Petite blague militaire.
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Petite blague militaire.L'officier instructeur: "De quoi le pied est-il l'objet?" Le milicien: "?" L'officier: "Le pied est l'objet de soins constants". Aussi, pour la virilité du soldat, la santé des bronches et la vigueur du cou-de-pied, le foot entra au régiment dès le début du siècle passé. Et le jeu kaki s'officialisa même en 1906 lorsque le gouvernement invita les chefs de corps à constituer des équipes de football. Ainsi s'établit une étroite collaboration entre l'Union Belge et l'Armée. Les généraux reconnurent l'autorité de la fédération qui s'engagea à mettre les terrains de ses clubs, ses officiels et tous ses organismes au service des kakis. Aujourd'hui, opération inverse: vouée au volontariat et orpheline de dizaines de milliers de miliciens, la caserne ouvre les grilles de quelque 200 de ses infrastructures sportives aux clubs civils. Du même élan, l'Armée sponsorise aussi des équipes de jeunes et distribue des maillots ABL (Armée Belge-Belgisch Leger). Durant la première guerre mondiale, une équipe de miliciens belges, les "Front Wanderers", disputa une série de matches en Angleterre au profit de l'oeuvre "The British Gifts for Belgian Soldiers". La recette fournissait du matériel sportif aux unités. Pas des unijambistes, ces aventuriers du front puisqu'y jouaient les futurs champions olympiques Swartenbroeks (Daring), Hanse, Verbeeck et Van Hege (Union) et d'autres internationaux comme Balyu et Goetinck (Club Brugeois) et Vlamynck (Ostende). Créé en 1919, au nom d'un général brigadier anglais, le challenge Kentish opposa, en tournoi triangulaire, les soldats britanniques, français et belges, alors surnommés Tommies, Poilus et Jass. Le Kentish, en fait, la plus ancienne compétition européenne, se dispute encore aujourd'hui, la Hollande y remplaçant la France, mais l'impact médiatique est nul. Le jeune talent, n'étant plus appelé sous les armes, y brille par son absence. La dernière levée avec joueurs de renom, Goossens, Léonard, Casto... remonte à 8 ans. Entre 1918 et 1940, Belgique-Hollande civil dominait notre saison internationale, mais le Kentish remuait aussi le public. 40.OOO spectateurs se passionnèrent parfois au Heysel. En créant la Section D, après l'Armistice de 45, le colonel Chomé insuffla un supplément de vigueur au sport militaire. Père du régiment, homme de troupe au langage à l'emporte-pièce, "mon colonel" se postait à tous les niveaux de notre foot international. Membre du comité de sélection de l'équipe A, il prenait aussi en charge les Juniors UEFA. A tout moment de sa carrière, le joueur doué retrouvait donc le colon sur son chemin. Ses successeurs, Fraeys, Payron, Baldewyns, Wendelen, Lesire, Francisse et Denis vécurent d'intenses émotions avec nos footballeurs, car l'activité internationale ne cessa de se développer. Ainsi, fut lancé, en 48, le Tournoi du CISM (Conseil International du Sport Militaire), avec le colonel Raoul Mollet, ex-président du COIB, au secrétariat général. La création des coupes d'Europe et la multiplication des matches internationaux relayés par la TV, diminua irréversiblement l'impact médiatique du foot kaki, jusqu'à l'éteindre. Souvenir 1953 personnel du tournoi CISM en Turquie. Milicien-rédacteur, nous assurons le reportage pour la Gazette du Soldat - Soldatenpost. La veille du tournoi, la terre tremble à Istanbul, et au restaurant de l'hôtel, le colonel Wendelen, chef de délégation, voit l'énorme lustre se balancer très haut au plafond, et les dîneurs filer en panique. Dans leur chambre, pourtant, nos Pol Gernaye et cie ne s'inquiètent pas, ils supposent que ce grondement sourd et les vibrations résultent de travaux de rénovation. Dégâts limités sur les bords du Bosphore, et les Grecs, Turcs et Italiens partent favoris. Le colonel Wendelen s'étonne en répérant une grosse vedette civile, mentionnée comme sapeur-pompier, dans une équipe adverse. Début satisfaisant, un nul contre la Hollande, puis les Jass ajustent les Azzurri grâce à un Gernaye extra, et deux buts de l'Alostois Bellon et du Gantois Van Huffel. Nouvelle surprise: les Turcs passent également l'arme à gauche, de même que les Grecs, en finale. Sur un but de Jef Vliers, buteur du Patria Tongres, mais encore illustre inconnu au bataillon. Quelques futures pointures internationales composaient cette victorieuse levée 53: Dodet et Delhasse (FC Liège), Orlans (La Gantoise), Jeng Vandenbossche (Anderlecht), Van Gestel (Lyra) et Houf (Standard). Le succès médiatique fut tel en Belgique que le onze militaire fut baptisé équipe C, et se substitua à la B comme réservoir des internationaux A. Nos Jass conquirent quatre fois le CISM, en 47 à Hanovre, en 53 à Istanbul, en 54 à Bruxelles et en 60 à Oran. Cette dernière victoire dans des conditions très particulières et en pleine guerre d'Algérie. Il n'était pas du tout indiqué de disputer le CISM dans un pays où les attentats et meurtres étaient quotidiens, mais les Français avaient insisté. Sans doute tenaient-ils à prouver qu'ils contrôlaient la situation. A Oran, la délégation belge fut effectivement logée dans une rue très calme. La veille, elle, avait été "nettoyée" et la protection était assurée mitraillette au poing. Les Oranais étaient partagés en deux clans: les supporters des Poilus, et ceux, musulmans, partisans de nos Jass. La victoire des Spronck, Ritzen, Van Wilder, J.P. Janssens, Jordan, Wégria et Verbiest fut fêtée comme un triomphe arabe. Situation diplomatique ambiguë, aussi le colonel Wendelen interdit-il toute sortie. La bande kaki alla pourtant festoyer dans les bas-fonds, et, au rapport du petit matin, expliqua qu'elle avait été accueillie à bras ouverts. Ces rencontres du CISM avaient parfois curieuse allure. Ainsi, au cours d'un match (18-0) avec les Américains, leur officier les réunit au bord du terrain et demanda un temps mort.Les deux enfants terribles de notre foot d'alors, l'Anversois Rik Coppens et le Liégeois Roger Claessen, ne furent évidemment pas des ploucs comme les autres. Coppens était déjà très connu lorsqu'il entra à l'armée, mais à la présentation de la nouvelle levée, nous fûmes surpris, avec d'autres confrères, par l'accueil de Wendelen. Il salue chaque bleu, et, avisant Coppens: "Qui êtes vous? Coppens! Si c'est vrai, on le verra sur la pelouse". Dans l'allée centrale du car, le colonel appelle alors l'Anversois pour le "baptiser", l'asperge d'eau, et lui demande de répéter: "Je suis le milicien Rik Coppens, je ne suis plus rien dans la vie civile, je porte le matricule x et le n°9 en équipe nationale militaire". Coppens goûta la farce et joua le jeu. En 51, lors d'un Italie-Belgique CISM, à Naples, il dribbla et redribbla la défense et marqua deux fois. Score final 2-2, mais les Napolitains étaient très énervés et la police vint se positionner. A la sortie toutefois, les tifosi applaudirent le grandissimo Coppens lequel salua du marche-pied du car, en lançant, tout sourire, quelques solides jurons en patois anversois. Par contre, une farce un peu trop chargée de Claessen et de son pote Jamin se termina moins bien. Sur le balcon de leur hôtel athénien, les deux gaillards s'exhibèrent tout nus, et les passants n'apprécièrent pas. Discipline militaire oblige, ils furent renvoyés illico en Belgique. Bon gré, mal gré, la grande majorité de nos jeunes internationaux enfilèrent l'uniforme kaki. Ou le bleu des rampants de la F.Aé. et de la Force navale, comme les Anderlechtois Laurent Verbiest et Wilfried Puis, et le Brugeois Pierre Carteus. Un service pépère, et souvent proche de leur domicile, pour la plupart d'entre eux. Les clubs manoeuvraient auprès des autorités militaires afin que les Van Himst, Van Moer, Eddy Wauters (actuel président de l'Antwerp) et cie puissent continuer à s'entraîner avec leurs partenaires habituels. Le service de Franky Vercauteren fut plutôt malheureux : il disputa une rencontre, se blessa et passa quelque temps à l'hôpital militaire. Certains volontaires de carrière surent se faire une place parmi l'élite nationale appelée sous les drapeaux, comme Léon Wouters, l'arrière latéral de l'Antwerp, et Marc Van Geersom, ex-portier de l'AS Ostende et du Beerschot, et actuel responsable de nos jeunes internationaux. Un des grands supporters de l'équipe nationale militaire fut feu Paul Vanden Boeynants, ex-ministre de la Défense Nationale. Ancien joueur d'âge de l'Union SG et passionné de foot, il n'hésitait pas à accompagner les Jass en déplacement. Pour les stimuler avant un tournoi international, il leur promettait parfois huit jours de perm'. Henry Guldemont