Au coeur du quartier de Droixhe, le playground du FC Lidl a vu dribbler des gamins tels que Nacer Chadli, Mehdi Carcela et Axel Witsel pendant des soirées entières. " On a formé une grosse génération de footballeurs de rue ", assure Dylan Lambrecth, de retour dans cette arène fatiguée dont il garde tous ses souvenirs de gosse assis sur la rambarde, à attendre son tour.
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Au coeur du quartier de Droixhe, le playground du FC Lidl a vu dribbler des gamins tels que Nacer Chadli, Mehdi Carcela et Axel Witsel pendant des soirées entières. " On a formé une grosse génération de footballeurs de rue ", assure Dylan Lambrecth, de retour dans cette arène fatiguée dont il garde tous ses souvenirs de gosse assis sur la rambarde, à attendre son tour. Un tour qu'il pense ensuite voir venir en janvier 2017 quand il paraphe un contrat de 3,5 ans à Anderlecht. " Je ne sais toujours pas pourquoi le Sporting m'a transféré ", confesse aujourd'hui celui qui n'a pas joué une minute en Mauve et Blanc. " Pourtant, je suis sûr que j'avais les qualités pour la D1A. " Qu'est-ce qui lui a manqué ? De la chance, un entourage... et un peu de mentalité, aussi. Comment s'est déroulée ta jeunesse liégeoise ? Dylan Lambrecth : Je viens de Droixhe où j'ai eu la chance de fréquenter des gens de différentes origines. Ça m'a permis de me créer une forte personnalité et de devenir quelqu'un de très cash. Mon père était un ancien mafieux très respecté dans l'ancien quartier sicilien de Coronmeuse ( Vincenzo Cusumano était semble-t-il proche de la " Bande à Marcel Habran ", organisation criminelle active entre les années 70 et 90, ndlr). Comme il a été expulsé du pays, je n'ai pas pu porter son nom et j'ai toujours vécu avec ma grand-mère. C'est en hommage à tout ce qu'elle a fait pour moi que j'ai conservé le nom Lambrecth. Tu as pu parler avec ton père de ses années dans le banditisme ? Lambrecth : J'ai eu l'occasion de le fréquenter de mes 14 à mes 18 ans et il m'a expliqué son passé. Je ne veux pas en parler parce que c'est secret, mais c'était très très chaud. J'ai idolâtré mon père pour sa forte personnalité, c'était un lion ! Avec lui, je n'avais peur de rien, je suis fier de ce qu'il a été : il m'a transmis les bonnes valeurs, pas les mauvaises. Quand il est décédé, je jouais en espoirs à Genk et ça a chamboulé ma vie. Que s'est-il passé pour que tu quittes le centre de formation limbourgeois ? Lambrecth : J'étais de la génération Benteke, De Bruyne et Courtois et j'avais fait mes débuts en réserve à 15 ans à peine. Je mettais des goals chaque week-end, j'étais vraiment bien. Puis, j'ai changé quand j'ai perdu mon papa. D'un coup, personne ne pouvait plus rien me dire sans quoi j'étais capable d'entrer dans une colère incontrôlable. Tout s'est joué pour moi lors d'une séance de préparation. Après une remarque de Domenico Olivieri en salle de muscu, j'ai pété un câble. J'ai claqué les talons, suis parti dans le vestiaire et je me suis juré de quitter le club. Je suis passé de Genk, où j'avais tout pour réussir, à Namur puis Virton, où la dégringolade a commencé. J'étais moins sérieux, je m'entraînais moins bien, je prenais des kilos... Tout dans les pieds, rien dans la tête : je n'étais plus un joueur professionnel. Quel que soit le moment de ta carrière, tu as toujours gardé de l'ambition. Même à Rebecq, où tu évolues en P1 en 2013, tu affirmes penser à la D1. Lambrecth : Encore aujourd'hui, je sais que je suis un des meilleurs buteurs en Belgique. Je ne vais pas le cacher : j'ai le sens du but, j'ai une bonne vision du jeu et je suis au-dessus de la moyenne techniquement. Mon seul souci, c'est d'avoir besoin de quelqu'un comme Dante Brogno à mes côtés. À Liège ( en 2016, ndlr), j'ai enchaîné les buts parce qu'il s'est montré très proche humainement. C'est ce qui m'a ouvert les portes d'Anderlecht... où le club ne m'a pas secondé comme il l'a fait avec d'autres joueurs comme Silvère Ganvoula. Pourtant, c'est à mon arrivée au Sporting que j'ai été le plus fit : je m'entraînais deux fois par jour, j'avais une hygiène de vie irréprochable parce que je rentrais chez moi crevé à la fin de la journée... je voulais réussir ! Mais on s'est directement mis d'accord avec Anderlecht pour que je sois prêté. Tu atterris alors à Roulers où le coach Arnauld Mercier ne veut pas des joueurs imposés. Lambrecth : Il me l'a directement dit. Je n'avais rien à voir avec cette transaction, mais j'en ai été la victime : je n'ai joué que 18 minutes dans un sale contexte. Face à Eupen, en PO2, je n'étais pas sélectionné à la base, donc j'ai dû me rendre seul au stade pendant que mon pote Mathieu Cornet allait chercher mes chaussures. Dans le vestiaire, il n'y avait même pas mon maillot, j'ai dû jouer avec celui de Kevin Kis, qui faisait du "S" alors que je mesure 1m87 pour 82 kilos. Devant tout le groupe, Mercier m'a descendu en disant que mon attitude n'était pas professionnelle. J'étais tout près de fondre en larmes, mais j'ai réagi en dénonçant son manque de respect envers moi. Un mois plus tard, j'ai quitté un entraînement parce que j'en avais marre que tous les joueurs se fassent embobiner par les mensonges de Mercier. Dans la foulée, un journaliste a parlé d'une histoire de bagarre totalement fausse avec Cornet. J'imagine que c'était un prétexte pour que je m'en aille parce que Roulers en a profité pour me renvoyer à Anderlecht. Tu espérais encore réussir à Anderlecht quand tu y es revenu à l'été 2017 ? Lambrecth : Si on m'avait laissé faire le stage estival, je suis persuadé que j'aurais fait partie des 26. Honnêtement, j'étais deux fois plus fort que Ganvoula et Teodorczyk. Beaucoup ont pensé que j'étais un transfert bidon vu que je n'ai pas joué au Sporting, mais ce n'est pas Jacques Lichtenstein qui m'a fait signer à Anderlecht, c'est Anderlecht qui est venu me scouter et qui m'a transféré. Mais pour avoir sa place en D1, il faut de la chance et du piston : j'étais de la team Lichtenstein alors qu'à l'époque, c'était Bayat qui gérait tout au Sporting. Peu avant la reprise, j'ai reçu un mail du club pour m'annoncer que je ferais partie du noyau B. Un jour, Van Holsbeeck m'a même dit que je ne devais plus venir au club : j'allais être prêté. Mais qu'est-ce que ça leur aurait coûté de me regarder, de me faire jouer un match ou l'autre ? Depuis, tu as transité par quatre clubs (Union, Waremme, Tirlemont et Hamoir). Comment as-tu vécu les deux années qui viennent de passer ? Lambrecth : Après mes prêts à l'Union et à Waremme ( 2017-18, ndlr), j'ai demandé à Anderlecht de casser mon contrat parce que j'étais certain de signer à Sunderland. Alors que j'avais pratiquement le contrat en main, le club a transféré Josh Maja ( il était en réalité déjà dans l'effectif des Black Cats, ndlr) et je me suis retrouvé sans rien. Ça a été le début de la descente aux enfers : j'ai perdu mon statut professionnel, j'ai repris mes kilos, je n'ai plus vraiment pris de plaisir en jouant : j'en ai eu marre du foot... Après une dernière saison en tant que pro à Tirlemont (2018-19), tu as retrouvé le statut d'amateur pour la première fois depuis près de trois ans en signant à Hamoir. Comment le vis-tu ? Lambrecth : Ce qui me manque, c'est de m'entraîner le matin et de pouvoir profiter l'après-midi de ma famille. La vie d'amateur en national est difficile. Pour le moment, je suis en recherche d'emploi, mais à mon époque liégeoise, je découpais des plaques de marbre dans une usine à Visé. Je pouvais travailler de 22 h à 6 h puis aller m'entraîner à 8h30. Je suis encore courtisé par des clubs belges et étrangers, mais je n'ai plus envie. Je ne suis pas détruit malgré tout ce qui s'est passé, mais je ne rêve plus.