A 40 ans, Nico Claesen peut voir venir. A Kotem (entité de Maasmechelen), son patelin, il loue une série d'appartements et s'active dans les entreprises en bâtiment et carrelage de sa belle-famille. Son épouse Dominica participa d'ailleurs toujours aux négociations de ses contrats de joueur pro.
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A 40 ans, Nico Claesen peut voir venir. A Kotem (entité de Maasmechelen), son patelin, il loue une série d'appartements et s'active dans les entreprises en bâtiment et carrelage de sa belle-famille. Son épouse Dominica participa d'ailleurs toujours aux négociations de ses contrats de joueur pro. "Actuellement, je suis des cours d'informatique, et je maçonne et carrelle à l'occasion. Rien ne m'est pénible. Quand je jouais à Ostende, je me tapais des aller et retour de 460 kilomètres".Il enseigne aussi à l'école de foot du Limburgse Centrum Sport: terrain, théorie, psychologie sportive, diététique. Et il prospecte pour l'Union Belge les talents limbourgeois de -16 à 21 ans. Sa compétence est reconnue: il est entraîneur diplômé du Heysel, a 36 sélections internationales et 20 ans de professionnalisme."Depuis trois saisons, je visionne trois ou quatre matches le week-end, et parfois un joueur de Réserve, le vendredi soir. Je ne signale un nom qu'après six ou sept matches. Le rendement d'un gamin est, en effet, très fluctuant. Mon problème? Les clubs hollandais nous piquent trop de talents".Et de temps à autre, Nico enfile le maillot du KEC Kotem, le club amateur de son beau-père: "Mes partenaires aiment bien, je me fais plaisir et ça ne fait pas de tort aux affaires".Envisage-t-il d'entraîner? "Impossible dans un club de D1 ou D2, sauf en allégeant mes occupations actuelles. Mais une équipe de D3 pourrait convenir".Nico força sa notoriété de buteur à Seraing, au Standard, à l'Antwerp et dans deux clubs étrangers renommés: VfB Stuttgart et Tottenham Hotspur. C'est à Opgrimbie qu'il tapa ses premiers ballons puis pour le Patro Eisden, devenu Maasmechelen: "A 17 ans, j'ai fait ma valise pour Seraing, via son entraîneur YvesBaré. Eisden, champion en D3, avait été condamné pour corruption. Le Club Brugeois était aussi candidat mais mon père posa une condition essentielle : -Nico vient si, en plus du contrat, vous lui offrez un emploi hors-foot. Bruges n'y prêta pas attention, Seraing bien, et me fit engager à la poste de Hasselt. Je n'ai pas regretté: le club reste dans mon coeur, tout comme Tottenham". En D2 avec SeraingAprès un test-match au Beerschot, les Sérésiens accédaient pour la première fois de leur histoire en D1 avec le beau talent des Péruviens Oblitas et Rojas, du Sénégalais Bocandé, du Danois Bertelsen, et des valeurs sûres comme Cremasco, Bernardi, Rupcic, Kabongo, Luyckx, Kerremans. "Peter Kerremans est arrivé en même temps que moi. On a vécu une première saison très moyenne avec quatre entraîneurs: Baré, Bissot, Oblitas et Heylens. Mais la deuxième surprit tout le monde. On échoua de justesse, derrière le Standard, pour une quatrième place européenne. Heylens motivait l'équipe à fond et me stimulait. Je lui dois mes débuts internationaux en 83, contre l'Ecosse, à Glasgow, et mes 27 buts de meilleur buteur du championnat 84. Il alignait Bocandé en pointe, Oblitas à gauche, moi à droite, et Bertelsen central dans notre dos. Un fin passeur ce Danois. Cremasco aussi d'ailleurs. Sur mes 27 buts, il m'avait servi 10 assists, je m'en souviens bien". Au début, la relation de Nico avec Jules Bocandé, était plutôt orageuse, ils s'engueulaient souvent. Le Sénégalais, bon vivant, n'en faisait qu'à sa tête, et jouait d'instinct. Un peu fou-fou et plaisant à l'oeil comme l'ex-Brugeois Khalilou Fadiga, mais il dribblait moins large et ajustait mieux le but. Quand Jules jouait du violon, les défenses tournaient fou. "Il riait sans arrêt, n'observait pas la consigne tactique, alors que j',étais très discipliné, sur la pelouse. A le voir virevolter, je me sentais devenir pitbull. N'empêche, ensemble on en a roulé des défenseurs, et nous sommes d'ailleurs devenus grands amis. Je le reverrais avec grand plaisir. Je l'ai aperçu à la tv comme adjoint du Sénégal".1984: StuttgartLa faillite de Seraing, qui ne fut jamais un club tranquille, mit fin à une belle épopée du foot belge: "Aux premiers gros ennuis, la direction décida que les bons resteraient. J'avais encore un contrat d'un an et une offre de Bruges fut refusée. Un jour après la clôture des transferts, la faillite fut officiellement annoncée, et tous les bons sont partis. Monaco était candidat, mais Paul Stefani, mon manager, me convainquit sans peine que Stuttgart valait mieux. Fervent du Sportshau, j'appréciais le foot allemand, et à Stuttgart je connaissais Sigurvinsson, ex-Standard. J'ai vite ressenti la rudesse de la Bundesliga. Les Allemands ne jurent que par le physique et la discipline. A 21 ans, trop tendre, les deux à trois entraînements quotidiens avec douze tours de terrain et tes de Cooper me mettaient sur les genoux. Quelques anciens, champions la saison précédente, ne bougeaient pas beaucoup, par contre, malgré les coups de gueule de l'entraîneur Benthaus. En match, obligé de galoper devant et beaucoup derrière, je manquais de fraîcheur face au but. Dure ambiance aussi: pour une erreur tactique, les partenaires te tutoyaient, et pas un peu, et s'il en résultait un but, tu payais une amende. N'empêche, je ne me suis pas mal débrouillé là-bas aux côtés de Jürgen Klinsmann. Une qualification européenne n'a toutefois pas sauvé Benthaus, remplacé par le Croate OttoBaric. Celui-ci a vu le truc tout autrement, ne m'appréciait pas et a transféré Spasic, un compatriote. Je n'ai plus beaucoup joué, mais le président Forfelder Mayer ne m'a pas poussé vers la sortie. J'ai pu choisir: rester ou partir en cours de saison. Comme je me sentais un peu trop isolé, j'ai décidé de m'en aller. Sans amertume, j'avais côtoyé du beau monde, Klinsmann mais aussi les frères Bernd et Karl-Heinz Förster". 1985: StandardLe Standard, grand amateur de Limbourgeois à l'époque, s'intéressa à lui pour le second tour de la saison 85-86. Nico est persuadé que les bonnes relations entre l'entraîneur des Rouches Michel Pavic et son compatriote Baric facilitèrent le transfert. "Je n'ai pas perdu d'argent dans le coup, au contraire, mais, au début, j'ai grimacé, Pavic misait sur Czernia en pointe et me casait en retrait à droite. Cela s'est arrangé, et fin septembre de la saison suivante, j'avais déjà scoré cinq fois en six matches". 1986: Tottenham HotspurTottenham, déjà candidat au retour du Mexique, revint alors à la charge, et pas question de refuser cette fois une offre irrésistible. Le couple Nico-Dominica la rendit encore plus juteuse en demandant d'inclure dans le contrat l'achat d'une maison londonienne."Avec une épouse pareille, je divorce sur-le-champ", lança, excédé, le manager anglais. Les Claesen quittèrent la table et prirent le premier avion du retour. A cinq heures du matin, coup de téléphone, le président londonien marquait son accord: "J'ai signé le 1er octobre, le jour de mon anniversaire. Deux ans, plus tard, à. la fin du contrat, la maison fut revendue pour plus du double du prix initial".Ils quittèrent Londres à regret après deux années exceptionnelles: "Et surtout des soirées inoubliables en disco, des concerts de Lionel Ritchie et Madonna, des premières de film dont une avec Michael Douglas sur scène, etc. J'y allais parce que les joueurs les plus cotés, - les Waddle, Hoddle, Ardiles, Ray Clemence, Gascoigne - distribuaient leurs invitations au vestiaire. Après un match à Watford, dont il était le président, EltonJohn a improvisé une soirée et chanta pour nous tous. Inoubliable, et pas étonnant que Dominica ait vraiment eu très mal au coeur de revenir en Belgique. Elle adorait faire aussi ses courses en compagnie de Madame Ardiles, nous étions très amis avec le couple argentin. Je suis resté en contact avec ce merveilleux joueur, il travaille maintenant au Mexique. Au vestiaire, nous pariions tous beaucoup, sur les matches, sur les chevaux. Ray Clemence menait les paris, il parlait de tout sauf de foot. L'entraînement se basait surtout sur la récupération, tellement le programme de matches était chargé. Avant la saison, Tottenham recevait dix soirs de suite un adversaire et la tactique était alors définitivement mise au point pour tout le championnat. Peu de théorie, avec quelques variantes possibles, et une règle fixe : -Si tu joues à droite, ne cours pas à gauche. L'entraîneur David Pleat positivait: - Keep smiling, enjoy your game. Quelques joueurs se garnissaient le portefeuille avec les interviews payées par des journaux populaires: il y a seize ans, entre 2.000. et 3.000 livres, plus ou moins 125.000 francs. J'en ai profité après une finale de Cup perdue contre Coventry. Les vedettes touchaient le double, et cet argent était versé dans un pot commun et finalement partagé entre les 22 du noyau. Nous jouions avec deux attaquants, j'ai bien démarré et Pleat était satisfait. Mais, blessé, j'ai dû céder ma place et Pleat a changé de système, avec une seule pointe, CliveAllen. Il a beaucoup scoré et m'a cloué sur le banc. A mon actif tout de même: 11 buts en 15 matches, dont dix sur assists de Glenn Hoddle, le meilleur joueur que j'aie côtoyé dans ma carrière. Lors de ma deuxième saison, Terry Venables, successeur de Pleat, a tout chamboulé. Il ne m'avait pas à la bonne : -Tu es international, tu te crois arrivé, je n'aime pas ça... Je l'ai coincé entre quatre-z-yeux: -Je vous prouverai le contraire. Mais je n'ai plus reçu une vraie chance. Une déception et, de plus, je risquais de perdre ma place de Diable Rouge". 1988: l'Antwerp puis la finNico signa un contrat de quatre ans à l'Antwerp avec la clause d'une cinquième et d'une sixième saison, si le club jouait l'Europe durant les deux premières. "Après trois qualifications, le président Wauters marqua son accord pour une cinquième saison mais refusa la sixième. J'ai attaqué devant l'UEFA et il a perdu. Mais, au bout de la cinquième, il renâcla à nouveau, et me proposa une location à Ekeren. La saison était entamée, mais le Germinal accepta pour 3 millions. J'ai scoré 16 fois, et le club voulut me garder. 15 millions selon Wauters. 12 selon Ekeren qui en avait déjà payé trois. Pas d'accord et pas d'autre candidat. J'allais sur mes 33 ans et Wauters proposa le contrat minimum : 35.000 francs le mois et 120.000 le point. Je refusai, trop de différence entre les deux revenus. En cas de blessure, j'aurais touché quoi ? 400.000 la saison ?. Je n'avais pas droit au chômage, et je commençais à entamer mes réserves. Wauters me présenta au KV Ostende, pas à côté de ma porte, mais j'ai accepté car je voulais rester en D1. L'entraîneur Raoul Peeters n'a pu nous maintenir et ma satisfaction fut alors de marquer 28 fois en D2. A court d'argent, Ostende a stoppé, les frais, et j'ai accompagné Peeters à St-Nicolas en D3 avec une réussite immédiate vers la D2. Mais des bruits de fusion circulaient et l'argent manquait. Pénible, et à 36 ans, j'ai opté pour Beringen, en Promotion, comme amateur. Au bout d'une saison et demie, Marc Deferme a été remercié et, en prenant le relais comme entraîneur, j'ai évité la descente. A cette époque, j'ai démarré la prospection pour la fédération et, à la demande de Jean-Marie Pfaff, j'ai secondé Stéphane Demol à Turnhout en D2. Le club eut de sérieux ennuis et rétrograda en Promotion. Depuis, je ne m'occupe plus que des jeunes..." Henry Guldemont"Tu te crois arrivé ou quoi?"(Terry Venables)