Lorsque Grégory Dufer est revenu en Belgique, après son passage par Caen, on se disait que l'équipe nationale belge allait peut-être retrouver un bon joueur de flanc. Il avait signé à Bruges qui, sous Jan Ceulemans, voulait rebâtir une équipe après le départ de Trond Sollied. Mais les canaux de la Venise du Nord s'ensablèrent rapidement, Ceulemans fut éjecté et remplacé par Emilio Ferrera qui, lui-même, dut céder sa place à Cedomir Janevski.
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Lorsque Grégory Dufer est revenu en Belgique, après son passage par Caen, on se disait que l'équipe nationale belge allait peut-être retrouver un bon joueur de flanc. Il avait signé à Bruges qui, sous Jan Ceulemans, voulait rebâtir une équipe après le départ de Trond Sollied. Mais les canaux de la Venise du Nord s'ensablèrent rapidement, Ceulemans fut éjecté et remplacé par Emilio Ferrera qui, lui-même, dut céder sa place à Cedomir Janevski. Ce fut le début de la fin pour Dufer. De 19 matches de championnat joués la première saison (plus six en Coupe d'Europe), il n'en disputa plus que deux avant d'être prêté à Lokeren. Il pensait se refaire une santé au Pays de Waas mais il ne fit que sombrer un peu plus moralement malgré 12 matches joués et un but inscrit face à Anderlecht. Lorsque Jacky Mathijssen fit l'état des lieux à Bruges, il ne retint pas le Carolo dans ses options. Et le dernier jour du mercato, celui-ci débarqua gratuitement au Standard qui, après le départ de Sérgio Conceição, accusait un déficit sur le flanc droit. Un mois et demi après avoir signé un contrat d'un an (plus un an d'option) à Sclessin, Dufer n'a cependant encore disputé que deux matches de championnat. Pourtant, il ne se décourage pas. Grégory Dufer : En tout cas, c'est ce que j'avais entendu dire car, pour ma part, je n'avais jamais eu de contact direct. Mais il y avait tout de même une différence importante, cette fois : j'étais gratuit. Il me restait un contrat de deux ans à Bruges où l'entraîneur ne voulait plus de moi. Cela a incité le Club à m'accorder ma liberté totale. C'était un des principaux problèmes : la plupart des clubs belges ne pouvaient même pas payer la moitié de ce que je gagnais à Bruges. J'ai fait un effort pour signer au Standard parce que ce club faisait aussi l'effort de venir me chercher dans le noyau B de Bruges, de me redonner la chance de m'entraîner avec des professionnels, de jouer dans un grand club et devant le meilleur public de Belgique. Si car, aujourd'hui, l'offre de joueurs libres est très importante. Et mes deux derniers contrats, à Caen et à Bruges, ne jouaient pas en ma faveur. C'est finalement l'agent de joueurs Juri Selak qui, le dernier jour, a débloqué la situation. S'il y avait eu une offre émanant d'un pays traditionnel (France, Italie, Angleterre, Hollande, Espagne...), j'aurais accepté sans hésiter. Si c'était un autre pays, j'aurais réfléchi à deux fois car mon épouse doit nous donner un premier enfant en mars et je voulais aussi veiller à son bien-être mais il n'y a rien eu. Il voulait savoir si j'étais prêt immédiatement. Je n'allais pas lui mentir : j'étais quand même resté longtemps sans jouer. Heureusement, dans le noyau B de Bruges, j'ai pu compter sur le soutien de l'entraîneur, Nicky Keersmaeckers. Alors qu'il aurait très bien pu me laisser tomber puisque, de toute façon, l'entraîneur et la direction de Bruges n'avaient plus confiance en moi, il m'a incité à travailler. Et puis, lorsque je suis arrivé au Standard, il y avait une interruption de championnat à cause de l'équipe nationale. Cela m'a permis de bien bosser pendant deux semaines avec le préparateur physique, Guy Namurois. Je ne veux pas parler d'échec. J'ai livré une bonne première saison avec Jan Ceulemans. J'ai été plusieurs fois titulaire, j'ai disputé des matches de Ligue des Champions. Seule la saison dernière s'est mal passée, parce que je n'entrais pas dans les plans d'Emilio Ferrera. Puis Jacky Mathijssen est arrivé et, comme je ne faisais pas non plus partie de ses projets, on m'a libéré. Non parce que je ne me décourage pas vite, je suis plutôt un optimiste et je sais que le travail est toujours récompensé. Avant Bruges, j'ai travaillé avec une douzaine d'entraîneurs qui comptaient sur moi. Et pas n'importe lesquels : Robert Waseige, Enzo Scifo, Raymond Mommens.... Je joue le même football depuis toujours. Il y a des entraîneurs à qui mon style plaît, d'autres non. Je peux tout à fait respecter cela. Le plus râlant, c'est qu'ils ne m'ont jamais donné une véritable chance. Ou plutôt : Ferrera m'a fait joué une fois, au Brussels, alors que je n'avais plus disputé une rencontre depuis trois mois. C'était un cadeau empoisonné. A la fin du premier tour, la saison dernière, j'ai eu une discussion avec Emilio Ferrera. Tout ce qu'il m'a dit, c'est que je ne jouerais pas davantage et que je pouvais donc me chercher un autre club. C'était une opinion que je respectais, c'est pourquoi j'ai accepté d'être prêté à Lokeren. Et cette saison, c'est à mon agent, Didier Frenay, que le club s'est adressé pour régler les modalités de la rupture de contrat. Non, pourquoi ? Si Didier m'avait déjà tout expliqué, cela ne servait à rien de me le redire une deuxième fois. Peut-être. Mais à Charleroi, j'avais tout de même joué quelques matches avec Mathijssen. Evidemment, Bruges évolue différemment du Sporting. Je le répète : la première année, je pense que tout le monde était content de moi. Mais c'est vrai que, lorsque le Club s'est séparé de Degryse, il y a peut-être eu une tendance à mettre tout le monde dans le même panier. Seul Jonathan Blondel a continué et Ivan Leko n'est ressorti que sur la fin. Non mais il venait d'un grand club européen et il était plus jeune que moi. Il s'est accroché pour revenir car il a beaucoup de tempérament et cela a fini par payer. Ce n'est pas mon problème, ils sont assez grands pour savoir ce qu'ils font. Et puis, Salou est un bon joueur. Lokeren a failli me dégoûter du football à tout jamais. C'est le pire moment de ma carrière. Je n'y ai rien appris. Si tout était à refaire, je n'accepterais d'ailleurs plus d'y aller. Ce club était en pleine déconfiture, je ne retrouvais rien de ce que j'avais connu à Charleroi, Caen ou Bruges. Il n'y avait aucune ligne. Ma seule satisfaction, c'était d'être sur le terrain. Mais à quel prix ! Ce n'est jamais bon non plus d'être dans une équipe quasi-descendante. Si j'avais compris cela plus tôt, je serais resté à Bruges. D'autant que, finalement, Emilio Ferrera a été limogé. Et qui sait si Cedomir Janevski ne serait pas venu me rechercher... J'aurais, alors, peut-être eu la chance de disputer la finale de la Coupe de Belgique et de partir sur un tout autre sentiment. C'est une leçon pour l'avenir : mieux vaut parfois s'accrocher. Non. Le Standard est un grand club qui aura bien besoin de tout le monde pour atteindre ses objectifs. Si l'entraîneur n'avait pas eu confiance en moi, il ne m'aurait pas titularisé dès la première occasion, à Gand. J'y ai évolué sur le flanc gauche et je pense m'être bien débrouillé. Ce fut moins bon à Saint-Trond, parce que je manque encore de rythme. N'oubliez pas qu'il y a six mois que je ne joue plus. Ce jour-là, toute l'équipe a évolué un ton en dessous mais cela ne doit pas me servir d'excuse. Je pense avoir rempli correctement mon boulot défensif mais, en possession de balle, j'ai souvent fait les mauvais choix. Je reste de toute façon persuadé qu'il sera plus facile de resurgir au Standard parce que c'est un club qui joue au football. Axel Witsel n'est peut-être pas un flanc droit à l'origine mais c'est là qu'il a livré ses meilleurs matches. Le reste ne compte pas. On n'a rien à lui reprocher et il est normal que l'entraîneur le maintienne dans l'équipe. Je ne vais certainement pas revendiquer qu'on change quelque chose à une équipe qui tourne pour m'y introduire sous prétexte que je suis un transfert. De l'expérience. C'est une équipe jeune. Nous ne sommes que deux ou trois à avoir connu la Ligue des Champions. Non. J'espère jouer le plus possible, être prêt quand on fera appel à moi. Physiquement, je progresse et le rythme viendra au fil du temps. Il n'y a plus de championnat de Réserves mais nous allons bientôt jouer en semaine contre des équipes de D2 ou de D3. C'est encore plus intéressant. Pour le moment, je peux dire qu'il y a plus de chaleur au Standard mais évidemment, l'équipe gagne, tout va bien. Cependant, je constate quand même que nous avons plus de plaisir à être ensemble. A Bruges, il y avait des petits clans. Pour ce qui est de la pression, je ne crois pas qu'elle soit plus forte ou moins forte à Sclessin. Finalement, les objectifs sont identiques. La différence c'est que, comme le Standard n'a plus été champion depuis longtemps, tout est plus chaud ici. Les Flamands m'ont super bien accueilli. Je ne vais pas faire de polémique là-dessus. Je trouve même que ce sont surtout les francophones qui devraient faire un effort pour mieux s'exprimer en néerlandais. Moi, je n'ai jamais entendu parler du Standard ni d'Anderlecht. On en rigolerait ? Je pense plutôt que chaque joueur wallon qui se respecte rêve d'un jour porter le maillot du Standard. Deux fois, même : en hiver et en été. Tout était prêt contractuellement mais il fallait, pour cela, que le Sporting vende un médian. Et personne n'est parti. Pour être franc, c'est bien d'avoir des ambitions et le Sporting a une bonne équipe, bien en place, qui sait jouer au football. Mais il faut rester les pieds sur terre : pour que Charleroi soit champion, il faudrait que les quatre grands clubs fassent tous un faux pas en même temps. La Coupe d'Europe, ce serait déjà très bien, d'autant que le banc n'est pas très étoffé. Bien sûr qu'on en parle puisque nous sommes en tête. Nous savons aussi que le chemin est long. Et il faut se méfier de l'eau qui dort : Bruges ne joue pas bien, par exemple, mais il gagne. Le championnat de Belgique est peut-être beaucoup moins facile qu'on ne le croit car les petites équipes s'accrochent. Je ne suis pas d'accord avec cela. Nous avons déjà deux bons gardiens réservistes. Plus quelques joueurs de qualité. Mais on ne les connaît pas encore puisque l'équipe tourne bien et qu'on n'a pas encore eu besoin d'eux... par patrice sintzen - photos: reporters/buissin