Des clubs tels que Loughborough Dynamo, Shaw Lane Aquaforce et Frickley Athleticouwd résonnent plutôt étrangement aux oreilles de ceux qui ne sont pas au courant de la pyramide du football anglais. Pour James Vardy, la sensation de la Premier League, ils résonnent toutefois comme une musique. De 2007 à 2010, il a affronté des équipes de cet aloi sous le maillot des Stocksbrigde Park Steels, en Northern Premier League et en Northern Premier League Division One South - respectivement les septième et huitième divisions anglaises - avant d'entamer son irrésistible ascension vers l'élite de la Premier League. Vardy n'a mis qu'un lustre pour rejoindre l'élite et, en route, il a accumulé les records. Désormais, il est même international anglais. Les Britanniques raffolent de ces stories à la Charles Dickens, qui voient le pauvre diable vaincre le système, en l'occurrence Sheffield Wednesday.
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Des clubs tels que Loughborough Dynamo, Shaw Lane Aquaforce et Frickley Athleticouwd résonnent plutôt étrangement aux oreilles de ceux qui ne sont pas au courant de la pyramide du football anglais. Pour James Vardy, la sensation de la Premier League, ils résonnent toutefois comme une musique. De 2007 à 2010, il a affronté des équipes de cet aloi sous le maillot des Stocksbrigde Park Steels, en Northern Premier League et en Northern Premier League Division One South - respectivement les septième et huitième divisions anglaises - avant d'entamer son irrésistible ascension vers l'élite de la Premier League. Vardy n'a mis qu'un lustre pour rejoindre l'élite et, en route, il a accumulé les records. Désormais, il est même international anglais. Les Britanniques raffolent de ces stories à la Charles Dickens, qui voient le pauvre diable vaincre le système, en l'occurrence Sheffield Wednesday. Première étape de la carrière de Vardy, là où tout a vraiment commencé pour lui : la petite bourgade de Stocksbridge, sise dans le Peak District, un parc national de 140.000 hectares qui forme une frontière naturelle entre les villes de Manchester et de Sheffield. Pendant des décennies, la métallurgie et l'industrie minière ont dominé le paysage. Du petit stade de Bracken Moore, lové contre une colline, on voit les restes de la Samuel Fox and Company, devenue la British Steel Corporation. Le terrain verdoyant de Stocksbridge tranche dans le décor. " Les 17 équipes de la série sont jalouses de notre terrain ", affirme le président Allen Bethel. " Il n'y a pas d'aussi beau terrain dans tout le Yorkshire du Sud. Mais nous avons peu de supporters. Tout au plus une centaine. Les lads préfèrent assister aux matches de Sheffield Wednesday. Hillsborough se trouve derrière la colline, à quinze kilomètres d'ici, à peine. " De Stocksbridge, il faut vingt minutes en voiture pour rallier la maison des Vardy, à Stanington, un quartier de la périphérie de Sheffield, où on inculque très tôt aux enfants l'amour de Wednesday. Jusqu'à l'âge de seize ans, Vardy a joué dans l'anonymat des catégories d'âge des Owls. Son univers s'est effondré en 2002 : Sheffield Wednesday l'a renvoyé. Il était soi-disant trop petit. Ironie du sort, quelques mois plus tard, Vardy a connu un pic de croissance de vingt centimètres mais voilà, le garçon est dégoûté du football. Il ne touche plus le moindre ballon pendant huit mois, hormis pour l'équipe de l'école. En 2003, Bethel, le président de Stocksbridge, voit un frêle garçon à l'oeuvre en U18. Il est frappé par sa vitesse comme par la manière dont il pourchasse les défenseurs jusqu'au point de corner. Bethel : " Jamie traînait une sale réputation mais ici, il s'est épanoui. Il avait toujours le sourire aux lèvres. Je ne l'ai vu se fâcher qu'une seule fois. Nous devions disputer un match de Coupe aux environs de Newcastle. Ça représente un trajet de 400 kilomètres en car, aller-retour. Il a débuté sur le banc et n'a joué que trente secondes. Il a juré de ne plus jamais jouer sous les ordres de cet entraîneur. " Vardy s'attarde longtemps, trop longtemps, en U18 et en espoirs. Il ne frappe à la porte de l'équipe-fanion que quatre ans après son arrivée. Il gagne un peu plus de 40 euros par semaine, un salaire qui sera porté à 210 euros durant sa dernière saison. Mais l'argent ne l'intéresse pas beaucoup. Vardy veut avant tout prouver à son ancien club qu'il avait tort de le renvoyer. De fait, il est trop frêle pour le football des divisions inférieures. Semaine après semaine, Vardy est malmené par de solides défenseurs centraux typiquement britanniques. Mais après avoir été envoyé au sol pour la dixième fois par un colosse, il se relève sans râler. Sa réplique favorite ? Un tacle, les deux pieds en avant. " Jamie sortait son tacle volant quelques fois par mois ", rigole BrettLovell, l'ancien capitaine de Stocksbridge, ami personnel de Vardy. " Il voulait s'imposer. Il se fichait bien que son adversaire mesure 1m90 et soit deux fois plus lourd que lui. " La tactique de Stocksbridge n'est guère élaborée. Vardy conclut généralement une manoeuvre de Lovell. " Il n'avait pas conscience de l'ampleur de son talent. Les défenseurs avaient souvent l'air bête quand il leur prenait le ballon. Ce qu'il fait contre Manchester United, Chelsea ou Arsenal -presser les arrières jusqu'à leur propre ligne - est sa marque de fabrique depuis des années. Jamais il ne serait allé aussi loin sans son engagement et son audace. Il faut littéralement lui passer sur le corps. " Vardy combine le football semi-professionnel avec un travail d'ouvrier dans une usine de fibres de carbone de Mansfield. Il fait sa vie mais déraille lors d'une sortie à Sheffield. Il vole au secours d'un ami sourd et cogne. La sanction est lourde : il doit porter un bracelet pendant six mois et doit respecter le couvre-feu. D'ennui, il tente de casser le bracelet avec un marteau mais l'engin ne cède pas. Stocksbridge paie également les conséquences de la vie nocturne de Vardy. En déplacement, sa vedette doit quitter le jeu à l'heure afin d'être de retour chez lui à 18 heures. " Nous mettions tout en oeuvre pour mener par plusieurs buts d'écart avant le repos ", se rappelle Lovell. " Il était généralement remplacé vers 16.15 heures. Comme ça, il avait le temps de se doucher et de rentrer tranquillement chez lui. Si l'entraîneur le laissait dix minutes de plus sur le terrain, ses parents faisaient tourner le moteur de la voiture, nerveux. Pour ne pas perdre de temps, à peine remplacé, Jamie sautait par-dessus les panneaux publicitaires et montait en voiture sans s'être lavé. " Les matches en semaine sont tabous. Si le déplacement est trop long, il doit aussi déclarer forfait. " Il ne pouvait pas s'entraîner non plus mais bon, l'entraîneur n'avait pas besoin de lui pour les séances tactiques : Vardy n'en faisait quand même qu'à sa tête sur le terrain. " Comme durant ce match le jour de l'an. Il a festoyé toute la nuit et se rend directement de son dernier café au terrain de Goole. En voyant sa démarche, ses coéquipiers se disent qu'il ne faudra pas compter sur lui. Après vingt minutes, Stocksbridge mène 0-3. Vardy marque deux buts et prépare le troisième. " Il fallait le tenir de près. En 2009, nous avons joué la finale des play-offs pour la montée contre Belper Town. La veille, Jardy a voulu aller se détendre mais nous avions besoin d'un attaquant frais. J'ai finalement réussi à le convaincre de rester dormir chez moi. Par prudence, j'ai verrouillé portes et fenêtres. Et oui, nous avons gagné le match. Jamie était fou de joie. Pas seulement parce que nous étions promus mais parce que, cette semaine-là, il était enfin délivré de son bracelet. Fidèles à la tradition, nous avons fêté la fin de la saison à Blackpool. Jamie avait acheté un masque représentant un vieillard. Il s'est caché derrière une poubelle mais... les deux premières personnes qu'il a tenté d'effrayer en leur sautant dessus étaient des policiers ! Incroyable, hein ! Heureusement, les agents ont trouvé ça marrant. " La saison suivante - nous sommes en 2009, tout le Yorkshire parle de Vardy. De Sheffield à Leeds, tout le monde connaît l'avant de poche. Sheffield United le visionne à huit reprises mais renonce à le transférer car il est exclu à deux reprises. Rotherham ne propose que 2.800 euros. Crewe Alexandra lui fait passer un test d'une semaine, sans suite. Neil Aspin, manager d'Halifax Town, pensionnaire de D6, prend le risque et verse 21.500 euros. Avec les primes, la somme s'élève à 80.000 euros. " Pour son premier entraînement, Vardy portait de mauvaises chaussures ", a raconté Neil Aspin à la presse anglaise. Les joueurs qui ne le connaissaient pas se sont demandés quel con j'avais engagé. Mais à sa première touche de balle, tout le monde a compris qu'il avait quelque chose d'unique. " Halifax Town gagne le titre 2011 les doigts dans le nez et Vardy se distingue en marquant 24 buts. Andrew Piley, le très ambitieux président de Fleetwood Town, veut monter le plus vite possible en Division Quatre et l'homme d'affaires débourse sans broncher 210.000 euros pour Vardy. L'avant provoque une bagarre de supporters pendant un match à Luton Town en fêtant sans la moindre retenue un but. Une fois, on le voit aussi faire des tours de terrain en tenue d'Adam. Mais, surtout, il montre ses qualités de buteur. " Verser une telle somme pour lui relevait du pari ", a récemment reconnu Andrew Piley. " Il n'avait encore évolué qu'au niveau semi-professionnel, jouant contre des électriciens et des facteurs. Nous n'avions pas la moindre garantie qu'il soit performant contre des athlètes à temps plein mais Vardy nous a rapidement donné raison. Avec lui, c'était comme si nous trichions. Il était tellement plus rapide que les défenseurs et il avait le don de combiner cette vitesse avec le sens du but. " Le résultat est stupéfiant : 31 buts en 36 matches et le titre avec Fleetwood. Après la trêve hivernale, on peut régulièrement apercevoir David Moyes, Mick McCarthy, le manager de Wolverhampton, et des scouts de Southampton dans les tribunes. Finalement, Leicester City l'emporte avec un chèque de 1,4 million d'euros. Fleetwood exige une clause, en cas de sélection nationale. Un coup de génie. Notre compatriote Ritchie De Laet débarque à Leicester City à peu près en même temps que Vardy. Les deux footballeurs vivent trois mois dans le même hôtel et deviennent inséparables. Ils vont manger, faire du shopping, voir un film ensemble, ils se rendent à l'entraînement dans la même auto. Ils font tout ensemble, sauf dormir. " Ma première impression n'était pas bonne. Je l'ai cru fou. Il était impossible de rester sérieux cinq minutes avec lui ", explique Ritchie De Laet. " Mais il s'est calmé. Avant, il partait chez ses anciens amis de Sheffield dès qu'il avait un moment. Vous savez comment ça va quand on est célibataire. Maintenant, il a une compagne et deux enfants. Il a pris du plomb dans la cervelle. Nous avons loué ensemble une loge au stade pour que nos familles et nos amis puissent suivre les matches en toute tranquillité. " Vardy connaît son heure de gloire fin mai : RoyHodgson le sélectionne pour les matches contre l'Irlande et la Slovénie. Il fait désormais partie d'un cercle restreint de joueurs tels que Charlie Austin, Ian Wright, Les Ferdinand, StanCollymore et Stuart Pearce. Tous ont grimpé les échelons, de bas en haut, avant de devenir internationaux. De Laet est le premier auquel Vardy annonce la grande nouvelle. " Il m'a dit : - Shit, nous devons annuler nos vacances à Dubaï. Peut-être devrais-je renoncer à l'équipe nationale. Je lui ai directement remis les idées en place. Combien de fois aurait-il encore la chance de jouer avec des footballeurs comme RaheemSterling, WayneRooney et HarryKane ? " Son nouveau statut accroît encore sa popularité. Deux heures après un match au King Power Stadium, des centaines de supporters continuent généralement à se presser pour un selfie avec Vardy. Pour eux, il est Jack the lad. Un homme simple, auquel le destin avait accordé le don de bien shooter dans un ballon. Une fois, Vardy détonne : il insulte un Japonais dans un casino. Ce soir-là, De Laet l'accompagne. L'incident est très gênant pour Leicester City car quelques semaines plus tôt, le club a limogé trois jeunes à cause d'un enregistrement raciste. Vardy s'en tire avec une solide amende et envoie un sms éloquent à Lovell, son ancien équipier de Stocksbridge : " C'est une longue histoire mais je la regrette. " A 28 ans, l'Anglais n'est encore qu'au début de sa carrière. Vardy, qui se considère comme un simple travailleur qui aime mettre les défenseurs à la torture, intéresse Liverpool et Tottenham. La métamorphose est remarquable : désormais, Vardy gagne 64.000 euros par semaine, il réside dans une commune campagnarde prospère, non loin de Leicester, et il a troqué sa Renault Clio contre une Bentley Continental. Pas grand-chose n'a changé à Stocksbridge depuis le départ de Vardy. Le club ne regrette qu'une chose : ne pas avoir pu le vendre lui-même pour 1,4 million. " Mais Jamie peut se rattraper ", sourit le président Bethel. " Il peut par exemple nous offrir un de ses maillots de l'Angleterre. Il peut être certain que nous lui réserverions une place d'honneur dans le clubhouse. " PAR ALAIN ELIASY EN ANGLETERRE - PHOTOS BELGAIMAGE" Presser les défenseurs jusqu'à leur propre ligne est sa marque de fabrique depuis des années. " BRETT LOVELL, EX-COÉQUIPIER À STOCKSBRIDGE " Shit, nous devons annuler nos vacances à Dubaï. Peut-être devrais-je renoncer à l'équipe nationale? " JAMES VARDY À RITCHIE DE LAET LORSQU'IL APPREND SA PREMIÈRE SÉLECTION.