"L'été prochain, il y aura neuf ans que François est décédé. Je continue, j'évolue. Je suis passée par diverses phases émotionnelles après sa mort mais ma douleur ne disparaîtra jamais. Une partie de moi-même a disparu, m'a été arrachée et ne reviendra plus. Je le sais.
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"L'été prochain, il y aura neuf ans que François est décédé. Je continue, j'évolue. Je suis passée par diverses phases émotionnelles après sa mort mais ma douleur ne disparaîtra jamais. Une partie de moi-même a disparu, m'a été arrachée et ne reviendra plus. Je le sais. Je continue parce que je le dois. Malgré tout. Je fais avec. Mais je ne sais pas si on peut un jour accepter la mort de son enfant. Je ne le pense pas. Je ne l'accepte que parce que je n'ai pas le choix mais ce n'est pas une véritable acceptation. Ça reste dur. Les pires moments sont la Noël et son anniversaire. Parfois, je me dis qu'il aurait déjà 35 ans l'année prochaine, qu'il serait certainement papa. Ça fait mal, ça et le fait de voir les amis de François avec leur famille : ça me confronte à ma perte. Il y a Gauthier. Mon petit-fils de huit ans, le fils de ma fille. Il éclaire notre quotidien, il nous permet de vivre de beaux moments et de mettre les autres entre parenthèses. François a laissé un vide énorme en chacun de nous. Il est dans nos pensées et nos coeurs jour après jour. On ne peut pas oublier quelqu'un comme lui. Il était si charismatique, si empreint de joie de vivre. Il adorait s'amuser, rire, plaisanter. Ça nous manque. Voilà. François était unique. Le fait que les supporters du Club Bruges continuent à l'applaudir à la 23e minute de chaque match est éloquent. Ça vient du coeur. Il doit les avoir marqués pour qu'ils lui rendent chaque fois un si bel hommage. Chaque jour, quelque chose vient me rappeler François. En plus, maintenant, Gauthier joue également au football, au RFC Liège, et il parle énormément de son tonton du ciel. Il regarde souvent des DVD des buts de François. Plusieurs souvenirs ornent encore la maison. Des photos et son maillot de la saison au Germinal Beerschot, celle au terme de laquelle il a été sacré meilleur buteur. Il y a aussi quelques trophées mais pas beaucoup. Ce n'est pas un musée. François fait donc toujours partie de notre quotidien. Je pense que son énergie ne nous quittera jamais car il était omniprésent. Il m'arrive encore de lui parler, de lui demander conseil : qu'est-ce qui m'irait le mieux, ça ou ça, à ton avis ? Il n'y a pas longtemps, j'ai subitement senti son parfum. Comme ça. Incroyable. Je suis parvenue à trouver un équilibre. Au début, on essaie de tout comprendre, de tout expliquer, mais je ne suis pas sûre que ça aide. Finalement, on en arrive à cette conclusion : c'est le destin. La fatalité. C'était prédestiné. Impossible à changer. Pour moi, c'est certain. Je suis également sûre qu'une partie de lui, en son for intérieur, pressentait que ça allait arriver. Il y a tellement d'indications, petites et grandes. Quelques jours avant l'accident, il m'a subitement demandé d'organiser un grand barbecue pour la famille et ses amis proches, par exemple. On ne peut pas rester à pleurer dans son fauteuil du matin au soir. La vie continue et il faut veiller à ceux qui sont toujours là. Il faut s'obliger à bouger et à veiller à ce que certaines choses aillent de l'avant, comme l'ASBL Rêves d'Enfants de François, qui fait beaucoup pour les enfants. Ou encore la Sterchele Cup, le tournoi pour U9 et U 11 mis sur pied par Harold Deglas. Il se déroule dans le stade du RFC Liège. Et puis, il y a les petites choses de la vie. Je vis au jour le jour, en prenant ce que chaque journée m'offre et en profitant surtout de la richesse humaine de la famille et des amis. C'est en elle que j'ai retrouvé le plaisir, parmi les gens qui m'entourent. François était comme ça aussi. Nous n'avons plus de contacts avec le Club Bruges depuis la mise en place de la nouvelle direction. On nous a retiré nos abonnements, nous ne sommes plus invités et apparemment, l'ASBL de François n'est plus la bienvenue à la journée des supporters non plus. Pour être franche, j'ai l'impression qu'on nous tient à l'écart. En huit ans, le Club Bruges n'a pas participé une seule fois à la Sterchele Cup. On m'a dit qu'il ne répond même plus quand on lui demande d'y participer. Je trouve ça étrange. C'est pour ça que je dis chapeau aux supporters, qui continuent à rendre hommage à François. Bravo ! Je suis toujours en contact avec Luc Devroe. Il travaille à Ostende et m'y a déjà invitée. Il pense que le Club va organiser quelque chose pour le dixième anniversaire du décès de François. Ce serait formidable. Pourquoi pas un match entre ses anciens coéquipiers du Club et des Diables Rouges ? La dernière fois que je suis allée au stade du Club, c'était il y a trois ans, pour le reportage " Les orages de la vie " de Stéphane Pauwels sur RTL TVI. Ça m'a fait quelque chose. Beaucoup plus que quand, pour le même reportage, je me suis rendue à l'endroit de l'accident, pour la première fois. Il n'y avait rien à voir. Il n'y a même plus d'endroit de recueillement, de plaque commémorative. Tout a été rapidement éloigné car trop de gens s'arrêtaient le long de la route, s'exposant au danger. Mais en foulant la pelouse de Bruges, j'ai été envahie par une foule de souvenirs et d'images de lui quand il jouait. J'ai été profondément émue. Depuis, je ne suis plus allée au stade Jan Breydel. Pourtant, je suis souvent dans les environs. Ma meilleure amie habite Knokke, où François vivait aussi, et je lui rends souvent visite. Je me sens bien au littoral. J'aime son ambiance. Le rythme de vie est différent aussi. Beaucoup plus zen qu'ici à Liège. Je m'y sens beaucoup plus détendue. Je pense que je m'y installerai pour mes vieux jours. " (Elle rit). PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTO BELGAIMAGE - JASPER JACOBS" Il n'y a pas longtemps, j'ai subitement senti son parfum. Comme ça. Incroyable. " MARLEEN BOONEN