COACH Akira Nishino (JPN)

Vahid Halilhodzic a été renvoyé en avril, à trois mois du Mondial, et remplacé par vous-même. Que s'est-il passé ?
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Vahid Halilhodzic a été renvoyé en avril, à trois mois du Mondial, et remplacé par vous-même. Que s'est-il passé ? AKIRA NISHINO : Ces deux dernières années, de mon poste de directeur technique du Japon, j'ai fait mon possible pour soutenir l'entraîneur et son staff puis on m'a demandé de reprendre l'équipe. Pendant un certain temps, je me suis senti responsable de son limogeage mais j'ai bien dû tourner la page pour remettre l'équipe sur les bons rails. Ce n'était pas évident car je n'ai quasiment pas été sur le terrain pendant deux ans. Mentalement, j'avais pris congé du métier d'entraîneur mais je ne pouvais pas refuser. Placez-vous d'autres accents ? NISHINO : Mister Halilhodzic exigeait certaines choses, qui avaient manqué au Japon. Il fallait être plus dur dans les duels et pratiquer un football vertical, offensif, ce qu'on voyait peu dans nos équipes nationales d'âge. Notre football avait absolument besoin de cette approche, que je conserve, tout en comprenant que nos footballeurs ne luttent pas à armes égales sur le plan physique. On peut retoucher notre football mais on doit aussi essayer d'avoir du succès en s'appuyant sur ses atouts -une brillante technique. Quel est le point fort de cette formation japonaise ? NISHINO : À chaque tournoi, une certaine chimie s'est créée entre les joueurs et le staff. Nous devons la retrouver. Notre force réside dans le groupe et dans sa volonté de procéder collectivement. Une circulation rapide du ballon, trouver un homme démarqué... Nous avons d'abord essayer d'améliorer la condition physique des joueurs, pour qu'ils soient en mesure de travailler les uns pour les autres. Ça ne veut pas dire que nous nous fixons sur un système de jeu en particulier. Je possède suffisamment de possibilités pour changer de système en cours de match, en fonction du score. Nous sommes souples. Que savez-vous de la Colombie, du Sénégal et de la Pologne ? NISHINO : Mon prédécesseur a eu le grand mérite de commander beaucoup de rapports de scouting. Ils me permettent d'analyser nos adversaires en profondeur avant de concocter un plan. Ces dernières semaines, nous avons encore peaufiné les rapports. Votre sélection comporte peu de nouveaux noms par rapport à celle de Vahid Halilhodzic. Pourquoi ? NISHINO : Nous nous rendons à la Coupe du Monde avec un staff exclusivement japonais car notre pays recèle suffisamment de personnes de qualité. Quant aux joueurs, c'est simple, j'ai jugé plus raisonnable de continuer avec le même groupe. Comme je le disais, c'est l'équipe qui est notre principale force. C'est elle qui s'est qualifiée pour la Russie et il faut lui en être reconnaissant.journaliste à The Nikkan Sports News " Le Japon dispute sa sixième Coupe du Monde d'affilée et il est une puissance du football asiatique mais il n'a jamais été impressionnant à ce niveau. Le président de la fédération a très bien résumé la situation quand le Japon a disputé un match amical à Bruges contre les Diables Rouges : " Si nous pouvions allier notre physique et notre discipline à votre talent, nous aurions une formidable équipe ". Le Japon à passé le premier tour à deux reprises : au pays en 2002, où il a été éliminé au tour suivant, devant ainsi céder toute l'attention médiatique à la Corée du Sud, et en 2010, quand Honda s'est sublimé contre le Danemark et le Cameroun, avant que le Paraguay ne gère mieux ses tirs au but. Il n'en ira pas autrement cette fois, je le crains. Je pense que nous serons éliminés au premier tout et je ne suis pas le seul à le croire : tous les journalistes japonais le disent. Le sélectionneur précédent, Vahid Halilhodzic, a été limogé le 7 avril. Son successeur, Akira Nishino, occupait un poste de dirigeant à la fédération depuis deux ans et demi. Ça ne présage rien de bon. Les joueurs se placent au-dessus de l'entraîneur. Si les jeunes parviennent à créer la surprise, nous pouvons peut-être prendre un point, voire trois, au premier tour, ce qui est insuffisant. " Le limogeage de Vahid Halilhodzic a été initié par les anciens du noyau, Honda et Kagawa pour ne pas les citer : à la fin des qualifications, ils ont été subitement écartés et ont moins joué dans les matches de préparation. La sélection définitive pour la Russie confirme cette présomption. Tous les jeunes loups ont été écartés au profit des vieux renards. Naomichi Ueda, un défenseur central de 23 ans est le plus jeune. Tous les autres internationaux sont trentenaires. Le noyau ne comporte que trois véritables attaquants. Le plus connu joue à Leicester : Okazaki. Il est doublé par Osako (Cologne) et Muto (Mainz). Muto a combiné football et études universitaires grâce à un statut spécial mais ça a retardé son éclosion. Il a alors flirté avec Chelsea mais il a finalement opté pour la Bundesliga, en 2015, comme beaucoup d'éléments offensifs de cette sélection. Il a peu joué pour le Japon ces deux dernières années à cause d'une série de blessures, au genou, au dos, à divers muscles, mais cela ne l'a pas empêché de contribuer au maintien en Bundesliga de Mainz, en inscrivant huit buts et en délivrant quatre assists.L'équipe nationale nippone est très fair-play : elle prend moins d'un avertissement par match et n'a pas reçu la moindre carte rouge pendant les qualifications. Maya Yoshida, de Southampton, est le meilleur défenseur, selon les statistiques. Il a gagné 75 % de ses duels défensifs mais en plus, il a trouvé le chemin des filets à quatre reprises et est l'auteur de 24 tirs cadrés.Keisuke Honda était une star en 2010. Depuis, il a émigré au Mexique mais il reste une certitude en équipe nationale. Pendant les qualifications, il a été impliqué dans pas moins de 17 buts.Sur le continent asiatique, c'est le Japon qui a obtenu le meilleur goal-average de tous les participants aux qualifications. Il a obtenu sept victoires sur de larges scores.