En ce 29 juillet, il brille sur Charleroi un soleil d'été annonciateur le surlendemain d'une canicule, aussi soudaine qu'un missile de Guillaume Gillet époque 2010-2012. Du gauche contre le Partizan Belgrade, du droit contre la Croatie. Repère d'un début de décennie où tout sourit au Liégeois. Près de dix ans plus tard, le double G a fait du chemin et la référence ne parle plus qu'aux anciens. Parce qu'en 2020, Gillet en est un. Ce qui ne l'empêche pas de passer à table pour évoquer ses souvenirs, ses envies surtout. Puis le rappel à la réalité : " Il ne faut pas oublier que c'est une vedette ". Nadine, la concierge du Sporting de Charleroi sait choyer ses favoris. Le néo-Carolo ne s'en formalise pas, il continue de se raconter. Sans doute sait-il bientôt que le livre se refermera pour de bon, alors il profite.
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En ce 29 juillet, il brille sur Charleroi un soleil d'été annonciateur le surlendemain d'une canicule, aussi soudaine qu'un missile de Guillaume Gillet époque 2010-2012. Du gauche contre le Partizan Belgrade, du droit contre la Croatie. Repère d'un début de décennie où tout sourit au Liégeois. Près de dix ans plus tard, le double G a fait du chemin et la référence ne parle plus qu'aux anciens. Parce qu'en 2020, Gillet en est un. Ce qui ne l'empêche pas de passer à table pour évoquer ses souvenirs, ses envies surtout. Puis le rappel à la réalité : " Il ne faut pas oublier que c'est une vedette ". Nadine, la concierge du Sporting de Charleroi sait choyer ses favoris. Le néo-Carolo ne s'en formalise pas, il continue de se raconter. Sans doute sait-il bientôt que le livre se refermera pour de bon, alors il profite. Guillaume, à l'été 2018, alors que ton aventure touche à sa fin à l'Olympiacos, ton nom est une première fois associé au Sporting de Charleroi. Pourquoi cela ne s'est pas fait à l'époque ? Guillaume Gillet : Mon nom avait même déjà circulé il y a bien plus longtemps que ça dans les couloirs du Mambour. Quand j'ai quitté Eupen en 2006, j'avais rendu une première fois visite à Mehdi et Mogi ( Bayat, ndlr) qui travaillaient ensemble à l'époque. Le premier flirt date donc d'il y a une quinzaine d'années. Et c'est vrai qu'il y a deux ans, au moment de quitter Le Pirée, il y avait à nouveau eu des touches, mais mon objectif à moi, à ce moment-là, était de rester à l'étranger. Tu as toujours promis de finir ta carrière au FC Liège, mais tu as aussi souvent répété que tu rêvais de découvrir la MLS et était tenté par une aventure lucrative aux Émirats. Est-ce que ces ambitions-là sont définitivement derrière toi ? Guillaume Gillet : Je ne pense pas que Charleroi soit la dernière étape. Ici, j'ai signé un an, mais je me vois aller au-delà de cette année. Ce sera à moi de prouver que j'ai encore les jambes d'un joueur pro de bon niveau. C'est mon objectif à court terme. Pour le reste, c'est clair qu'on arrête de parler de la MLS ou des Émirats, c'est derrière moi, je suis réaliste. Par contre, Liège, j'ai toujours dit que j'aimerais reporter une fois ce maillot et je compte bien honorer cette parole. Mais chaque chose en son temps. Difficile de parler de ton arrivée à Charleroi sans évoquer ton départ de Lens. Ça a été un coup dur pour toi de ne pas être prolongé et de toucher une fois de plus à la Ligue 1 ? Guillaume Gillet : On va dire que dans le contexte du corona, ça a été très soudain comme nouvelle. De capitaine et titulaire indiscutable sous Philippe Montanier ( limogé le 25 février, ndlr), je suis passé à réserviste pour les deux derniers matches avant l'interruption. Finalement, fin mai, toute une série d'entretiens individuels a été organisée entre les joueurs, le club, le nouveau coach et le directeur sportif. Et c'est là qu'on m'a signifié qu'on ne comptait plus sur moi. D'un coup, l'aventure prenait fin et ça a été un choc. Bien sûr, j'ai essayé de me défendre, mais leur choix était définitif. Deux ans plus tôt, tu rejoignais les Sang et Or à des conditions très avantageuses. En avril 2020, France Football apprenait ainsi qu'à 36 ans, tu étais le deuxième joueur le mieux payé de Ligue 2, avec un revenu annuel de 480.000 euros. Tu crois que ça a pu jouer en ta défaveur ? J'étais surtout le seul médian en fin de contrat. Pour ce qui est de mon salaire, j'avais en effet reçu une très belle offre de Lens à l'époque. Ils avaient vraiment fait preuve de respect par rapport à ma carrière. Ce qui est vraiment bizarre, c'est que deux ans après, le club n'a même pas cherché à discuter financièrement d'une future prolongation. Si on m'avait dit à : " Guillaume, ok, mais on va diviser ton salaire par deux ", je l'aurais accepté... Mais ce sujet n'a même pas été abordé ! Ce qui signifie que, sportivement, pour eux, c'était vraiment très clair. Et c'est ça qui a peut-être été le plus dur à accepter. Toi, tu restes persuadé qu'à 36 ans, tu avais encore les jambes pour disputer une saison pleine en Ligue 1 ? Guillaume Gillet : Je suis réaliste, je connais mon corps et je sais que le niveau est nettement supérieur à la Ligue 2. En Ligue 1, tout va plus vite, mais au fond de moi, je sais aussi ce que je pouvais encore apporter à ce club. Mon expérience, ma grinta, mon envie. À 36 ans, j'étais évidemment conscient que mon rôle aurait sans doute été différent, mais j'étais prêt à l'accepter. Je n'ai jamais aimé être sur le banc, mais à mon âge, avec l'opportunité de regoûter à la Ligue 1, de recroiser les stars du PSG, pour moi, tout était bon. Et puis, s'il me manque encore le rythme du jeu et que je connaîtrai sans doute des moments plus difficiles dans les semaines à venir parce que je ne suis pas encore à 100% physiquement, on a pu voir contre Metz ou Saint-Étienne en amical que j'avais encore le niveau et les jambes pour la Ligue 1. Mais on le sait, dans le foot pro, rares sont ceux qui peuvent choisir comment l'histoire se termine. On te sent amer, mais le défi carolo est réel, parce que tu arrives dans le secteur de jeu sans doute le plus concurrentiel du onze de Karim Belhocine. Dans un milieu de terrain ou Ryota Morioka et Marco Ilaimaharitra ont impressionné la saison dernière. Guillaume Gillet : Oui, c'est précisément ce qui m'excitait dans ce défi. Ce n'est pas le choix le plus aisé. J'aurais pu aller à Mouscron et objectivement, j'aurais sans doute eu plus facile de m'y faire une place, mais ici, j'arrive dans une équipe qui est dans une super dynamique. Le coach a ses certitudes, ce sera à moi d'essayer de faire en sorte de les bousculer. Après, j'ai aussi la chance d'être polyvalent, c'est une carte en plus de mon jeu qui me permettra de dépanner si besoin. C'est le paradoxe. Tu as quitté la Belgique dans la peau d'un arrière latéral, tu reviens dans celle d'un milieu de terrain confirmé, jamais remis en question en France ou en Grèce. Pourquoi ce contraste ? Guillaume Gillet : Tout simplement parce que je crois qu'en France, personne ne savait que j'avais aussi beaucoup joué à l'arrière droit dans le passé. Quand Bastia vient me chercher à l'époque ( juin 2014, ndlr), c'est pour évoluer au milieu. Et par la suite, c'est vrai que je ne m'empressais pas de préciser à mes coaches respectifs que j'étais aussi capable d'évoluer au back ( rires)... Du coup, c'est vrai que ça fait des années que je n'ai plus joué autre part que dans le coeur du jeu. Mais évidemment, je suis conscient qu'en Belgique, il est plus probable que je sois amené à faire une pige à l'arrière droit pour dépanner. Et je le ferai avec plaisir. En vrai, je suis prêt à jouer partout. Mon souhait, de toute façon, c'est de profiter un max de tous ces derniers moments que je vis au plus haut niveau. À 36 ans, ce n'est pas le moment de cracher dans la soupe. Il y a quatorze ans, Georges Leekens te lançait à l'arrière droit avec La Gantoise. Tu ne te dis jamais que si tu t'étais plus souvent persuadé du bien fait d'évoluer durablement à ce poste, tu aurais pu, toi aussi, faire une carrière à la Thomas Meunier ? Guillaume Gillet : C'est difficile à dire, mais je n'ai jamais renié ce poste non plus. Je crois que dans mon cas, j'ai plus souvent subi le choix de mes coaches, qui me déplaçaient en fonction des besoins de l'équipe. Quand Monsieur Georges (sic) me lance contre Tirlemont en Coupe de Belgique en remplacement de Sandy Martens à l'arrière droit, je ne me pose pas de question. À cette position, j'ai découvert d'autres passions. Tacler, couvrir le défenseur central, ça m'a changé comme footballeur. Et en France, si un gars comme Sergio Conceição m'avait demandé de jouer à l'arrière droit, je l'aurais fait. Il se fait que là-bas, la question ne s'est jamais posée. En Belgique, j'ai dû vivre avec cette polyvalence. On ne m'a jamais demandé de faire un choix et je crois que ça arrangeait bien tout le monde. Mais oui, concrètement, évidemment que parfois, ça a dû freiner ma progression. Notamment avec l'équipe nationale. Quand tu fais le forcing pour quitter Nantes en 2017 pour rejoindre l'Olympiacos, il y a dans un coin de ta tête l'espoir secret d'encore parvenir à convaincre Roberto Martinez de te sélectionner ? Guillaume Gillet : J'avais été dans la présélection deux mois plus tôt, donc oui, ça traînait quelque part dans ma tête. Évidemment que tu es plus visible à l'Olympiacos qu'à jouer le milieu de tableau à Nantes. Mais il y avait surtout l'envie de rejoindre ce club, de disputer encore une fois la Ligue des Champions. Je me souvenais justement de les avoir rencontrés en C1 avec Anderlecht quelques années plus tôt et de m'être dit à l'époque, que si un jour ils venaient me chercher, je ne refuserais pas. Du coup, quand Besnik ( Hasi, ndlr) a été nommé cet été-là, j'avais comme un pressentiment. Un soir, il devait être 22 h, je suis à un barbecue chez Mogi, et j'entends mon téléphone sonner. Intuitivement, avant même de voir le numéro s'afficher, je m'étais dit que ça ne pouvait être que Besnik. Je n'ai pas décroché tout de suite, j'ai été vérifier le préfixe et mon intuition s'est confirmée. Et le transfert de finalement s'officialiser au bout d'un bras de fer musclé avec Nantes. Sans que ton histoire avec les Diables ne connaisse un dernier rebondissement pour autant. Est-ce que ça reste une frustration de ne jamais avoir disputé une grande compétition avec ce groupe-là ? Guillaume Gillet : Oui, évidemment. Mais le Mondial 2018 n'entre pas en ligne de compte. La frustration, elle date des campagnes de 2014 ou de 2016. Louper le Brésil et l'EURO en France, ça a été dur. En 2014, j'étais partie prenante de la qualification. Je joue et je marque contre la Croatie, je suis titulaire contre le pays de Galles, mais par la suite, je disparais. Ce qui est dur, c'est de participer à toute une campagne de qualification et de ne même pas avoir un appel, rien du tout. Tu parlais de grinta, de leadership, plus largement, c'est ta culture de la gagne qui doit servir à Charleroi cette saison. Tu penses pouvoir aider le club à franchir un palier ? Guillaume Gillet : Personne n'aime perdre. À Saint-Étienne et à Metz en préparation, on prend deux claques, mais dans le jeu, on n'est pas inférieurs. Ce qui nous manque encore, c'est d'être plus agressifs, plus décidés dans les zones de vérité. Là, je n'ai pas encore le sentiment qu'on veut absolument marquer. Je ne parle pas seulement des attaquants, c'est un travail d'équipe. Dans des matches comme ceux qui viennent à Bruges ou à l'Antwerp, qui se disputeront à huis clos, est-ce que ces qualités de leadership ne seront pas encore un peu plus prépondérantes ? Guillaume Gillet : Je pense que quitte à aller à Bruges, autant les prendre en ouverture, chez eux, et sans supporter. J'ai déjà joué des matches à huis-clos, j'en toucherai un mot aux joueurs parce que c'est vraiment différent. Il faut aller trouver des ressources ailleurs et c'est clairement à l'équipe qui parviendra au mieux à profiter des circonstances. De toutes façon, ce sont des matches à part. On peut aussi se dire que cela peut faciliter le travail des arbitres, qui seront peut-être un peu plus sereins pour siffler. Surtout dans des stades comme Bruges, où le public à l'habitude de mettre une grosse pression.