D'un pas lent, voire très lent, Xavier Malisse monte les marches qui le séparent du Players Lounge de Roland Garros où l'on s'est fixé rendez-vous en ce dimanche, veille de la première journée des Internationaux de France. A ses côtés, Kathy, sa nouvelle fiancée belge qui lui serre amoureusement la main et qui, tout au long de notre entretien, couvera son bien-aimé d'un regard manifestement complice.
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D'un pas lent, voire très lent, Xavier Malisse monte les marches qui le séparent du Players Lounge de Roland Garros où l'on s'est fixé rendez-vous en ce dimanche, veille de la première journée des Internationaux de France. A ses côtés, Kathy, sa nouvelle fiancée belge qui lui serre amoureusement la main et qui, tout au long de notre entretien, couvera son bien-aimé d'un regard manifestement complice. Xavier Malisse, premier joueur belge depuis quelques semaines, est serein. Ses réponses sont sincères, sans détour. En quelques mots, il retrace une année folle qui l'a vu, tout au long de la saison 2000, descendre aux enfers. De sa liaison avec Jennifer Capriati, il ne garde pas de bons souvenirs même s'il est conscient qu'il aurait pu s'en sortir plus rapidement. Mais il ne charge pas inutilement la lauréate de l'Australian Open. Simplement, il explique. Parce qu'il en a assez que l'on pense qu'il est un sorteur, un buveur alors que, tout bonnement, il est un jeune joueur, un jeune adulte désireux de vivre heureux.IMG, votre société de management, pense que vous n'êtes pas satisfait de l'image que vous avez en Belgique. Qu'en est-il exactement?Xavier Malisse: Je ne sais pas vraiment. Il y a quelques années, je me préoccupais beaucoup de ce que l'on pensait de moi mais, aujourd'hui j'essaie de m'en détacher. Je sais que la plupart des gens croient que je sors tout le temps et que je fais beaucoup de bêtises. Parfois, cela me fâche car c'est tout à fait faux mais, bon, je préfère ne pas m'en soucier car je sais ce qu'est ma vie. Peu importe ce que les autres en pensent. Je suis heureux maintenant et je ne vais pas me gâcher la vie à tenter de savoir ce que certains membres de la fédération pensent de moi. J'ai autre chose à faire. Dans le public, parmi vos supporters, avez-vous aussi ressenti une certaine incompréhension par rapport à votre mode de fonctionnement?Certains de mes supporters se posaient en effet des questions. Ce qui était logique puisqu'ils lisaient des articles dans lesquels on disait que je sortais tous les soirs. A force de lire les mêmes mensonges, ils finissaient par les croire, c'est humain. De plus, comme j'étais aux Etats-Unis, je ne pouvais pas me défendre.D'un autre côté, vous ne donniez pas vraiment l'impression de vouloir vous défendre puisque vous refusiez quasiment toutes les demandes d'interview?C'est vrai, j'ai essayé de m'isoler. D'une part parce que certains journalistes belges n'hésitaient pas à écrire B quand je disais A. D'autre part parce que je ne me sentais pas trop bien dans ma peau. Je préférais donc laisser les choses se calmer.Même aux Etats-Unis, aviez-vous des échos de ce que l'on disait de vous en Belgique?Un peu, oui. Parfois, on me téléphonait mais je ne répondais pas. Je changeais de numéro de téléphone sans arrêt. Au début, c'était vraiment difficile. Puis, petit à petit, j'ai essayé de me remettre à faire mon travail.Si vous deviez vous-même vous décrire en un mot, vous diriez quoi?Avant tout que je suis calme. Je suis plus calme qu'avant. Je sais que j'ai fait des bêtises, mais maintenant, c'est fini.C'est quoi, des bêtises? Si vous dites bêtises, on peut imaginer n'importe quoi. Pouvez-vous être plus précis?Il s'agissait de bêtises professionnelles. A savoir qu'il m'arrivait de sortir la veille d'un match, de ne pas avoir mes raquettes lorsque je montais sur le terrain. Je ne me préparais pas physiquement.Cela, ce ne sont pas de vraies bêtises. Certains, en Belgique, ont imaginé que vous étiez sur les traces de Bernard Boileau et que vous risquiez de vous droguer ou de boire plus que modérément.Non, je n'ai jamais fait cela. Jamais. Je sortais mais sans me saouler. Quand je dis bêtises, je veux dire que je n'étais pas professionnel sur et en dehors du court et que, dans ma vie privée, j'ai pris quelques mauvaises décisions. Aujourd'hui, je fais tout ce qu'il faut pour être au top.Vous avez eu peur, à un moment donné, de ne plus pouvoir réagir et de continuer à tomber dans le trou?Oui, l'année dernière, tout allait très mal. J'ai réagi, je pense, il y a neuf ou dix mois. Je me suis rendu compte que je n'étais pas heureux du tout et que je ne pouvais plus vivre comme cela.Vous avez cru que tout le monde allait vous laisser tomber?Oui, mais ce n'était pas plus mal pour moi. Car, quand tout le monde épiait mes faits et gestes, je n'avais pas le droit de perdre le moindre match. Tandis que quand j'ai repris le chemin des challengers, je pouvais gérer moi-même mes rencontres, sans que l'on s'intéresse trop à mes performances. Dès que j'ai recommencé à jouer les challengers en octobre 2000, j'ai su que j'allais dans la bonne direction.IMG vous a abandonné?Oui et non. Oui, parce qu'ils en avaient logiquement assez des mauvaises décisions que je prenais. D'un autre côté, mon manager a toujours été à mes côtés. En fait, ils ont arrêté de me trouver des wild-cards car je ne montrais pas suffisamment de professionnalisme pour en mériter d'autres. Je ne pouvais pas leur en vouloir puisque, en 2000, j'ai vraiment été nul.A contrario, y-a-t-il des gens qui, depuis que vous êtes remonté dans le Top 70, font semblant de toujours avoir cru en vous?Oui, il y des gars qui téléphonent chez mes parents alors que je n'ai jamais entendu parler d'eux. Il y en a mais comme je suis plus mûr qu'avant, je suis capable de voir qui sont mes vrais copains.A quoi vous ont servi ces 16 mois de galère?Cela m'a appris beaucoup. L'an 2000, c'était vraiment nul. Tout était mauvais. Moins que nul, même.Mais vous auriez pu arrêter cette vie beaucoup plus rapidement, non?J'étais dans un cycle tel que je n'étais pas capable de réagir. J'étais comme un zombie. Je suivais, je me retrouvais en fin de semaine sans savoir qui j'étais, où j'étais et ce que je voulais. J'étais toujours seul, je prenais toujours les mauvaises décisions. J'étais en bagarre avec mes parents, avec mon frère... J'étais une autre personne. Après trois ou quatre mois de cette vie, je savais que c'était mauvais mais il m'a fallu dix mois pour réagir. Pendant six mois, j'ai traversé la vie sans m'en rendre compte. Oui, le mot zombie est le meilleur pour résumer mon année.Cette vie dont vous parlez, c'est évidemment celle que vous avez vécue avec Jennifer Capriati. Depuis votre séparation, vous réussissez des résultats de très haut niveau. C'est logique?C'est normal. On s'est tout le temps entraînés ensemble, ce qui était bien pour elle, mais nul pour moi. Quand j'étais avec elle, j'étais comme un chien. Tout ce que je faisais, c'était pour elle, pas pour moi.Elle vous utilisait?Oui, sans nul doute. Beaucoup, même. Au début, je n'ai pas réagi parce que, justement, c'était le début. Mais après quelques mois, je savais que c'était impossible. En fait, elle aurait dû me payer pour que je fasse ce que j'ai fait. C'était impossible, comme relation. Tant sur le terrain qu'en dehors, elle estimait être la patronne. Je n'étais vraiment pas heureux.Vous le saviez mais vous ne parveniez pas, dans un premier temps, à vous éloigner d'elle?Non, j'étais dans un trou et je n'écoutais personne. Mes parents et mon frère m'avaient mis en garde mais je n'étais pas en état de les entendre.Qu'est-ce qui vous a fait prendre conscience de vos erreurs?On est sortis ensemble en février et, fin mars, je sentais que c'était foireux. Mais j'étais si mal que je suis resté tout le temps avec elle. Il aura fallu plusieurs mois pour que je remette tout à plat, que je parvienne à trouver un équilibre. En décembre 2000, j'ai dit stop.Depuis que vous jouez au tennis, on a l'impression que vous avez traversé de nombreux conflits. A quoi est dû ce caractère de rebelle?Je ne sais pas. Vraiment pas. Mon caractère a toujours été comme cela. Tennistiquement, je pensais que je ne pouvais jamais perdre. Pire même: j'estimais que je devais être le meilleur partout. Ce qui était évidemment idiot.Le fait d'avoir quitté la Belgique, d'avoir rejoint Bollettieri et d'avoir signé un gros contrat avec Adidas vous a fait disjoncter?Non. Je sais que j'ai eu un bon contrat mais je n'ai jamais pensé que j'étais une star.Pourtant, en Belgique, vous avez l'image d'une star.Oui, mais en Belgique, dès que tu mets des lunettes de soleil, les gens pensent que tu joues à la star. Mais, aux Etats-Unis, on en porte parce qu'il y a du soleil (il rit). Je ne suis pas une star. Je suis une personne comme les autres. Mais vous avez tout de même un certain charisme?Peut-être mais je veux garder les pieds sur terre et rester la même personne, même si je gagne beaucoup de tournois.Vous ne vous intéressez pas à l'argent?Je sais qu'on en a besoin mais je sais aussi que ce n'est pas l'argent qui rend heureux.Christophe Rochus a dit il y a un peu plus d'un an que son objectif était de gagner 20 millions de francs belges. Cela vous choque, comme déclaration?Non, c'est son avis et je le respecte. Mais quand on joue au tennis, on ne s'arrête pas quand on a gagné 20 millions. On joue certes entre autres pour l'argent mais surtout pour le plaisir du jeu.Vous vous occupez de vos avoirs?Non, c'est IMG qui s'en occupe. J'ai un compte aux Etats-Unis et en Belgique et je sais ce que j'ai en banque mais je ne suis pas obnubilé par le prize-money. Parfois, on pense au chèque que l'on peut toucher mais c'est assez rare.Vous êtes issu d'une famille normale, qui n'est ni pauvre, ni riche. Le fait que vous soyez susceptible de devenir millionnaire en dollars est-il difficile à gérer pour vous ou pour votre famille?Nous ne parlons pas beaucoup de cela. Dans notre famille, nous ne nous soucions pas de ce problème. Cela n'a pas généré de conflits entre mes parents, mon frère et moi.Nous sommes en mai 2001. Aujourd'hui que vous paraissez plus serein, plus calme, vous savez où vous aller, où va votre vie?Oui, j'ai ma vie qui me paraît complète. J'apprends encore tous les jours mais je sais que je suis sur la bonne voie. Par rapport à il y a un an, tout est changé. Tennistiquement, je ne dis plus que je vais être Top 10 mais je prends les tournois comme ils viennent et je suis persuadé que si je joue bien, que si je m'amuse bien, je monterai au minimum dans le Top 50.Vous êtes content d'être premier joueur belge?Je suis heureux, bien sûr, mais si Olivier est 50 et moi 55, je serais content également. Mais bon, j'aime bien être premier.Vous n'avez pas ressenti ce passage à la première place comme une revanche alors que beaucoup de gens croyaient que vous ne pourriez plus y arriver?Pas comme une revanche mais comme une satisfaction car la plupart des gens pensaient que j'étais fini. Mais on oubliait un peu trop vite que je n'ai que 20 ans. Que j'ai encore le temps.Finalement, avec le recul, le match que vous avez failli gagner contre Sampras en 98 a plutôt été négatif, non?C'était une bonne expérience sur le moment mais, par après, tout le monde est venu me voir pour me proposer des contrats, pour me donner des wild-cards. Dès ce match, on a pensé que je ne pouvais plus perdre contre un joueur de deuxième zone. J'ai évidemment bien aimé cette rencontre mais, aujourd'hui encore, on fait référence à ce match alors que, depuis, trois saisons complètes se sont passées et que j'ai vécu bien d'autres situations. Meilleures et pires.Quel est le plus beau frisson qu'un joueur de tennis peut ressentir?Je pense que c'est lorsque l'on gagne un match décisif en Coupe Davis. Pour moi, le match contre Federer lors de Belgique-Suisse est sans aucun doute le meilleur moment de ma carrière.Certains pensent que vous vous moquez de la Belgique.Ce n'est pas parce que vis aux Etats-Unis que je ne me sens pas belge à part entière. Je vais d'ailleurs bientôt partager mon temps entre la Floride et Kampenhout, où je vais habiter avec Kathy.Comment appréciez-vous la vie sur le circuit?Bof... Je n'aime pas trop le show qui est fait autour des joueurs. Quand j'avais 16 ou 17 ans, quand tout cela était nouveau pour moi, j'aimais bien mais, aujourd'hui, cela m'énerve. C'est pour cela que je quitte le club le plus rapidement possible.Les médias vous énervent?Non, ce qui m'énerve, c'est quand on n'écrit pas la vérité. Quand on est systématiquement négatif. Et puis, il y a des journalistes qui sont proches de la fédération et qui ne tiennent pas compte de la situation des joueurs.Vous parlez des joueurs alors que la plupart de vos aînés ont pris leur pension. Cela vous a-t-il surpris de les voir arrêter aussi jeunes?Non, pas vraiment, car certains d'entre eux étaient blessés. Et puis, ils avaient commencé assez tôt, donc, leur départ n'a rien de vraiment étonnant.Bernard Ashed