Formé à Nancy, Tony Vairelles vit ses plus belles années à Lens, de 1995 à 99. Il y connaît tout : les titres, les menaces de suicide et les sifflets. Entretien avec le plus célèbre des mulets français.
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Formé à Nancy, Tony Vairelles vit ses plus belles années à Lens, de 1995 à 99. Il y connaît tout : les titres, les menaces de suicide et les sifflets. Entretien avec le plus célèbre des mulets français. TONY VAIRELLES : J'y étais avec mon frère, qui était porte-drapeau. J'avais mon meilleur ami qui se mariait et j'étais revenu exprès. Je ne sais pas si je serais revenu de vacances sinon. J'étais un petit peu déçu de ne pas en faire partie. C'était un match où l'équipe de France était un peu empruntée, on se voyait arriver aux penalties, tout en sachant que c'était Chilavert dans les buts. Le public devait se voir mal parti et il s'est mis à scander mon nom... Surtout quand vous y êtes, ça fait chaud au coeur. En plus, j'étais l'enfant du pays à l'époque (rires). VAIRELLES : (Rires) C'était une époque formidable. A Lens, les gens sont à fond derrière leur club, prêts à faire des crédits, à ne pas partir en vacances pour se payer l'abonnement... Cette anecdote-là montre à quel point les gens ont de l'amour pour leur club et leurs joueurs. Ils sont capables de tout. Ce sont vraiment des gens qui ont le coeur sur la main. VAIRELLES : Quand on se fait éliminer par Kiev, ils m'ont fait une proposition à la trêve hivernale. Notre bon parcours européen nous avait coûté quelques points en championnat, où on se retrouvait dans le ventre mou. J'ai tout simplement pas voulu quitter le club à ce moment-là, alors que c'était mon rêve d'aller en Italie. Si je n'avais pas eu cet attachement aux supporters, ce sentiment de les abandonner, je serais parti. VAIRELLES : Oui, je ne pouvais pas leur faire ça. Et ils me le répétaient dès que je les voyais. Bien sûr, il n'y avait pas que ça, mais j'ai préféré partir à Lyon, même si Dortmund avait aussi fait une proposition. VAIRELLES : Ça a été un moment véritablement horrible. J'avais eu plein de messages de supporters qui disaient : 'On attend ton retour, on va te faire une ovation'. Moi, je voulais m'attendre à rien. Je ne voulais pas être perturbé. Mais je ne m'attendais pas à me faire siffler tout le long du match ! Chaque fois que j'avais le ballon, jusqu'à ce que je le lâche... On n'aurait même pas fait ça au pire ennemi de Lens. J'étais vraiment abattu. Même si ça n'était qu'une poignée de supporters. J'ai fait des sacrifices pour ce club, que je porte dans mon coeur. Ça a été vraiment une sale soirée. VAIRELLES : J'ai compris que beaucoup étaient déçus que je sois parti et que je n'ai pas dit au revoir. Ils avaient l'impression que je les abandonnais. Mais il faut remettre les choses dans leur contexte. On m'avait demandé de ne rien dire parce que le club était en pleine campagne de réabonnement. J'ai accepté et je n'ai pas pu faire mes adieux... Mais quand je reviens, les supporters me le répètent à chaque fois : 'Tu sais, c'était honteux ce qu'on t'a fait. Mais c'est qu'on t'aimait tellement... '