assistera à Belgique-Ecosse. Il fera bouger les choses dans le bon sens. J'ai été trois fois son adjoint aux Jeux Olympiques et je lui ai ensuite succédé comme chef de délégation. Son élection est un sujet de fierté pour toute la Belgique. Le Belge n'est pas assez fier ou chauvin. Si on se qualifie pour le Japon et la Corée, ce sera la fête mais en cas de pépin, on ne nous trouvera aucune excuse. Je ne me souviens que d'une véritable grande explosion de joie, après le Mundial 86. C'est l'ambiance que j'aimerais revoir.Dia 1Pierre Bilic