R etour au Mambourg. C'est le film que s'est joué Cedomir Janevski (46 ans) dimanche dernier. Pour son dixième match de championnat à la tête du Club Bruges, il est revenu dans un stade où il a gardé de grands souvenirs et où bosse un cousin par alliance : Philippe Vande Walle. " Mon beau-père et le père de Philippe sont frères ", explique Janevski. " Mais nous avons rarement l'occasion de nous revoir, Philippe et moi. La dernière fois, c'était pour un enterrement dans la famille. Il faut des événements pareils et des anniversaires pour qu'on refasse le monde ".
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R etour au Mambourg. C'est le film que s'est joué Cedomir Janevski (46 ans) dimanche dernier. Pour son dixième match de championnat à la tête du Club Bruges, il est revenu dans un stade où il a gardé de grands souvenirs et où bosse un cousin par alliance : Philippe Vande Walle. " Mon beau-père et le père de Philippe sont frères ", explique Janevski. " Mais nous avons rarement l'occasion de nous revoir, Philippe et moi. La dernière fois, c'était pour un enterrement dans la famille. Il faut des événements pareils et des anniversaires pour qu'on refasse le monde ". En s'installant sur le banc, il s'est rappelé quelques bons moments avec le Sporting, dont il a porté le maillot de 1991 à 1995 : " J'y ai signé pendant la saison 91-92, je suis arrivé quelques jours avant Luka Peruzovic. Il y a d'abord eu le sauvetage qui était encore une utopie à la trêve, puis la finale de Coupe, ensuite la qualification européenne via la quatrième place avec Robert Waseige, tous ces matches dans un stade surchauffé avec 15.000 personnes. Mon c£ur restera toujours à Bruges - le Club m'a permis de faire mes débuts en Europe de l'Ouest, j'ai rencontré ma femme et nos enfants sont nés ici, j'ai construit dans la région, j'ai reçu ma première chance comme T1 en D1 il y a deux mois et demi - mais Charleroi conservera éternellement une place à part ". Pour préparer ce Sporting-Club, Cedo Janevski avait emmené ses joueurs dans un resto de Blankenberge, en milieu de semaine passée. Cedomir Janevski : Quand j'ai proposé cette sortie en groupe, tout le monde m'a semblé enthousiaste. Nous avons passé un bon moment, nous avons peu parlé de football mais d'un tas d'autres choses. Je ne vais pas dire que l'ambiance était extraordinaire. Quand les résultats ne suivent pas, c'est tout le club qui est malheureux, pas seulement les joueurs. Bruges a connu le succès pendant plus de dix saisons, il s'était habitué à terminer systématiquement premier ou deuxième et à gagner de temps en temps la Coupe. Depuis deux ans, ça ne va plus, l'équipe cale, déçoit tout le monde : les gens de la région, les supporters, la presse, la direction. L'enjeu du match à Charleroi était la cinquième place : une première dans l'histoire récente du Club. Oui, et j'en arrive à la même conclusion : le gros problème du Club n'était pas l'entraîneur. Ce groupe n'a pas assez de qualités pour viser une des deux premières places. Si Bruges veut rejouer le top, il faudra un renfort dans chaque ligne. J'ai vite vu clair. Le lendemain de mon premier match, la victoire à Beveren, Michel D'Hooghe est venu me féliciter. Je lui ai répondu : -Merci mais il ne faut pas être aveugle. Je vous avertis déjà qu'il faudra changer plusieurs joueurs en fin de saison pour viser haut. Une semaine plus tard, nous recevions Anderlecht... A quelques secondes près, nous empochions à nouveau trois points, et si nous les avions pris, le titre aurait toujours été envisageable. Anderlecht aurait reçu un coup sur la tête et nous aurions regagné de la confiance. Je m'étais imaginé le tableau de marche idéal : 9 sur 9 pour mes débuts contre Beveren, Anderlecht et Mons. Mais après le nul contre Anderlecht et la défaite à Mons, c'était fini. Au lendemain de Mons, on ne pouvait même plus viser la deuxième place. Un club comme Bruges a l'obligation de prendre au moins 7 points sur 9 contre des équipes pareilles. On ne peut pas se vanter d'avoir de grandes chances de victoire quand on va à Anderlecht, à Genk ou au Standard. Par contre, on ne peut rien viser d'autre que les trois points quand on affronte des équipes de milieu ou de bas de classement. Ma conclusion après ces gifles, c'est que le Club est là où il mérite d'être. Une semaine lourde et cruciale. On verra plus clair après le week-end prochain : nous ferons le point sur nos dernières ambitions. Moi-même, j'en saurai plus sur la solidité mentale de mes joueurs. Il y en a clairement plusieurs qui ne supportent pas la pression pour le top. (Il réfléchit). Malades... Ce sont d'abord les résultats qui font qu'un footballeur est malade ou en bonne santé. Et quand ça ne va pas, le meilleur médicament, c'est de gagner le match qui suit puis de faire une série de bons matches. Malheureusement, Bruges n'a plus fait une série de quatre ou cinq bonnes rencontres d'affilée depuis près de deux ans. Dès que l'équipe est menée, c'est la catastrophe. Les joueurs regardent leurs chaussures au lieu de bomber le torse. Et c'est inacceptable dans un club de ce calibre. Je ne sais toujours pas de quoi ils ont besoin pour être motivés sur le terrain pendant une heure et demie. J'essaye de comprendre, je passe autant de temps à leur parler de ce problème mental qu'à travailler notre football. Je me tue à leur expliquer que, s'ils n'ont sans doute pas le niveau pour viser une des deux premières places, ils valent mieux que la cinquième. Gand est devant nous au classement mais, avec tout le respect que je dois à ce club, il n'a pas un meilleur noyau que Bruges. Charleroi non plus. Mais là-bas, c'est une équipe de combattants qui monte sur le terrain. C'est ça, la grande différence. S'il y a deux ou trois joueurs de Charleroi ou de Gand qui ratent leur match, les autres jouent à 110, 120 ou 130 % de leurs possibilités et ça compense. Personne ne le fait à Bruges. De l'expérience, nous en avons énormément. Mais pas assez de leaders, c'est sûr. Un leader est un joueur qui parle mais qui est aussi lui-même capable de multiplier ses efforts pour rehausser le niveau. Plusieurs joueurs de mon groupe ont ce potentiel mais ils ne l'exploitent pas. Alors, ma mission devient impossible, surtout avec tous les problèmes de sélection qui s'accumulent. Quelqu'un a-t-il compté le nombre de contretemps en un peu plus de deux mois ? Je n'arrête pas de devoir faire des puzzles pour remplacer les suspendus et les blessés. Philippe Clement, Manaseh Ishiaku, Koen Daerden, Birger Maertens, Stijn Stijnen, Bosko Balaban, Michael Klukowski... Je pourrais en ajouter. J'ai parfois eu l'impression que le sort s'acharnait. Quand Elrio Van Heerden rentre d'Afrique du Sud 13 heures avant notre match à Mouscron et me dit qu'il se sent un peu fatigué parce qu'il a joué deux rencontres avec son pays et qu'il a passé beaucoup de temps dans les avions, qu'est-ce que je peux lui répondre ? -Ben oui, je comprends que tu ne sois pas en grande forme... Je n'ai jamais pu aligner deux fois de suite la même équipe et je n'ai pas eu une seule fois l'occasion de commencer un match avec l'équipe que j'avais en tête. Je ne désespère pas d'y arriver avant la fin de la saison, on verra. Peut-être pour la finale de la Coupe ? Ce sera du 50/50 en demi contre Gand. Si nous jouons la finale contre Anderlecht, nous ne devrons peut-être même pas la gagner pour aller en Coupe d'Europe, à condition que le Sporting soit champion. Et qui dit que nous n'aurions pas subitement la réussite qui sourit à Anderlecht depuis quelques mois ? Oui, c'était peut-être un cadeau empoisonné. Mais quand j'ai accepté ce contrat, je partais du principe que ça ne pouvait que bien se passer. Je suis optimiste de nature. Je refusais de me dire que le Club serait condamné à se battre pour la troisième ou la quatrième place. Mais j'étais loin d'imaginer à quel point les joueurs étaient aussi fragiles. Nos situations sont comparables, il a aussi débarqué en pleine saison et on attend qu'il fasse des miracles en quelques semaines. C'est évidemment impossible. Nous avons discuté et sommes arrivés à la même conclusion : l'équipe devra être sérieusement renforcée. Quand vous vous faites battre par le Cercle, le Beerschot et d'autres équipes du même style, ça veut dire qu'il y a un gros problème, qu'il faut changer des hommes. Ici, il y a toujours de grands projets en cours et des attentes. Il est question d'un nouveau stade, il faut avoir le respect de plus de 20.000 abonnés, donc on ne peut pas traîner, c'est interdit de ne pas réagir quand la situation est grave. Bruges doit viser l'Europe chaque année, voire la Ligue des Champions. Cela ne pourra se faire qu'avec un noyau de grande qualité. Oui. Nous avons dominé pendant 70 minutes l'équipe qui va peut-être remporter le titre. Ce jour-là, le Club a joué à 11, tout le monde était bon et il y avait même plus de la moitié de l'équipe qui évoluait à un très haut niveau. La première mi-temps contre Lokeren et tout le match à Mouscron. Toucher plus le fond que ça, c'est difficile... Les gens ne doivent pas croire que je suis son clone. Avant de partir ensemble à l'Olympiacos, nous n'avions que des rapports professionnels à distance. Il a entraîné l'équipe Première du Club pendant que je travaillais avec les Espoirs, mais nous étions rarement ensemble. Nous avons un grand point commun : la recherche d'un football offensif. Mais ça s'arrête là. Les façons d'y arriver ne sont pas les mêmes. Sollied ne jure que par le 4-3-3. Moi, j'apprécie tout autant le 4-4-2. Des défenseurs centraux rapides... Enfin bon... Des backs offensifs qui amènent du danger. C'est vrai, mais regardez qui joue devant Hans Cornelis et Sébastien Pocognoli à Genk : Thomas Chatelle et Tom Soetaers. Des joueurs qui savent à la fois couvrir et faire la différence individuellement. Nous n'avons pas ces profils-là à Bruges. C'est ce que j'ai pensé. Mais D'Hooghe m'a directement expliqué que je ne devais pas voir les choses comme ça. La réunion du conseil d'administration, lors de laquelle les patrons du Club ont décidé de ne rien décider, était prévue de longue date. Malheureusement pour moi, elle a eu lieu deux jours après notre défaite à Mouscron. Si nous avions gagné ce match-là, je serais sans doute déjà confirmé pour la saison prochaine. Mais vu le résultat, ils ont préféré se donner un délai de réflexion supplémentaire. Si c'est leur avis, pas de problème. Mais ce n'est pas le mien. Et si on ne me donne pas une chance sur une plus longue période, personne ne pourra jamais dire si j'avais le niveau ou pas. Il est trop tôt pour me juger, pour me condamner. Je ne suis pas Docteur Miracle, je ne pouvais pas révolutionner cette équipe en quelques semaines, vu l'état dans lequel elle était début février. A ce moment-là, plusieurs joueurs n'avaient pas encore terminé leur phase d'adaptation, et moi je devais aussi trouver mes marques. J'ai fait ce que je devais mais on ne peut pas dire que je suis responsable si ça ne marche pas. J'ai lu ses déclarations quand j'ai été nommé. Il a dit que j'étais déjà sa priorité quand il a fait venir Jan Ceulemans. Honnêtement, cela m'a beaucoup surpris parce que je n'ai jamais entretenu une relation privilégiée avec lui. Il n'était pas président quand j'ai signé mon premier contrat comme entraîneur des Espoirs du Club, ni quand je l'ai prolongé la première fois. Il n'est revenu ici qu'avant ma deuxième prolongation, et celle-là, je l'ai négociée avec lui. Il a vu que j'avais amené beaucoup de joueurs chez les pros : Birger Maertens, Kevin Roelandts, Karel Geraerts, Hans Cornelis, Jeanvion Yulu-Matondo, Jason Vandelannoite, Glenn Verbauwhede, Brian Vandenbussche, Dieter Van Tornhout, Nicolas Lombaerts, etc. Ce sont des preuves d'un bon boulot avec les jeunes. Si je suis soi-disant devenu le chouchou de Michel D'Hooghe, c'est parce qu'il a remarqué que je travaillais bien. Rien d'autre. Nous ne nous voyions jamais en dehors du stade, il ne venait pas manger chez moi, je n'allais pas boire le café chez lui. C'était simplement une relation basée sur le respect mutuel. Des gens croient que nous sommes très proches et que, sous ce prétexte-là, j'ai de bonnes chances de recevoir un nouveau contrat, mais ce n'est pas le bon raisonnement. Ils ont eu le malheur de débarquer dans le noyau A du Club à un mauvais moment, quand la concurrence était terrible. Geraerts était barré par Timmy Simons ; Cornelis par Olivier De Cock ; Lombaerts par Marek Spilar, Birger Maertens et David Rozehnal ; Vandenbussche par Danny Verlinden et Tomislav Butina. Ils sont vite partis parce qu'ils voulaient jouer et ils ont eu raison. C'était une preuve d'intelligence. Mais c'est malheureux pour Bruges. Je laisserai le soin de tirer les conclusions à la direction et à la presse. J'espère simplement qu'on se souviendra que je n'aurai pas travaillé dans des conditions faciles. Dans mon esprit, je n'aurai pas échoué. La seule certitude, c'est que la saison du Club est d'ores et déjà ratée. Mais j'aurai tout fait pour que ça marche, avec le matériel à ma disposition. Et si je reste ici l'année prochaine, je travaillerai exactement de la même façon. Je lis les journaux. Je vois qu'on parle de Jacky Mathijssen, de Bert van Marwijk, de Georges Leekens, de Trond Sollied. Tous des grands noms, qui ont un passé d'entraîneur plus riche que le mien. Et alors ? Moi, j'ai travaillé avec un paquet de coaches qui sont allés à une ou plusieurs Coupes du Monde : j'ai eu Ivica Osim en équipe nationale yougoslave, Leekens à Bruges, Robert Waseige à Charleroi, Leo Beenhakker à Istanbulspor. J'ai aussi bossé avec Luka Peruzovic et j'ai été l'assistant de Sollied. Ce ne sont pas des références ? J'ai des arguments, moi aussi. Et je sais que Luc Devroe souhaite continuer avec moi. C'est aussi un élément en ma faveur. J'ai garanti à la direction du Club que je ne négocierais avec personne d'autre aussi longtemps qu'on n'aurait pas pris de décision concernant ma prolongation. Je ne veux pas avoir deux fers sur le feu. J'attends en retour qu'on ne prenne contact avec personne d'autre avant de m'avoir fixé. Je serais très déçu d'apprendre par la presse qu'un autre entraîneur parle avec la direction. Donc, j'attends. Mais je ne pourrai pas me permettre de patienter indéfiniment. Le Club non plus, d'ailleurs... par pierre danvoye - photo: belga