Février dernier, aéroport de Milan Malpensa. La délégation de Milan se présente à la sortie 13 où elle doit embarquer en direction de Rome. Tout le monde est là, largement dans les temps. Certains joueurs s'installent à la table du bar voisin, d'autres passent leur temps au téléphone. Gattuso, lui, prend place sur une banquette à quatre places, son sac à ses pieds. Il a l'air d'un chien battu et n'adresse même pas la parole à Andrea Pirlo, venu s'installer à côté de lui. Instantanément, la tornade se déclenche : hommes, femmes, enfants, tous veulent être pris en photo en sa compagnie. Il se lève, se rassied, se tourne à gauche, à droite, serre des mains tel un homme politique, prend la pose pour des photos et ne refuse pas un seul autographe mais tout ça sans sourire... Pirlo n'est quasiment pas accosté et ses autres équipiers auraient pu entamer une partie de cartes sans craindre d'être dérangés.
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Février dernier, aéroport de Milan Malpensa. La délégation de Milan se présente à la sortie 13 où elle doit embarquer en direction de Rome. Tout le monde est là, largement dans les temps. Certains joueurs s'installent à la table du bar voisin, d'autres passent leur temps au téléphone. Gattuso, lui, prend place sur une banquette à quatre places, son sac à ses pieds. Il a l'air d'un chien battu et n'adresse même pas la parole à Andrea Pirlo, venu s'installer à côté de lui. Instantanément, la tornade se déclenche : hommes, femmes, enfants, tous veulent être pris en photo en sa compagnie. Il se lève, se rassied, se tourne à gauche, à droite, serre des mains tel un homme politique, prend la pose pour des photos et ne refuse pas un seul autographe mais tout ça sans sourire... Pirlo n'est quasiment pas accosté et ses autres équipiers auraient pu entamer une partie de cartes sans craindre d'être dérangés. Gattuso a indubitablement la cote auprès des tifosi. Ils apprécient ce joueur qui se donne toujours à fond. Il n'est pas élégant ? Il le sait. La veille de la finale de la Coupe du Monde, il a lancé : " Moi, un bourrin, je défie Zidane ". Trois mois plus tard, son nom figurait dans la liste des 50 nominés pour le Ballon d'Or européen. Qu'en a-t-il pensé à chaud ? " Que c'était étrange, très étrange même si cela m'a donné une grande secousse. Je pense que jamais un Gattuso ne remportera le trophée. Il faut d'autres qualités même, si ces dernières années, un rôle à la Gattuso a rencontré un certain succès ". Après le Mondial allemand, Ringhio est devenu très recherché par les publicitaires. Le spot le plus connu est celui réalisé pour Vodafone, en duo avec Francesco Totti. Ces derniers temps, il vante les mérites de Gillette Fusion, la ligne de produits de rasage. Dans ce film, le Milanista proclame la grève de la barbe jusqu'à ce qu'il ait trouvé un rasoir convenable. Finalement, il se rase en public sur la place de Corigliano, son village natal... Le 28 février, à la fin de la rencontre à Palerme, il a appelé ses équipiers au centre du terrain pour les inviter à saluer les supporters, y compris ceux du camp adverse. En échange, il a reçu des applaudissements à l'intérieur et à la sortie du stade. Apparemment, il ne faut pas grand-chose pour donner une leçon de civisme : " Nous l'avions également fait au Celtic Glasgow en Ligue des Champions le 20 février mais c'est plus facile de le faire avec un public qui soutient son équipe plutôt que de s'en prendre à l'adversaire et qui apprécie le beau jeu ". Gennaro Gattuso : Notre geste à Palerme a trouvé son origine dans le comportement des supporters écossais de rugby qui, après la défaite subie contre l'Italie, ont appelé leurs joueurs pour les applaudir. Moi qui ai joué en Ecosse, je sais que là-bas, que tu gagnes ou que tu perdes, si tu as tout donné, tu ne seras jamais contesté. Evidemment, pour ce qui est de la passion, en Italie, nous n'avons rien à envier à personne. Et puis, la violence, ne nous est pas réservée. 98 % des passionnés sont des gens sains. Mais il y a toujours l'idiot du village. Et s'il se trompe, il doit payer. Attention, il ne faut pas oublier que parfois, ce sont les joueurs qui donnent le mauvais exemple en faisant le coup de poing pour un match qui s'est mal terminé. Quelle position devions nous adopter ? Nous sommes des travailleurs salariés par un club. Nous ne pouvons, comme si de rien n'était, décider s'il faut et quand arrêter. La mort de l'inspecteur de police à Catane est devenu un problème : dans un pays où le football est très important, une grève de notre part aurait pu faire tomber le gouvernement. Qui va prendre une telle responsabilité ? Et puis, les présidents nous avaient dit : -Restez calmes, nous allons réfléchir. Pourquoi devrions-nous le faire ? Ils constituent une partie importante du football. Une chose est de jouer dans un stade vide et silencieux et une autre d'évoluer avec des gradins pleins de gens qui t'incitent à te défoncer. Je ne mettrais pas la main au feu pour tous les fans qui remplissent le virage du Milan, mais j'en connais les chefs et je sais que la seule chose qui les pousse, c'est la passion. J'aime son esprit. Il est pratiqué par des gens qui n'ont pas peur. Mais non. Même en football, surtout quand tu joues depuis un certain nombre d'années, tu acquiers le respect des autres. La différence, c'est qu'en rugby, au coup de sifflet final, le chapitre est clos. Ce serait beau qu'en football aussi on impose une sorte de troisième mi-temps, avec tous les joueurs qui se retrouvent après le match pour trinquer. Parce que je sais que les coups, même involontaires, font mal. Mais je ne suis pas un saint. Sur un terrain, je peste, de temps en temps, il y a un blasphème qui m'échappe et j'ai honte. A Sienne, on m'a insulté pendant toute la rencontre et à la fin j'ai eu un sale geste que j'ai vite regretté. J'espère y retourner pour faire la paix avec le virage. Sur un terrain, chacun est soi-même, l'éducation n'a rien à voir. Mais c'est vrai que si tu n'es pas une ordure, après tant d'années à côté de compagnons qui représentent des modèles de comportement, tu t'améliores. Non, c'était pire avant. Aujourd'hui, il y a beaucoup de caméras. Tout est amplifié, tout est rendu plus spectaculaire. Et nous aussi, les footballeurs, nous avons changé. Nous sommes devenus des hommes de spectacle. Nous sommes distraits par des tas de choses qui n'ont rien à voir avec notre travail. Ce n'est pas beau, mais j'en fais partie moi aussi. C'est le système et je ne crache pas dans l'assiette dans laquelle je mange. Et puis, si on me propose des contrats publicitaires, je ne peux refuser. Je répéterai ce que j'ai dit à propos de ma nomination au Ballon d'Or : pour moi, c'est une chose très étrange. Non, je l'aime, c'est mon monde. Evidemment je n'en apprécie pas tous les aspects. Je regrette surtout de ne pas pouvoir dire ce que je pense parce que, si je le faisais, je serais instrumentalisé, je mécontenterais certaines personnes et d'autres réagiraient en me jetant mes défauts à la tête. Mais si je réussissais à sortir certaines choses, je serais en paix avec moi-même Je ne supporte pas les télévisions et les journaux qui transforment les cocaïnomanes en héros. Ce sont des gens qui doivent être aidés mais pas idolatrés et cités en exemple pour les jeunes. Oui, je me suis quelques fois fait tirer les oreilles. Chaque jour. Même qu'avant chaque match, je me promets d'être sage. Mais mon esprit animal revient toujours à la surface. ( il rit) Au début, il me cassait les pieds parce qu'il trouvait que j'avais les cheveux et la barbe trop longs. Aujourd'hui, parce qu'ils sont trop courts. Non, avec nous, il ne s'est jamais permis d'attaquer ses adversaires politiques. De temps en temps, il nous raconte une blague. Je suis majeur et vacciné et je sais que quoi que je dise, je déclencherais des polémiques. Parce qu'à Milan j'ai trouvé une famille. Qui me connaît, sait que je ne dis pas cela pour faire bien. Ce club m'a permis de devenir ce que je suis. Dans ma vision du football, j'ai toujours pensé qu'après deux ou trois ans, il fallait changer de club pour trouver d'autres motivations. Mais les rares fois, pendant ces huit ans, où je me suis dit qu'il était temps de partir, je me suis posé la même question : -Où vais-je aller ?Mon père Franco est entré au siège avec l'intention de casser tout le monde. Et après cinq minutes, j'ai signé. Je pense que oui. J'ai commencé tôt : en 2011, j'aurai 33 ans et j'aurai suffisamment couru. Tout au plus, je pourrais encore tirer une saison dans un championnat moins exigeant. Je travaillerai avec les jeunes surtout pour leur faire comprendre que tout le monde ne naît pas préparé. Là où le talent n'arrive pas, on peut réussir avec le c£ur et la passion. L'important est de jouer ses chances jusqu'à la mort. Parce que j'ai passé un pacte avec Milan et parce que je vis pour cela. Je vis pour que les gens disent : -Regarde-le, il a un genou gonflé mais il ne se débine pas. Il nous manque en tout et pour tout quatre ou cinq joueurs. La base existe et seul un groupe fort comme le nôtre était capable de s'en sortir vu les difficultés qui ont marqué le début de saison. C'est une équipe qui a beaucoup gagné et beaucoup perdu. Il est clair que certains d'entre nous ne sont plus capables de tenir trois matches par semaine. Au Milan, on n'a pas le temps d'attendre et faire croître les jeunes. Etre considéré comme quelqu'un de normal. Devrais-je vraiment me montrer différent parce que je tape deux coups de pieds dans un ballon ? Mais comme homme, je me sens comme tant d'autres. par fabrizio salvio (esm) et nicolas ribaudo- photos: reporters