Le Club Bruges n'a pas raté son début de saison mais le spectre de son passage à vide de décembre 2008 incite à la prudence. Euphoriques, les supporters comparent déjà Adrie Koster à Ernst Happel ( sic), mais Adrie Koster fait la sourde oreille : " L'équipe a nettement progressé, elle se trouve. Et notre attaque est efficace parce que la finition ne dépend pas d'un attaquant mais du style de jeu. "
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Le Club Bruges n'a pas raté son début de saison mais le spectre de son passage à vide de décembre 2008 incite à la prudence. Euphoriques, les supporters comparent déjà Adrie Koster à Ernst Happel ( sic), mais Adrie Koster fait la sourde oreille : " L'équipe a nettement progressé, elle se trouve. Et notre attaque est efficace parce que la finition ne dépend pas d'un attaquant mais du style de jeu. " Adrie Koster : Evidemment mais il faut apprendre à connaître son équipe, avant tout. Je suis partisan du 4-3-3 et je l'ai essayé. Quand nous avons joué ainsi, nous avons signé des résultats mais j'ai dû adapter le système au 4-4-2, avec un losange médian. Nous avons adopté la tactique qui convient le mieux aux joueurs du moment. Nous pouvons passer au 4-3-3, comme en fin de match contre Lokeren ou Malines. Nous continuerons à le faire quand c'est nécessaire. Nous devons être plus réguliers et perdre moins de ballons à la relance. Je relève encore des négligences à ce moment mais le noyau est jeune et doit apprendre qu'une perte de balle à la construction peut être fatale. Chacun veut écarter le jeu. Or, si vous perdez le ballon en adressant une mauvaise passe vers les flancs, vous lancez vous-même la contre-attaque. Toujours ! De même que j'essaie de mettre notre bagage footballistique en valeur et de dominer le jeu. Il faut préserver un équilibre mais quand une équipe possède de bons footballeurs, il faut oser en faire usage et pas abuser des longs ballons ni des dégagements. Jamais je n'alignerai cinq défenseurs. Cela arrive fréquemment en Belgique mais est complètement étranger à la mentalité des Néerlandais. Oui. Il faut essayer de prendre l'initiative et de se présenter devant le but, tenter de gagner, même si on n'y arrive évidemment pas toujours. Je pense que les joueurs apprécient cette approche. Je constate à tous les détails qu'ils ont retrouvé le plaisir de jouer. Le public s'amuse aussi et moi de même. Je le pense mais j'avais précisé que je voulais d'abord jauger les qualités du groupe. Je l'ai vu à l'£uvre, la saison passée, dans une période où rien n'allait. L'entraîneur était en partance, l'équipe se battait pour la troisième place. Il était difficile de juger les joueurs dans ces conditions. Certains relèvent toujours la tête à l'arrivée d'un entraîneur. Je n'avais jamais vu Klukowski ni Vargas, pas plus que Djokic et Kucera. J'ai entendu des avis mais je préférais me faire une opinion personnelle avant d'intervenir. Nous avons bien travaillé. Il faut que l'équipe fonctionne, que tous réfléchissent : quand l'attaque se déroule sur un flanc, elle a des conséquences sur l'autre. Permuter, jouer de manière compacte, voilà des ingrédients qui permettent d'aller loin. Hoefkens a joué un rôle crucial lors des derniers matches. Il a dirigé sa défense. Ces joueurs peuvent apporter une plus-value à l'équipe mais celle-ci ne peut jamais dépendre d'un seul joueur. Qu'est-ce qui distingue les bonnes formations ? Quand un homme est forfait, un autre reprend ses tâches. C'est le cas à Bruges pour le moment. Wesley n'a pas réalisé une préparation de qualité et la forme varie sur l'ensemble d'une saison. Moi, je dois effectuer des choix basés sur l'état de fraîcheur. Si je ne le fais pas, j'use les joueurs. Evidemment, Perisic voulait jouer à Mouscron mais nous pensions qu'il était préférable de le ménager. Idem avec Vargas contre Anderlecht. Je pouvais le titulariser mais qu'allait-il en advenir ensuite ? Il devait jouer un match avec son équipe nationale. Dans quel état allais-je le récupérer ? Le championnat est encore long et forcer les footballeurs n'apporte rien. En outre, les autres reçoivent ainsi leur chance et ont leur part de succès. Pas chaque semaine mais ceux qui jouent régulièrement ont le droit de savoir pourquoi ils sont subitement écartés. J'aime la clarté. Tout le monde commet des erreurs : eux, vous, moi. Je pratique l'autocritique. Quand quelque chose ne va pas, je le dis devant le groupe, comme dans le cas de Perisic contre Genk. Il faut parfois rectifier les choix effectués. Je sais ce que je veux et comment l'obtenir et je le dis. Oui. Je veux surtout entretenir la dynamique du groupe. Quand on relance mal le ballon, on permet à l'adversaire de se repositionner ou on casse son propre rythme. Le tempo n'est pas bon, non plus, si l'adversaire parvient constamment à s'infiltrer. Si on peut jouer en profondeur, il ne faut pas écarter le jeu ni remettre le ballon en arrière. J'exige davantage de mes défenseurs quand ils ont le ballon : ils doivent choisir une bonne position, relancer le jeu avec soin et oser prendre des initiatives, monter dans l'entrejeu quand c'est possible. Je veux y créer une supériorité numérique pour contraindre l'adversaire à effectuer des choix et ainsi libérer d'autres joueurs. Je rame peut-être à contre-courant car on voit de moins en moins de défenseurs gicler. Les quatre défenseurs restent en arrière et mettent le verrou. Une bonne technique permet d'avoir un bon jeu de position. La première touche de balle, les contrôles et la vitesse de relance sont décisifs. Les techniciens font la différence dans les espaces réduits. Nous y travaillons. Il est encore jeune et a une large marge de progression. Beaucoup de joueurs ont un bagage appréciable mais j'aimerais que nous jouions plus en profondeur, même s'il y a déjà progrès. Pourquoi m'énerver sur l'arbitre alors que je n'ai pas d'influence sur ses décisions ? Il faut jouer proprement. Ce n'est pas l'arbitre qui détermine la victoire mais l'équipe. Certains entraîneurs déplacent leur banc pour exercer plus d'influence sur les juges de touche. Je n'y crois pas. Ils ne font qu'énerver ces gens et peut-être les poussent à l'erreur. Le niveau n'est pas élevé. Je l'ai remarqué quand des joueurs que nous convoitions ont préféré des championnats plus relevés. Les salaires sont inférieurs aussi. C'est dû aux infrastructures, aux droits TV mais aussi à la philosophie qu'on a du football. Mais je pense qu'on peut retirer davantage du football belge. Regardez les Belges qui évoluent aux Pays-Bas. S'ils réussissent là, pourquoi pas ici ? Mais il faut oser opérer des choix. Ne pas aligner trois ou quatre médians défensifs mais un ou deux. Il faut s'intéresser davantage aux jeunes. Il faut compenser le gouffre financier. On peut améliorer la formation des jeunes en modifiant la culture de jeu. J'ai fait mien le style de jeu de l'Ajax. C'est pour cela que je l'ai rejoint, même pour n'entraîner que les Espoirs. Il a changé. L'Ajax a évolué en 4-4-2 contre Anderlecht. Un grand club doit être souple aussi. Si vous n'avez plus d'avants spécifiques, vous devez varier votre jeu mais je crois toujours aux vertus du 4-3-3. Cela dépend du score. Suis-je mené ? Sommes-nous en infériorité ou en supériorité numérique ? Ai-je l'intention de devenir ou de rester maître du jeu ? Vous êtes d'un naturel plus prudent. Moi, je préfère me dire qu'en attaquant, nous pouvons gagner. C'est inné, en effet. En moi, en tout cas. J'ai toujours su que je ne resterais pas toute ma vie à Zierikzee. Le monde est vaste, je veux le découvrir. J'avais envie depuis longtemps de m'expatrier, d'élargir mes horizons, de travailler dans une autre culture. Si j'avais reçu une offre de Grèce, j'y aurais sérieusement réfléchi. Ou même d'Arabie Saoudite. Je n'avais pas vraiment songé à la Belgique. Je ne suis qu'à une demi-heure de route de la frontière mais la mentalité est complètement différente. Cela constituait un défi à mes yeux : pourrais-je appliquer mes idées en Belgique ? Si un adversaire aligne quatre attaquants, vous ripostez en jouant avec quatre défenseurs mais pas cinq sinon il vous manque un homme, ce qui perturbe le jeu de position et vous empêche de développer votre football. Je ne veux pas modifier votre culture. J'en serais incapable. Je veux simplement transmettre certaines de mes idées à mon équipe. C'est de cela que je m'occupe, pas du football belge. par peter t'kint - photos: vermeersch