Pas plus que lui, je ne regrette le coup de gueule qu'a gueulé Marcel Javaux voici dix jours. C'était roboratif. D'accord, la non-violence est la plus belle qualité humaine : et la joue gauche que l'on tend après s'être fait mornifler la droite est un geste de haute technicité morale! Mais bon, comme le disait Cioran mon maître, on n'est pas capable, 24h sur 24 et toute une vie, d'encaisser les infirmités des autres sur le ton de la pitié : "La pitié, qu'il disait Cioran, c'est la seule chose dont on n'a jamais assez". Javaux donc, cette fois en panne de pitié, n'a pas pu écraser. Et côté jargon, Marcel n'a pas fait dans la dentelle : au lieu de la jouer façon Jacquet d'après la victoire au Mondial, au lieu d'être rancunier ...

Pas plus que lui, je ne regrette le coup de gueule qu'a gueulé Marcel Javaux voici dix jours. C'était roboratif. D'accord, la non-violence est la plus belle qualité humaine : et la joue gauche que l'on tend après s'être fait mornifler la droite est un geste de haute technicité morale! Mais bon, comme le disait Cioran mon maître, on n'est pas capable, 24h sur 24 et toute une vie, d'encaisser les infirmités des autres sur le ton de la pitié : "La pitié, qu'il disait Cioran, c'est la seule chose dont on n'a jamais assez". Javaux donc, cette fois en panne de pitié, n'a pas pu écraser. Et côté jargon, Marcel n'a pas fait dans la dentelle : au lieu de la jouer façon Jacquet d'après la victoire au Mondial, au lieu d'être rancunier poliment et de haïr sans gros mots, Javaux a parlé cru. Mais ça m'a fait du bien d'entendre un Homo Arbitrus parler cru, alors qu'il est en principe chargé d'ENTENDRE sans mot dire les vertes et les pas mûres! Je l'ai déjà bêlé cent fois, le grand tort du corps arbitral est de trop peu ruer dans les brancards : tout rueur dudit corps a dès lors droit, lorsqu'il rue, à toute ma considération. Suite aux beuglements pitoyables des gros bêtas anversois du GBA, on n'a évidemment pas échappé à la formule/bateau qui ressert toujours en semblable occasion : à savoir que, gnagnagna, le football est le microcosme de la société. Eh bien, le coup du microcosme me macro-tape toujours sur les nerfs! C'est du fatalisme facile en même temps que de la sociologie-bidon! C'est se poncer les mains à la Pilate en ânonnant que c'est la société qui est malade : et que, puisque toutes les couches de la société s'intéressent au foot, il y a très normalement des cons au foot comme il y en a partout. Tout ça est faux, macro-faux! Il y a beaucoup plus de cons au foot en particulier que partout en général : et le foot rend même cons des mecs qui ne le sont pas exagérément en temps normal, je sais de quoi je parle! La connerie -la vraie, la vache!- hante bien davantage les gradins de foot que les concerts de hard-rock, la Messe de Minuit, l'élection de Miss Monde, le Mondial de scrabble ou même les gradins de rugby! Pourquoi diable la connerie raffole-t-elle du foot pour s'y lover, s'y plaire, y cocooner? C'est la seule question qui compte. Et si vous voulez mon avis, les Lois du Jeu y sont pour quelque chose. Equivoques, tendancieuses, contradictoires, elles obligent sans cesse l'arbitre à l'interprétation. Le pauvre doit sans cesse aller se balader dans le libre arbitre (!) du joueur, et décider ensuite que le gars a eu ou pas une intention interdite : n'avoir pas joué le ballon en tacklant, avoir été hors-jeu en participant à l'action, etc. Il s'agit donc pour le referee d'investiguer dans la cervelle d'autrui : t'imagines le boulot, et l'aléatoire du boulot?! Alors, dans les gradins, quand tu es passionné jusqu'à l'aveuglement et que le ballon ne roule pas pour les tiens, il y a hélas toujours cette échappatoire qui te permet d' interpréter différemment : de voir rouge parce que l'arbitre a mal zyeuté dans la cervelle de tes favoris, et de lui fourguer tous les noms d'oiseaux qui font mal. A partir de là, Vendu! ou Fils de pute! n'est qu'une question de réflexe haineux plus ou moins imbécile, plus ou moins lié à l'éducation. Marcel, tant que toi et tes potes serez fiers de ce pouvoir d'interpréter le règlement, vous serez sujets aux invectives des excités : c'est comme ça depuis que le monde est foot, faut s'y faire ou arrêter d'arbitrer. Ou alors ruer dans les brancards, mais pour que les Lois du Jeu soient CLAIRES : pour que les décisions arbitrales découlent de ce que l'arbitre a su bien voir, et pas de ce qu'il a cru bien sentir! Rue dans les brancards, Marcel, mais rue pour ça. Fais-le pour ta maman, qui a fait quatre beaux enfants dans la Belle Province. A propos de province, Marcel, n'oublie pas de lire aussi mon papier de la semaine dernière et de poster tes 100 balles pour Virton : tu es concerné, non?Bernard Jeunejean