L'ombre d'Usain Bolt plane encore sur la piste du Stade Roi Baudouin. Les Diables Rouges doivent s'éclater comme lui dans la dernière ligne droite de leur campagne de qualification pour l'Euro 2012 qui se déroulera en Pologne et en Ukraine. Même si leurs chances d'arracher la deuxième place du groupe dépendent autant d'eux que de faux-pas de la Turquie, ils sont obligés de briller contre le Kazakhstan, vendredi à Bruxelles, avant d'affronter la Mannschaft mardi prochain à Düsseldorf.
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L'ombre d'Usain Bolt plane encore sur la piste du Stade Roi Baudouin. Les Diables Rouges doivent s'éclater comme lui dans la dernière ligne droite de leur campagne de qualification pour l'Euro 2012 qui se déroulera en Pologne et en Ukraine. Même si leurs chances d'arracher la deuxième place du groupe dépendent autant d'eux que de faux-pas de la Turquie, ils sont obligés de briller contre le Kazakhstan, vendredi à Bruxelles, avant d'affronter la Mannschaft mardi prochain à Düsseldorf. Georges Leekens mesure parfaitement cette évidence en découvrant le ranking FIFA des équipes nationales que lui tend Nicolas Cornu, le team manager des Diables Rouges : " La Belgique est 34e. Quand je suis revenu ici, elle était accrochée à la 67e place. Nous occupons désormais notre meilleure position dans ce classement depuis 10 ans. " Né malin, Long Couteau (63 ans) sait qu'une qualification pour un grand tournoi international, tant attendue depuis 2002, est bien plus importante que ce hit-parade. Le café est servi dans son QG, au troisième étage de la Maison de Verre, près du bureau du président et du CEO de la fédération. Leekens travaille à la même hauteur qu'eux alors qu'il s'était installé au premier étage lors de son précédent passage à la tête de l'équipe nationale. Georges Leekens : Ecoutez, le plus important est ce que je vois et ce que je ressens en vivant avec notre équipe nationale. Nous détenons une masse de jeunes talents, c'est évident, mais leur éclosion passe aussi par des crises de croissance. C'est une évolution récente ; le public comprend ce qui se passe et est derrière nous. L'Euro 2012 n'est pas un must même si une absence en Pologne et en Ukraine priverait cette génération d'une fameuse expérience. Il y a eu des critiques justifiées au début de cette campagne européenne. Un 0 sur 6 a toujours une conséquence évidente : c'est ce qui nous est arrivé et on court derrière les événements que d'autres maîtrisent avec plus de maturité. J'ai compris à ce moment-là que ce serait difficile mais nous avons quand même pris des options pour le logement en Pologne et en Ukraine, rien n'est laissé au hasard. Je ne crois pas aux miracles. J'ai déjà titillé les joueurs : - Copacabana, la plage, le Brésil, ça ne vous plairait pas ? C'est demain mais il faut d'abord commencer par aujourd'hui. Le Kazakhstan constitue un premier pas important, puis il y aura l'Allemagne... Non. Ils ont parfois voulu trop bien faire au lieu de se contenter de gagner. Quand on tient un bon résultat, on le garde en mains, on ne se précipite pas au risque de tout perdre. Au niveau international, ces erreurs se payent cash. La jeunesse ne constituera plus une excuse. Nous avons travaillé très dur durant un an et le train est sur les rails. Le groupe est stable avec 27 joueurs. La porte n'est pas fermée et nous avons accueilli Dries Mertens un peu plus tard. Vincent Kompany assume plus de responsabilités. Il a toujours eu cela en lui et il a déjà traversé de rudes épreuves comme sa blessure à Hambourg. Il a franchi ce cap et bien d'autres en Angleterre. Et, dans le fond, c'est ce que je demande à Eden Hazard de faire. C'est bien plus important que cette affaire d'hamburger. Les joueurs doivent comprendre que le niveau des équipes nationales est plus élevé que celui de leur club respectif. Axel Witsel a bien saisi tout cela après ce qui lui est arrivé. Il a tourné le bouton et Axel n'a plus l'image du récupérateur ou du tacleur : c'est un joueur de classe, avec des idées, des mouvements, des dribbles et des slaloms à la Paul Van Himst. Je l'ai déjà dit : Eden a 20 ans et est le meilleur joueur de France, un pays où tout n'est pas exemplaire, du moins au niveau de son équipe nationale. Le poids à porter était de plus en plus lourd, je l'ai bien remarqué. J'ai pris mon temps pour le sanctionner après ce qui s'est passé contre la Turquie. Eden doit assumer ses responsabilités car tous mes joueurs sont des ambassadeurs auprès des jeunes. Quand Witsel a adressé un geste au public du Cercle de Bruges après avoir été exclu, je lui ai parlé : un international ne peut pas s'abaisser à cela. Il l'a compris et s'est excusé. Quand Eden a été remplacé contre les Etats-Unis, je lui ai dit qu'on irait manger un hamburger après le match. Quand on a pris ses responsabilités, on peut rire. Eden a été surpris que je le rappelle aussi vite. Si d'autres estiment que c'était un bon signal ou non, cela ne m'intéresse pas. Ce n'est pas la sanction qui importait : un, deux, trois matches ? Non, les Diables Rouges savent comment nous travaillons et connaissent le niveau que nous exigeons : celui de la Ligue des Champions. Et j'en demanderai toujours plus à Eden comme à Simons, Fellaini, Kompany, Vermaelen, Witsel.. Nous avons besoin de top joueurs. Nos jeunes s'affirment et le feront de plus en plus, que ce soit en Espagne ou en Angleterre. Courtois est déjà titulaire à l'Atletico Madrid après avoir joué un an en D1 avec Genk : c'est fabuleux. Simons ne tiendra plus le coup cinq ans mais je n'élimine pas un joueur qui a du rendement. Steven s'est vite révélé à Porto. Je ne le vois pas à la place de Simons mais plus haut. Si ce n'est pas le cas, la distance est trop grande entre la ligne médiane et l'attaque. On ne peut pas demander à Witsel d'assurer sans cesse la jonction. Marouane Fellaini a d'autres cartes ; il est fort dans les airs, sait surgir au deuxième montant mais n'est pas un finisseur comme Witsel. Pour les couloirs, nous avons Chadli, Dembele, Mertens, Hazard, El Ghanassy, De Bruyne, etc. La Belgique n'a pas eu d'extérieurs durant 10 et on a le choix, maintenant. C'est de la concurrence positive. Et maintenant, il y a le problème de l'attaque, n'est-ce pas ? Je prétends que la créativité ne suffit pas dans notre système. Les ailiers doivent marquer aussi, j'insiste souvent sur cela. Pour nous, l'attaquant de pointe n'est pas nécessairement celui qui doit déposer le ballon dans les filets. Il doit surtout veiller à créer des espaces pour les autres. C'est un paratonnerre qui peut surgir évidemment dans le rectangle. Hazard et Mertens marquent de plus en plus dans leurs clubs. C'est peut-être un peu tard pour cette campagne des Diables Rouges mais c'est intéressant pour plus tard. Romelu Lukaku ne doit pas absolument marquer. Il doit encore franchir des étapes très importantes. On ne peut pas comparer Lukaku à Forlàn, Suarez, Villa ou Klose qui marquent un but tous les deux matches. Si nous le faisons, c'est une erreur, moi comme coach ou vous en tant que journaliste. Romelu est encore très jeune. Il faut l'utiliser et le juger en fonction de ses qualités. Balle au pied, ce n'est pas son principal atout. Par contre, il pèse, sait plonger dans le dos des arrières, etc. Il peut arriver qu'un attaquant de pointe soit isolé. Il ne doit pas perdre confiance car un avant finit toujours par se forger des occasions de but. Les consultants insistent sans cesse sur sa solitude et estiment que ses prestations sont insuffisantes. Ils ne font pas l'analyse que je viens de développer. Quand Bertrand Crasson dit qu'on oublie parfois de défendre aux Pays-Bas, il a raison. Défendre en se disant qu'il faudra lui passer sur le corps pour réussir, c'est typiquement italien ou espagnol. Aux Pays-Bas, j'ai vu un mauvais Ajax-PSV sur le plan défensif. Alderweireld a réussi de bons matches en équipe nationale. A Bakou, il a voulu mettre le nez à la fenêtre. A un moment, il faut rester modeste, songer à protéger un résultat, surtout quand le jeu est plus frivole depuis 10 minutes. Les backs ne peuvent alors plus monter. Toby sait qu'il peut faire son trou à droite. Quand on voit le beau monde qu'il y a au centre, on peut le comprendre. Et si Nicolas Lombaerts rechigne parfois à gauche, il s'y débrouille très bien. Si mes joueurs avaient déjà récolté leur vécu international dans de grands clubs il y a trois ou quatre ans, leur expérience nous aurait déjà été utile durant cette campagne. Dans le camp belge, Genk a des rendez-vous en Ligue des Champions et trois clubs, Anderlecht, le Club Bruges et le Standard évoluent en Europa League : tous les joueurs qui prennent part à ces aventures se bonifient et il y aura des retombées positives au niveau de l'équipe nationale. Sur le plan psychologique, il est important que nous ne perdions plus de temps. L'équipe nationale n'a plus été battue depuis un an ; c'était en Turquie. Les Diables Rouges sont capables de tout : d'un match nul à Bakou, 1-1, à un brillant succès ailleurs. C'est possible en Allemagne aussi. Attention, la Mannschaft est meilleure et surtout plus efficace que la Belgique. Elle a mal joué en Azerbaïdjan mais a gagné 1-3. Les Turcs y ont signé un résultat étonnant : battus 1-0. Nous ne devons pas nous surestimer ou nous sous-estimer. L'Allemagne, c'est la crème du football ; nous pas encore mais nous ne sommes plus très éloignés de ce niveau. Le chemin est tracé pour quelque chose de beau, une approche dure et très professionnelle. Je ne dirai jamais cela car il faut d'abord essayer de se qualifier. Nous sommes 34es ranking FIFA : rien n'arrêtera cette progression mais n'imaginez pas la Belgique dans le top 3. Je veux progresser de façon à pouvoir gagner tous les matches, même contre l'Italie, la France ou l'Angleterre. Dick Advocaat avait imposé des principes, une ligne de conduite pour le tout le groupe. Il a instauré le système d'une chambre par joueur et il aurait été fou de jeter par la fenêtre tout ce qu'il a apporté. Le grand changement, c'est notre communication. Elle est plus positive. L'intérêt pour l'équipe nationale était inexistant depuis 10 ans. Les Diables Rouges font à nouveau recette. L'équipe nationale se vend mieux. Je voulais le retour d'un esprit plus chauvin et le public a répondu à cette attente. L'encadrement est exemplaire et les joueurs sont plus professionnels. Avant, quand ils revenaient, c'était pour l'équipe nationale, évidemment, mais aussi pour les amis, la famille, les agents de joueurs, etc. Maintenant, ils se concentrent plus sur les matches. La déception était profonde à Bakou. Il n'en a pas toujours été ainsi par le passé... Parce qu'ils ont de plus en plus personnalité. Le temps de notre légendaire modestie est révolu. Notre tradition défensive et notre sens de l'organisation ont cédé la place à des joueurs plus offensifs. Ils sont mieux formés. A Genk, à Neerpede ou au Sart Tilman, ils bénéficient de structures et de conditions d'entraînement de qualité et y deviennent de bons professionnels. Certains ont opté très jeunes pour l'étranger comme ce fut le cas des Vermaelen, Vertonghen, Alderweireld, Hazard, etc. Kompany, Defour, Witsel, Lukaku, Fellaini, Lombaerts ou Mignolet sont partis un peu plus tard mais jeunes quand même. Les joueurs de ma génération quittaient rarement leur pays. Les jeunes sont plus vite mûrs qu'avant. Ils reconnaissent leurs erreurs. J'aime cette mentalité et la façon dont Kompany défend l'équipe nationale. C'est quand même la preuve qu'il existe un véritable esprit de groupe en équipe nationale. Les Diables se défendent en bloc contre les attaques venues de l'extérieur. Même si certains médias ont fait la fine bouche ; moi, j'apprécie cette force de caractère. Nous avons commis des erreurs, c'est évident. Je songe à l'élaboration de notre calendrier. On méritait peut-être plus qu'un 0 sur 6 contre l'Allemagne et la Turquie mais c'était la réalité. J'ai retenu la leçon et je m'en souviendrai en novembre quand nous concocterons le programme de notre groupe qualificatif pour le Brésil. Les Belges sont des diesels qui ne tournent pas à plein régime en août et septembre : c'est une réalité historique. Nous sommes traditionnellement plus performants à partir du mois d'octobre. Après ce départ poussif, nous avons regretté pas mal de blessures dans l'axe (Fellaini, Vermaelen, Defour) et j'ai rappelé Simons. A certains moments, nous n'avons pas su préserver un résultat par manque de ruse et de maturité. Tout le monde a été un peu négatif après 10 ans sans résultats. On veut tout tout de suite... Les joueurs retrouvent l'équipe nationale avec plaisir. Je veux préserver cet état d'esprit. Avant, les joueurs avaient besoin de l'équipe nationale pour s'affirmer sur la scène internationale, maintenant plus. Ils gagnent beaucoup d'argent et c'est très bien. Il faut comprendre que tout est difficile pour eux après ces années de disette pour l'équipe nationale. Nous sommes revenus de très loin et, petit à petit, le niveau s'est élevé. Mais les Diables Rouges ne sont pas assez concrets, rentables, réalistes. L'équipe cherche toujours l'équilibre entre la production d'un beau jeu et l'obligation de décrocher des résultats. Nous n'en sommes pas là, pas encore ; c'est la prochaine phase de notre développement. La pression sera énorme. Le public nous soutient. Il y a eu une époque où ce n'était pas le cas. Les Diables Rouges n'aimaient plus jouer chez eux. Je ne veux plus voir une équipe nationale qui tremble au repos et craint de prendre des initiatives. Ils assument désormais leurs responsabilités. Parfois trop même. Il n'est plus question de se tester. Nos joueurs connaissent tous la pression, l'obligation de réaliser un résultat. Cela figure tous les jours au menu de leurs clubs. Si tout le monde est au top, il y a moyen de se qualifier pour le Brésil. Les joueurs le savent. Pourtant le tirage n'est pas un cadeau : Pays de Galles, Ecosse, Croatie, Serbie, Macédoine. J'espère que les pays de l'ex-Yougoslavie perdront des points entre eux et que nous profiterons de ces duels. La Croatie et la Serbie ont un meilleur ranking FIFA que le nôtre pour la bonne et simple raison que ces pays ont pris part à la Coupe du Monde en Afrique du Sud, nous pas. Nous essayerons d'écrire une page d'histoire de notre football. Les jeunes ne veulent plus entendre parler du passé. Je les motive en leur demandant s'ils n'en ont pas assez de ces comparaisons avec les anciens. Le tout est de savoir si on s'engagera à fond pour décrocher la qualification ou si on recommence avec les " je préfère jouer à cette place " ou " ma meilleure position " : non, ils ne devront pas discuter de ce genre d'idées avec moi. Je n'ai pas fixé un âge pour la fin de ma carrière. Mais oui, j'aimerais bien visiter Copacabana. Et puis, il y a eu de l'intérêt pour moi en début d'année... Il a été question d'offres venant de pays chauds avec des conditions financières très attrayantes. Mon nom a aussi circulé à Anderlecht, je le sais, mais j'ai renoncé à tout car je sais que nous allons vivre de belles choses avec les Diables Rouges. Oui, je l'espère car cela marche bien entre nous. J'adore ce que je fais mais le grand chef, c'est le président et le patron sportif Philippe Collin. PAR PIERRE BILIC-PHOTOS : REPORTERS" Romelu Lukaku ne doit pas absolument marquer "" Axel Witsel a des mouvements, des dribbles et des slaloms à la Paul Van Himst "