J acky Mathijssen est un personnage complexe qui, selon les circonstances, sait varier le ton et le contenu de son discours. Il y a d'abord l'entraîneur au quotidien qui prépare minutieusement son plan pour la prochaine rencontre. Et puis, il y a le Jacky Show du week-end. Que ce soit sur le bord du terrain ou en interview, après le match, Mathijssen offre un tout autre visage. Tantôt rusé, tantôt cassant ; tantôt ironique, tantôt blagueur ; tantôt nerveux ou tendu, tantôt apaisé ; tantôt de mauvaise foi, tantôt pédagogue. Il peste, décortique et analyse. Pour toutes ces raisons, les interviews d'après match font partie du folklore. A consommer sans modération.
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J acky Mathijssen est un personnage complexe qui, selon les circonstances, sait varier le ton et le contenu de son discours. Il y a d'abord l'entraîneur au quotidien qui prépare minutieusement son plan pour la prochaine rencontre. Et puis, il y a le Jacky Show du week-end. Que ce soit sur le bord du terrain ou en interview, après le match, Mathijssen offre un tout autre visage. Tantôt rusé, tantôt cassant ; tantôt ironique, tantôt blagueur ; tantôt nerveux ou tendu, tantôt apaisé ; tantôt de mauvaise foi, tantôt pédagogue. Il peste, décortique et analyse. Pour toutes ces raisons, les interviews d'après match font partie du folklore. A consommer sans modération. Défaite inattendue face aux Campinois. Charleroi a rendu une copie brouillonne et fait preuve d'un manque d'allant. Mathijssen se rend compte qu'il doit secouer ses hommes dans le creux de la vague. Ce qu'il fit en conférence de presse en usant de termes forts : " J'ai vu une réaction de 30 minutes alors que j'avais demandé une action de 90. J'avais un accord avec les joueurs et ils l'ont rompu. Ils se sont crus trop forts. Il s'agit d'une défaite du Sporting mais également d'une défaite personnelle, de moi vis-à-vis de mes joueurs : ils m'ont battu. C'est la grande raison pour laquelle Charleroi restera toujours au même niveau. Si on a toujours besoin d'un " grand " pour se surpasser, on stagnera à 50 points. C'est dans ce genre de rencontres aussi que l'on acquiert un autre statut et en ne comprenant pas l'importance d'un tel match, les joueurs manquent de professionnalisme ". Charleroi n'a jamais été dans le coup. Surtout en deuxième mi-temps. Pourtant, une phase litigieuse - la sortie kamikaze de Stijn Stijnen - donne l'occasion à Mathijssen de fustiger l'arbitrage : " Il paraît qu'il y a des statistiques sur lui. J'essaierai de l'attirer le plus rapidement chez nous, à domicile ", lâche-t-il en référence à un article paru le matin même dans la presse et qualifiant l'arbitre du match, Joeri Van De Velde de home referee, c'est-à-dire d'arbitre sifflant toujours en faveur de l'équipe visitée. Mathijssen a toujours eu des relations tendues avec le corps arbitral. Pourtant, il n'hésite pas à non plus à reconnaître un bon arbitrage ou un arbitrage qui a tourné à son avantage. Une semaine plus tard, contre Mouscron, il avouera même : " Je suis le premier à dénoncer quand l'arbitrage est partial et donc contre nous et je dois avouer que contre Mouscron, l'arbitre nous a favorisés ". Les Carolos mettent fin à une période délicate en s'imposant dans la douleur. " Ce mois était difficile. Certains éléments manquaient de confiance, n'osaient plus de la même manière et n'avaient plus la même réussite. Désormais, la page est tournée ". Pour renverser la tendance, Mathijssen avait décidé de faire tourner son entrejeu en laissant Majid Oulmers au repos. " Quatre joueurs ont disputé tous les matches et ils m'ont tous signalé - pas un, tous ! - qu'ils connaissaient un creux. Pour garder de la fraîcheur, je vais donc continuer à faire débuter un des quatre... sur le banc. De la sorte, je suis également sûr que quand cet élément rentrera, il jouera à fond ". Sur le silence de l'attaque, il se montre bref mais précis : " Je ne suis pas quelqu'un qui parle des transferts en public mais mes souhaits sont très clairs et on ne peut pas rester quatrième si on ne marque pas de buts ". Le noyau est-il assez large ? " Quand tout le monde est là, il est assez large ". Les points sensibles ont été touchés et comme une huître, le Limbourgeois se ferme. S/FM : Etes-vous satisfait de l'apport des remplaçants ces dernières semaines ? J. M : J'ai déjà dit que la page du dernier mois était fermée. On doit penser positif et essayer de faire avec les moyens mis à notre disposition. S/FM : Pourtant, ne percevez-vous pas encore ce manque de fraîcheur, de créativité et d'imagination ? J.M. : Je pense qu'on a marqué le maximum d'unités ce soir. Je n'ai encore jamais vu une équipe prendre quatre points en une soirée. A la fin de la rencontre, Mathijssen attend, debout contre le mur, juste devant son vestiaire, qu'on vienne le chercher pour la conférence de presse. Il blague avec le juge de ligne puis vaque à ses devoirs. " Le supporter attend d'une rencontre que le résultat soit favorable à son équipe et que sa formation apporte quelque chose sur le terrain. C'est davantage vrai pour l'équipe qui reçoit que pour les visiteurs ", énonce-t-il en néerlandais devant la presse réunie. On sent la nervosité à fleur de peau et lorsque Rudi Cossey prend la parole à son tour et dit que son équipe aurait pu repartir avec les trois points, Mathijssen le coupe et lâche ironiquement : " Je voudrais voir les gants de mon gardien. Il ne doit pas y avoir de boue dessus... ". Une fois la conférence de presse terminée, Mathijssen ne traîne pas et file vers le vestiaire. Les collègues francophones le poursuivant, il s'arrête et s'exécute. " Il fallait d'abord privilégier l'organisation, ce qui fut fait. Mais il aurait fallu prendre l'initiative. J'ai vu Lokeren six fois cette saison. Je savais comment les bloquer. Ils ont joué comme je l'avais prévu. C'était donc facile et il suffisait d'accélérer pour gagner. Malheureusement, mes joueurs ont raté des gestes basiques comme les contrôles, les passes, tous ces petits détails qui font que finalement, on n'est pas dangereux. De cette rencontre, il y avait moyen de repartir avec les trois points. Rudi est un bon copain et j'accepte ce qu'il dit mais je ne suis pas d'accord avec lui quand il croit que Lokeren l'emporte aux points ". Mathijssen manie à la perfection l'ironie qui sonne juste. Quand on lui demande si ce match fait figure de confirmation après la victoire de la semaine précédente, il ajoute : " Vous en connaissez beaucoup des entraîneurs qui ne veulent pas gagner et des équipes qui se déplacent ici et jouent comme nous. Si Charleroi laissait le jeu à son adversaire lorsqu'il évolue à domicile comme Lokeren l'a fait, il se serait fait assassiner par la presse. Vous pensez que c'est mauvais de prendre 4 points sur 6 et de rester deux matches durant sans encaisser de buts ? On essaiera de marquer la semaine prochaine... ". Pourtant, on le sent particulièrement frustré par ce résultat : " Je dois rester concentré à chaque moment, chaque jour et chaque seconde pour convaincre mes joueurs de la nécessité de jouer simple. Il faut qu'ils soient efficaces mais ce n'est pas facile. Il y a un problème de concentration car il y a un manque de fraîcheur. C'est le lot de tous les clubs qui ont des moyens limités et qui n'ont pas 30 joueurs du top dans leur noyau. Je dois en tenir compte. Heureusement que j'ai beaucoup joué au puzzle dans ma jeunesse car ici, je n'arrête pas. De plus, il faut être réaliste : les gens qui ne sont pas contents de ma façon de travailler oublient ou ne connaissent pas les notions de base du football ". La victoire a rassuré le coach carolo. Cela se voit sur son visage et cela se traduit également dans le ton. Mathijssen est détendu ; prend le temps de savourer sa bière d'après match et il se permet même de faire une blague en conférence de presse. Alors que l'on demande à Albert Cartier s'il n'est pas inquiet au vu de son programme des semaines à venir (Anderlecht et Genk), c'est Mathijssen qui répond : " Il ne doit pas l'être car ces deux équipes-là ne sont pas plus fortes ". Sous-entendu... que la nôtre. Rassuré aussi sur la capacité de sa formation à se remettre en question : " Nous nous sommes montrés dominants dans l'entrejeu en cherchant les espaces et en mettant la pression sur le flanc gauche. Si tu mènes 0-1 et que tu peux compter sur la technique qui est la nôtre, la situation est donc idéale pour faire courir l'adversaire et tourner le ballon. Nous nous sommes entraînés toute la semaine sur un terrain sec et il s'est mis à pleuvoir une heure avant la rencontre. J'ai entendu les joueurs discuter entre eux et se dire que cela allait s'avérer difficile de manier un ballon glissant et que dans ces conditions il fallait contrôler, regarder et donner. Ce qu'ils ont fait. Je savais qu'ils étaient capables de jouer simple mais c'est parfois difficile de convaincre des techniciens d'agir de la sorte ". Mathijssen l'avait promis la semaine d'avant : " On n'encaissera pas et on marquera contre le Brussels ". Deux buts mais qui ne viennent toujours pas des attaquants. Pour cette rencontre, Mathijssen avait décidé de lancer le jeune Julien Guérenne pour une première titularisation. Pourtant d'habitude peu enclin à mettre une individualité en avant, il fait une exception : " Guérenne a montré une activité énorme. Il était toujours disponible et là pour courir et faire un pressing négatif sur un défenseur. Il a mérité de rester avec moi et le groupe pour le reste de la saison. Il y a chez lui un potentiel pour devenir un bon attaquant chez nous, à notre niveau. Cependant, nous sommes toujours à la recherche de quelqu'un devant pour finir nos actions ". Au Brussels, Mathijssen dessine la trajectoire prise, dans le jeu, par sa formation depuis trois saisons : " Nous étions un club traditionnel à domicile où l'on attendait que le Sporting l'emporte. Nous le devenons à l'extérieur où nous venons de signer notre troisième victoire. A Lokeren, c'était la première fois que je rencontrais, à l'extérieur, une équipe qui refusait d'ouvrir. Au moins, le Brussels a tenté quelque chose. Lokeren rien mais il repart avec un point. Pas le Brussels. Je ne réfléchis pas en terme de classement mais c'est toujours plus attractif pour les supporters, pour les sponsors et les relations commerciales d'avoir un bon classement. C'est un adjuvant psychologique également pour les joueurs. Moi, ce qui m'importe, c'est de faire attention à prendre le bon wagon, c'est-à-dire celui des clubs qui se battent dans le haut du tableau, au moment où le classement se scinde en deux. Je crois que nous y sommes parvenus ". STÉPHANE VANDE VELDE