En cette période de trêve internationale, Mohammad Mahdavi est demeuré seul dans son appartement de Gosselies. Avec, pour seule compagnie, celle de son ordinateur qui lui permet de s'informer et de communiquer, et de temps en temps la visite d'un ami, qui peut éventuellement servir d'interprète, le cas échéant. Son épouse se trouve actuellement en Iran, avec ses deux filles: la plus âgée a cinq ans et la plus jeune, deux mois à peine.
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En cette période de trêve internationale, Mohammad Mahdavi est demeuré seul dans son appartement de Gosselies. Avec, pour seule compagnie, celle de son ordinateur qui lui permet de s'informer et de communiquer, et de temps en temps la visite d'un ami, qui peut éventuellement servir d'interprète, le cas échéant. Son épouse se trouve actuellement en Iran, avec ses deux filles: la plus âgée a cinq ans et la plus jeune, deux mois à peine. "Même si la séparation est parfois difficile à vivre, il est préférable que mes enfants demeurent auprès de ma femme, car les cris du nouveau né - qui a vu le jour en Belgique - m'empêcheraient de trouver le sommeil la nuit et de me concentrer sur mon métier", affirme Mohammad, qui n'a pas été convoqué par son équipe nationale. Cela fait un bout de temps qu'il n'a plus défendu les couleurs de son pays. Sa situation à Charleroi, où il a peu joué la saison dernière (14 matches), n'a pas plaidé en sa faveur. Mais c'est en train de changer. Il semble avoir trouvé sa place en défense centrale et son début de saison est plutôt encourageant.Mohammad Mahdavi: Monsieur Delangre semble me faire davantage confiance que Monsieur Scifo. C'est aussi une autre manière d'entraîner. Même si Monsieur Delangre débute en D1, on sent qu'il a déjà exercé ce métier durant plusieurs saisons, et qu'il a enseigné le football à l'Ecole du Heysel. Son discours passe très bien. Aujourd'hui, tout le monde reçoit sa chance et la confiance s'en trouve accrue. La saison dernière, des trois Iraniens, seul Yazdani était régulièrement aligné. Etait-il le meilleur de la bande?D'autres facteurs sont intervenus. Notamment le fait qu'il soit gaucher. Or, sur le flanc gauche, la concurrence n'était pas énorme au Sporting. Emamifar, lui, a été blessé. Pendant un certain temps, il n'a pas pu entrer en considération. De mon côté, j'ai un peu fait office de bouche-trou, à toutes les positions, avant de me retrouver sur la touche.Aujourd'hui, vous semblez avoir trouvé votre place en défense centrale.Oui, cela se passe plutôt bien. Il n'y a pas trop de problèmes de communication. Frank Defays m'encourage souvent à communiquer: en français, en anglais, peu importe. -Parle-moi, me répète-t-il sans arrêt. Je ne parle pas encore couramment français, mais j'ai appris les mots de base nécessaires à un footballeur. Et avec votre gardien, parvenez-vous également à communiquer?Je me débrouille, surtout depuis que Willy (Wilfried Godart) a pris place entre les perches. Je parviens à le comprendre. Deux points sur 12Les circonstances ne nous ont pas été favorables. Nous avons commencé par une défaite 1-0 à Malines. L'équipe locale a mérité sa victoire: elle a joué de façon enthousiaste, devant ses supporters, pour célébrer son retour en D1. Mais, contre le Standard, nous menions 2-1 à la mi-temps. J'ai dû sortir sur blessure, et le temps que la défense retrouve ses marques dans une nouvelle composition, les Liégeois avaient renversé la tendance à 2-3. Nous sommes encore parvenus à égaliser, mais nous aurions pu prétendre à davantage qu'un point. A La Gantoise, nous avons longtemps mené 0-1. Un carton rouge a fait basculer le cours du match. L'Antwerp a inscrit un très joli but, chez nous, mais c'était quasiment sa seule attaque. La chance joue un rôle très important dans le football. Nous aurions facilement pu compter quelques points supplémentaires. Des points qui nous auraient été bien utiles, car la suite du programme ne s'annonce pas facile: Mouscron, Genk et Anderlecht se trouveront sur notre route au cours des prochaines semaines.Que faut-il faire pour remonter la pente?Travailler. Trouver des automatismes. Et continuer à se montrer aussi enthousiaste qu'actuellement. Charleroi possède une équipe jeune. C'est en jouant que l'on acquiert de l'expérience. Dans quelque temps, nous ne commettrons plus les petites erreurs qui nous coûtent encore trop cher actuellement.De l'expérience, vous en avez. Pouvez-vous guider vos jeunes coéquipiers?J'aimerais bien, mais la barrière de la langue constitue encore souvent un obstacle. En dehors de certains termes courants, j'ai encore du mal à exprimer le fond de ma pensée. Je ne peux montrer l'exemple que par mon comportement.Par la force des choses, vous vous retrouvez souvent avec Yazdani et Emamifar?Ce n'est pas un refus de m'intégrer, bien au contraire. Simplement, c'est avec eux que je peux communiquer le plus facilement. Mais, par rapport à mon arrivée ici, j'ai déjà fait de grands progrès en français. Mon épouse également.Quelles sont les équipes belges qui vous impressionnent le plus?Bruges, Genk, Anderlecht, Mouscron... Ce n'est pas un hasard si ce sont précisément ces équipes-là qui participent aux compétitions européennes.Certains attaquants vous posent-ils des problèmes particuliers?J'ai été impressionné par Kaklamanos, l'attaquant grec de La Gantoise. Il est grand, il a le sens du but. Des petits gabarits, vifs et rapides, comme Wesley Sonck, me posent en général moins de problèmes. Par un placement intelligent, je parviens souvent à anticiper et à contrecarrer leurs actions. Il y a d'autres très bons attaquants dans ce championnat, mais j'ai du mal à les citer. Je ne parviens pas encore à mettre un nom sur tous les visages.Quand le physique suit...Cela va mieux, oui. En Iran, le football est basé presque uniquement sur la technique. En Belgique, le physique a beaucoup d'importance. Le travail de fond est très accentué.A 29 ans, n'est-ce pas très tard pour tenter une expérience dans un pays aussi différent?Il n'est jamais trop tard, à partir du moment où l'on est en bonne condition physique. L'adaptation peut se révéler très difficile pour un jeune également. Je me sens encore capable de jouer plusieurs années à ce niveau-ci sans aucun problème.Votre contrat se termine à la fin de la saison. C'est donc le moment de faire vos preuves.Mon contrat comporte une option pour deux saisons supplémentaires. En janvier, je devrai avoir une discussion avec Monsieur Bayat. Mon souhait est de demeurer à Charleroi, mais à l'heure actuelle, il est encore trop tôt pour se prononcer. Des possibilités se dessineront peut-être pour partir en Allemagne ou en Autriche.Cela dépendra-t-il aussi des projets de Monsieur Bayat?Sans aucun doute. Je lui fais entière confiance. Il prendra certainement la meilleure décision pour moi et mes compatriotes. Il est comme un père, pour nous, les Iraniens. Mais il doit aussi voir les intérêts du Sporting. Les liens affectifs, c'est une chose, les relations professionnelles, c'en est une autre. Monsieur Bayat est le patron du club et il doit voir où se situe l'intérêt général.Au terme de votre carrière, avez-vous l'intention de retourner en Iran et de mettre, peut-être, en pratique l'expérience acquise en Europe pour vous lancer dans le métier d'entraîneur?Je n'en suis pas encore là. Actuellement, mon intention est de continuer à jouer pendant cinq ou six ans au moins. Après cela, il sera toujours temps de songer à ma reconversion. Elle ne se situera pas nécessairement sur le petit banc.L'exil des footballeurs iraniens en Europe est-il un phénomène récent?Pas du tout. Cela fait une vingtaine d'années que mes compatriotes tentent leur chance à l'étranger. A l'époque, un international était parti à Manchester. Actuellement, on en trouve beaucoup en Allemagne. Quelques-uns en Italie et aux Etats-Unis également. Pour quelle raison? Je l'ignore. Les premiers qui ont tenté l'expérience ont sans doute ouvert une voie pour les autres. Le plus connu est Ali Daei. Il a joué à l'Arminia Bielefeld, au Hertha Berlin et au Bayern Munich, et se trouve actuellement à Dubai, en compagnie de Minavand. Je crois que le style allemand convient bien aux footballeurs iraniens.Et le style belge?Je crois que le football belge se rapproche beaucoup du football anglais. On joue moins vite qu'en Premier League, certes, mais l'accent est aussi mis davantage sur l'engagement que sur la technique.Iranien avant tout Un peu, oui.Par rapport à un monstre sacré comme Ali Daei, comment êtes-vous perçu par la population iranienne?Il n'y a pas de comparaison possible. Ali Daei, c'est quasiment un héros national. Moi, je ne suis qu'un honnête footballeur. Mais tous les joueurs qui ont porté le maillot de l'équipe nationale sont connus. La ferveur des supporters iraniens n'est pas une légende. Ici, en Belgique, on est très satisfait lorsqu'un grand match attire 30.000 spectateurs. Dans mon pays, ils accourent à 120.000 au stade national de Téhéran.C'était le cas lorsque l'Iran a rencontré l'Irlande, en match de barrage pour la qualification à la Coupe du Monde?Exactement. Nous avons gagné 1-0 à Téhéran, mais perdu 2-0 à Dublin. La Coupe du Monde nous a filé entre les doigts. Dommage. Maintenant, nous tenterons de redresser la tête avec un nouveau sélectionneur, le Yougoslave Ivankovic.En 1998, à Lyon, l'Iran avait disputé un match historique contre les Etats-Unis. Comment cet affrontement avait-il été vécu dans votre pays?On a beau prétendre qu'il ne faut pas mêler le sport et la politique, c'est difficile. Avoir battu les Etats-Unis, ce jour-là, c'était presque mieux que si nous avions remporté la Coupe du Monde. C'était la folie au pays. Ce n'était vraiment pas un match comme un autre. Depuis que l'Iran est devenu une république islamiste, les relations sont très tendues avec les Américains. Le peuple iranien, pourtant, n'a pas changé. On ne trouve pas que des fanatiques dans la population iranienne, loin de là. On a tendance à oublier, aussi, qu'on dénombre plus de 800.000 Iraniens aux Etats-Unis. Ils sont médecins, architectes...Les cerveaux ont quitté l'Iran et beaucoup exercent leur art outre-Atlantique.Daniel Devos"Monsieur Delangre semble me faire plus confiance que Monsieur Scifo"