Samedi dernier, Takayuki Suzuki (26 ans) a signé son contrat à Genk. La concrétisation d'une envie de longue date pour l'entraîneur, Sef Vergoossen.
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Samedi dernier, Takayuki Suzuki (26 ans) a signé son contrat à Genk. La concrétisation d'une envie de longue date pour l'entraîneur, Sef Vergoossen. "Dans le passé, j'aurais déjà voulu attirer un Japonais à Roda, mais le club n'était pas encore assez mûr pour tenter l'expérience", dit le Hollandais. "Un club belge moyen n'a pas assez d'argent pour s'offrir un tout bon footballeur japonais, car ils gagnent une fortune dans leur pays. Mais, à Genk, j'ai directement fait le rapprochement avec Nitto, le sponsor japonais qui est sur nos maillots. Et nous avons vraiment cherché à concrétiser l'affaire parce que Suzuki a des qualités techniques qui peuvent nous être très utiles". Vergoossen ne cache donc pas qu'il y a aussi des raisons commerciales à ce transfert: "Si je disais le contraire, je serais hypocrite".Les discussions au Japon ont été menées par Robert Maes et Fernand Goyvaerts. Ce ne fut vraiment pas évident! Raes n'hésite pas à dire que ce furent les négociations les plus compliquées de sa carrière: "Les dirigeants de Kashima ont repoussé plusieurs fois le rendez-vous. Finalement, nous avons pu rencontrer le président, flanqué de ses deux directeurs. Le président, un grand industriel, est toujours resté debout, droit comme un i, avec ses deux mains sur le bord de la table. Cela faisait un mois et demi que les négociations avaient commencé, avec un impressionnant échange de faxes. Au départ, je ne m'attendais pas à de gros problèmes car nous étions d'accord sur un point important: la location du joueur pendant une saison. Mais quel cinéma là-bas... Le premier jour, nous avons discuté pendant sept heures, sans entrevoir d'issue positive. Cela paraissait tellement compliqué que j'ai envoyé un fax à Genk et au patron de Nitto en les suppliant de ne surtout pas organiser une conférence de presse pour annoncer l'arrivée de Suzuki. Je me demandais vraiment si nous allions pouvoir conclure le dossier". Courbettes, excuses, puis la signature de la délivranceJos Broeckmans, de la société Nitto qui est le sponsor principal de Genk depuis quatre ans, explique: "Nous avons pu cacher l'intérêt de Genk pendant plusieurs mois, mais une fuite sur un site Internet japonais a fait boule de neige. Quand le possible transfert a été annoncé à la télé flamande, nous avons décidé de jouer cartes sur table, mais en signalant qu'il n'y avait encore qu'un accord de principe. Le lendemain, les journaux reprenaient la nouvelle mais on ne pouvait pas y lire qu'il manquait encore une signature officielle". A 11.000 kilomètres de Genk, on a directement su tout ce qui se racontait en Belgique. Raes: "Le président du club de Suzuki m'a appelé. Quand je suis arrivé, il m'a accueilli d'une manière qui m'a fait penser à l'ancien régime allemand. Il était furieux et m'a demandé si je pensais vraiment que son joueur était déjà à Genk. Il m'a dit que nous n'étions pas intéressés par les qualités sportives de Suzuki mais que notre seul but était de gagner de l'argent sur son dos. J'ai fait un tas de courbettes, je me suis excusé, j'ai essayé de le convaincre que la presse avait mal compris les données du problème. Le petit vent qui soufflait en Belgique est vite devenu une tempête au Japon. Et le président a fini par m'éjecter en me disant qu'il réclamait finalement le double de la somme convenueau départ ".Raes a entre-temps retourné le problème dans tous les sens et croit avoir compris: "Ils ont voulu nous montrer qu'ils étaient les patrons dans cette histoire. En reportant continuellement nos réunions, ils marquaient leur territoire. Et nous avons fini par nous revoir, pendant cinq nouvelles heures. Cette fois, c'étaient les droits d'image et le merchandising qui posaient problème. Ils ne voulaient pas céder ces droits alors que c'était essentiel pour Nitto. Nous avons finalement trouvé un compromis: le club japonais garde les droits qu'il avait sur le joueur avant qu'il ne signe à Genk, et les nouveaux contrats sont pour nous".Les négociations furent suspendues parce que le club de Suzuki devait jouer contre le Verdy Tokyo. Raes: "Nous n'avons même pas été invités en tribune d'honneur. La presse ne parlait que du transfert de Suzuki et le président a été obligé de donner une conférence de presse après la rencontre. Là, il a commis une bourde en disant que Suzuki était à un demi-millimètre de Genk. Il a ainsi renforcé notre position. Le lendemain, tout était réglé en quatre heures. Après cela, l'atmosphère a complètement changé. Nous sommes allés tous ensemble dans un restaurant chic et c'était comme si nous étions les meilleurs amis du monde".Nous ne connaîtrons pas le prix de la venue de Suzuki. En principe, cela ne coûtera rien à Genk, puisque Nitto supportera tous les frais. On parle d'une location de 300.000 euros pour une saison. Raes ne confirme pas mais on devine que ce montant est proche de la réalité. Selon certaines sources, Suzuki toucherait un salaire de 700.000 euros. Vergoossen: "Aucune idée. Mais c'est dans la norme d'un sportif de haut niveau au Japon. Je suis en tout cas convaincu que Suzuki est un renfort pour nous. Sa présence pourrait être un problème s'il y avait des joueurs jaloux dans le groupe à cause de tout l'intérêt que suscite Suzuki. Mais je ne m'en fais pas".Vergoossen se tracasserait plutôt quant à l'état de fraîcheur de son nouveau joueur: "Je lui ai demandé ce qu'il avait fait exactement au cours des derniers mois. Il a eu 11 jours de congés après la Coupe du Monde, puis il est parti en stage avec son club. Il a ensuite encore joué un match puis a pris l'avion. Je n'ai aucun doute quant à ses qualités physiques, mais il a sans doute besoin de repos. On fera le point en octobre. Je connais le Japon: j'y suis allé, je connais la mentalité, ce sont des gens très disciplinés. Mais Suzuki aura besoin de quelques mois pour apprendre le football belge".Raclée hollandaise mais on ne panique pasPour le retour à Kerkrade de Vergoossen, les choses se passent mal. Suzuki, Sonck et Thijs sont dans la tribune. Koen Daerden passe tout le match sur le banc. Les champions de Belgique montrent de belles choses mais commettent de grosses erreurs derrière et se retrouvent menés 4-0. Le lendemain, le coach analyse la raclée avec ses joueurs. Vergoossen: "Je pense que ces quatre buts ont réveillé certains de mes hommes. Vu notre jeu, il faut que tout le monde possède une très bonne condition physique et les 11 gars qui sont sur le terrain doivent réfléchir dans la même direction. Si ce n'est pas le cas, on a directement des problèmes face à un adversaire du niveau de Roda. Nous devons encore apprendre à mettre la pression, à accélérer la reconversion et à jouer de façon plus compacte. Malgré la sévérité de cette défaite, je trouve que nous sommes sur la bonne voie. Le problème de nos Africains, c'est qu'ils sont retournés au pays pendant leurs vacances"...Samedi dernier, on a eu droit à un nouveau match de gala, face au PSV. Avant cela, on avait fait la fête à Luc Nilis et inauguré une nouvelle tribune. Le match dut cependant être arrêté après une heure, à cause d'un orage d'une violence rare. Que retenir? Il n'a pas encore été possible de se faire une idée du vrai niveau de Suzuki. Dans le but, par contre, Davy Schollen prouve qu'il sera un sérieux concurrent pour Jan Moons. L'équipe de base de la saison prochaine pourrait parfaitement être celle de l'année dernière, vu que personne n'est parti. Et c'est peut-être le plus gros atout de Genk. "Il y a quelques mois, je craignais un exode", reconnaît Vergoossen. "Aujourd'hui, je suis soulagé. Mais pas encore définitivement, car qui peut me garantir qu'un de nos joueurs ne partira pas subitement à quelques jours de l'ouverture du championnat?" Peter T'Kint"Son transfert s'est aussi fait pour des raisons commefciales..." (Vergoossen)