Dimanche, vers onze heures. Après les soins, Peter Van der Heyden quitte la Volkswagen Arena. Le nouveau numéro 3 du VfL Wolfsburg n'a pas participé, la veille, au match retour du deuxième tour de la Coupe Intertoto contre IFK Göteborg.
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Dimanche, vers onze heures. Après les soins, Peter Van der Heyden quitte la Volkswagen Arena. Le nouveau numéro 3 du VfL Wolfsburg n'a pas participé, la veille, au match retour du deuxième tour de la Coupe Intertoto contre IFK Göteborg. Les Allemands ont perdu 0-2 contre les Suédois, et à l'issue de la première manche, sa cheville droite s'est rappelée à son souvenir. Début mai, on en a ôté deux esquilles. Il insiste : " Le club ne doit pas se faire de souci. Ce n'est qu'une inflammation, provoquée par la succession des matches et des entraînements. De la surcharge. On a immédiatement procédé à des tas d'examens radiologiques et l'os est en bon état. Tout est parfait. Seuls les muscles et les ligaments qui entourent l'os ne sont pas encore assez forts pour tenir 90 minutes. Je m'adonne tous les jours à des exercices de renforcement. En principe, d'ici le début de la Bundesliga, je serai prêt. Le suivi médical est excellent, ici. Il est composé de professionnels très avertis. Le préparateur physique qui supervise le renforcement musculaire de ma cheville s'y connaît aussi. Les séances sont très intenses mais très pointues ". Sa joyeuse entrée dans le nouveau stade ultramoderne s'est déroulée comme il le souhaitait. Le Belge a fait une excellente impression et a été titularisé d'emblée. " J'ai été animé d'un bon sentiment tout de suite, à l'entraînement et en match ", confirme-t-il. " Je n'ai pas eu l'impression de devoir commencer en bas de l'échelle. Le club sait ce que j'ai déjà accompli dans ma carrière. Il m'apprécie peut-être plus facilement à cause de ça. Je n'ai plus 20 ans. Je suis arrivé ici à 28 ans et j'ai collectionné plus de titres et de matches en Ligue des Champions ou en UEFA que n'importe qui d'autre ici. Façon de parler car j'ai joué en Belgique et on ne peut la comparer à la Bundesliga. Pour le moment, j'ai le sentiment d'être important pour le groupe et j'ai bien l'intention de le rester, grâce à mes prestations ". Le groupe lui plaît : " Il est tranquille et très mature. Chacun se soigne parfaitement, il n'y a pas de coups fourrés et on m'a dit qu'il n'y avait jamais eu de sabotage. Je me sens à mon aise, comme si j'étais chez moi. L'entourage de l'équipe est aussi chouette. Les kinésithérapeutes et les médecins sont bien, y compris sur le plan humain. Mais c'est un peu chacun pour soi. Chacun veut se préparer de son mieux et chacun veut jouer. Le système est différent de celui qu'on connaît en Belgique : il y a une prime progressive et les différences sont énormes. A Bruges, tout le noyau recevait la prime. Ici, il faut être sur la feuille d'arbitre et, en principe, avoir joué. C'est l'élite, hein ! Il n'y a pas d'instituteur pour vous surveiller. L'essentiel est ce qui se passe sur le terrain, pas le reste. Il faut prester, surtout quand vous êtes un nouveau joueur étranger. Il ne faut pas plier mais travailler. C'est ce dont j'avais besoin. En Belgique, tout devenait une question d'habitude, c'était trop facile. Je me retrouve dans un club étranger dont je ne maîtrise pas encore complètement la langue mais je suis arrivé sans stress. J'avais un bon pressentiment, je savais que j'étais prêt à relever ce défi. J'ai entamé ce chapitre sans gamberger. Dès le premier entraînement, à fond ! Ce qui me pèse le plus, c'est d'être privé de petits plaisirs devenus impossibles. Quand je suis en Belgique, je téléphone à un copain et on va manger ensemble. On peut se ménager une pause, se détendre en un rien de temps. Ceci dit, mon expérience me permet de relativiser. Après tout ce que j'ai vécu, je reste calme en toutes circonstances. Après tout, je suis ici pour travailler. Le reste attendra mon retour ". C'est Eric Gerets, entre-temps parti en Turquie, qui a attiré Peter Van der Heyden à Wolfsburg. Holger Fach, limogé par le Borussia Mönchengladbach la saison passée, lui a succédé. " Il est très proche des joueurs ", commente Van der Heyden. " Il prône l'autodiscipline et le travail individuel. Il sait qu'il travaille avec des adultes et non une classe de primaire. Je sais qu'avec certains entraîneurs allemands, on s'entraîne des semaines sans voir un ballon mais ce n'est pas le cas ici. Le contenu des séances est comparable à celui de la Belgique mais on doit effectuer à 200 % le moindre exercice. L'intensité des petits matches est également supérieure. Tout est beaucoup plus lourd ". Le match à Göteborg a été le premier bon de Wolfsburg : " Ceux qui l'ont précédé ont été catastrophiques : Bruges aurait gagné 10-0. Oui, vraiment. Ce n'est plus le cas mais au début, rien n'allait. Nous étions trop lents, trop peu mobiles, nous perdions trop de ballons. Incroyable. J'ai rarement vu des matches aussi mauvais. Je me suis demandé ce qui se passait. Pour moi, ce qui fait une grande différence, c'est d'avoir travaillé avec Trond Sollied dans le même système de jeu, pendant cinq ans, en répétant les mêmes exercices jour après jour afin que chacun sache exactement que faire. Ici, nous essayons de mettre sur pied un système mais c'est très différent. Bruges évoluait plus vite vers l'avant, ce qui pose problème ici. Il y a trop à faire en même temps : relancer et revenir, pivoter, anticiper. La pression qui règne nous accorde moins de temps qu'en Belgique, ce qui explique partiellement pourquoi nous avons tant perdu le ballon. Je pense que nous devons surtout progresser dans nos mouvements sans ballon afin que son possesseur puisse jouer en un temps, voire deux. Le noyau n'a guère changé depuis l'année dernière mais je pense qu'avant, l'équipe jouait surtout en fonction de Martin Petrov. Le jeu était simple : lui céder le ballon, en espérant qu'il en fasse quelque chose ". L'ailier gauche bulgare, impliqué dans 60 % des buts du VfL Wolfsburg la saison passée, a été transféré à l'Atlético Madrid pour 8,5 millions d'euros il y a deux semaines. " Nous devons désormais nous appuyer sur un jeu plus collectif, ce qui requiert du temps ". Wolfsburg a placé la barre haut. Il vise l'Europe mais cela semble un rien trop ambitieux, sur base de son élimination contre Göteborg. " Je ne sais pas. Nous devons encore enrôler quelques joueurs. Un arrière droit et un médian gauche. Je viens d'arriver, je ne peux pas encore estimer correctement le niveau de l'équipe et celui de la Bundesliga. Le club s'appuie sur la saison passée. Il a été en tête pendant plusieurs semaines. Il espère maintenant ne plus connaître le même passage à vide. Un match Club Bruges - VfL Wolfsburg serait un beau duel. Quand Bruges était en forme, il n'avait pas grand-chose à redouter de la plupart des équipes. J'ai parfois été époustouflé par le niveau, élevé, que nous avons atteint en Ligue des Champions. Pour le moment, Wolfsburg en est loin mais il peut y arriver. Nous possédons plusieurs éléments capables de faire la différence à eux seuls. AndresD' Alesssandro ou Mike Hanke, un gars solide qui a joué la Coupe des Confédérations avec l'Allemagne. Il y en a d'autres. Nous devons peaufiner certains détails. Essayer de jouer plus vite, en un ou deux temps, oser procéder par les flancs, veiller à ce que suffisamment de joueurs montent dans le rectangle. Nous avons des joueurs intelligents, des travailleurs et des éléments dotés de grandes qualités individuelles. C'est un bon mélange. Je ne trouve pas que nous sommes une équipe typique de Bundesliga, formée de grands gabarits qui courent et travaillent en se disant : - On verra bien ce qui arrivera. Non, nous essayons de jouer en triangle, même si nous perdons bêtement le ballon, parfois. J'espère que nous n'en paierons pas le prix afin de continuer à améliorer en toute sérénité cette équipe prometteuse ". Au début, tout n'était pas rose pour lui. " Petrov bloquait tout sur le flanc gauche. Si je lui donnais le ballon, je ne le revoyais jamais. J'avais beau me pointer dix fois dans ses parages, il ne me voyait jamais et on pouvait difficilement faire quelque chose contre le grand Petrov. Quand il était sur le terrain, l'équipe jouait en fonction de lui. C'était le style de jeu de Wolfsburg mais pas vraiment le mien. J'aime réaliser une action mais j'avais le sentiment d'être confiné à la seule défense, les actions et les coups d'éclat étant son apanage. C'était très différent de la tactique brugeoise et j'ai dû m'y faire. Si c'était difficile ? Non, c'était une question d'intégration. Je veux progresser tranquillement ici, comme je l'ai fait à Bruges. J'ai déjà crié et tempêté, je dois bien l'avouer. Après tout, je ne suis pas inférieur aux autres. J'ai déjà vécu beaucoup de choses, je me sens bien et je trouve que je dois le montrer. Comme je le dis toujours : tout dépend des prestations. Quand on joue bien, on peut se permettre davantage de choses. Peut-être n'est-ce pas une bonne chose pour le club que Petrov soit parti mais c'est une bonne nouvelle pour moi. A Bruges, il m'est arrivé de rentrer à la maison en sifflotant, alors que nous avions perdu, parce que j'avais bien joué. Ma performance personnelle compte autant que la collective, tant je suis pris par mon travail. Dans le cas contraire, je serais déçu d'avoir perdu et de ne pas recevoir de prime de victoire. Je sais aussi que si je continue à bien me soigner et à bien jouer, je continuerai à jouer et donc à gagner beaucoup d'argent ". L'argent ! En cinq saisons à Bruges, son contrat n'a pas été revu une seule fois. Sur le plan financier, Wolfsburg constitue donc un grand pas en avant. " Un énorme ", insiste-t-il en souriant. " Peut-être l'argent me calme-t-il (il rit). Vous devez savoir que j'avais établi un plan de carrière et que je viens d'en entamer l'ultime chapitre : réussir à l'étranger. Je suis dans les temps, sportivement et financièrement mais cette dernière étape m'apparaît comme la plus difficile. Je dois donc me concentrer pleinement sur ma tâche. J'ai retiré énormément de ma carrière, peut-être pas compte tenu de mes qualités mais en fonction de moi-même. J'ai commencé tard : j'ai débarqué dans un grand club à 24 ans seulement. Si je réussis ici et que je peux évoluer quatre ans en Bundesliga, je pourrai être content de moi. Ne plus être au Club Bruges me laisse un sentiment étrange. C'est un club fantastique mais je suis tellement heureux d'avoir quitté le championnat de Belgique... J'en avais vraiment marre. Une mentalité étriquée, des arbitres qui ne sont pas professionnels, cinq saisons à affronter semaine après semaine les mêmes équipes, qui se retranchaient à dix derrière... Peut-être sera-ce la même chose en Bundesliga mais c'est un autre championnat et je suis content de découvrir autre chose. D'autres équipes, d'autres stades, un vécu intense. Ici, il n'y a pas de stade comme celui de La Louvière... Ils sont tous combles, les matches sont toujours retransmis. C'est l'élite ". Il réside avec son amie à Gifhorn, à quelque vingt minutes en auto de la Volkswagen Arena. Wangeroogerstrasse, 1. Une belle maison vaste, pourvue de tout le confort et élaborée selon les principes du Feng Shui. Terrasse sur le toit, piscine. " Nous l'avons achetée. C'est un investissement ". La nature est très présente mais Gifhorn n'est pas Berlin ni Hambourg. " On comprend quel pays de cocagne la Belgique est. Bruges est évidemment LA ville par excellence. Les gens d'ici sont très spontanés, amicaux et toujours prêts à donner un coup de main. Ils sonnent même à la porte pour nous souhaiter la bienvenue. La découverte en elle-même est chouette. C'est une expérience de vie. Annick et moi avons convenu que quand elle le souhaite, elle sautera dans l'auto pour retourner en Belgique. Elle sera à la maison en cinq heures et demie... Nous sommes loin de Bruges mais pas au point de devoir prendre l'avion ". Christian Vandenabeele" Je découvre d'autres équipes, UN VéCU INTENSE. Ici, il n'y a pas de stade comme celui de La Louvière... C'est l'élite ". " La D1, c'est UNE MENTALITé éTRIQUéE, des arbitres qui ne sont pas pros, des équipes, qui se retranchent à dix derrière... "