JOLIEN VERSCHUEREN : " J'étais déçue de mon premier cross car j'espérais pouvoir finir la course. Mais à un tour de la fin, j'ai dû abandonner car j'allais être doublée. J'en attendais sans doute trop de moi alors que le simple fait d'être au départ constituait déjà une victoire.
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JOLIEN VERSCHUEREN : " J'étais déçue de mon premier cross car j'espérais pouvoir finir la course. Mais à un tour de la fin, j'ai dû abandonner car j'allais être doublée. J'en attendais sans doute trop de moi alors que le simple fait d'être au départ constituait déjà une victoire. J'ai subi ma dernière séance de chimiothérapie fin juillet-début août. L'an dernier, au début du traitement, l'oncologue m'a dit que sept semaines de rayons et douze séances de chimio devraient suffire. Fin août, j'ai refait un CT-scan et cinq jours plus tard, on m'a rappelée pour discuter du résultat. Tout semblait en ordre. Le prochain contrôle aura lieu dans quatre mois. Pendant le traitement, j'ai surtout travaillé ma condition physique de base. Je faisais beaucoup de vélo et de course à pied, pour changer un peu. Maintenant, je travaille davantage l'explosivité. Je veux voir jusqu'où je peux aller. Personne ne peut me dire si je remporterai encore le cross du Koppenberg mais si je n'essaye pas, je ne le saurai jamais. Donc, je veux me donner une chance. Parfois, j'oublie que la chimiothérapie tue aussi les cellules saines et qu'il est normal de récupérer moins vite, d'être plus fatiguée. J'ai toujours voulu repousser mes limites. J'estime que quand on se lance dans quelque chose il faut le faire à fond. J'ai toujours été comme ça. Si ce n'est pas pour tout donner, il ne faut pas commencer. L'oncologue m'a prévenue : OK, Jolien, mais tu sais d'où tu viens et où tu veux aller. Tu risques d'être frustrée. À moi de gérer cela. Je ne me plains pas vite. Je ne suis pas du genre à perdre mon temps à me demander pourquoi ça m'est arrivé à moi. Je suis surtout très heureuse de ce qui s'est passé depuis que c'est arrivé. " " Après le retrait de la tumeur, j'ai eu sept semaines de rayons et de la chimio chaque jour. C'était nécessaire pour être sûre qu'il ne restait plus aucune cellule cancéreuse car la masse cervicale est assez glissante et plus difficile à opérer que le foie, par exemple. Les séances de chimio duraient à chaque fois cinq jours et étaient suivies de trois semaines de repos. C'est la procédure normale en cas de tumeur au cerveau. Heureusement, je supportais bien les effets secondaires, notamment grâce aux médicaments que je prenais pour éviter les nausées. Ça m'aidait à rester positive. Quand on vomit pendant des jours, c'est plus difficile. Évidemment, la fatigue est bien présente et il faut du temps pour s'en remettre. Il faut trouver le bon équilibre. Tant que j'étais active, tout allait bien. Mais parfois, je n'avais plus de forces ou je m'endormais. Alors, je savais qu'il était temps de prendre du repos. Le plus important, c'est que le post-traitement se passe bien. Lors d'un scan de contrôle, ils ont vu qu'il y avait du pus dans ma tête. Tout le monde en produit un demi-litre et l'opération a causé une fuite. De l'infection s'est donc répandue entre les méninges. Il a donc fallu m'opérer et placer un drain pour envoyer le pus vers le péritoine. J'aurai cela pour toute la vie et il faudra contrôler régulièrement pour voir si tout s'écoule bien. On peut régler le débit grâce à un aimant placé derrière l'oreille. Je ne dirais pas que c'est amusant mais c'est une solution. Je ne nie pas que ça a été difficile. Heureusement, je n'ai pas vite mal. Le plus dur, c'était l'anesthésie. Et après l'opération au cerveau, j'ai eu beaucoup de maux de tête. Logique, on vous fait quand même un trou dans le crâne puis on le referme." " Tout a commencé il y a quatre ans. À l'entraînement, avec mon vélo de route, j'avais heurté ma nouvelle pédale et j'étais tombée. Mon père avait vu qu'en me relevant, je n'avais pas retrouvé immédiatement l'équilibre. Il pensait que j'avais une commotion cérébrale. Il a appelé ma mère, qui est infirmière. Elle estimait qu'avec une blessure à la tête, il ne fallait pas prendre de risque et qu'il valait mieux aller aux urgences. Je n'avais pas de commotion mais, au scanner, ils ont vu quelque chose dans ma tête. Comme ils ne savaient pas exactement ce que c'était, le chirurgien a dit qu'il fallait faire un contrôle chaque année. Mais rien ne changeait et je n'avais pas mal. En avril, ils ont remarqué que la masse avait pratiquement doublé et ils ont décidé qu'il fallait l'enlever. Elle était devant, c'est encore la moins mauvaise place car parfois, on ne sait pas l'enlever et les conséquences sont plus graves. J'essaye toujours de voir les choses du bon côté. Mes deux victoires au cross du Koppenberg, à Audenaerde, on ne me les enlèvera pas et j'espère revenir au plus haut niveau mais je suis réaliste : je sais qu'il y autre chose que le cyclo-cross dans la vie. Je suis croyante et je pense qu'il y a autre chose après la vie. J'attache aussi beaucoup d'importance à la sportivité. Je préfère terminer deuxième de façon loyale que première sans penser aux autres. Si, pour gagner, je dois pousser une adversaire dans les balustrades, je ne me sens pas bien. Je crois vraiment que Dieu m'a donné du talent et j'essaye donc de l'utiliser pour faire le bonheur des autres. Je suis évangéliste, tout comme mes parents et mes grands-parents. Je garde toujours les valeurs de la Bible en tête et j'essaye de vivre comme il faut. Ça m'aide beaucoup car je sais que Dieu a un plan pour moi, que j'ai une mission." " Quand on vous dit que vous avez le cancer, c'est une bombe qui éclate car jusque là, tout allait très bien. On ne sait pas si le traitement va fonctionner, il y a beaucoup d'incertitudes. J'avais peur parce que je ne m'y attendais plus. Les deux contrôles précédents s'étaient bien passés, pourquoi le troisième serait-il mauvais ? Il faut dire que, comme j'avais eu une fracture de la clavicule, j'avais laissé passer plus de temps entre les contrôles. Toutefois, au cours d'une visite annuelle chez l'ophtalmo, on avait remarqué que la vue de mon oeil droit était passée de -3,75 à -7. Ma mère avait directement fait le lien avec ma tête et m'avait dit d'aller passer le scanner. Ça faisait longtemps qu'elle disait qu'il fallait enlever cette tumeur. Elle me le répétait chaque année au moment du contrôle. Mais je ne souffrais pas et même le chirurgien disait que ce n'était pas nécessaire. Mon père lui avait même demandé : Et si c'était votre fille ? Personne ne se fait opérer au cerveau sans les conseils du médecin, tout de même. Bien sûr, avec tout ce que nous savons maintenant, nous nous posons des questions car après le diagnostic, en avril, l'oncologue est allé voir les scans et il a dit qu'il y a deux ans déjà qu'on aurait dû constater que c'était une tumeur maligne. Mais à l'époque, il n'était pas encore là. Nous avons demandé ce qui se serait passé si j'avais été opérée plus tôt mais manifestement, ça n'aurait rien changé. Dans certains cas, on est déclaré en rémission lorsqu'on n'a plus rien pendant cinq ans mais quand il s'agit d'une tumeur au cerveau, on doit faire des contrôles à vie." " L'oncologue a été assez cru dans sa communication, mais il a été très clair. Il m'a dit : Jolien, on parle d'un cancer, hein. Je sortais d'une opération au cerveau et je n'avais pas compris toutes les informations techniques données par le chirurgien au sujet de l'examen des tissus. Soudain, je me suis retrouvée face à la réalité, mon monde s'est arrêté et j'ai pleuré. Je me posais des centaines de question mais j'étais tellement KO que je ne savais pas quoi demander d'abord. Heureusement, l'oncologue m'a tout de suite proposé un plan. Le fait qu'il y ait une solution m'a permis de tenir le coup. Pour certaines personnes, il n'y a pas de solution. La mienne n'était pas la meilleure mais cet homme m'a donné le sentiment d'être honnête, expérimenté et fiable. Il me comprenait. Il m'a dit aussi que je pouvais continuer à faire du sport, qu'il voulait que je me sente bien. Je n'avais pas le choix : je devais m'en sortir. Pleurer dans mon coin, ça ne servait à rien. Je devais me battre. Avec l'aide de mes parents, j'y suis arrivée. J'ai tout de suite commencé à prier. Ma foi m'aidait à garder espoir. J'étais toujours très calme. Je me disais que Dieu veillait sur moi, que tout irait bien, quoi qu'il arrive. De plus, j'avais davantage de temps à consacrer à la religion. Avant, je courais tout le temps. " J'ai lu un livre de Joyce Meyer, un évangéliste qui a vaincu le cancer. C'était plein d'exemples de gens qui, grâce à la foi et à leur ténacité, ont réalisé leur rêve. Je suis surtout très heureuse que, dès le début, mes parents n'aient plus travaillé qu'à mi-temps. Je n'ai jamais été seule, sauf le soir pour prier dans ma chambre. Je me confiais à Dieu, je mettais mon sort entre ses mains en sachant qu'il savait ce qu'il y avait de mieux pour moi. " " On va voir ce que l'avenir me réserve. Ce qui me rassure, c'est que le traitement est terminé mais avant chaque contrôle, je vais flipper, surtout dans l'attente du résultat du scan. Cela me tracassera plus que toute autre chose. J'essaye de profiter de chaque jour, de faire ce que j'aime et d'être une source d'inspiration pour les autres. Mon histoire a touché et encouragé pas mal de monde, je trouve ça chouette. Je suis heureuse quand on me dit que quelqu'un a trouvé du réconfort en me voyant me battre. Nous ne sommes pas sur terre que pour nous mais aussi pour les autres. J'essaye d'y penser plus que jamais. Je viens de devenir marraine et quand je vois cet enfant, je me dis que je veux faire tellement de choses avec elle et signifier beaucoup de choses pour elle. Je ne vais pas l'obliger à faire de la course mais je lui ai déjà offert un trotteur (elle rit). Faire du vélo, c'est avant tout prendre du plaisir. C'est pour ça que j'ai commencé, parce que j'aimais ça, pas pour monter sur le podium. Mais une fois qu'on l'a fait, on veut recommencer. On verra si j'y parviendrai. En tout cas, je travaille pour ça. Je vis ma foi plus intensément que jamais. On court tellement dans la vie qu'on néglige les moments de silence. Désormais, j'y fais attention. Je suis heureuse d'être encore là et de pouvoir encore faire tant de choses. Pour le même prix, l'opération pouvait rater et je serais devenue une plante. Je remercie aussi les gens qui m'entourent. Dans les moments difficiles, mes parents ont toujours été là. J'aurais voulu m'enfuir, tout laisser derrière moi afin que tout aille plus vite. Par moments, je me disais que c'était vraiment trop. Alors, je prenais mon vélo et j'allais rouler. Mais tout s'est toujours bien passé. À cause de la chimiothérapie, certains patients ne peuvent pratiquement plus marcher, on les amène en chaise roulante. Ma voisine ne pouvait pratiquement plus rien avaler et elle me voyait faire cent kilomètres à vélo en pleine chimiothérapie. Aujourd'hui, elle est décédée. Là, je comprends combien je dois être reconnaissante."